04 nov.
2013

Tournai : Le Cabaret nous a emmenés au Paradis

Dimanche, en début de soirée, sur la scène de la Maison de la Culture, le rideau est tombé sur la cinquième et dernière représentation de l'annuelle revue patoisante de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon : "Ch'est l'infier ... au Paradis". La revue, une tradition, bien ancrée, que les vrais Tournaisiens ne voudraient manquer pour rien au monde, le rendez-vous de la joie, du rire et parfois de l'émotion.

Cette année, les joyeux compères de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien nous avaient conviés à une visite inédite du paradis et de l'enfer. Le public fut conquis, une fois encore, par le passage à la moulinette de l'actualité tournaisienne, par les quiproquos et par le dynamisme des comédiens qui, tambour battant, empêchèrent de voir le temps passer.

Depuis sa création, il y a plus d'un siècle, la compagnie a présenté 1024 séances de cabaret et, avec le temps qui passe, son succès continue à aller grandissant. Seule ombre à cet idyllique tableau, la représentation du 1er novembre à 15h, n'a pas fait salle comble, de mémoire de participants à cet évènement de la vie tournaisienne, c'est peut-être la toute première fois que les strapontins de la salle n'étaient pas tous occupés.

Comme toujours la "Revue" se conjugue en deux actes séparés par un (trop) long entracte et au cœur de ceux-ci prennent place de véritables moments d'anthologie. La mise en scène avait été confiée au Tournaisien Xavier Sourdeau, un homme de spectacle, alias le clown "Cassonade" bien connu des enfants de la région, alias "Boris", personnage inquiétant, mais aussi magicien non dénué d'humour qui se produit tant en Belgique qu'à l'étranger. L'accompagnement musical est assuré par Philippe De Smet, accompagnateur attitré des membres de la compagnie.

Au cours de la première partie, les spectateurs que nous sommes, assistent, tout d'abord, à l'enregistrement d'une émission, "Un dîner presque parfait", qui se déroule au sein d'une famille habitant à l'ombre des cinq clochers. En compagnie d'un présentateur-vedette (Jean Michel van de Cauter), un ménage tournaisien bon teint (Sabina De Mey et Jean Michel Carpentier) reçoit quatre couples pour le moins hétéroclites. Il y a là, les amoureux démonstratifs, les jeunes mariés un peu "babaches", un homme et une femme qui se croient sortis de la cuisse de Jupiter et désagréablement surpris de se trouver en pareille compagnie, ainsi qu'un duo de joyeux drilles, habitués de la franche rigolade dont le mari (Pierre Vanden Broecke), porté sur la dive bouteille est grand amateur de chansons à boire (et Dieu seul sait combien le répertoire des chansons tournaisiennes en possède). Le menu n'est pas original, c'est bien entendu, un souper au lapin, de l'apéritif au dessert, avec son tirage des billets, ses chansons à interpréter et les réactions de chaque convive face aux plats présentés. L'ambiance aidant, les masques tombent et le fossé se creuse parfois entre les invités ce qui donne lieu à des scènes cocasses qui font fuser rires et applaudissements dans la salle.

Il nous est ensuite permis d'être les témoins d'une scène hilarante qui se déroule au sein d'un presbytère. Un vieux curé (Christian Bridoux) rentre pour le moins éméché (le mot est à peine fort) de l'installation d'un confrère tournaisien. Il a, hélas, rendez-vous avec un couple qui souhaite organiser les funérailles du père de la dame (Jean Marc Foucart et son épouse à la ville). Le prêtre considérant ne pas être en état pour participer à cette rencontre, charge un membre du comité des œuvres paroissiales (Vincent Brackeleare) de mener à bien cette mission. Malheureusement, celui-ci a, depuis bien longtemps, oublié le déroulement d'un office, lui qui ne participe plus à la messe depuis sa communion. S'en suivent alors des quiproquos entre la famille et celui qui se fait passer pour le curé. Réflexions et gags visuels se multiplient au grand plaisir des spectateurs.

L'entracte est le bienvenu dans une salle comble et surchauffée (à croire que la Maison de la Culture n'est pas équipée de vannes thermostatiques, à moins que cela ne serve... d'incitation à fréquenter le bar).

La seconde partie s'ouvre sur un décor inattendu. Deux portiques sont surmontés des mentions "Paradis" et "Purgatoire". Au milieu, sur un trône ressemblant furieusement à une chaise d'arbitre de volley-ball, un Saint-Pierre ultra-moderne (Bernard Clément) équipé d'une tablette informatique est prêt à accueillir, en compagnie d'un ange virevoltant (Luc Feron), les nouveaux arrivants. En fonction de leurs bonnes ou mauvaises actions réalisées sur terre, ils seront aiguillés vers le Paradis, le Purgatoire ou ...l'Enfer ou les attendent un Satan effrayant (Danny Batteauw) et son diablotin d'ailleurs omniprésent tout au long de la soirée (Romain Leblanc). Il nous est alors donné l'occasion d'assister à une véritable hécatombe dans les rues de la cité de Clovis puisque successivement la première échevine Marie-Christine Marghem, le bourgmestre faisant fonction Pol Olivier Delannoy (Pierre Vanden Broecke), l'échevin des travaux Armand Boite (Vincent Leclercq), l'échevine de l'Etat-Civil Ludivine de Donder (Martine Leroy) et "last but nos least", le Ministre-Président-Bourgmestre, Rudy Demotte (Pascal Winberg) vont apparaître, tour à tour, au "centre de tri", victimes d'accidents divers. Autant d'occasions de brocarder les actions de chacun comme le font depuis l'époque de Molière les baladins et les chansonniers. Personnellement, j'ai beaucoup apprécié la chanson "Rudy, t'iras pas au paradis" (pastiche de celle de Gilbert Bécaud) chantée avec justesse par un chœur de voix réellement angéliques. Dieu le Père (Michel Derache) fera de nombreuses apparitions pour réclamer le calme dans son jardin d'Eden et même Lionel Messi (Jean Michel Carpentier) viendra faire étalage de ses prouesses, balle au pied. Un "Messi" au paradis, finalement quoi de plus naturel !  

Au moment du final, lorsque la troupe a quitté ses amis, vers 23h15, en entonnant les "Tournaisiens sont là" et "Mon cœur est rouge et blanc", repris en cœur par une salle debout, on est redescendu brutalement sur terre, heureux d'avoir passé une soirée qui a permis d'oublier les petits et gros tracas de la vie quotidienne. "Le rire, c'est la santé" a-t-on coutume de dire, si cela est vrai, les Tournaisiens qui ont rejoint la Maison de la Culture à l'invitation des membres du Cabaret Wallon sont bien vaccinés pour affronter les vicissitudes de l'hiver !

 

(S.T. novembre 2013)

 

Commentaires

je ne savais pas qu'il y avait encore un spectacle de ce genre à Tournai! Pourquoi tu ne m'en n'a jamais parlé ????!!!

Le "Christian Bridoux dont tu parles jouait déjà dans les revues des années 70 ? n'est ce pas lui qui faisait "Lionel" dans le sketch du mariage avec le ministre Michel en 1975...et dont cette phrase est restée ancrée dans ma mémoire...

Y d'a cor pour Longtemps Lionel ????
Nan, nan, pour asteur ça va aller vite !!!!

Écrit par : rauwers | 06/11/2013

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En effet, "Lionel"dans le sketch sur la fusion des communes et Christian Bridoux sont une seule et même personne.

Écrit par : Biltresse | 06/11/2013

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