08 oct.
2013

Tournai : chancres et chantiers

Chancres et chantiers sont souvent étroitement liés, un chancre nécessite le plus souvent un chantier pour disparaître, un chantier abandonné peut rapidement se révéler un chancre. En disant cela, je n'ai rien inventé, car, ce fait est connu par bien des habitants de notre planète et notre bonne vieille ville de Tournai n'échappe pas à cette règle qui semble immuable et planétaire.

Les chancres peuvent être générés par des propriétaires de biens immobiliers peu scrupuleux, désargentés ou tout simplement disparus, par des héritiers en indivision ou par des travaux de rénovation laissés à l'abandon pour de multiples raisons dont certaines peuvent parfois sembler nébuleuses aux yeux des profanes que nous sommes.  

Ce 8 octobre, la presse locale met en exergue le cas de la Tour Henri VIII dont la rénovation a été annoncée, il y a plus de sept ans déjà. Tout avait bien débuté. En 2008 (voir article "l'année 2008 sous la loupe" déjà publié sur le blog), ce dernier héritage de l'occupation anglaise de 1513 à 1519 avait été ceinturé d'un échafaudage tubulaire et son sommet avait été recouvert d'un dôme plastifié. Dans la foulée, des archéologues avait procédé à l'enlèvement de la couche herbeuse qui entourait la plate-forme d'observation, des tranchées avaient été creusées tout autour de l'édifice. Certains avaient même évoqué la possibilité de rétablir un fossé rempli d'eau tout autour de cet ancien bastion militaire. Hélas, un mauvais vent a ensuite soufflé (au propre comme au figuré), le dôme plastifié s'est envolé lors d'une tempête et l'échafaudage s'est, peu à peu, dégradé. Depuis quatre ans maintenant, la restauration se fait attendre, plus rien ne bouge, au point que les Tournaisiens, défenseurs de ce témoignage du passé de la cité de Clovis ne se font guère plus d'illusions sur une réelle volonté du promoteur d'entamer, un jour, les travaux. Le bourgmestre de Tournai vient d'exiger qu'on sécurise cet endroit qui pourrait devenir une source d'accidents.

En 2008 également, on procédait à la démolition du Multiscope Palace, le cinéma de la rue de l'Hôpital Notre-Dame qu'avaient fréquenté des générations de Tournaisiens. Le terrain mis à nu devait être intégré dans un vaste projet de revitalisation du quartier cathédral englobant également les anciens bâtiments du "Courrier de l'Escaut" et le restaurant "Chez Pietro", situé au coin de la  rue de l'Arbalète. Le projet ambitieux d'un complexe résidentiel de standing abritant des commerces au rez-de-chaussée devait être réalisé par deux promoteurs. L'un des deux a fait faillite, l'autre a vu son projet, peut-être un peu trop moderniste ou jugé peu en adéquation avec les immeubles voisins, recalé par les services compétents délivrant le permis de bâtir. Comme les propriétaires du restaurant italien ont, entretemps, déménagé, un véritable chancre est apparu sur ce site entre le prochain "Espace Gérard Depardieu" à la rue du Curé Notre-Dame et l'ancien couvent occupé par l'académie des Beaux-Arts. Le terrain vague sert désormais de base pour le stockage des matériaux et des engins de chantier de la firme réalisant la rénovation des voiries du quartier cathédral. 

Sur le quai des Salines, un projet porté par un particulier devait permettre la restauration des anciennes Usines Allard. Ces vastes locaux qui avaient été utilisés pour accueillir un centre d'enseignement spécialisé sont à l'abandon depuis près de cinq ans. Les plans concernant la transformation en appartements ont été apposés, il y a plus d'un an, aux valves de l'Administration Communale. Actuellement, vu de l'extérieur, rien ne semble évoluer sur le site.

Chancre en devenir, la rue des Chapeliers. Là, le problème est complexe car il est la conséquence d'un manque d'information ou de discernement au moment de la confection des plans par le bureau d'étude situé à Paris, probablement bien peu au courant des problèmes vécus dans la lointaine ville de Tournai, et, ensuite, d'un manque de réaction du maître d'œuvre, lors de l'acceptation de ceux-ci.

Rappelons les faits :

la rue des Chapeliers avait été rénovée, il y a une petite dizaine d'années, elle avait été longtemps fermée à la circulation en raison des importants problèmes de stabilité du chœur gothique de la cathédrale Notre-Dame que longe cette rue en forte déclivité, un fait connu par l'entièreté des Tournaisiens et encore plus par les architectes et les décideurs. Dans le cadre de la rénovation de l'édifice religieux, cette problématique est d'ailleurs toujours à l'étude et rien n'a encore été décidé quant aux futurs travaux de stabilisation qui devront être entrepris (comme on l'a fait pour la tour Brunin dont le déport entre la base et le sommet avait atteint près de 80 cm). Dans ces conditions, conscient de cette situation, il était inimaginable, voire dangereux de vouloir retirer au moyen d'engins de chantier, les terres adossées à l'imposant bâtiment. Leurs vibrations et la dépression ainsi créée pouvant accélérer le processus de déséquilibre.

Un autre problème est venu s'ajouter à celui-ci, celui de l'évacuation des eaux en cas de pluie. Les salles abritant le Trésor de la cathédrale sont en contre-bas de la rue et la nouvelle configuration de la voirie aurait exposé ce musée à de fréquents envahissements par les eaux venant du pied du beffroi. Tout cela a été compris par des personnes avisées qui doivent néanmoins gérer les "erreurs" du passé et, alors que le chantier était à l'avance sur le planning prévu, les travaux ont été stoppés, ce 7 octobre, dans l'attente d'une révision des plans par le bureau d'architecture paysager. Les nouveaux plans devront prendre en compte les problèmes d'égouttage et de renforcement des terrains longeant la cathédrale entre l'endroit où se situait le pilori (aujourd'hui disparu et remplacé par l'arbre de Judée) et la place Paul Emile Janson, soit une distance de plusieurs centaines de mètres. 

Pendant combien de temps, le chantier va-t-il rester en l'état ? C'est extrêmement difficile à estimer même avec une boule de cristal ! Dans combien de temps (jours, semaines, voire peut-être mois, l'expérience nous engageant à être prudent) la firme chargée du chantier sera-t-elle en possession des nouveaux plans ? Combien de temps s'écoulera entre la commande des nouveaux matériaux et leur livraison ? Combien de temps sera-t-il nécessaire pour les poser ? Bien malin qui peut répondre à ces interrogations ! Compte-tenu que l'hiver est à notre porte, on risque de voir le chantier se prolonger jusqu'à la fin de l'année 2014 ! 

Suite à la faillite d'un entrepreneur, les bâtiments d'une résidence, à peine sortis de terre (le rez-de chaussée a été réalisé), sont à l'abandon depuis plusieurs mois à la rue Paul Pastur, le risque de dégradation est grand puisque les bâtiments voisins, inoccupés, ont été l'objet de travaux de sécurisation pour éviter qu'ils ne soient squattés et incendiés.

Les crises financières et économiques expliquent-elles, à elles seules, le désastre actuel dans la gestion des chantiers. Probablement, mais... en partie seulement !

 

(S.T. octobre 2013)

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