10 juin
2013

Tournai : Félicien Doyen, un homme d'excellence.

Un titre lu au détour d'une page dans la presse locale du samedi 8 juin : "Félicien a déposé sa baguette", quelques mots dans la rubrique nécrologique et voilà de multiples souvenirs qui remontent soudainement à la mémoire des mélomanes tournaisiens, des anciens élèves du conservatoire et des fidèles du Cabaret Wallon, car la photo balaie l'éventuel doute qui pouvait subsister, Félicien Doyen nous a quittés le 6 juin.

Félicien Doyen fait partie de ces Tournaisiens bien connus grâce à un immense talent caché derrière une toute aussi grande modestie.

Né le 22 octobre 1924, il est le fils d'un négociant en bois, choriste et généreux mécène nommé lui aussi Félicien.

Son père tient un commerce de bois au 93 de la chaussée de Bruxelles et ses qualités professionnelles en ont fait le Président de l'Union professionnelle des négociants en bois du Hainaut et l'administrateur de la fédération régionale. Dès 1904, Félicien Doyen sénior participe, en qualité de choriste, aux grands concerts organisés par la Société de Musique de Tournai et est membre de "la Lyrique" et de la chorale d'Antoing. Il prête également son concours aux chorales Saint-Michel et Saint-Eubert de Lille. En 1946, il devient le Président d'Honneur du tout jeune Cercle Choral Tornacum. En 1959, il sera élu vice-président d'honneur du Choral Nadaud, un choeur du Nord de la France. Il décède en 1965, au retour de festivités organisées à l'occasion de la Sainte-Cécile par le Cercle Choral Tornacum.

Tout jeune, son fils Félicien a été bercé par le chant mais il s'investira plus encore dans la musique en suivant les cours de violoncelle au conservatoire de Tournai avant de se perfectionner au Conservatoire Royal de Bruxelles où il obtient, en 1945, un premier prix et le diplôme supérieur de Musique de chambre.

Il sera également Premier prix de chant et Prix Jean Noté du Conservatoire de Tournai.

Juste après la guerre, il reprend le commerce paternel jusqu'en 1986.

En 1947, il est désigné comme directeur du Cercle Choral Tornacum, il le restera jusqu'en 1990, date à laquelle il cèdera la direction à Michel Jakobiec juste après l'énorme succès que fut l'interprétation, en la cathédrale Notre-Dame, de la "Cantate aux étoiles" de son ami André Waignien. Il ne quittera pas pour autant le cercle et exercera alors la fonction de Président. 

De 1952 à 1975, il sera également le directeur du Choral Nadaud de Roubaix. 

De 1958 à 1975, il va enseigner le violoncelle au conservatoire de sa ville natale. Professeur doué d'une grande patience, homme aimable, excellent pédagogue, il va inculquer l'art de cet instrument à ses élèves parmi lesquels Christiane Diricq, Marie Hallinck et à bien d'autres, des artistes connus et reconnus dans les sphères européennes de la musique. Il assume aussi la direction des choeurs de cette académie de Musique. 

Vouant une passion pour le chant, il aime aussi profondément sa ville natale et il n'est pas étonnant de le voir devenir membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1948. Il met sa remarquable voix au service du Cabaret où il interprète des oeuvres nouvelles écrites par les autres membres ou des chansons à voix laissées par les anciens. Combien furent appréciées ses interprétations de "Canteons Tournai" (Chantons Tournai), un texte de Lucien Jardez sur une musique d'Anselme Dachy, de "L'cancheon d'nos clotiers" (La chanson de nos clochers) d'Edmond Godart sur un musique de Géo Clément, "J'aime bin Tournai" d'Achille Viehard, "L'crass pinte" de Louis François et bien d'autres hymnes à la gloire de notre cité scaldéenne. Instants de pur bonheur, moments émouvants quand s'élevait sa voix forte, à la parfaite diction,  chantant la cité des cinq clochers dans un silence d'ordinaire peu présent lors des séances de cabaret où les rires et applaudissements fusent le plus souvent. Dans un programme de chansonniers destiné bien souvent à déclencher l'hilarité, il était la parenthèse enchantée !

Félicien Doyen étant le plus proche voisin d'un membre de ma famille, j'ai personnellement eu l'occasion de le rencontrer en de nombreuses occasions, je garde de lui l'image d'un homme charmant, affable, toujours prêt à vous renseigner et à vous apporter le service demandé. 

Le 14 mai 2011, un concert a été organisé en hommage à celui qui a été considéré comme un des piliers de la vie culturelle tournaisienne durant des décennies. On découvrit un programme d'une grande richesse au cours duquel on retrouva l'Orchestre à Cordes du Conservatoire de Tournai sous la direction de Christiane Diricq, les solistes Marie Hallinck et David Cohen, les deux prestigieux violoncellistes tournaisiens, le Royal Cercle Choral Tornacum et la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. Magnifique cadeau car dans cet "écrin musical"on avait ainsi réuni les divers éléments de sa vie et l'homme au coeur sensible fut profondément ému de tant d'honneurs.   

Le professeur Félicien Doyen a déposé sa baguette, une voix s'est tue, un homme de choeur et Tournaisien de coeur a tiré sa révérence le 6 juin 2013, à l'âge de 88 ans. 

(sources : "L'Avenir, Le Courrier de l'Escaut", édition du 8 juin 2013 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre - "Le Florilège du Cabaret" ouvrage édité par la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien en 1982 à l'occasion du 75e anniversaire - le site officiel de la Ville de Tournai).

(S.T. juin 2013)   

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