29 mai
2013

09:34

Tournai : les festivités de juin

Voici un programme où les festivités extérieures sont désormais majoritaires, il y a donc lieu d'espérer que le beau temps s'installe enfin au-dessus des cinq clochers. De plus, en ce qui concerne le week-end des 8 et 9 juin, il vous faudra disposer d'un don d'ubiguité pour pouvoir assister aux différentes affiches présentées.

Samedi 1 et dimanche 2, Marquain, "Auto-cross", Endurance et Sprint.

Samedi 1, école Saint-Michel, dès 8h, "Brocante" et possibilité de petite restauration. 

Samedi 1, Mont Saint-Aubert, salle paroissiale, 20h, séance de cabaret exceptionnelle par "la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien".

Samedi 1 et dimanche 2, Tournai, "Circuit des églises historiques de Tournai", visite organisée par l'association des Guides de Tournai en collaboration avec les fabriques d'églises de Saint-Quentin et de Saint-Jacques.

Dimanche 2, Vieux Marché aux Poteries, "le petit Montmartre", présence d'artistes de tous les horizons dans un échange avec les Tournaisiens et les touristes.

Dimanche 2, départ de la Halle-aux-Draps, visite sur le thème "Guy de Brès et le Protestantisme" organisée par l'association des Guides de Tournai.

Vendredi 7, Mourcourt, 17h, "Si Mourcourt m'était conté", balade à la découverte du village, exposition de photos, tombola et possibilité de drink pour les participants. 

Samedi 8, Blandain, "Jardin ouvert du château de Lassus", visite organisée dans le cadre des journées "Jardins ouverts en Belgique".

Samedi 8, salle La Fenêtre, 20h, tour de chant des "Encuicuineuses".

Samedi 8 juin, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h : "Impro Justitia" avec Bruno Coppens.

Samedi 8 et dimanche 9, hall de la Maison des Sports, Coupe de Belgique de Handball, "Final Four" (Dames et Messieurs). 

Samedi 8, place de l'Evêché, 19h30 : "Tournai en fête et ses cortèges", concerts avec l'Orchestre à Vent du Conservatoire et la Musique Royale de la Marine, 23h, Grand'Place : spectacle Pyrotechnique et Musical.

Dimanche 9, 10h, entrée principale du cimetière du Sud, "Visite de la morgue du cimetière de Tournai : un musée de poche" en compagnie de Jacky Legge, conservateur des cimetières tournaisiens. 

Dimanche 9, Grand'Place "Tournai en fête et ses cortèges", 9h30, remise des clés, lever des couleurs avec la Royale Harmonie des Volontaires Pompiers, prestation de serment des porteurs de géants, 11h, parade par The Borderline Pipes and Drums B Pipe, Hôtel de Ville, 12h, 60e Concile des Chevaliers de la Tour, Grand'Place, 15h15, concert du Brass Band d'Herinnes, 16 h : cortèges en ville des géants et leurs suites, de bandas et corso fleuri, défilé sur la Grand'Place avec rondeau final. 

Jeudi 13, Hôtel de Ville, salon de la Reine, 18h30, "La maladie d'Alzheimer", conférence par le Docteur Pierre Denayer, neurologue au CHWAPi dans le cadre du cycle des "Conférences Santé 2013".

Du vendredi 14 au dimanche 16, Thimougies, 33e édition d'Arts Thimougies, soirée country le vendredi, foire artisanale et des saveurs du terroir, biennale des épouvantails, festivités diverses, corso fleuri, tour de chant de Jean Claude Coulon, spectacle pyrotechnique par la "Compagnie des Etoiles Filantes".

Du vendredi 14 au dimanche 16 juin, Tournai-Expo, de 10 à 20 "Village provencal" et son marché, une quarantaine de producteurs et d'artisans venus vous faire découvrir le pays des cigales. 

Vendredi 14 juin, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h :"Fanafro, danses du monde". 

Samedi 15, salle La Fenêtre, 20h, rencontre d'improvisation Belgique-Canada

Vendredi 21, en soirée, salle La Fenêtre et dans le centre-ville : "Fête de la Musique", concerts gratuits sur podiums, dans les cafés, sur les places, le long de l'Escaut... 

Samedi 22, Froyennes, Ecole du Saulchoir, "Bourse aux jouets, puériculture et vêtements d'enfants", animation musicale par les "Sourds y dansent".

Du vendredi 28 au dimanche 30, place Paul Emile Janson, festivités diverses dans le cadre de "l'inauguration du nouveau centre de Tourisme" et "Grande Bazarderie" dans le centre de la ville. 


Expositions :


jusqu'au 2 juin, Rasson Art Gallery, "Urban feeling".

Jusqu'au 8 juin, centre commercial les Bastions, "exposition BD", animations diverses, dédicaces d'auteurs. 

Jusqu'au 9 juin, Maison de la Culture, expositions des photos d'Alain Bryers, "My Sweet Caravan".

à partir du 14 juin, Rasson Art Gallery, les oeuvres de "Cédric Bouteiller".

Jusqu'au 16 juin, Galerie Quai Notre-Dame, 34, "In Occùrsus", sculptures de Samuël Coinne et Nicolas Gaillardon. 

Jusqu'au 24 juin, Musée de la Tapisserie et des Arts du Tissu (Tamat), "Homemade/Handmade", un exposition de design vestimentaire autour du lin par des créateurs québecquois, français et belges. 

jusqu'au 21 juillet, Musée des Beaux-Arts, "La Beauté sauvera le Monde", une centaine d'oeuvres du Gréco, de Friedrich, Monet, Seurat, Van Gogh, Balla...

Jusqu'au 3 août, Maison de la Culture, "exposition des oeuvres du prix Artistique 2013 de la Ville de Tournai".

Jusqu'au 30 août, Centre de la Marionnette -Musée des Arts de la Marionnettes : "Marionnettes de films d'animation". 

Jusqu'au 1er septembre, Musée d'Histoire Naturelle, "Des Serpents et des Hommes", tout découvrir sur ces reptiles qui inspirent crainte et peurs irraisonnées.

Jusqu'au 30 septembre, Musée d'Archéologie, "Helkijn, château-fort et résidence des Evêques de Tournai".

Ce programme est susceptible de modifications ou d'ajouts.

(S.T. Mai 2013)

 

27 mai
2013

09:30

Tournai : la Grand'Place, témoin de l'Histoire (2)

Nous poursuivons notre découverte des évènements qui marquèrent l'Histoire de la cité des cinq clochers ayant pour cadre sa Grand'Place.

Les archiducs Albert et Isabelle.

Albert (1559-1621), Archiduc d'Autriche épousa l'infante d'Espagne, Isabelle, fille de Philippe II en  1599 et gouverna les Pays-Bas de 1596 jusqu'à sa mort survenue à Bruxelles en 1621. Le 8 février 1600, le couple fit sa Joyeuse Entrée à Tournai. Sur la Grand'Place, à l'ombre de la Halle-aux-Draps, un trône avait été installé. Ils jurèrent, à genoux et la main sur l'Evangile, devant le peuple rassemblé, de maintenir intactes les constitutions de la ville et, en réciprocité, reçurent le serment de fidélité du magistrat qui la dirigeait, le peuple le répétant la main levée. Après cette prestation de serment, les trompettes sonnèrent et, selon l'usage consacré, un grand nombre de pièces d'or et d'argent marquées à l'effigie des Altesses fut jeté dans la foule.

Les visites du "Roi Soleil".

La nuit du 20 au 21 juin 1667, à l'issue un très court siège, Louis XIV investit Tournai. Quatre jours plus tard, il s'y faisait inaugurer en compagnie de la reine. La Grand'Place reçut la visite du "Roi Soleil". Celui-ci revint quatre ans plus tard afin de poser la première pierre de l'église de l'Abbaye de Saint-Martin. Le 17 mai 1668 fut exécuté sur la Grand'Place, le sieur Jean de Lannay, coupable d'avoir établi de faux titres de noblesse et de fausses généalogies. 

Le foyer d'une terrible épidémie

En 1668, des négociants venus de Marseille firent halte dans l'auberge à l'effigie de Saint-Georges située à proximité de l'église Saint-Quentin. Il semble qu'ils soient à l'origine du développement de l'épidémie de peste qui tua le cinquième des habitants de la cité et se répandit dans les provinces des Pays-Bas. 

La plantation de l'arbre.

Une tradition oubliée était la plantation de l'arbre de l'Aigle (appelé dans d'autres régions l'arbre de Mai, le "meiboom" à Bruxelles), un sapin haut de 85 pieds, peint en rouge et surmonté d'un aigle doré, les ailes entr'ouvertes. De très nombreux participants (on évoque le nombre de plusieurs centaines, voire un millier) le retiraient du cloître de Notre-Dame pour aller le dresser sur la Grand'Marché. Cette coutume a subsisté jusqu'à la Révolution française. Durant la présence des Révolutionnaires français, on célébra l'anniversaire de la mort du tyran (c'est ainsi qu'ils nommaient le roi de France). Vers midi, on arbora, par ordre, le drapeau tricolore sur toutes les façades, à trois heures, le corps du magistrat se rendit de l'évêché sur la Grand'Place où on découvrait en face d'une statue de la Liberté, un bûcher sur lequel reposaient les emblèmes de la royauté et de l'esclavage. Le grand prévôt y mit le feu au bruit des vivas populaires et des salves de l'artillerie. On chanta des hymnes en l'honneur de la République. Certains témoins qualifièrent ces festivités de farce démagogique. 

L'indépendance de la Belgique.

Le 28 septembre 1830, afin de fêter la victoire sur l'occupant hollandais et la remise de la citadelle aux édilités tournaisiennes, on planta au milieu de la Grand'Place, un mat pavoisé aux couleurs nationales que l'on remplaça par la suite par un chêne. 

La première visite royale

Lors de chaque visite royale dans la cité des cinq clochers, le forum accueille le souverain, nous ne relaterons donc que la visite que fit le roi Léopold 1er, le 30 septembre 1860, accompagné de ses fils, de la duchesse de Brabant et de quelques ministres. Un trône avait été dressé là où débouche la ruelle de la Grand'Garde, pendant deux heures des groupes formés d'habitants de la ville et des villages de l'arrondissement défilèrent, bannières en tête, acclamant le roi. On nota la présence de la phalange des combattants de 1830, des compagnons-pilotes, des confréries d'archers, de choeurs et d'harmonies et de chars symbolisant les différentes industries tournaisiennes. 

L'inauguration de la statue de Christine de Lallaing

C'est le lundi 21 septembre 1863 que fut inaugurée la statue érigée en hommage à Christine de Lallaing, princesse d'Espinoy (voir l'article qui lui est consacré). Elle personnifie le courage de nos ancêtres, évoque leur amour de la patrie et leur soif de liberté. Cette oeuvre en bronze du sculpteur tournaisien Aimable Dutrieux mesure 6m50 et pèse 2.200 kilos selon Bozière tandis qu'un autre auteur, Jean Jacques Sourdeau, qui lui a consacré une plaquette à la fin du vingtième siècle, lui attribue une hauteur de 3m30 et un poids de 2.500 kilos. Notons que l'inauguration avait été postposée car à la date initialement choisie, le dimanche 20 septembre, il pleuvait à torrent. Le dimanche suivant, la fête se poursuivit par un spectacle équestre présenté sur la plaine des Sept-Fontaine par le 1er Régiment des Chasseurs. Le soir, sur la Grand'Place illuminée pour la circonstance eut lieu un festival tandis que la semaine de festivités se termina par un feu d'artifice tiré de la passerelle du pont de Fer. 

La seconde guerre mondiale.

Les bombardements de mai 1940 vont détruire la presque totalité des bâtiments de la Grand'Place ne laissant parfois que des façades. Pour maintenir l'activité commerciale, on va ériger des constructions légères à usage d'échoppes commerciales sur le centre de la place, celles-ci y resteront jusqu'à la reconstruction à la fin des années quarante et le début des années cinquante.

Orpheline de ses foires et kermesses.  

Tournai a la chance de connaître annuellement deux fêtes foraines : la plus ancienne, la foire de Mai dont l'origine remonte à la Franche Foire dont il est fait référence dans la charte octroyée par Saint-Louis en 1267. A cette occasion, les banqueroutiers non frauduleux et les bannis pour d'autres raisons qu'un meurtre pouvaient séjourner en ville le temps de la foire. La même immunité était accordée aux marchands, sujets des nations ennemies de la France, pourvu qu'ils soient sans armes et prennent leur nourriture en dehors de la ville (sic). La seconde est la kermesse de septembre, c'est le moment des Fêtes de Tournai. A la fin du vingtième siècle, prenant exemple sur d'autres villes, les autorités communales ont souhaité transférer la foire de mai et la kermesse de septembre sur l'Esplanade du Conseil de l'Europe (l'ancienne plaine des Manoeuvres), les forains ont probablement gagné en guise de confort et de facilité pour le montage et le démontage de leurs métiers mais l'ambiance n'est plus la même, on semble avoir déserté le coeur de la cité où il faisait bon se promener et s'installer aux terrasses des cafés en regardant les attractions foraines.

Un lieu attractif.

Si la Grand'Place a perdu ses attractions foraines, d'avril à octobre, elle est, peu à peu, devenue le lieu de rassemblement des Tournaisiens et des visiteurs de la cité des cinq clochers, les terrasses des nombreux cafés et restaurants ne désemplissent pas, des dizaines de motards s'y donnent rendez-vous les dimanches d'été au détour d'une balade laissant admirer par les promeneurs leurs machines rutilantes, les festivités des Amis de Tournai l'animent en juin, le podium des vedettes, le bal populaire et le feu d'artifice attirent la grande foule le 21 juillet, les concerts des dimanches d'été amènent les amateurs de musique, le marché de Noël, la patinoire et les illuminations la transforment en un lieu féérique durant tout le mois de décembre... 

La Grand'Place rénovée.

Dans le courant du vingtième siècle, le forum tournaisien a subi de nombreuses restaurations qui ont abouti à lui donner son visage actuel. Au début des années soixante, on a enlevé les pavés et posé un revêtement d'asphalte, traçant un parking central qui faisait de l'endroit un imposant giratoire. En 1996 ont débuté les derniers travaux de rénovation, deux ans plus tard, le forum se parait d'un nouveau pavage, de pierre bleue, de nonante clous lumineux à fibre optique, de trente jets d'eau pouvant atteindre un mètre de hauteur, d'une statue de Christine de Lalaing ayant retrouvé son lustre d'antan. La façade de la Halle-aux-Draps avait été nettoyée et l'or de ses décorations avait été refait. Le chantier avait coûté 138 millions de francs (3.421.000 euros). L'inauguration eut lieu les 11,12,13 et 14 septembre, des festivités qui attirèrent des dizaines de milliers de spectateurs venus voir les prouesses aériennes de la Compagnie Transe Express qui avait participé à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques d'hiver à Albertville, applaudir le podium des vedettes où évoluaient Mélanie Cohl, les G-Squad et les Words Apart, participé au Marché de l'Europe ou étaient proposés des produits et spécialités de quinze pays. Pour la première fois depuis 1971, le dimanche 13, la grande procession historique traversa la Grand'Place et la braderie s'y déroula le lundi 14.

La Grand'Place 2013 est malade.

Lors de son inauguration, tout le monde s'accordait pour dire que la place était devenu le forum du futur, un lieu de rencontre sympathique, un espace de convivialité, un endroit où il faisait bon flâner. Si cela s'est rapidement vérifié, quinze années plus tard, force est de constater que la Grand'Place est malade, elle souffre de l'attitude désinvolte d'une partie de ceux qui lui rendent visite et de leurs incivilités. Les dimanches, on assiste à un stationnement sauvage en dehors des emplacements prévus, les potelets doivent être remplacés parce qu'ils sont régulièrement accrochés ou démolis par des automobilistes trop pressés, certains clous lumineux ont été détruits, le personnel chargé de la propreté publique (les petits hommes verts) évacue régulièrement les canettes et papiers laissés par des promeneurs sans scrupules, les bacs à fleurs sont régulièrement vandalisés et les plantations doivent être régulièrement remplacées, les déjections canines exigent, bien souvent, des slaloms de la part des piétons et, last but not least, de nombreux pavés des bandes de circulation se désolidarisent laissant des trous tout aussi dangereux pour les chevilles des piétons que pour les jantes et pneus de voiture. Il ne s'agit pas, comme certains voudraient le faire croire d'une mal-façon imputable à l'architecte qui a dessiné son plan ou à l'entrepreneur qui a réalisé les travaux, c'est le résultat d'une augmentation de la circulation automobile sur une place qu'on voulait piétonne lors de la présentation du projet, mais cette idée a fait frémir les commerçants qui restent foncièrement convaincus que l'absence de passage les condamne à brève échéance. Elle était interdite aux véhicules lourds mais les panneaux d'interdiction ayant disparu, cars de touristes et imposants camions de livraison l'empruntent en pesant de tout leur poids sur des pavés sciés, c'est-à-dire n'ayant pas d'assise profonde et suffisante. 

On a coutume de dire que la Grand'Place est le centre de la ville, même si à Tournai elle est excentrée, elle n'en reste pas moins le coeur de la cité et ce coeur doit continuer à battre, lui qui est le témoin muet des évènements, parfois historiques, qui s'y déroulent. 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J Bozière, ouvrage initial paru chez l'éditeur Adolphe Delmée en 1864 et réédité aux éditions Culture et Civisilisation en 1974 - série d'articles parus dans la presse locale, le Nord-Eclair et le Courrier de l'Escaut, en septembre 1998 dont un rappel historique sous la plume de Jean Luc Dubart). 

(S.T. Mai 2013)


 



  


24 mai
2013

17:14

Tournai : expressions tournaisiennes (225)

Chest l'feaute à qui ?

J'ai bieau ravisé l'calinderrier qui m'dit qu'on est au meos d'mai, j'sus toudis aussi ingélé et j'ai même roupie à m'nez. J'ai laiché dire que cha s'ra ainsin tout l'été, pos beauqueop d'solel et à peine vingt degrès. A croire que l'thermomète i-est patreonné pa les banquiers pou rester aussi bas qu'les intérêts.

Asteur quançqu'i-a eine séquoi qui n'va pos treop bin, ch'est toudis à causse d'l'Europe, te n'in f'ras pos démorte les gins.

Edmeond i-m'a dit l'dernière feos que j'l'ai rincontré : "te sareos m'dire ce que l'Europe elle nous a apporté, moinse d'ouvrache, beauqueop d'chômache et des impeôts à l'rache, i-a deux ou treos grands pays qu'i-ont tout décidé et les vingt-chinq eautes i-n'eont pus qu'à dire qu'ahais, on nous a dit qu'a causse d'elle, on vit in paix d'puis chinquante ans, ch'est vrai, mais les ceusses qui nous dirige'tent, eusses, i-ont trouvé eine belle plache pou caser leus infants, combin cha coûte tous ces gins qui pourmènent inter Bruxelles et Strasbourg, qui feont des réunieons et bloquent l'circulatieon pindant des jours, si acore i-arriveot'ent à ein accord mais pou printe eine décisieon, i-d'a toudis ein qui n'est pos d'accord et...".

J'ai bin été obligé de l'faire taire, j'aveos l'impressieon d'avoir pas d'vant mi ein révolutionnaire. 

A vo meote, vous pinsez qu'l'Europe elle a aussi à voir dins l'météo, ch'est vrai qu'i-seont forts pou nous orfroidir à l'feos mais là, quand même, cha m'étonnereot ! 

A cause du freod, on va d'voir ralleumer Tihange et Doel et cha comminche d'jà à faire de l'détoule. L'patreon d'eine agince qui deot normal'mint nous protéger, i-a dit, ceulle sémaine, que l'nucléaire ch'éteot sans danger, mais, pou li, les éoliennes, ces grands moulins, cha va morir pa chintaines les gins. Bé, m'n'heomme i-n'manque vraimint pos d'air à moinse qu'i-n'soiche sponsorisé pa l'industrie nucléaire. Allez d'minder aux gins d'Tchernobyl ou bin d'Fukushima quoisqu'i-pinse'tent in intindant cha. Pétête que pou diriger l'agince nucléaire, i-feaut ête sorti de l'caisse de Jupe Hilaire (de l'cuisse de Jupiter, comme vous l'veyez, j'veux pos qu'on pinse que j'sus patreonné et ainsin je n'fais pos d'publicité). Comme cha a fait ein rude potin, bé i-a déminti l'lind'main, ch'est l'journalisse qui a mal compris, ch'est pos cha qu'i-a dit. I-a voulu dire : "du nucléaire, vous n'devez surtout pos avoir l'pépette car, croyez me, vous n'serez pus là l'jour où cha pète". 

A causse du freod, su les marchés, les légueumes i-seont tchiers, ch'est à l'pièche qu'on va béteôt acater les penn'tières et si te veux des salsifis et des tomates, va d'abord faire l'plein d'liards à l'automate. Combin qui feont les p'tits peos ? Cha dépind, à l'pièche ch'est deux eureos. A l'plache de mette des sous su ein carnet d'dépôt, j'vas investir dins les primeurs et les mette in peots. Ch'est quand même malhureux d'vir que su no tierre, les seules qui ont acor d'l'avenir, ch'est les banques alimintaires. 

Au meos d'mai, pou les marchands d'mazout, bin souvint l'saiseon elle est out. Pou deîner, à t'maseon, te minges des brochettes, de l'salate ou bin de l'compote mais pus du ragoût d'mouteon, des ratatoules aux navieaux ou bin aux carottes. Les docteurs i-queure'tent seots tell'mint i-a des malates à tire-larigeot. In orwettiant, saim'di dernier, à l'télé, l'arrivée du Giro in heaut du Galibier, j'ai vu, dins ein mète d'neiche, eine marmotte qui simbleot orgretter s'ête réveillée. 

A Tournai, i-a pos bin lommint, pou avoir du bieau temps lors d'ein évèn'mint, on alleot porter des ouès à Sainte-Claire su l'quai mais, ov'là l'drame, depuis quate ou chinq ans, l'couvint des Clarisses i-a serré. I-arriveot aussi à l'feos qu'on "déquindeot l'chasse d'Saint-Eleuthère" et la foule veneot à l'cathédrale l'prier pou l'fin des misères mais comme à chaque feos, i-aveot ein chanoine qui rindeot l'âme, adeon, j'comprinds qu'asteur on hésite ein queop du côté d'Noter-Dame. 

J'vas arrêter là pasque d'jà qu'ave les panneaux photovoltaïques, i-a l'broule chez nos heommes politiques et, vous l'savez, mi, j'ai toudis été pou la paix des ménaches et je n'veux foute perseonne in rache. 

Demain, restez bin au coin de l'buse in attindant qu'l'hiver i-s'use ! On nous anneonche quinze degrès, six au matin et nuef à l'après-deîner ! 


(lexique : l'feaute : la faute / raviser : regarder / l'calinderrier : le calendrier / l'meos : le mois / toudis : toujours / ingelé : transi de froid / laiché : laissé / beauqueop : beaucoup / asteur : maintenant / quançque : quand, lorsque / eine séquoi : quelque chose / démorte : renoncer, "i-n'peut pos in démorte" signifie "il s'entête" / moinse d'ouvrache : moins de travail / eautes : autres / ahais : oui , dire qu'ahais : acquiéscer / les ceusses : ceux / à vo meote : selon vous, à votre idée / orfroidir : refroidir / à l'feos : parfois / ralleumer : rallumer / commincher : commencer / l'détoule : des ennuis, des bagarres / pétête : peut-être / avoir l' pépette : avoir peur / les légueumes : les légumes / tchier ou tcher : cher / l'pièche : la pièce / béteôt : bientôt / acater : acheter / les penn'tières : les pommes de terre / des liards : de l'argent / les peots : les pots / acor : encore /  out : terminée / deîner : dîner / des navieaux : des navets / lommint : longtemps / les ouès : les oeufs / serré : fermé : déquinte : descendre / adeon : donc / ein queop : un coup / queurir : courrir / l'broule : la brouille, la mésentente / foute : mettre).

(S.T. Mai 2013)

17:14 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, patois, picard |

22 mai
2013

10:26

Tournai : la Grand'Place, témoin de l'Histoire

En parlant d'elle, certains la désignent sous le vocable de "forum tournaisien" en référence à cette place de Rome où le peuple s'assemblait, véritable centre religieux, commercial et juridique de la cité, haut lieu de la vie publique. Il est vrai que notre Grand'Place a vu se dérouler de multiples évènements, heureux et malheureux, représentations de la mentalité de l'époque.

Nous allons la découvrir depuis le moyen-âge jusqu'à nos jours, huit siècles marqués tout autant par des faits violents que par des festivités somptueuses.

Les origines.

A l'époque gallo-romaine, son emplacement actuel était situé hors des murs de la cité comme le prouve la présence d'un cimetière romain qui s'étendait jusqu'à la rue Perdue. Peut-être même y trouvait-on un ustrinum où étaient réduits en cendres des corps avant que ne leur soit donné une ultime sépulture.  

La place actuelle apparaît au moyen-âge, on l'appelle alors le Grand'Marché et on y tient les marchés au blé, aux pommes, au poisson, on y note également la présence de fripiers. Ce marché prendra le nom de Marché de l'Empereur, un terme encore utilisé naguère dans les avis officiels publiés par l'édilité tournaisienne. 

Dès le moyen-âge

Notre histoire commence par une rébellion. Le deuxième jour d'avril 1307, l'évêque Gui de Boulogne (1301-1324) tient avec les magistrats et les curés, un synode où il fut résolu de prélever une nouvelle contribution sur le peuple. La nouvelle à peine connue, les tisserands, les foulons et autres gens de métiers se rassemblèrent sur la Grand'Marché et s'opposèrent violemment à la perception de cet impôt en rouant de coups les percepteurs et en s'attaquant même aux portes de la ville qu'ils jetèrent dans les fossés. Le lendemain, ils se massèrent à nouveau sur la place, s'emparèrent des enseignes déposées chez les connétables, arrêtèrent les magistrats et forcèrent les gens riches à figurer dans leurs rangs. Cette ardeur fut rapidement refroidie par une violente tempête accompagnée de torrents de pluie, durant la nuit, la foudre tomba sur l'église Saint-Piat. A la suite de ces évènements qu'on désigna sous le nom de "Révolte des foulons" du 2 avril 1307, les électeurs choisirent de nouveaux magistrats, on effectua une enquête et on bannit les coupables. L'histoire ne nous dit pas si l'impôt fut maintenu !

D'étranges pélerins

Quarante-deux ans plus tard, en août 1349, on vit apparaître sur la Grand'Place tournaisienne des gens venus de Flandre et d'Allemagne portant sur leurs vêtements une camisole, sans manches, populairement désignée sous le nom de "cloche". Sur le dos de celle-ci était cousue une croix rouge. Pendant 33 jours et demi, au rythme de deux fois par jour, ces singuliers personnages se battaient au moyen de lanières, un fouet appelé "scorgie". Ils formaient une secte désignée sous le nom de "Flagellants", car, pour eux, il n'y avait point de salut possible sans châtiment et la rédemption ne s'obtiendrait que grâce à la douleur. La première pénitence qui eut ainsi lieu sur la Grand'Place rassembla pas moins de 565 adeptes locaux du souffrir pour souffrir. 

La guerre de succession.

En 1477, le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, meurt. Tournai est entraînée dans la guerre de succession de Bourgogne. Marie de Bourgogne, fille du duc défunt, entame des négociations avec les Tournaisiens afin d'obtenir leur neutralité dans le conflit qui l'oppose au Roi de France, Louis XI. Des troupes françaises sont introduites,par ruse, dans la ville comme le raconte l'historien Chotin dans son tome II de "L'Histoire de Tournai et du Tournésis". Durant cette guerre qui se déroula de 1477 à 1478, des Leuzois s'étaient flattés de battre les Tournaisiens et s'étaient partagés, à l'avance, les plus belles maisons de la Grand'Place. Mis au courant de ces intentions, les bourgeois de Tournai attaquèrent le château de Leuze, ramenant du bétail et des prisonniers qu'ils exposèrent, ni plus, ni moins, à la vente sur le Grand'Marché. 

L'hôtel du Porcelet.

Au début du XVIe siècle se dressait sur la Grand'Place, une maison considérée comme la plus ancienne de la ville : l'hôtel du Porcelet ou Hôtel du Porc. La légende déclare qu'elle avait été construite sur l'emplacement d'un édifice qui servait d'habitations aux préfets romains. Elle se distinguait des autres constructions par ses tours et le porc en pierre qui la surmontait. En 1506, lors de sa prise de possession de la chaire épiscopale de Tournai, Charles de Haubois (Charles 1er de Hangest, 1501-1525) se présenta au balcon de cet hôtel et donna la bénédiction à plus de vingt mille personnes rassemblées non seulement sur la place mais aussi dans les rues adjacentes. Lors de la prise de Tournai, en 1513, par les Anglais, le monarque Henri VIII reçut le serment de fidélité des habitants sur la Grand'Marché et on dit que, durant son séjour en nos murs, le monarque rassemblait son conseil une fois par semaine dans l'hôtel du Porcelet.

Le tournoi de 1513.

Afin de se rendre populaire, Henri VIII donna un magnifique tournoi sur la Grand'Place. La tente royale, couverte de drap d'or et de velour vert, prenait appui sur le beffroi, lui faisant face était dressé un perron orné des écussons de l'élite de la noblesse anglaise. Les meilleurs cavaliers se mesurèrent sur des chevaux carapaçonnés. Ce tournoi a laissé un souvenir impérissable aux Tournaisiens qui le reconstitueront en 1913 (voir l'article consacré à ce sujet : l'année 1913 sous la loupe). 

La Joyeuse Entrée de Charles Quint

Le 28 novembre 1531, la population tournaisienne attendait fébrilement l'arrivée de Charles Quint (1500-1558). Les Consaux accueillirent à la porte Marvis celui qui venait d'être couronné à Bologne. Deux jours plus tard, on salua l'arrivée de la soeur de l'empereur, Marie de Hongrie. Du 2 au 5 décembre se tint un chapitre de la Toison d'Or durant lequel vingt-trois seigneurs reçurent le prestigieux collier. 

La Joyeuse Entrée de Philippe II.

Le 7 août 1549, la Grand'Place va à nouveau servir de décor pour une nouvelle Joyeuse Entrée, celle de Philippe II (1527-1598), fils et successeur de Charles Quint. Le forum tournaisien est décoré de tentures aux couleurs de l'Espagne, on y représente l'histoire de David terrassant Goliath et consacrant son fils Salomon, roi d'Israël et également une scène montrant Charles Quint remettant la couronne d'Espagne à son fils. La juxtaposition savamment orchestrée de deux évènements de façon à montrer au peuple que le Roi a reçu son pouvoir de Dieu.

Autres spectacles, vingt ans plus tard.

Le bon roi Philippe accueilli avec enthousiasme par la population tournaisienne va montrer une face bien sombre de sa personnalité à peine vingt ans plus tard. il va mener une politique absolutiste et hostile au protestantisme qui était apparu dans nos régions. Le cruel duc d'Albe ne fera pas dans la dentelle, c'est le moins qu'on puisse dire. De 1567 à 1570, au pied du beffroi, sous les tours de Notre-Dame, on pendit, brûla vif et décapita des gens opposants à la tyrannie espagnole et à son intolérance religieuse. Un chroniqueur de l'époque, Le Soldoyer, déclare qu'entre le 17 janvier et le 28 juin 1570, 56 personnes furent pendues, 36 brûlées, deux subirent le supplice de "l'estrapade" (on hissait le coupable à une certaine hauteur et on le laissait tomber plusieurs fois de suite), 60 furent décapitées, d'autres eurent la langue ou les mains tranchées, bref, on dénombra 160 victimes de cette barbarie dont savent faire preuve les intolérants à chaque époque de l'Histoire.

(à suivre)

(sources :  "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière - série d'articles parus dans le journal Nord-Eclair en août 1996 sous la plume de Jean Luc Dubart basés sur des recherches de Willy Goeminne, membre de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai). 

20 mai
2013

19:03

Tournai : le courtil de la chaussée de Lille

On désigne par "courtil", le petit jardin qu'on trouvait jadis dans les fermes, quelques mètres carré où poussaient fleurs et légumes.

En septembre 2012, lors de l'édition du livre "Les mémoires du faubourg de Lille", les auteurs avaient souhaité laisser un souvenir de leurs réunions hebdomadaires et extrêmement chaleureuses organisées pour sa rédaction. C'est alors qu'est née l'idée de création d'un petit espace vert à l'angle de la chaussée de Lille et de l'avenue Minjean, un lieu convivial où il ferait bon se reposer au cours d'une promenade, un endroit de rencontres pour continuer à évoquer des souvenirs ou commenter l'actualité, un petit coin sympathique destiné, les soirs d'été, aux plus jeunes comme aux plus âgés pour tisser des liens d'amitié, un jardin où vont peut-être se nouer, comme jadis, des idylles ou des amours éternels. 

L'Administration communale a marqué son accord et le service des plantations de la Ville sous la responsabilité de Gauthier Fontaine, orginaire du faubourg, a accepté de travailler en partenariat avec les jeunes fréquentant la "Port'Ouverte". Ainsi durant l'automne, un nettoyage complet a fait disparaître toute la végétation qui avait sauvagement poussé sur ce petit terrain. 

Durant l'actuel printemps, de nouvelles plantations ont eu lieu, deux bancs rustiques ont été posés, de l'herbe a été semée. L'entretien régulier du jardin a été confié aux membres de la Maison des Jeunes. 

Les responsables ont pris la décision de procéder à l'inauguration de cet oasis de verdure lors de la ducasse annuelle du faubourg de Lille qui a traditionnellement lieu le lundi de la Pentecôte. Comme il avait été dit : "on la fera au bon temps" !

Ce lundi 20 mai, le ciel est brumeux, les nuages bas se sont invités aux festivités du quartier Saint-Lazare, ils se sont investis de la mission de distiller quelques gouttes de pluie pour arroser une végétation qui est loin d'être assoiffée, ils ont peint un ciel tristounet sans pour autant atteindre le moral des habitants du quartier.  

En effet, les inaugurations dans ce faubourg sont toujours copieusement arrosées, on se rappellera que lors de l'inauguration de la rue de la Fondation Follereau située derrière la chapelle des Lépreux, en présence de Raoul Follereau et de son épouse, Madeleine, édilités et sympathisants de cette noble cause qu'est la lutte contre la lèpre durent être abrités sous une forêt de parapluies afin de les protéger des hallebardes qui tombèrent toute la journée, c'était également au mois de mai. 

Bravant l'humidité et la morosité engendrée par ce temps trop humide et trop frais pour la saison, l'Optimiste a néanmoins décidé de se rendre au marché aux puces des habitants du quartier, choisi d'assister à l'inauguration du courtil et écouter l'aubade donnée par la chorale du conservatoire de Tournai, il va être spectateur de la traditionnelle et cocasse course de brouette et participer aux différentes animations et au spectacle de cirque de rue. 

Pour que subsistent ces festivités annuelles, les jeunes qui fréquentent la maison "Port'Ouverte" ont repris le flambeau de leurs aînés, perpétuant l'ambiance de ces moments qui permettaient, jadis, aux habitants d'un quartier de se rencontrer dès le retour des beaux jours.

Les échos d'une journée bien arrosée.

Depuis bien longtemps, ils sont plusieurs dizaines d'exposants à venir rejoindre les habitants pour le traditionnel marché aux puces. Si on dit que "la pluie du matin n'arrête pas le pélerin", elle a probablement dissuadé les camelots extérieurs au quartier car ils étaient tout au plus une petite dizaine à avoir bravé le léger crachin qui s'abattait depuis le lever du jour sur l'asphalte des routes et sur un parvis de l'église Saint-Lazare un peu désert. 

A la hâte, les dirigeants et jeunes de la Port'Ouverte ont monté une tonnelle afin d'abriter les orateurs et l'Ensemble vocal du Conservatoire qui, vers 11h15, participèrent à l'inauguration du courtil. La foule (car des dizaines de personnes avaient à ce moment rejoint l'avenue Minjean) reprit en choeur le désormais hymne local : "le faubourg de Lille" écrit par Maryse Deprez sur l'air de la chanson de Luis Mariano : "C'est magnifique". 

A la tribune, l'échevin de l'enseignement et des espaces verts, Philippe Robert, la coordinatrice des Ecrivains publics de Wallonie picarde, Caroline Jesson, le président de la maison des jeunes, Christian Gueuning se succédèrent pour évoquer ce faubourg où il fait bon vivre, le livre qui lui a été consacré dont il ne reste que quelques exemplaires et ce centre pour les jeunes ouvert il y a déjà une quarantaine d'années. En présence également de Pol Olivier Delannoy, échevin délégué et de Daniel Senesael, député-bourgmestre d'Estaimpuis, on arrosa l'évènement par le verre de l'amitié. Il ne restait d'ailleurs plus que les entrailles des spectateurs à hydrater puisque le reste du corps l'était déjà depuis bien longtemps malgré la forêt de parapluies multicolores qui tentaient d'égayer la grisaille tenace.

C'est donc sous les tonnelles qui d'habitude protègent les convives des ardeurs du soleil que fut servi le couscous et c'est sous une météo un peu plus clémente qu'eut lieu la course de brouette et les autres festivités. La ducasse Saint-Lazare 2013 a vécu !

S.T. mai 2013 



19:03 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, saint-lazare, courtil, faubourg de lille |

18 mai
2013

09:40

Tournai : expressions tournaisiennes (224)

Et dire que Raymeond, ch'est ein beon garcheon !

Eine feos n'est pos coutume, j'vas laicher in paix Edmeond et Fifinne, nos deux annochints pou vous parler de l'fiête des mamères chez Raymeond et Ernestine qui seont leus visins.

Adeon, l'paufe Raymeond, pindant toute eine sémaine, i-a busié quoisqu'i-pourreot bin offère à s'feimme.

Pos des fleurs, cha s'reot catastrophique pasque d'puis toudis elle est allergique. I-s'rappelle acore l'prumière feos qui li in a deonnées, pindant treos jours, Ernestine elle a éternué.

Comme elle aimeot bin Charles Trenet, i-li a, ein jour, acaté tous ses succès, cha fait asteur trinte ans qu'i-intind à chaque feos "La Mer", du queop i-d'a même attrapé l'mal de mer. Du "Fou cantant", i-n'supporte pus les cancheonnes, i-a l'souglou, mau à s'tiête, tout s'corps i-treonne. I-l'a prévenue, si te mets acore eine seule feos Charles Trenet, j'sins que j'vas flaubir et que j'vas dégobiller

Au grand magasin, ein amisse li aveot dit d'cacher après ein life dins l'rayeon loisirs, ahais, bin jeué, ce qui n'saveot pos, l'andoule, chez qu'Ernestine elle n'aime pos lire. Curieusse comme eine jeone de gatte, elle a déballé l'cadeau sans misère, mais l'life y-est béteôt resté deux ans sur ein meupe à printe l'poussière. "Ch'est ein bieau roman, te sais" li a dit s'n'heomme, cha s'passe au temps des Croisés, elle li a répeondu aussi sec, si i-a de l'valeur, ené, va l'porter à l'bibliothèque. 

Et, d'puis trinte ans, ch'est ainsin chaque ainnée, Raymeond i-n'sait vraimint pus à queu saint s'vouer.

Ein jour qui aveot rincontré in ville Edmeond et Fifinne, i-a ormarqué ein bieau apparel dins eine vitrine. L'vindeu li a dit : "ave cha vo feimme elle va ête fin bénaisse, elle va pouvoir faire à minger à s'n'aisse, ch'est ein robeot à tout faire, eine machine estraordinaire". Raymeond i-éteot aux anches quand i-l'a eu acaté et i-s'impressé d'aller li deonner. Vous n'allez jamais adveiné quoisqu'Ernestine elle a trouvé : "Si cha fait tout sans difficulté, bé asteur, te pourras préparer l'deîner". Ainsin Raymeond i-a ravisé les vielles émissieons culinaires qu'on veyeot dins l'temps ave Maïté ou bin Michel Oliver et ch'est comme cha que no n'amisse, in gastronomie, i-est dev'nu ein espécialisse.

I-a bieau avoir l'raminvrance de toutes ceulles affaires, cha n'li dit toudis pos ce qui va li offère.

I-a bin busié l'emmener minger queuqu'part mais là aussi Ernestine ch'est ein cas à part. Elle orwette dins les assiettes de ses visins et fait des commintaires assassins :

"Comme j'veos, i-n'feaut pos ête glout, attintieon, savez, de n'pos ête malate, les penn'tières seont noirtes, i-a pos là beauqueop d'fuelles d'salate et l'viante elle n'est pos l'air fort cuite, on direot que ch'a été préparé à l'va-vite" ou bin veyant les verres de bière su l'tape, elle dit bin heaut : "A combin qui vind ceulle biscurisse pasque comme dit m'n'amisse Alice, m'heomme i-n'li pos ses tchiens ave des saucisses". L'patreon i-priereot n'importe queu saint pou n'pus vir arriver mes deux gins.

I-éteot dins ses pinsées quand i-a alleumé No Télé (ch'est l'téléviseon qui a à Tournai). I-a vu ein p'tit garcheon et ein pétite file, au cinéma Imagix faire l'file. Ch'est eine publicité que l'Intercommunale elle fait pou faire printe conscience aux gins de n'pos gaspiller. On peut ainsin offère des plaches pou l'cinéma, pou ein cours de fitness ou bin du yoga. On peut acater ein pass pou ein parc d'attractieons ou bin des billets pou ein voyache in avieon. 

L'lind'main au matin, Raymond i-est intré dins eine salle d'gymnastique pou d'minder l'prix des séances d'gym tonique. 

L'diminche, après l'apéro, jusse avant l'deîner, de s'feimme i-s'a tout douch'mint approché. "M'pétit mimisse, pou l'fiête des mamères, ov'là ichi ein passeport estraordinaire, grâce aux séances de gym tonique, te vas ortrouver des membres élastiques". I-n'a pos compris pourquoi s'feimme elle s'a mis in rache et li a foutu eine marnioufe in plein visache. "Neon mais, ortrouver des membres élastiques, s'cachireon, li i-va t'deonner du tonic". 

Ch'est ainsin que lindi au matin Raymeond i-est arrivé ave ein ouel au beurre noir chez ses visins. 


 (lexique : ein garcheon : un garçon / eine feos : une fois / laicher : laisser / annochints : innocents / l'mamère : la mère / les visins : les voisins / adeon : donc / paufe : pauvre / busier : penser / offère : offrir / toudis : toujours / acore : encore / acaté : acheté / asteur : maintenant / du queop : du coup / les cancheonnes : les chansons / l'souglou : le hocquet / treonne : tremble / flaubir : défaillir / dégobiller : vomir / eine amisse : un ami / cacher après : chercher / ein life : un livre / ahais : oui / bin jeué : bien joué, c'est réussi / l'andoule : l'andouille / ein jeone de gatte : un jeune de chèvre / béteôt : bientôt / ein meupe : un meuble / ené : n'est-ce pas / à queu : à quel / ormarqué : remarqué / bénaisse : contente / tout à n's'aisse : toute à son aise / ête aux anches : être aux anges / adveiner : deviner / l'deîner : le dîner / avoir l'raminvrance : avoir la souvenance, se souvenir / queuqu'part : quelque part / orwettier : regarder / être glout : être difficile, délicat / malate : malade / les penn'tières : les pommes de terre / noirtes : noires / les fuelles de salate : les feuilles de salade / l'viante : la viande / l'tape : la table / l'biscurisse : une mauvaise bière, une bière issue du dernier brassin (on dit aussi de l'pichate de cat) / les tchiens : les chiens / alleumé : allumé / des plaches : des places / jusse : juste / douch'mint : doucement / m'pétit mimisse : expression utilisée en signe d'affection, petit mot doux souvent dit à un enfant / ortrouver : retrouver / s'mette in rache : se mettre en colère / eine marnioufe : une gifle / eine cachireon : une gifle appuiée / eine ouel : un oeil).

(S.T. mai 2013).


09:40 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

15 mai
2013

09:40

Tournai : 1813-2013, deux siècles de présence militaire à Tournai (2)

La fin du XIXe siècle.

C'est durant le dernier quart du XIXe siècle que la cité des cinq clochers est réellement devenue ville de garnison puisque deux régiments y prendront leurs quartiers : le 1er Régiment de Chasseurs à cheval (les "chasseurs à qu'veau" comme il est appelé dans notre cité), hebergé à Saint-Jean et le 3eme Régiment de Chasseur à pied qui s'installe, en 1877, dans la caserne nouvellement aménagée dans les bâtiments centraux de la citadelle. La raison réside-t-elle dans le prestige de l'uniforme, toujours est-il que les "petits chasseurs", comme on les appelait alors, furent presque adulés par la population et principalement par la gent féminine qui ne manquait aucun de ses défilés au son de sa célèbre marche. 

Le vingtième siècle.

Le 3 août 1914, le régiment traversera Tournai sous les ovations de la foule aux ordres du Colonel adjoint d'Etat-Major Louis-Hubert Ruquoy (Frasnes-les Bussenal 1861- Braine l'Alleud 1937) pour rejoindre la gare. Durant le premier conflit mondial, les "petits chasseurs" récolteront de nombreux lauriers et seront félicités par le roi pour leur conduite, ils multiplieront les faits d'armes à l'Yser, Morsleede, Anvers, Beerst-Blook. 

Revenus à Tournai, leur commandant exercera les fonctions de chef d'Etat-Major Général à partir de 1917 et sera anobli, par la suite, au titre de Baron. Durant l'entre-deux guerre, en mémoire de ce brillant militaire, la caserne prendra son nom. 

Le 28 août 1939, le Régiment des Chasseurs à pied sera intégré à la 1ère Division d'Infanterie et quittera "sa" ville de Tournai pour ne plus jamais y revenir. En 1975, afin de lui rendre hommage, on inaugura le dixième géant tournaisien : le "P'tit Chasseur". Il est représenté avec sa tenue "vert et jonquille", son petit calot appelé, à cause de sa forme, "minute à café" et défile désormais entouré de soldats dont le costume a été minutieusment reconstitué.

Lucien Jardez, dans son ouvrage consacré au Musée de Folklore, évoque également la présence du 11e Régiment d'Artillerie, créé en 1916, arrivé à Tournai en 1919 où il restera entre les deux guerres. En 1939, il sera dédoublé. Régiment disparus après la seconde guerre mondiale, son étendard a été confié à l'Ecole d'Ordonnance. 

Durant le conflit de 1940-1945, les trois bâtiments militaires tournaisiens seront utilisés par l'occupant allemand. A la fin du conflit, la caserne Saint-Jean hébergera des prisonniers allemands, mais aussi des civils belges soupçonnés d'avoir collaboré avec l'ennemi ou coupables de dénonciations. Jusqu'en 1947, deux Conseils de Guerre siègeront à Tournai et les premiers condamnés à mort seront fusillés à proximité de la chapelle des Croisiers, à la caserne Saint-Jean.  

Dès la fin de l'année 1946 et jusqu'en 1953, le quartier Baron Ruquoy va abriter le Centre d'instruction n°2 pour chauffeurs. A partir de 1952 jusqu'en 1959, y sera installé le 7e Bataillon de Garde anti-aérienne (7GTA) qui formait, le week-end, des miliciens plus âgés ayant bénéficié de sursis d'incorporation. De 1955 à 1961, on y retrouvera le 3e Etablissement Quartier-Maître.

En 1953, la caserne Saint-Jean va accueillir l'Ecole d'Ordonnance en provenance de Liège, elle y restera jusqu'en 1998, elle forme des hommes chargés de la maintenance du matériel de la Force Terrestre, ainsi que des techniciens en approvisionnement des munitions et des pièces de rechange. 

En 1962, l'Hôpital militaire Major Médecin Léon de Bongnie ferme son activité hospitalière, un Centre médical de consultations et de traitements ambulatoires légers pour les militaires y est organisé. Il sera rejoint par le Noyau mobilisateur 82 du service médical en 1966. Celui-ci est responsable de l'administration du personnel ainsi que de la gestion et de l'entreposage des matériels d'unités médicales de réserve. Le NM 82 sera dissous en 1995. 

Notons qu'en 1971, dans un but de rationalisation, naît le Corps de la Logistique qui regroupe, le Quartier-Maître, l'Ordonnance, les unités de Logistique du génie et des Troupes de Transmission et, en 1994, on fusionne l'Ecole de Logistique du matériel et le Centre de Logistique de la Force terrestre, cette nouvelle entité, basée à Tournai, deviendra l'Ecole de la Logistique en 1995. 

En 1968, la plaine des Manoeuvres est vendue à la Ville et en 2002, les derniers occupants quittent l'Hôpital militaire, à partir de 2007, le bâtiment principal de celui-ci est transformé en  bureaux loués à des entreprises et dans le parc, on érige les bâtiments administratifs du Centre Public d'Aide Sociale et des immeubles à appartements.

Souvenirs de jeunesse

Evoquer la présence militaire à Tournai éveille en moi pas mal de souvenirs et aussi beaucoup de nostalgie. 

Fils de militaire tué en service commandé, j'ai retrouvé des photos des funérailles de mon père qui eurent lieu à Tournai, quelques semaines après ma naissance. Son corps, rapatrié d'Allemagne où il avait succombé pendant les manoeuvres effectuées à "balles de guerre", avait été veillé dans la chapelle de l'Hôpital militaire De Bongnie (voir article paru le 16 juin 2009).

Habitant depuis ma naissance jusqu'à l'âge de vingt ans face à la plaine des Manoeuvres, j'étais fasciné, probablement en souvenir de ce père que je n'avais pas connu, par tous les exercices qui s'y déroulaient.

Dans les années cinquante, le samedi après-midi, le 7 GTA venait avec son matériel y faire de l'écolage. Canons, point 50, radar occupaient alors le fond de la plaine, à proximité de la chaussée de Lille. 

Un jour, lors d'une exposition du matériel, des militaires vinrent sonner aux portes des habitations du boulevard et des deux chaussées, ils demandaient d'ouvrir les fenêtre car on allait procéder à des tirs (à blanc bien entendu) de canons. Bien que les fenêtres furent ouvertes, on ressentit d'importantes vibrations. Certaines personnes plus âgées furent même légèrement traumatisées par ces déflagrations, souvenirs à peine effacés d'un conflit encore récent. 

A la même époque, on voyait arriver des pelotons, chantant et marchant au pas, venir effectuer le drill sur les dalles de béton, situées le long du boulevard Bara, vestiges de baraquements en tôles construits à la fin de la guerre. A peine occupait-il la plaine qu'on voyait se pointer le coiffeur Minet dont le salon se trouvait en haut de la rue Saint-Martin, sa petite charrette à bras peinte en couleur vert d'eau contenant boissons et friandises qu'il vendait à un prix dérisoire aux militaires durant la pause. 

Bien souvent, au retour de l'école communale n°3, dite de 'l'porte d'Lille", à l'angle de l'avenue De Gaulle et du boulevard Bara, des sentinelles postées auprès d'un drapeau rouge nous interdisaient l'accès au raccourci que nous empruntions habituellement, des exercices de tir à la cible (un vieux pneu peint en blanc posé sur une petite colline) y étant organisés. Les personnes qui traversaient régulièrement la plaine pour se rendre à la rue de la Prévoyance, de la Culture, Barthélémy Frison ou Charles Mauroy étaient contraintes, elles aussi, à faire un long détour.

Durant les soirées, des exercices avaient parfois lieu, on apercevait des ombres se mouvoir, courir et se coucher alors que des fusées éclairantes vertes ou rouges trouaient le ciel, que de temps à autres un "thunderflash" explosait dans une énorme déflagration et que des mitrailleuses faisaient entendre leur tir saccadé. 

Le long de l'avenue Montgomery et de la chaussée de Douai, le terrain était réservé à l'entraînement des pilotes de chars. "Patton" et "Sherman" vombrissaient alors durant une bonne partie de l'après-midi, soulevant des nuages de poussière ou des flots de boue.

Les chauffeurs venaient également parfaire leur conduite au volant de camions Bedford ou de jeep Willy's.

On avait creusé des tranchées au fond de la plaine, un endroit où nous aimions jouer provoquant l'inquiétude des parents quis e rappelaient l'accident survenu àdes enfants qui avaient trouvé une grenade à la fin des années quarante. 

A l'époque, les jeunes ne manquaient pas de visiter les casernes à l'occasion des "Portes ouvertes" ("Open-deur", "open door"), ils prenaient place au volant d'un camion, dans la tourelle d'un char, sur le siège d'un point 50, visant des ennemis imaginaires, se prenant alors pour les héros de ces très nombreux films de guerre qui étaient bien souvent à l'affiche du cinéma Palace ou des Variétés (Le Jour le plus long, La Grande évasion, Un pont trop loin, Le pont de la rivière Kwaï, La bataille d'Angleterre, Paris brûle-t-il, Week-end à Zuydcote, un taxi pour Tobrouk, La bataille des Ardennes...). Le centre "Infosermi" sur les carrières militaires se trouvait à la disposition de ceux qui avaient été subjugués au cours de cette visite.

Je vous parle d'un temps où des hommes montaient encore la garde dans des guérites peintes aux couleurs nationales aux portes des casernes, où le clairon sonnait le réveil et où le salut au drapeau était quotidien. Une époque durant laquelle les adolescents découvraient une discipline et un sens du devoir qui leur font bien souvent défaut actuellement.

Volontaire à la Protection Civile, je me rappelle avoir effectuer les exercices, le lundi, dans des salles de l'étage de l'Hôpital Militaire De Bongnie, au début des années quatre-vingt, avant que l'instruction ne soit dispensée dans les caves de l'ancien hospice de la rue Sainte-Catherine. 

La fin d'une époque

Voici, en vrac, des souvenirs d'une époque aujourd'hui révolue, car si la présence militaire est toujours effective au sein de la ville des cinq clochers, si deux casernes subsistent, la plaine des Manoeuvres est devenue "l'Esplanade du Conseil de l'Europe" et abrite désormais la Maison de la Culture, la Maison des Sports, un terrain synthétique de hockey, de plus en plus d'immeubles à appartements, un parking pour voitures et un lieu d'accueil pour mobil homes. La musique du Tempo Festival ou la cacophonie des métiers forains y ont remplacé les tirs sporadiques d'antan et le grondement des chars. 

La suppression du service militaire a vidé les casernes au point où de nombreux bâtiments rénovés à grands frais sont totalement inutilisés à la caserne Saint-Jean.

Il n'y a plus de défilé au son de la marche du 3e Chasseurs, plus de pelotons rejoignant la plaine en entonnant des chants de marche, les parades de musiques militaires n'ont plus lieu sur la Grand'Place à l'occasion des Quatre Cortèges et les soldats, en goguette, ne hantent plus, le soir, les cafés de Saint-Piat, de la place Saint-Pierre ou de Saint-Jean où parfois éclataient d'homériques et brèves bagarres.

Il y a toujours une présence militaire, aussi discrète que ne peut l'être celle des fonctionnaires qui réalisent leur horaire quotidien de travail et regagnent leur domicile le vendredi, en fin d'après-midi. Il n'y a plus l'animation d'antan aux portes des casernes.   

(sources : "Les Géants de Tournai et leur suite", ouvrage de Lucien Jardez, édité en 1986 à l'occasion du 50e anniversaire des Amis de Tournai par la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - "Dossiers Tournai-Tournaisis de 1830 à nos jours", une étude du Commandant Pirmez et de l'abbé Alain Dequinze, ouvrage paru en 1976, édité par le Comité tournaisien de l'Association des Villes historiques - "Le Tournai militaire, des Romains à l'Ecole de la Logistique", ouvrage des Amis de la Citadelle, édité en 2012 par les éditions Wapica - "site Web des Amis de la Citadelle", www.act-Tournai.be - "visite de la Maison tournaisienne", une étude dactylographiée de Lucien Jardez, alors Conservateur du Musée de Folklore, parue en 1984 et souvenirs personnels).

(S.T. mai 2013). 

13 mai
2013

09:40

Tournai : 1813-2013, deux siècles de présence militaire (1)

Deux siècles, seulement !

Le titre du présent article amènera probablement une remarque chez certains lecteurs : pourquoi deux siècles seulement alors qu'on sait que la présence de militaires a jalonné l'histoire de la cité scaldéenne depuis sa fondation, il y a près de deux mille ans. La raison en est simple, j'ai voulu me limiter aux deux cents dernières années parce qu'elles coïncident pratiquement avec l'indépendance de notre pays et aussi parce qu'en 2012, un excellent ouvrage publié par les Amis de la Citadelle aux éditions Wapica illustre parfaitement l'histoire comme l'indique son titre : "Le Tournai militaire, des Romains à l'Ecole de la Logistique".

Un rapide survol de l'Histoire

Déjà à l'époque de la présence romaine qu'on situe dans nos régions entre 38 et 54 après Jésus-Christ, un camp de marche était installé aux abords de la tour de la Loucherie. Après de nombreuses occupations qui vit Tournai, capitale des Francs, passant par la suite à la France, à l'Espagne, à l'Angleterre..., après seize siècles, Louis XIV s'empare de la cité des cinq clochers, lors du siège éclair du 25 juin 1667. Grâce au monarque français, la ville qui avait connu la richesse au Moyen-Age avant de s'appauvrir va retrouver son lustre d'antan. Parmi les grands travaux entrepris, outre la réalisation des quais de l'Escaut, il y a notamment la construction de la citadelle sur des plans de Vauban, d'un arsenal et de nombreuses casernes pour loger les troupes.

Dans la citadelle, de 1682 à 1696, sont logés les Cadets Gentilhommes, la première école d'officiers créée par Louvois, le réorganisateur de l'armée française dont il améliore le recrutement et l'intendance, établit l'ordre du tableau qui règle le commandement, dote l'infanterie de la baïonnette, organise un corps d'ingénieur. Ce marquis, agissant comme un ministre des Affaires étrangères est réputé diriger une diplomatie brutale.

Il n'est plus possible de loger les troupes chez l'habitant comme cela était souvent le cas jusqu'à cette époque. Il y a en effet pas moins de 4.612 fantassins (dont 1.080 à la citadelle), 219 officiers, 1.576 cavaliers et 2.150 chevaux pour lesquels un logement sur place est nécessaire. On va donc ériger, en ville, des casernes dont le coût de la construction sera à charge de la cité puisque, en contrepartie, les habitants avaient perdu la servitude d'hébergement.  

Trois imposantes casernes seront construites : la caserne des Capucins en 1672 localisée par certains historiens entre l'actuelle rue Royale et la tour Henri VIII (sur le site de l'actuelle rue Beyaert), la caserne des Sept-Fontaines érigée en 1681 et 1688 à proximité de l'actuel boulevard Léopold, entre la rue de la Madeleine et la rue Frinoise, la caserne Saint-Jean construite en 1673 à l'emplacement qui est le sien de nos jours. 

D'autres casernes beaucoup plus modestes seront également créées : la caserne de Saint-Mard (Saint-Marc pour Bozière) bâtie sur des terrains de l'abbaye éponyme qui s'étendait dans les environs de l'actuel Palais de Justice, la caserne Saint-Julien située sur le Luchet d'Antoing, la caserne de la Calendre au quai des Poissonsceaux, la caserne des Arcs, aussi dénommée du Sas, à proximité du Pont des Trous où s'élèvera par la suite la Manufacture impériale et royale de porcelaine, la caserne des Célestines dans la rue du Château. On construira également l'Hôpital militaire de Marvis à l'emplacement où se trouve, après la seconde guerre mondiale, l'école Technique de l'Etat, aussi appelée à Tournai, l'Ecole Industrielle.

L'historien Bozière rapporte que la caserne d'infanterie de Saint-Jean pouvait accueillir 1.299 hommes de troupe, 17 capitaines et 30 lieutenants avec leurs valets. Des bâtiments adjacents destinés à la cavalerie hébergeaient 700 hommes, 12 capitaines et 30 lieutenants, cornettes (on appelait ainsi les porte-étendard, sous-lieutenants de cavalerie) et maréchaux des logis.  

La caserne des Dragons, également située à Saint-Jean, avait place pour 476 hommes, 58 officiers et sous-officiers. La possibilité d'accueil de la caserne des Capucins était de 1.117 hommes, 12 capitaines et 28 sous-officiers, celle des Sept-Fontaines donnait logement à 1.056 hommes, 6 capitaines et 12 lieutenants. 

Début du XIXe siècle, la chute de Napoléon à Waterloo.

En 1814, des troupes britanniques seront en garnison à Tournai. De 1816 à 1823, elle vont être remplacées par celles du roi Guillaume 1er (1172-1843), notre région étant alors intégrée aux Provinces du Sud des Pays-Bas. La garnison hollandaise poursuit le travail entrepris par les Anglais, c'est-à-dire l'édification d'une nouvelle citadelle sur les ruines de celle construite par les Français. En 1826, on ajouta un manège à la caserne de cavalerie, celui-ci mesurait soixante mètres sur vingt.

L'indépendance de la Belgique (1830)

Le 1er octobre 1830, le général Wauthier, commandant de la place, qui ne marqua aucune résistance durant les journées de septembre 1830, remet la citadelle aux commissaires du gouvernement provisoire belge. Dès le 2 octobre, trois compagnies de la garde urbaine et celle des volontaires pompiers s'y installent. C'est au moment où l'armée nationale se forme. Dans la cité des cinq clochers, on retrouve plusieurs régiments principalement composés des volontaires qui ont participé aux glorieuses "Journées de Septembre" qui boutèrent dehors l'occupant hollandais. 

Le 24 octobre, le 1er Régiment de Chasseurs à cheval, une compagnie franche de cavaliers, est créé ainsi que le 1er Régiment des Lanciers et quelques jours plus tard, le 4e Régiment d'Infanterie de ligne. Celui-ci  recevra son drapeau régimentaire des mains du tout jeune roi Léopold 1er, le 1er décembre 1831 à Bruxelles. Le 10 décembre, cinq batteries d'artillerie montées sont formées à Tournai, avec les cinq que possède déjà la ville de Mons est ainsi constitué le corps d'artillerie de campagne. 

Le 19 décembre, dans le but de défendre la ville, des citoyens tournaisiens sollicitent l'autorisation de mettre sur pied une compagnie d'artillerie. Ils seront appelés les "Artilleurs volontaires", cette garde civique subsistera jusqu'à la première guerre mondiale (soit durant près de quatre-vingt cinq ans).

1875, Tournai devient ville de garnison pour l'armée belge.

Au cours du dernier quart du XIXe siècle, d'importants changements vont se produire dans l'infrastructure militaire tournaisienne, des casernes vont disparaître : la caserne des Capucins va être détruite vers 1875 lors de l'aménagement du nouveau quartier de la gare, il en sera de même pour la caserne des Célestines, non loin de l'église Saint-Nicolas qui était devenue en 1850, une infirmerie vétérinaire. Les gendarmes qui occupaient l'ancien couvent des Carmes vont être dotés d'une nouvelle caserne en 1883, à la rue de la Citadelle tandis qu'en 1908, un nouvel hôpital militaire qui prendra après la première guerre mondiale, le nom de quartier militaire Major Médecin De Bongnie est érigé à proximité de l'ancienne citadelle. Un seul bâtiment va subsister à la caserne des Sept-Fontaines, il abritera dans la première moitié du XXe siècle, les policiers et leurs familles, c'est pour cette raison que le bâtiment de la rue Frinoise transformé, il y a une trentaine d'années en appartements est toujours désigné par les vieux Tournaisiens sous l'appellation, "l'gaserne des agints d'police". Les bâtiments de la caserne Saint-Jean seront rasés et remplacés par une nouvelle caserne de style Léopold II en 1901.

Quant à la citadelle, elle a été démantelée et ses fortifications abattues, les bâtiments qui subsistent formeront l'ossature d'une nouvelle caserne qui prendra le nom de "Quartier Baron Ruquoy" après la première guerre mondiale en hommage à celui qui commandait le régiment.  

(à suivre)

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" d'A.F.J. Bozière, pages 351 à 353, ouvrage paru en 1864 chez l'éditeur Delmée et réimprimé en 1974 aux éditions Culture et Civilisation - "Dossier Tournai-Tournaisis, de 1830 à nos jours", pages 45 à 48, une étude du Commandant Pirmez et de l'abbé Alain Dequinze, ouvrage publié en 1976 par le Comité tournaisien de l'Association des Villes historiques - "Le Tournai militaire, des Romains à l'école de Logistique", publié en 2012 par les Amis de la Citadelle aux éditions Wapica).

S.T. mai 2013 

11 mai
2013

09:40

Tournai : expressions tournaisiennes (223)

Beonne fiête à nos mamères !

Demain, diminche, no mamère, on va tertous la fiêter, li faire des mamours, li offère ein bieau bouquet pou l'ormercier. Li dire no gratitude pou nous avoir si fort aimé. Eine mamère, ch'est sans doute, l'pus bieau des cadéeaux qu'ein infant a orchu su ceulle tierre. Elle nous a attindu pindant neuf meos, sans s'plainte et in étant bin malate à l'feos. A l'maternité, elle a beauqueop souffert, le jour qui d'viendra l'ceu d'no n'anniversaire.

No mamère nous prenant dins ses bras, nous a deonné no prumier repas, ch'éteot l'dernier sourire qu'on veyeot quand on s'indormeot et l'prumier visache penché su nous quand on s'réveilleot. Combin d'nuits elle a passées a nos côtés quand on f'seot les prumières dints d'lait, ch'est acore elle qui nous a si souvint apouchennés quand on s'metteot à braire pou ête berché. I-falleot vir comme elle a été tout in foufiête, l'jour qu'on li a offère no prumière risette et j'pinse bin qu'elle a caché qu'elle pleureot, quançqu'on a dit nos prumiers meots. 

J'ai l'raminvrance que l'jour où j'sus intré à l'pétite école, j'ai vu tout douch'mint les larmes su ses joues dessiner deux p'tites rigoles.

Aujourd'hui, j'ai eine pinsée pou toutes les mamères, les ceulles qui ont des p'tits infants et les ceulles qui seont obliées pa les pus grands, les mamères bin intourées et les ceulles qui s'sintent ein peu abandeonnées, les mamères à l'tiête d'eine grante famile ou bin les ceulles qui n'ont qu'ein garcheon ou eine file. Les mamères qui ont malhureus'mint perdu leur infant, i-a peu ou i-a bin lommint, à causse d'eine maladie ou par accidint. 

A propeos de l'fiête des mères, j'vas ichi vous raqueonter l'histoire d'Robert, ein garcheon, ein infant d'file que s'mamère elle aveot fait ein soir d'kermesse ave ein agint d'ville. Elle ne l'aveot pus jamais orvu et Robert, s'mopère i-n'l'a pos connu. A l'école primaire, on diseot d'li qui aveot été élevé dins les écours de s'mamère. Quand i-a eu vingt ans, l'paufe Robert, vous l'avez adveiné, i-n'saveot rien faire.

A vingt-chinq ans, i-s'a mis in ménache ave Florine, eine jeone file du même villache. On diseot d'elle que ch'éteot ein qu'veau d'trait, qu'elle ouvreot toudis et qu'elle ne s'arrêteot jamais. L'rassarcissache et l'nettiache, l'buée et l'orpassache, l'cuisine et l'gardinache, les commissieons et l'petit élevache, à s'maseon elle deveot tout faire et... Robert i-l'raviseot, tout bénaisse, assis su eine cayère. Robert et Florine aveot'ent ein garcheon qu'on aveot appelé Isidore pasque, li, quand i-n'baille pos, i-dort, ch'est l'portrait craché de s'mopère, à part qui préfère s'lit à eine cayère. D'li, dins l'villache on diseot, leu p'tit rotleot ch'est eine véritape badouleo

Ein bieau jour, pou l'fiête des mamères, i-est passé eine dreôle d'idée dins l'tiête de Robert. I-a été chez Edouard, l'boucher et i-a acaté ein bieau greos poulet. Eine belle biête bin dodue, ave l'pieau du vinte bin tindue, ch'est pos des cacoules, on areot dit eine pétite poule.

Comme Florine éteot partie faire ein p'tit tour, i-s'a vite dépêché d'mette l'poulet dins l'four. Quand, vers midi, l'feimme elle est rintrée, l'maseon éteot invahie pa l'fumée.

"Mo Dieu, Robert quoisqu'i-s'a ichi passé, bé, i-feaut tout d'suite app'lé les pompiers".

N'acoutant que s'corache, elle est allée dins l'cuisine où elle a bin vite de l'fumée trouvée l'origine. Dins l'four, ein poulet i-éteot in train d'carboniser, i-éteot aussi noir que l'visache d'ein carbonnier. Elle l'a ortiré rapid'mint et a été l'ruer dins l'gardin. 

Robert i-a dit : "M'pétite poulette, j'ai cru bin faire, j'ai préparé à deîner pou l'fiête des mamères". I-aveot pris ein air débalté comme si i-vouleot l'amidouler

A ceulle époque, les bouchers metteot'ent acore dins l'biête d'papier pou que l'poulet i-est ein pus bel aspect.  

Ch'a été l'prumière feos que Florine a pu aller minger au restaurant chinois, mais ch'est l'dernière feos que Robert i-a décidé d'faire eine séquoi !

Asteur, i-li offère des fleurs pou l'fiête des mamères et elle va querre l'vase, car, l'connissant, i-pourreot acore l'laicher caire

Vous pinsez pétête que j'ai tout invinté, neon, neon, ceulle histoire est vraimint arrivée, i-a eine beonne chinquantaine d'ainnées, ch'est m'mamère qui m'l'a raqueontée. 

 

(lexique : l'mamère : la mère / tertous : tous / faire des mamours : cajoler / offère : offrir / ormercier : remercier /  orchu : reçu / ceulle : cette / à l'feos : parfois / veyeot : voyait / l'visache : le visage / apouchenné : dorloté / berché : bercé / vir : voir / ête tout in foufiête : être en émoi / eine risette : un petit sourire / quançque : quand / l'raminvrance : le souvenir / douch'mint : doucement / les ceulles : celles / obliée : oublié / ein garcheon : un garçon / eine file : une fille / raqueonter : raconter / ein infant d'file : un enfant naturel / ein agint d'ville : un agent de police / s'mopère : son père / les écours de s'mamère : le giron de sa mère / adveiner : deviner / jeone : jeune / ein qu'veau d'trait : un cheval de trait / ouvrer : travailler / toudis : toujours / l'rassarcissache : le raccommodage / l'nettiache : le nettoyage / l'buée : la lessive / l'orpassache : le repassage / l'gardinache : le jardinage / raviser : regarder / bénaisse : content / eine cayère : une chaise / ein rotleot : un roitelet signifie ici un petit enfant / ein badouleo : un enfant indolent / l'vinte : le ventre / eine cacoule : un mensonge / acouter : écouter / l'corache : le courage / ein carbonnier : un charbonnier, un livreur de charbon / ruer : jeter / deîner : dîner / débalté : énervé, exaspéré mais peut signifier aussi désolé, affligé, c'est le cas ici / amidouler : amadouer, flatter / acore : encore / pus : plus / faire eine séquoi : faire quelque chose / querre : chercher / laicher caire : laisser tomber / pétête : peut-être / neon : non / chinquantaine : cinquantaine / ainnées : années).

(S.T. mai 2013.)

09:40 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, patois, picard |

09 mai
2013

09:43

Tournai : orphelins et enfants abandonnés (2)

La suppression du "Tour des enfants abandonnés" de l'Hôpital Notre-Dame n'a pas résolu le problème de l'abandon d'enfants, certains vont même jusqu'à se rendre à Lille où le tour a existé un peu plus longtemps et, en plus des nouveaux-nés dont les parents ne peuvent ou ne veulent s'occuper, il y a également les très nombreux orphelins.

Hospices et fondations

La misère, l'insalubrité de certains logements, le travail pénible exécuté parfois douze heures par jour, l'alcoolisme sont souvent à l'origine du décès prématuré de certains parents. Des enfants sont encore très jeunes quand le parent survivant décède à l'aube de ses quarante ans. 

Au XIXe siècle, ces orphelins sont recueillis par l'administration communale qui les place alors chez une nourrice, pour les plus jeunes, en service et en apprentissage en ville ou à la campagne pour les plus âgés. Il existe également des hospices civils qui les accueillent (voir à ce sujet l'article déjà consacré à "Châle Vert" et "Collet Rouge") et des fondations privées comme celle ouverte par le filateur, M. Lefebvre-Rose, qui donne asile dans sa maison à des orphelins âgés de douze ans au moins.

Les orphelinats de Don Bosco.

Un homme, né en Italie en 1815, va être touché par le sort de ces enfants déracinés, il se nomme Jean Bosco. Devenu prêtre, il va tout d'abord fonder des Oratoires pour jours de fêtes et des jardins de récréation où les enfants abandonnés pouvaient trouver des délassements désirables et accomplir leur pratique religieuse. Par la suite, il créera des écoles du soir pour parfaire les connaissances des ouvriers et des écoles de jour pour les jeunes qui n'avaient pas les moyens pour fréquenter les écoles publiques. 

L'oratoire Saint-Charles à Tournai.

En 1854, la Société de Saint-François de Sales, qu'on appellera par la suite les "Salésiens de Don Bosco", fondée à Turin en 1854 va organiser des orphelinats. Ils s'installeront à Tournai en 1895 alors que Mgr. Du Rousseaux, un homme soucieux du bien-être de la jeunesse, est l'évêque du lieu.

Un riche industriel, Charles Verdure, aidé par sa soeur Aglaé, déjà à l'origine de nombreuses fondations tournaisiennes, va être séduit par le projet. Le 8 novembre 1895 s'ouvre au boulevard Léopold, un orphelinat qui prend le nom d'Oratoire Saint-Charles en mémoire de son bienfaiteur. Dans les semaines qui suivent, trois petits enfants vont y être accueillis : Léon François, le 5 décembre, Désiré Lheureux, le 6 et Charles Debaere, le 30 décembre.

Dirigé par les prêtres de Don Bosco, l'oratoire Saint-Charles recueillait des orphelins du diocèse de Tournai, qui, par leur malheur, étaient les plus dignes d'intérêt. Après les avoir soustraits à la misère, le but était de les élever chrétiennement et de leur donner une profession. On parlait alors de "sauvetage social".

Le réglement de l'oratoire.

Les conditions d'admission étaient strictes :

être âgé de dix ans révolus, jouir d'une bonne santé, ne présenter aucun défaut physique ou moral qui aurait empêché de respecter le règlement, être orphelin ou avoir perdu son père ou sa mère, être de naissance légitime. Les personnes qui les y plaçaient devaient s'engager à reprendre leur protégé dans le cas où sa conduite ou sa santé devenaient incompatibles avec le réglement. Ces mêmes protecteurs ne pouvaient les retirer avant la fin de leur apprentissage. 

L'inscription se faisait sur base d'un extrait d'acte de naissance, d'un acte de baptême, d'un certificat de vaccination (qu'on appelait alors la vaccine), d'un certificat de bonne santé et d'un certificat de bonne conduite délivré par le curé.

Les protecteurs devaient pourvoir à la création d'un trousseau complet, le lit et le matelas étant fournis pour la somme de douze francs. 

Les frais de pension étaient payés annuellement, ils variaient suivant la possibilité financière des donateurs et s'élevaient, en moyenne, à 250 francs de l'époque. 

L'oratoire était également subsidié par la "Société des coopérateurs salésiens" qui récoltait des dons en nature ou en argent, des aumônes ou des legs.

Entre 1895 et 1903, il n'était prévu aucune période de congés mais quelques jours de permission étaient accordés aux pensionnaires à la demande expresse des protecteurs, tuteurs ou du parent survivant. 

Les bâtiments

Les bâtiments qui s'élevaient entre le boulevard Léopold, la rue des Augustins et la rue Frinoise se composaient :

du corps principal, perpendiculaire au boulevard, comprenant les bureaux et les magasins, au rez-de-chaussée et cinq classes, les chambres des Pères, la bibliothèque et le dortoir des enfants à l'étage.

d'un second bâtiment, à front de boulevard, comprenant les bureaux administratifs, les ateliers de menuiserie, de cordonnerie, de reliure, de coupe et de confection,

d'une petite chapelle située au fond d'une vaste cour et à droite de celle-ci, on découvrait une salle de jeux et de fête.

Le lundi 25 janvier 1904, ces bâtiments allaient être détruits par un violent incendie (voir l'article à ce sujet dans la rubrique "l'année 1904 sous la loupe"), l'établissement accueillait alors 200 enfants dont un tiers venaient de France, arrivés à Tournai suite aux effets de la loi Combe du 1er juillet 1901. Entre le 23 février et le 10 juillet, on va procéder à la reconstruction grâce aux fonds récoltés par une souscription auprès de la population. 

Par la suite, Don Bosco deviendra une école professionnelle reconnue et fréquentée par des milliers d'élèves, actuellement la réputation de l'établissement a largement dépassé la frontière et quotidiennement, des jeunes issus du Nord de la France mais aussi d'autres régions de l'Hexagone y fréquentent les cours.

Avec les deux conflits connus lors du XXe siècle, les orphelinats sont restés une nécessité, "la Goudinière", située jusqu'il y a peu sur les pentes du Mont-Saint-Aubert en est un exemple, elle a pris le relais de l'oratoire Saint-Charles.

Actuellement, ces institutions perdent l'appellation d'orphelinat pour devenir des maisons d'accueil pour jeunes en difficultés, des enfants du juge dont la garde a été retirée aux parents. Des petites structures accueillant quelques jeunes sont désormais réparties en ville et dans les faubourgs. Ce sont de petits cercles qui tentent de recréer une atmosphère familiale favorable au développement des jeunes qui y sont accueillis. 


 (sources : "Tournai, Ancien et Moderne", de Bozière et étude de Mr. Victor Biefnot, Professeur à l'institut Don Bosco parue dans le tome IV des Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 1983).

(S.T. mai 2013).