13 mai
2013

Tournai : 1813-2013, deux siècles de présence militaire (1)

Deux siècles, seulement !

Le titre du présent article amènera probablement une remarque chez certains lecteurs : pourquoi deux siècles seulement alors qu'on sait que la présence de militaires a jalonné l'histoire de la cité scaldéenne depuis sa fondation, il y a près de deux mille ans. La raison en est simple, j'ai voulu me limiter aux deux cents dernières années parce qu'elles coïncident pratiquement avec l'indépendance de notre pays et aussi parce qu'en 2012, un excellent ouvrage publié par les Amis de la Citadelle aux éditions Wapica illustre parfaitement l'histoire comme l'indique son titre : "Le Tournai militaire, des Romains à l'Ecole de la Logistique".

Un rapide survol de l'Histoire

Déjà à l'époque de la présence romaine qu'on situe dans nos régions entre 38 et 54 après Jésus-Christ, un camp de marche était installé aux abords de la tour de la Loucherie. Après de nombreuses occupations qui vit Tournai, capitale des Francs, passant par la suite à la France, à l'Espagne, à l'Angleterre..., après seize siècles, Louis XIV s'empare de la cité des cinq clochers, lors du siège éclair du 25 juin 1667. Grâce au monarque français, la ville qui avait connu la richesse au Moyen-Age avant de s'appauvrir va retrouver son lustre d'antan. Parmi les grands travaux entrepris, outre la réalisation des quais de l'Escaut, il y a notamment la construction de la citadelle sur des plans de Vauban, d'un arsenal et de nombreuses casernes pour loger les troupes.

Dans la citadelle, de 1682 à 1696, sont logés les Cadets Gentilhommes, la première école d'officiers créée par Louvois, le réorganisateur de l'armée française dont il améliore le recrutement et l'intendance, établit l'ordre du tableau qui règle le commandement, dote l'infanterie de la baïonnette, organise un corps d'ingénieur. Ce marquis, agissant comme un ministre des Affaires étrangères est réputé diriger une diplomatie brutale.

Il n'est plus possible de loger les troupes chez l'habitant comme cela était souvent le cas jusqu'à cette époque. Il y a en effet pas moins de 4.612 fantassins (dont 1.080 à la citadelle), 219 officiers, 1.576 cavaliers et 2.150 chevaux pour lesquels un logement sur place est nécessaire. On va donc ériger, en ville, des casernes dont le coût de la construction sera à charge de la cité puisque, en contrepartie, les habitants avaient perdu la servitude d'hébergement.  

Trois imposantes casernes seront construites : la caserne des Capucins en 1672 localisée par certains historiens entre l'actuelle rue Royale et la tour Henri VIII (sur le site de l'actuelle rue Beyaert), la caserne des Sept-Fontaines érigée en 1681 et 1688 à proximité de l'actuel boulevard Léopold, entre la rue de la Madeleine et la rue Frinoise, la caserne Saint-Jean construite en 1673 à l'emplacement qui est le sien de nos jours. 

D'autres casernes beaucoup plus modestes seront également créées : la caserne de Saint-Mard (Saint-Marc pour Bozière) bâtie sur des terrains de l'abbaye éponyme qui s'étendait dans les environs de l'actuel Palais de Justice, la caserne Saint-Julien située sur le Luchet d'Antoing, la caserne de la Calendre au quai des Poissonsceaux, la caserne des Arcs, aussi dénommée du Sas, à proximité du Pont des Trous où s'élèvera par la suite la Manufacture impériale et royale de porcelaine, la caserne des Célestines dans la rue du Château. On construira également l'Hôpital militaire de Marvis à l'emplacement où se trouve, après la seconde guerre mondiale, l'école Technique de l'Etat, aussi appelée à Tournai, l'Ecole Industrielle.

L'historien Bozière rapporte que la caserne d'infanterie de Saint-Jean pouvait accueillir 1.299 hommes de troupe, 17 capitaines et 30 lieutenants avec leurs valets. Des bâtiments adjacents destinés à la cavalerie hébergeaient 700 hommes, 12 capitaines et 30 lieutenants, cornettes (on appelait ainsi les porte-étendard, sous-lieutenants de cavalerie) et maréchaux des logis.  

La caserne des Dragons, également située à Saint-Jean, avait place pour 476 hommes, 58 officiers et sous-officiers. La possibilité d'accueil de la caserne des Capucins était de 1.117 hommes, 12 capitaines et 28 sous-officiers, celle des Sept-Fontaines donnait logement à 1.056 hommes, 6 capitaines et 12 lieutenants. 

Début du XIXe siècle, la chute de Napoléon à Waterloo.

En 1814, des troupes britanniques seront en garnison à Tournai. De 1816 à 1823, elle vont être remplacées par celles du roi Guillaume 1er (1172-1843), notre région étant alors intégrée aux Provinces du Sud des Pays-Bas. La garnison hollandaise poursuit le travail entrepris par les Anglais, c'est-à-dire l'édification d'une nouvelle citadelle sur les ruines de celle construite par les Français. En 1826, on ajouta un manège à la caserne de cavalerie, celui-ci mesurait soixante mètres sur vingt.

L'indépendance de la Belgique (1830)

Le 1er octobre 1830, le général Wauthier, commandant de la place, qui ne marqua aucune résistance durant les journées de septembre 1830, remet la citadelle aux commissaires du gouvernement provisoire belge. Dès le 2 octobre, trois compagnies de la garde urbaine et celle des volontaires pompiers s'y installent. C'est au moment où l'armée nationale se forme. Dans la cité des cinq clochers, on retrouve plusieurs régiments principalement composés des volontaires qui ont participé aux glorieuses "Journées de Septembre" qui boutèrent dehors l'occupant hollandais. 

Le 24 octobre, le 1er Régiment de Chasseurs à cheval, une compagnie franche de cavaliers, est créé ainsi que le 1er Régiment des Lanciers et quelques jours plus tard, le 4e Régiment d'Infanterie de ligne. Celui-ci  recevra son drapeau régimentaire des mains du tout jeune roi Léopold 1er, le 1er décembre 1831 à Bruxelles. Le 10 décembre, cinq batteries d'artillerie montées sont formées à Tournai, avec les cinq que possède déjà la ville de Mons est ainsi constitué le corps d'artillerie de campagne. 

Le 19 décembre, dans le but de défendre la ville, des citoyens tournaisiens sollicitent l'autorisation de mettre sur pied une compagnie d'artillerie. Ils seront appelés les "Artilleurs volontaires", cette garde civique subsistera jusqu'à la première guerre mondiale (soit durant près de quatre-vingt cinq ans).

1875, Tournai devient ville de garnison pour l'armée belge.

Au cours du dernier quart du XIXe siècle, d'importants changements vont se produire dans l'infrastructure militaire tournaisienne, des casernes vont disparaître : la caserne des Capucins va être détruite vers 1875 lors de l'aménagement du nouveau quartier de la gare, il en sera de même pour la caserne des Célestines, non loin de l'église Saint-Nicolas qui était devenue en 1850, une infirmerie vétérinaire. Les gendarmes qui occupaient l'ancien couvent des Carmes vont être dotés d'une nouvelle caserne en 1883, à la rue de la Citadelle tandis qu'en 1908, un nouvel hôpital militaire qui prendra après la première guerre mondiale, le nom de quartier militaire Major Médecin De Bongnie est érigé à proximité de l'ancienne citadelle. Un seul bâtiment va subsister à la caserne des Sept-Fontaines, il abritera dans la première moitié du XXe siècle, les policiers et leurs familles, c'est pour cette raison que le bâtiment de la rue Frinoise transformé, il y a une trentaine d'années en appartements est toujours désigné par les vieux Tournaisiens sous l'appellation, "l'gaserne des agints d'police". Les bâtiments de la caserne Saint-Jean seront rasés et remplacés par une nouvelle caserne de style Léopold II en 1901.

Quant à la citadelle, elle a été démantelée et ses fortifications abattues, les bâtiments qui subsistent formeront l'ossature d'une nouvelle caserne qui prendra le nom de "Quartier Baron Ruquoy" après la première guerre mondiale en hommage à celui qui commandait le régiment.  

(à suivre)

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" d'A.F.J. Bozière, pages 351 à 353, ouvrage paru en 1864 chez l'éditeur Delmée et réimprimé en 1974 aux éditions Culture et Civilisation - "Dossier Tournai-Tournaisis, de 1830 à nos jours", pages 45 à 48, une étude du Commandant Pirmez et de l'abbé Alain Dequinze, ouvrage publié en 1976 par le Comité tournaisien de l'Association des Villes historiques - "Le Tournai militaire, des Romains à l'école de Logistique", publié en 2012 par les Amis de la Citadelle aux éditions Wapica).

S.T. mai 2013 

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