09 mai
2013

Tournai : orphelins et enfants abandonnés (2)

La suppression du "Tour des enfants abandonnés" de l'Hôpital Notre-Dame n'a pas résolu le problème de l'abandon d'enfants, certains vont même jusqu'à se rendre à Lille où le tour a existé un peu plus longtemps et, en plus des nouveaux-nés dont les parents ne peuvent ou ne veulent s'occuper, il y a également les très nombreux orphelins.

Hospices et fondations

La misère, l'insalubrité de certains logements, le travail pénible exécuté parfois douze heures par jour, l'alcoolisme sont souvent à l'origine du décès prématuré de certains parents. Des enfants sont encore très jeunes quand le parent survivant décède à l'aube de ses quarante ans. 

Au XIXe siècle, ces orphelins sont recueillis par l'administration communale qui les place alors chez une nourrice, pour les plus jeunes, en service et en apprentissage en ville ou à la campagne pour les plus âgés. Il existe également des hospices civils qui les accueillent (voir à ce sujet l'article déjà consacré à "Châle Vert" et "Collet Rouge") et des fondations privées comme celle ouverte par le filateur, M. Lefebvre-Rose, qui donne asile dans sa maison à des orphelins âgés de douze ans au moins.

Les orphelinats de Don Bosco.

Un homme, né en Italie en 1815, va être touché par le sort de ces enfants déracinés, il se nomme Jean Bosco. Devenu prêtre, il va tout d'abord fonder des Oratoires pour jours de fêtes et des jardins de récréation où les enfants abandonnés pouvaient trouver des délassements désirables et accomplir leur pratique religieuse. Par la suite, il créera des écoles du soir pour parfaire les connaissances des ouvriers et des écoles de jour pour les jeunes qui n'avaient pas les moyens pour fréquenter les écoles publiques. 

L'oratoire Saint-Charles à Tournai.

En 1854, la Société de Saint-François de Sales, qu'on appellera par la suite les "Salésiens de Don Bosco", fondée à Turin en 1854 va organiser des orphelinats. Ils s'installeront à Tournai en 1895 alors que Mgr. Du Rousseaux, un homme soucieux du bien-être de la jeunesse, est l'évêque du lieu.

Un riche industriel, Charles Verdure, aidé par sa soeur Aglaé, déjà à l'origine de nombreuses fondations tournaisiennes, va être séduit par le projet. Le 8 novembre 1895 s'ouvre au boulevard Léopold, un orphelinat qui prend le nom d'Oratoire Saint-Charles en mémoire de son bienfaiteur. Dans les semaines qui suivent, trois petits enfants vont y être accueillis : Léon François, le 5 décembre, Désiré Lheureux, le 6 et Charles Debaere, le 30 décembre.

Dirigé par les prêtres de Don Bosco, l'oratoire Saint-Charles recueillait des orphelins du diocèse de Tournai, qui, par leur malheur, étaient les plus dignes d'intérêt. Après les avoir soustraits à la misère, le but était de les élever chrétiennement et de leur donner une profession. On parlait alors de "sauvetage social".

Le réglement de l'oratoire.

Les conditions d'admission étaient strictes :

être âgé de dix ans révolus, jouir d'une bonne santé, ne présenter aucun défaut physique ou moral qui aurait empêché de respecter le règlement, être orphelin ou avoir perdu son père ou sa mère, être de naissance légitime. Les personnes qui les y plaçaient devaient s'engager à reprendre leur protégé dans le cas où sa conduite ou sa santé devenaient incompatibles avec le réglement. Ces mêmes protecteurs ne pouvaient les retirer avant la fin de leur apprentissage. 

L'inscription se faisait sur base d'un extrait d'acte de naissance, d'un acte de baptême, d'un certificat de vaccination (qu'on appelait alors la vaccine), d'un certificat de bonne santé et d'un certificat de bonne conduite délivré par le curé.

Les protecteurs devaient pourvoir à la création d'un trousseau complet, le lit et le matelas étant fournis pour la somme de douze francs. 

Les frais de pension étaient payés annuellement, ils variaient suivant la possibilité financière des donateurs et s'élevaient, en moyenne, à 250 francs de l'époque. 

L'oratoire était également subsidié par la "Société des coopérateurs salésiens" qui récoltait des dons en nature ou en argent, des aumônes ou des legs.

Entre 1895 et 1903, il n'était prévu aucune période de congés mais quelques jours de permission étaient accordés aux pensionnaires à la demande expresse des protecteurs, tuteurs ou du parent survivant. 

Les bâtiments

Les bâtiments qui s'élevaient entre le boulevard Léopold, la rue des Augustins et la rue Frinoise se composaient :

du corps principal, perpendiculaire au boulevard, comprenant les bureaux et les magasins, au rez-de-chaussée et cinq classes, les chambres des Pères, la bibliothèque et le dortoir des enfants à l'étage.

d'un second bâtiment, à front de boulevard, comprenant les bureaux administratifs, les ateliers de menuiserie, de cordonnerie, de reliure, de coupe et de confection,

d'une petite chapelle située au fond d'une vaste cour et à droite de celle-ci, on découvrait une salle de jeux et de fête.

Le lundi 25 janvier 1904, ces bâtiments allaient être détruits par un violent incendie (voir l'article à ce sujet dans la rubrique "l'année 1904 sous la loupe"), l'établissement accueillait alors 200 enfants dont un tiers venaient de France, arrivés à Tournai suite aux effets de la loi Combe du 1er juillet 1901. Entre le 23 février et le 10 juillet, on va procéder à la reconstruction grâce aux fonds récoltés par une souscription auprès de la population. 

Par la suite, Don Bosco deviendra une école professionnelle reconnue et fréquentée par des milliers d'élèves, actuellement la réputation de l'établissement a largement dépassé la frontière et quotidiennement, des jeunes issus du Nord de la France mais aussi d'autres régions de l'Hexagone y fréquentent les cours.

Avec les deux conflits connus lors du XXe siècle, les orphelinats sont restés une nécessité, "la Goudinière", située jusqu'il y a peu sur les pentes du Mont-Saint-Aubert en est un exemple, elle a pris le relais de l'oratoire Saint-Charles.

Actuellement, ces institutions perdent l'appellation d'orphelinat pour devenir des maisons d'accueil pour jeunes en difficultés, des enfants du juge dont la garde a été retirée aux parents. Des petites structures accueillant quelques jeunes sont désormais réparties en ville et dans les faubourgs. Ce sont de petits cercles qui tentent de recréer une atmosphère familiale favorable au développement des jeunes qui y sont accueillis. 


 (sources : "Tournai, Ancien et Moderne", de Bozière et étude de Mr. Victor Biefnot, Professeur à l'institut Don Bosco parue dans le tome IV des Mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 1983).

(S.T. mai 2013).


 

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