29 avril
2013

09:40

Tournai : les festivités du mois de mai

Peu à peu, les activités en salle vont laisser la place à celles de plein air. Le programme de ce mois de mai est d'ailleurs allégé par rapport à celui des mois précédents certains cycles de conférences sont terminés, les spectacles à la Maison de la Culture se font plus rares...


Jeudi 2 : Maison de la Culture, "Vitraux anciens de Wallonie, un patrimoine à (re)découvrir, à sauvegarder" par Isabelle Lecocq, Historienne de l'art, Institut Royal du Patrimoine Artistique, dans le cadre des conférences de l'Université du Temps Disponible. 

Du vendredi 3 au dimanche 12, esplanade du Conseil de l'Europe, "Foire aux manèges".

Vendredi 3 et samedi 4, Salle des Concerts, 20h : "Les mangeuses de chocolat" de Philippe Blasbland par le Conservatoire de Tournai.

Samedi 4 : Tournai-Expo : "La Grinta, challenge la Tournay", une organisation des Audax de Tournai.

Samedi 4, maison de la Laïcité, 19h : ciné-débat avec projection du film "La vague"

Samedi 4, Halle-aux-Draps, 20h, "Concert de gala" de la Royale Harmonie des Volontaires Pompiers Tournaisiens, en première partie, la Royale Harmonie Fanfare de Froidmont. 

Samedi 4 (20h) et dimanche 5 (18h), salle La Fenêtre, 20h, "A vous de me le dire", spectacle de et avec Christelle Delbrouck.

Dimanche 5, Centre Saint-Paul, vert bocage : "Grand Marché aux Puces annuel".

Dimanche 5, place Crombez, au pied du monument Bara, 10h : départ de la promenade à la découverte de "l'Art nouveau et sgraffites dans le quartier de la gare", une organisation de la Maison de la Culture. 

Dimanche 5, Vieux Marché aux Poteries : "le Petit Montmartre", rencontres d'artistes, intervention musicale du Conservatoire de Tournai.

Dimanche 5, salle Saint-Brice, 16h : Try out du nouveau spectacle de l'Orchestre international du Vetex.

Dimanche 5, Maison de la Culture, 16 : "La Grande Duchesse de Gerolstein" opérette de Jacques Offenbach, par le Conservatoire de Tournai, avec Emmanuel Wallon, chanteur au Théâtre de la Monnaie et à l'Opéra de Liège, Pati-Helen-Kent, Bernard Villiers, Rosa Brandao, Stanny Leroy et Alain-Pierre Wingelinckx, avec la participation de la chorale "A travers Chants", sous la direction de Michel Jakobiec, présentation Marie-Christine Degraeve.

Lundi 6, mardi 7 et Mercredi 8, Maison de la Culture, 20h : "Une belle journée et autres pièces de Noëlle Renaude", spectacle mis en scène par Yola Her. Entrée libre.

Mardi 7 et Mercredi 8 (20h) Maison de la Culture, 20h : "La grande et fabuleuse histoire du commerce", création théâtrale de Joël Pommerat par la Cie Louis Brouillard.

Mercredi 8, Hôtel de Ville, salon de la Reine : "Les soins de santé mentale en pleine évolution" par le Docteur Jean Luc Hoebanx, coordinateur du réseau de santé mentale en Hainaut Occidental.

Jeudi 9 (Ascension), quai Donat Casterman : "Journée Super Motard".

Vendredi 10, église du Mont Saint-Aubert : "110e anniversaire de l'Harmonie du Mont Saint-Aubert".

Vendredi 10, quartier Saint-Pierre : 21ème rencontre d'accordéonistes, "L'accordéon, Moi j'aime". 

Samedi 11, Tournai-Expo : 8e édition de "la Smala Festival", festival des musiques du monde.

Samedi 11 et dimanche 12, Blandain, hameau du Molinel, de 14 à 18h : "jardin ouvert au château de Lassus".

Dimanche 12, départ de la balade cyclo-touristique musicale (au son de l'accordéon) "La caravane vanne" vers Baisieux pour les retrouvailles et le pic-nic géant avec le groupe venu de Lille, dans le cadre de "L'Accordéon, Moi j'aime". 

Dimanche 12, église du Mont-Saint-Aubert, "concerts de fanfares et d'harmonies" dans le cadre du 110e anniversaire de l'harmonie locale.

Jeudi 16, Maison de la Culture : "Les îles de France, d'Ouessant à Porquerolle", conférence par Philippe Lannoy, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.  

Vendredi 17 mai, salle La Fenêtre, 20h : "Etre ou ne pas être", par la Compagnia Dell'improviso/Lucas Franceschi.

Samedi 18, Centre de la Marionnette, 11h :"Kubik" par le Théâtre de la Guimbarde et Théatro Paraiso.

Samedi 18, Maison de la Culture, 16h : "Deux bras, deux jambes et Moi" par le théâtre des 4 mains, spectacle familial.

Lundi 20, quartier Saint-Lazare, "ducasse annuelle", marché aux puces, courses de brouette, couscous, spectacles de rue, concert de l'atelier rap de Port'Ouverte... A 11h, inauguration officielle du "Courtil", espace vert initié à l'avenue Minjean dans le cadre de la réalisation des "Mémoires du Faubourg de Lille" et concert de la chorale du conservatoire de Tournai.

Lundi 20, Mont Saint-Aubert, "La marche des deux monts" une organisation de Mont-Marche.

Jeudi 23, Maison de la Culture : "Le fabuleux destin des muses", conférence par Marie Castelein dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Samedi 25, 20h30, salle des Concerts du Conservatoire : la pianiste Dominique Cornil, lauréate du concours Reine Elisabeth accompagnée par la Chapelle Musaicale de Tournai sous la direction de Philippe Gérard dans des oeuvres de Grieg, Schubert et le concerto n°1 de Chopin pour piano et orchestre de Chopin. 

Samedi 25 et dimanche 26, Office du Tourisme et dans de nombreux restaurants tournaisiens participants : "week-end à la découverte de la gastronomie régionale"

Dimanche 26, Froidmont, établissements De Rasse : "1ère exposition et bourse de miniatures agricoles". 

Dimanche 26, Halle-aux-Draps, 15h : "Karaoké des personnalités", spectacle philantropique et humorisique au profit du centre de jour La Marelle à Tournai. 


Les amateurs d'expositions auront le choix :


Jusqu'au 16 mai, espace Wallonie, rue de la Wallonie ; "Paysages beaux, laids, caractéristiques ou menacés en Wallonie", exposition de photographies.

Jusqu'au 26 mai, Maison de la Culture, Espace bis : "Laurent Impeduglia expose".

Du 4 mai au 2 juin, Rasson Art Gallery, rue De Rasse : "Artaq Paris", évènement street art

Du 4 mai au 3 juin, Maison de la Culture, : "My sweet caravan", photographies d'Alain Breyer.

Tout le mois, Centre de la Marionnette : "Marionnettes entre ciel et terre".

Jusqu'au 24 juin, Musée de la Tapisserie et des Arts du Tissu " : "Homemade/Handmade"

Jusqu'au 21 juillet, Musée des Beaux-Arts : "La Beauté sauvera le Monde".

Du 18 mai au 1er septembre, Musée d'Histoire Naturelle et Vivarium : "Des Serpents et des Hommes".  

 (programme susceptibe de modification et /ou ajouts)

S.T. avril 2013.

26 avril
2013

16:43

Tournai : expressions tournaisiennes (221)

On a jeué ave mes pieds

Comme vous l'avez sans doute ormarqué j'ai été muet comme eine carpe pindant près d'eine semaine. L'raiseon est bin simpe, j'ai eu bramint d'problèmes techniques ave m'blog.

J'vas vous espliquer ce qui s'a passé. M'n'amisse correctrice qui a été institutrice et qui est eine fidèle lectrice a failli in faire eine crisse. Feautes de frappes, inversieons et feautes d'orthographes, dins l'artique su l'cathédrale Noter-Dame paru lindi, i-d'aveot eine beonne dizaine, à croire que j'l'aveos fait esprès, que j'aveos été à l'grosse louque

Quand j'ai li son mail, je n'compreneos pos pasque mes artiques sont corrigés pus d'eine feos, d'abord in ce qui concerne le style car j'aime bin des phrases ave eine belle tournure et pos ein sorte d'cafouillache qui feaut gratter à s'tiête pou essayer d'comprinte ce que cha veut dire et après pou les feautes de frappe ou bin les accords de participes (cha m'arrive, je n'sus pos mieux qu'ein eaute, t'as bieau avoir été à l'école, te fais acore à l'feos des feautes). Quant tout i-est fin net, j'invoie m'nartique su internet. J'ai cru que j'aveos fait eine fausse queue comme on dit au billard et que j'aveos lancher l'brouilleon puteôt que l'corrigé.

Tout défoutu, j'ai orpris m'texte et j'ai corrigé les feautes, hureus'mint, m'feimme éteot près de mi et elle a bin vu que tout i-éteot corrigé comme Madame elle l'aveot dit. J'ai cliqué su "inregistrer et inveyer", eine heure après, in orlisant m'blog, i-aveot toudis les mêmes erreurs, je n'vous raqueontent pos ichi des cacoules, ch'éteot vraimint à perte la boule.

Dins ces cas-là, on peut normal'mint queompter su Skynet. Te peux inveyer ein mail à eine brafe feimme qu'on appelle "Julie des Blogs" ou bin au service clientèle. Julie, cha fait d'puis l'meos d'novimpe qu'elle ne répeond pus, pétête qu'elle ne ouèfe pus et l'service clientèle, i-a pos à dire, li i-t'rinvoies ein messache : "nous avons bien pris note de votre mail et réponse vous sera donnée pendant les heures ouvrables", comme j'aveos invéyé cha pindant ein jour d'sémaine à onze heures au matin, j'n'ai pos compris pourquoi j'n'ai jamais orchu d'répeonse. J'ai fait ein deuxième essai pou l'même résultat, j'attinds toudis après ein contact. Comme l'Manitoba, Skynet n'répeond pus. A m'mote qu'on coûte trop tcher et ch'est eine façeon comme eine eaute de nous inveyer pourméner

Neon mais allo quoi, t'as mis eine adresse et te n'répeonds pos ch'est comme si j'te dis elle a ein mail mais elle n'a pos internet, Nabila des "Anches de l'réalité", elle areot seûrmint comminté ! J'ai vu cha pa hasard pasque des machins ainsin ch'est pos m'tasse de thé.  

J'aveos fait appel à ein garcheon qui ouèfe dins l'élestronique, l'roi du disque dur, l'Mozart du clavier, l'espécialisse de l'soris (d'ordinateur) pou li d'minder ein consel. J'ai été vite fixé, i-m'a invéyé ein SMS qui diseot  : "g bo vérifier , g po vu 1 fote". Ch'est pos eine questieon qui n's'aveot pos orli, tout biêt'mint, i-n'sait pos écrire autermint. J'vas béteôt aller suife des études, optieon SMS et lanque des jeones

Cha m'rappelle quand j'aveos été acouter eine conférince d'ein prof d'université, pou li avoir s'diplôme, i-aveot défindu ein mémoire su... l'mémoire. Après chinq minutes, j'ai d'mindé à m'visin : "I-cause in inglais ?" et l'eaute i-m'a répeondu : "Neon, neon ,ch'est du français", pou bin s'faire comprinte, i-a lors écrit des meots au tableau et quand j'ai vu l'phrase : " il faut mantaliser le sujet", j'ai, comme à l'pétite école, lever m'deogt et j'li ai dit :

"Mossieu, j'pinse qui feaut ein e à mentaliser"

Ave l'air de s'foute d'mi, i-a dit : "le sujet n'est pas là, ne nous laissons pas distraire, que disais-je, ah oui, je parlais de la mémoire, où en étais-je ?" et tout l'auditoire i-a bin ri d'mi. Pou eusses, les lettrés du vingt et unième sièque, j'éteos l'Mathusalem de l'assistance publique, l'annochint d'service, l'cultivateur venu sans s'tracteur. J'ai pos voulu leu dire que je n'aveos pos les mêmes critères, que j'parleos l'lanque de m'mamère, celle que j'aveos apprise in primaire et secondaire. Ch'est vrai que lire les lifes de l'tournisienne Colette Nys-Mazure cha apporte de l'culture, mais pou comprinte eine BD, i-n'a que les imaches à raviser. 

I-a eine eaute affaire qui s'passe, comme vous l'adveinez, j'écris mes artiques à l'avanche et j'clique su "publier le jour et l'heure" que cha deot venir su l'écran. Treos feos que m'n'artique i-n'éteot pos paru eine demi-heure après l'moumint souhaité. J'ai du l'orprinte et l'lancher mi-même. 

J'vas faire vérifier m'n'ordinateur pasque j'pinse que l'diape i-est d'dins ou bin ein virus, ou bin ein espion, on va vite l'découvrir, j'vas d'mindé eine orcherche à Belgacom, si eine perseonne malveillante intre dins vo n'ordinateur elle peut ête poursuivie in justice.

Aujord'hui, j'vas vous raqueonter l'dernière blaque qui est arrivée à Fifinne, l'feimme d'Edmeond. 

Eine feos pa meos, elle va chez l'docteur pou prescrire ses médicamints. I-prind l'poids (ch'est pos elle qui va foute s'balanche in l'air ave ses quarante-siept kileos tout habillée), i-acoute s'coeur (qui n'bat que pou Edmeond comme elle li dit à chaque feos et l'malhureux toubib, i-comminche à d'avoir assez d'toudis intinte l'même), i-ravise ses orelles (j'intindreos soupirer eine mouque qu'elle li répète à chaque feos, li i-fait simblant qu'i-l'a pos intindue), i-la fait tousser comme ein poncieu (cha n'chiffle pos dins ses poumeons), i-prind l'tinsieon (elle est à dix-siept pasqu'elle s'a énervée dins l'salle d'attinte, ch'est les mêmes magazines depuis dix meos et elle les conneot par coeur) et i-termine in li faisant ouvère l'bouque.

Après chinq minutes, Fifinne, elle n'a pus d'salive, elle a l'gorche tout orsèquée, les mâchoires qui comminchent à tirer, elle a mau jusque dins s'tiête, elle attrape l'souglou, bref, elle sait au moinse pourquoi elle est v'nue vir l'docteur.

Elle n'in peut pus et dit :

"Docteur, asteur, j'peux fermer m'bouque".

Li, sans l'orwettier li répeond :

"laicher là acore ouvere, i-a pos d'danger, i-a pos d'mouques à miel".

Quand i-a eu fini d'écrire s'n'ordonnance, i-li a dit ainsin :

"Asteur, vous pouvez rintrer vo lanque et fermer vo bouque, chinq minutes de calme, cha fait du bin, savez". 

Edmeond qui n'aveot acore pos dit eine parole (i-a jusse l'dreot de s'taire), i-a orwettié l'médecin et li a dit : 

"Mo Dieu, vous avez trouvé l'ormète pou l'guérir de s'besoin d'toudis parler, vous m'avez moutré commint faire pou avoir l'silence à m'maseon".

In sortant du cabinet d'consultatieons, Fifinne aveot d'jà ortrouver s'lanque, Edmeond i-a compris que ch'éteot ein trait'mint timporaire et qui n'falleot pos in abuser (ne pos dépasser l'dose indiquée, chinq minutes, eine feos par meos, chez l'docteur). 

(lexique : jeué : joué / ormarquer : remarquer / bramint : beaucoup / amisse : ami / feautes : fautes / l'artique : l'article / l'louque : la louche / lancher : lancer / défoutu : désabusé / orpris : repris / l'feimme : la femme / inveyer : envoyer / raqueonter : raconter / des cacoules : des mensonges / queompter : compter / novimpe : novembre / pétête : peut-être / ouèfe : du verbe ouvrer, travaille / orchu : reçu / toudis : toujours / à m'mote : selon moi, à mon idée / tcher : cher / pourméner : promener / seûrmint : sûrement / ein garcheon : un garçon / l'soris : la souris / ein consel : un conseil / orli : relu / biêt'mint : bêtement / autermint : autrement / béteôt : bientôt / suife : suivre / l'lanque des jeones : le langage des jeunes / acouter : écouter / des meots : des mots / m'deogt : mon doigt / s'foute d'mi : se moquer de moi / eusses : eux / sièque : siècle / l'annochint : l'innocent / m'mamère : ma mère / l'moumint : le moment / orprinte : reprendre / l'diape : le diable / aujord'hui : aujourd'hui / l'blaque : la blague / l'balanche : la balance / comminche : commence / les orelles : les oreilles / eine mouqe / ein poncieu : un essouflé / chiffler : siffler / ouvère : ouvrir / l'bouque : la bouche / orséquée : desséchée / elle à mau : elle a mal / l'souglou : le hoquet / au moinse : au moins, pour le moins / vir : voir / asteur : maintenant / orwettier : regarder / laicher : laisser / eine mouque à miel : une abeille / jusse : juste / l'dreot : le droit / l'ormète / l'maseon : la maison)

(S.T. avril 2013) 

16:43 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, patois, picard |

22 avril
2013

09:40

Tournai : le point sur la rénovation de la cathédrale.

2000-2013, le chantier du siècle que constitue la rénovation de la cathédrale Notre-Dame de Tournai progresse, parfois interrompu par l'attente d'attribution d'un budget ou par les intempéries hivernales. 

Retour aux sources.

La vieille dame qui domine la cité de Clovis a été construite dès le début du XIIe siècle et terminée en 1171, elle a subi de nombreuses transformations au cours de son existence, chaque époque y apportant son empreinte architecturale. 

Le vingtième siècle a été fatal au point de vue de sa santé, elle a survécu à deux guerres, ses pierres de Tournai ont été rongées par la pollution automobile et industrielle et une tornade l'a affaiblie, la conjonction de ces divers éléments l'a fait vieillir plus rapidement.

Les évènements les plus marquants furent l'incendie de mai 1940 consécutif aux bombardements allemands et la tornade du 14 août 1999.

Paradoxalement, cet évènement en soi dramatique pour la population allait la sauver car l'audit qui fut réalisé pour relever les dégâts qui lui avait été causés, révéla également quantité de désordres apparus au fil du temps. Classée patrimoine mondiale à l'Unesco, les différents milieux responsables de sa conservation et de son entretien durent se résoudre à entreprendre une importante et onéreuse restauration. Le déchaînement météorologique a vraisemblablement accéleré un processus qui aurait pu s'avérer trop lent, il a donné un salutaire coup de pouce aux amoureux du patrimoine qui priaient secrètement pour qu'on ne la laisse pas mourir.  

Ainsi la tornade qui, en ce début de soirée d'août, avait pris naissance au sud de la ville, l'avait balayée, avait été responsable de la démolition de dizaines d'habitations, avait abattu les arbres remarquables et parfois centenaires du square de la place Crombez ou jeté bas les monuments du cimetière du Nord, ainsi cette furie qui dura à peine un quart d'heure sans faire de victime allait au moins avoir une conséquence bénéfique, la prise de conscience de l'état de délabrement, souvent peu visible depuis le sol, du prestigieux édifice. 

Les premiers travaux

L'attention se porta en premier lieu sur la tour Brunin, une des deux tours qui se dressent du côté de la place Paul Emile Janson. Comme éprise de liberté, celle-ci semblait se désolidariser des quatre autres, elle s'écartait de l'ensemble et entre la base et le sommet, le déport était de près de 80 centimètres.

Pour d'évidentes raisons de sécurité, il a fallu se résoudre de fermer la cathédrale aux offices et aux visiteurs. Pour la première fois depuis la présence des Révolutionnaires français à la fin du XVIIIe siècle, elle allait connaître des destructions, à la différence que celles qui avaient été décidées devaient déterminer le traitement qu'on allait devoir lui imposer.

En ouvrant ses entrailles, les origines de son manque de stabilité furent vite découvertes, les excavations réalisées laissaient voir de nombreuses fissures dans les murs de fondation. On découvrit qu'une partie de l'édifice était érigée sur des terres de remblais alors que son centre reposait sur un éperon rocheux. Près de trois ans furent nécessaires pour stabiliser la tour par la technique du jet grountig qui permet d'injecter un béton à très haute pression et relier ainsi cette partie du bâtiment au socle calcaire.

Cette opération fut riche en enseignement sur son histoire.

Dans le sous-sol du déambulatoire nord, à des profondeurs différentes, on a retrouvé des éléments datant de l'époque gallo-romaine, un dallage monumental en pierre et des hypocaustes attestant de l'existence d'un édifice à cette époque. On a mis à jour un baptistère de l'époque carolingienne et dans la partie centrale de la nef romane, on a découvert, en novembre 2006, une petite crypte funéraire où étaient inhumés les corps d'évêques du XIIe siècle dont celui de Bauduin 1er, évêque de Noyon Tournai, mort probablement en 1068, dont on pensait qu'il avait été enterré à Paris.

Dès le 7 septembre 2003, jour de l'ordination du 100e évêque de Tournai, Mgr Guy Harpigny, la cathédrale fut à nouveau ouverte au culte et aux visiteurs. La nef romane, le transept et le trésor furent à nouveau accessibles tandis que le choeur gothique, bardé d'échafaudages métalliques pour empêcher l'écartement des colonnes resta interdit d'accès. 

Accueillis par des personnes chargées de diriger le public, appelées "anges gardiens", les touristes revinrent nombreux afin de visiter le célèbre édifice romano-gothique.

La première phase du chantier de rénovation.

Bénéficiant des conseils de spécialistes et dirigée par l'architecte français Vincent Brunelle qui a relevé le défi de rendre à l'édifice religieux son lustre d'antan, la première phase des travaux débuta en 2008. Elle concernait la restauration de la nef romane.

On assembla un immense échafaudage qui ceintura la nef et on recouvrit celui-ci d'un dôme plastifié apportant ainsi sécurité et confort de travail aux ouvriers qui allaient se succéder sur le chantier. On enleva les ardoises, on réalisa un nouveau voligeage de bois et dessus on plaça des tables de plomb, un élément qui recouvrait Notre-Dame jusqu'au XVIe siècle. Le plomb qui a été coulé sur sable a été acheminé au sommet de la nef, des table de plomb non soudées entre elles mais séparées par une bande de cuivre étamée pour garantir un maximum de jeu tout en étant fixées sur les lattes de bois du voligeage. En un peu plus d'un an, les couvreurs ont posé 140 tonnes de plomb sur une surface de 1.500 m2 selon des techniques séculaires. Cette nouvelle couverture est prévue pour résister 250 ans. Les décors en plomb qui dissimulent les boîtes à eau ont été décorés de motifs dorés et les tourelles ont aussi fait l'objet de travaux de dorure. Dans la partie supérieur, une couche d'émail satiné de couleur ocre a été appliquée pour recevoir une feuille d'or de 24 carats. Les menuiseries extérieures des lucarnes ont été refaites et peintes en couleur rouge. 

S'il était invisible pour les passants, le chantier a pu être suivi par de nombreux passionnés emmenés tout là-haut par les Guides de Tournai qui leur expliquaient chaque détail de la rénovation tout en résumant l'histoire du bâtiment.

La toiture terminée, on s'attaqua alors aux façades. Avec les conseils avisés de Laurent Déléhouzée, diplômé de l'UCL en archéologie du bâti patrimonial, qui a pratiquement examiné chaque pierre. Celles qui étaient fendues, cassées, effritées ou présentaient une érosion furent retaillées au pied même de l'édifice par des tailleurs de pierre travaillant sur place comme leurs ancêtres du moyen-âge. Les autres pierres qui ne nécessitaient pas un remplacement furent nettoyées pour leur donner l'aspect initial qu'elles avaient perdu à cause de la pollution atmosphérique et de la circulation urbaine. 

Pendant ce temps, le vitraux ont été retirés, transportés dans un atelier, nettoyés et certaines parties fêlées ou cassées ont été remplacées. Ils ont été aussi renforcés par un nouveau cerclage de plomb.

Progressant, les travaux se sont étendus à la chapelle Saint-Louis édifiée au XIIIe siècle, annexée à la nef romane et située sur le Vieux marché au Poteries. Celle-ci a retrouvée sa toiture comme elle existait à l'origine c'est-à-dire en tuiles vernissées et colorées formant des dessins en losange, elles sont de trois couleurs (rouge, jaune et vert) déclinées en cinq nuances.

Le grand escalier menant à la porte Mantille a été reconstruit. 

Dans le courant de l'année 2012, parapluie et échafaudages ont été démontés permettant aux passants de découvrir une nef romane rajeunie, dont les éléments en dorure brillent de mille feux au soleil.

La seconde phase débute.

En ce mois de mars 2013, de nouveaux ouvriers ont pris d'assaut les cinq clochers de la cathédrale. Leur mission consiste à encercler les tours d'un échafaudage aérien plus gigantesque encore que le précédent, une structure métallique de 17.000 m2. 

En ce mois d'avril, l'assemblage déjà réalisé concerne les tours situées au sud (côté beffroi) et s'élève déjà à une quarantaine de mètres, soit presque la moitié de la hauteur des cinq flèches. A cette altitude sera réalisé, ce qu'on appellerait en alpinisme, un camp de base pour les ouvriers avec commodités, abri pour les réunions... Vers le début de l'automne, on ne devrait plus apercevoir ces cinq clochers, symbole de notre cité scaldéenne, ils disparaîtront à la vue du promeneur pour cinq ans environ. 

Là aussi les ardoises des clochers seront enlevées et remplacées par des tables de plomb, le zinc des corniches sera remplacé, les pierres seront nettoyées, les parties malades des façades seront remplacées, les vitraux démontés, nettoyés, renforcés avant que le tout ne soit à nouveau posé. 

Sur la place Paul Emile Janson, une fois encore le "groupe des aveugles", monument réalisé par le sculpteur tournaisien Guillaume Charlier en 1908, restauré voici quelques années, a quitté son emplacement. Tout comme les toiles de Rubens retirées il y a un an et déjà mises à l'abri pour éviter les poussières, l'oeuvre sera entreposée et à sa place on réalise le coffrage qui soutiendra l'immense grue qui sera bientôt montée. Elle servira à acheminer le matériel et les tables de plomb nécessaires à la couverture des clochers, à plus de 83 mètres de haut. Uniques en Europe, les charpentes romanes nécessiteront une approche méticuleuse pour leur rénovation. 

Transférés au niveau du transept pendant la durée des travaux de la nef romane, les offices ont repris place dans celle-ci et cette dernière a été séparée du transept et du choeur, il y a quelques semaines, au moyen d'une haute cloison. Désormais, la pièce remarquable qu'est le jubé de Corneille Devriendt ne sera plus accessible, lui aussi sera caché aux regards des visiteurs pendant toute la durée du chantier concernant les clochers et le transept. Beaucoup d'amoureux de cet incomparable bâtiment espèrent, sans trop y croire vu l'importance de la rénovation, que le transept sera déjà accessible en 2017, l'année du douzième centenaire de la création du chapitre cathédral.

Dans les mois à venir, on réalisera également des tests sur les portails romans en vue de fixer le choix des meilleures techniques de restauration. 

Comme on peut le constater, la vieille dame qu'est Notre-Dame de Tournai subit un très long lifting, des outrages du temps, elle sera finalement libérée et pourra regarder à nouveau l'avenir avec la confiance de celle qui a retrouvé une seconde jeunesse.

( sources : presse locale - gazettes de chantier n°1 à 8 de la revitalisation du coeur de Tournai et de la restaurationdela cathédrale Notre-Dame). 

S.T. avril 2013.

20 avril
2013

09:40

Tournai : expressions tournaisiennes (220)

Les contestatieons d'Edmeond

D'puis l'début de l'sémaine, l'bieau temps i-est orvenu, j'pinse que je n'deos pos vous l'dire vous l'avez bin vu et si j'n'ai pos acore vu d'arondielles, j'ai rincontré Edmeond et Fifinne à l'mutuelle.

"Mo bé, ov'là ichi l'Optimisse, et alors, commint qui va l'amisse ?".

"Bé, comme vous l'veyez, toute à l'douche, tout bouboule"

"Millards, bé t'as l'air aussi dynamique qu'eine moule !".

"Ch'est vrai qu'ave tout ces médicamints qu'on prind quand on est malate, on d'vient fate et après deux ou treos mouv'mints, on est mate, te sais que j'ai perdu presque treos kileos".

"Ahais, mais t'as pos 'cor l'pieau su les ossieaux". 

 "Tins, j't'ormercie d'avoir parlé d'mi et d'Fifinne, dins l'artique su l'anniversaire, asteur j'sus salué pa tertous et j'in sus fier".

"Fifinne qui n'aveot acore rien dit tout à n'ein queop elle a bondi :

"Quand on est poli on dit m'feimme et mi, t'as compris, espèce de malappris"

"I-n'feaut pos m'printe pou ein imbécile, mi, j'mets toudis pa d'vant, le chef de famile"

"Raiseon d'puque, le chef de famile, te l'as pa d'vant ti et te deos faire comme je t'dis". 

Cha a mis Edmeond d'fort mauvaisse humeur, i-m'a tenu l'gampe pindant eine heure.

"Cha ch'est bazar partout... tins, hier, j'vouleos aller boire eine pinte in ville, au Quate Saiseons su l'Grand'Plache, j'sus déquindu du bus à la gare et pou y arriver cha ch'éteot dallache, l'rue d'l'Hôpital elle a été mise à mal, i-a pus ein trottoir, i-a pus ein pavé, ch'est de l'tierre de l'plache Janson jusqu'au quai. Pus leon, l'rue du Four Chapitre, elle n'est pos terminée, i-n'a que feauque su eine mitan que les auteos i-peuve'tent passer et dins l'rue des Orfèvres, i-feaut slalomer inter les ingins d'chantier". Te pinses que t'es sauvé, su l'grand'plache i-va avoir des travéaux et i-a des barrières nadar de l'princesse d'Espinoy jusqu'au bieffreo. Au cabaret, quand Ludivine, l'patreonne, pos l'échevine, elle m'a vu arrivé, elle a cru que j'aveos cait dins eine tranchée et au soir quand j'sus rintré à m'maseon, m'feimme elle failli m'foute eine correctieon".

"Ahais, j'sais bin, chez nous eautes, on va orfaire les trottoirs, i-paraît qu'i-d'a pou treos meos, cha deveot commincher in avril, pou seûr qu'asteur on va passer les vacances de juillet ave des treos dins tout l'quartier".

"Dis hardimint qu'on est arringé, on deot vraimint tout supporter. In puque tous mes gins, i-nous prenne'tent à l'feos pou des rudes annochints, t'as pos suivi, in France, l'affaire du minisse qu'i-aveot planqué d'l'argint in Suisse. I-a minti et l'cat (huzac) i-a été dins l'horloche. Asteur dins ein souci d'honnêteté, de l'grande famile des édiles, l'fortune elle deot ête déballée, je n'sus pos ein imbécile mais j'ai rien compris de ce qu'on nous a dit. Ainsin ein heomme qui a été premier minisse i-a déclaré eine maseon, chinq mille euros d'écolomies et deux vielles carettes qu'on pourreot tout jusse vinte au marché aux puches. M'n'heomme i-a quand même gagné près d'vingt mille eureos tous les meos pindant pus d'deux ainnées, i-li feaut in gagner combin pou in mette ein seul d'côté, comme dit m'visin i-a seûrmint tout mis au neom de s'feimme".

Fifinne qui n'aveot acore rien dit lui a répeondu :

"T'as qu'à faire l'même à l'maseon, j'min vas tout d'suite dès qu'j'ai l'pogneon, eine feos que j'areos les liards à m'neom, j'direos in mi même, i-est temps, filons".

"t'as bin dit...filons, m'n'amour, mo bé t'as beauqueop d'humour". I-n'aveot même pos ormarqué qu'in disant cha Fifinne songeot à l'plaquer. 

Ainsin après les treos in ville, on a parlé des treos d'mémoire des ceusses qui planquent les liards dins des paradis fiscaux.

"De l'pétite écoleo, j'ai bin aimé aussi l'déclaratieon, elle n'a pos d'maseon à s'neom, pos d'argint dins les banques fauqu'eine pétite vespa acatée d'occasieon, j'me sus dit eine cosse, i-éteot bramint temps qu'elle arrive au gouvernement pasqu'ave ein patrimoine aussi menu, elle alleot béteôt s'ortrouver à l'Armée du Salut". 

Fifinne a calmé l'jeu, elle s'a montrée philosophe :

"Te sais, ch'est pos les mêmes gins qu'nous, nous eautes on queompte ein greos sou, eusses i-orchoivent dix mille eureos net et tout passe pa l'ferniête. On est des formiches, i-seont des cigales, on ouèfe tout l'hiver et eusses i-veont, au solel, dins ein paradis fiscal".

"Yes, Off-shore, of course" qui a répeondu, in riant, Edmeond qui conneot à peine treos ou quate meots d'inglais appris i-a soixante-chinq ans, à l'libératieon.

Je n'voudreos pos terminer m'babillarte sans vous raqueonter ce qui s'a passé dins l'bus inter l'magasin et m'maseon. 

J'éteos assis jusse in face d'un viel heomme qui liseot ein magazine. J'aveos vu su l'couverture qu'on parleot de l'mortalité dins l'meonde. Tout à n'ein queop, l'heomme i-a laicher caire l'orvue et m'a dit ave ein air ébeubi :

"Vous vous rindez queompte, à chaque feos que j'respire i-a ein heomme qui cait mort".

Je n'l'écouteos que d'eine orelle pasque j'alleos appuyer su l'sonnettte pou déquinte au prochain arrêt et j'li ai répeondu biêt'mint :

"J'sereos à vo plache, Mossieu, j'cangereos d'dintiste".

J'ai provoqué ein éboulache de rire parmi les eautes gins du bus mais l'viel heomme i-m'a ravisé ave ein air d'mourdreux.


 (lexique : orvenu : revenu / les arondielles : les hirondelles / l'amisse : l'ami / tout à l'douche : tout doucement / fate : sans énergie / ête mate : être fatigué / l'pieau : la peau /  les ossieaux : les os / l'artique : l'article / asteur : maintenant / tertous : tous / tout à n'ein queop : tout à coup / pa d'vant : devant / raiseon d'puque : raison de plus / l'gampe : la jambe / déquindu : descendu / ein dallache : un désordre, un fourbi / pus leon : plus loin / feauque su eine mitan : seulement sur la moitié / inter : entre / caire : tomber / nous eautes : nous autres / orfaire : refaire /  commincher : commencer / pou seûr : pour sûr, assurément / vraimint : vraiment / in puque : de plus / annochints : innocents / l'cat i-est dins l'horloche : il y a de la brouille dans le ménage / l'famile : la famille / écolomies : économies / puches : puces / ainnées : années / seûrmint : sûrement / s'feimme : sa femme / les liards : l'argent / des ceusses : de ceux / fauqu'eine : seulement une / eine cosse : une chose / bramint : beaucoup / béteôt : bientôt / s'ortrouver : se retrouver / queompte : compte / l'ferniête : la fenêtre / des formiches : des foumis / on ouèfe : on travaille / l'solel : le soleil / m'babillarte : ma lettre / raqueonter : raconter / jusse : juste / ein viel heomme : un vieil homme / laicher : laisser / ébeubi : ahuri / eine orelle : une oreille / déquinte : descendre / biêt'mint : bêtement / ein éboulache de rire : le fait de s'ébouler de rire, de se tordre de rire / ein hourdreux : un hargneux).

(S.T. avril 2013) 

 

 


09:40 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

18 avril
2013

16:06

Tournai : Ce jour-là, le 15 avril 2007 !

"Ce jour-là...", sous ce titre, le blog a déjà évoqué des évènements particuliers qui ont marqué l'actualité de la ville de Tournai : accidents, incendies, explosions, hold-up... Je vais certainement vous surprendre en vous affirmant qu'il ne s'est rien passé de remarquable ce jour-là... le 15 avril 2007. 

La Maison de la Culture prépare bien un évènement qui fera date mais celui-ci n'est programmé que les 20 et 21 mai : la naissance du projet "Mali, Mali", l'aboutissement d'une rencontre qui eut lieu en août 2005 entre un musicien traditionnel africain, le Malien Baba Sissoko et le dynamique chef de la Fanfare de Mourcourt, le Tournaisien Eloi Baudimont.

Les férus d'Art et d'Histoire se réjouissent sans doute d'une découverte exceptionnelle, on devrait même plutôt dire une rédecouverte. En ce mois d'avril, sur la place de Lille est réapparu le linteau sculpté sous la porte cochère de l'ancien hôtel "Aux Armes de Tournai" représentant "La fuite en Egypte", un élément dont on avait perdu la trace après la seconde guerre mondiale. Cette mise au jour a été faite lors des travaux entrepris pour la rénovation de l'immeuble afin de le transformer en un lieu d'accueil de cinquante chambres, une escale pour touristes doublée d'un centre aquatique de bien-être, un projet qui fera long feu. 

C'est également à ce moment que de la cité des cinq clochers va voir les comités de quartier s'unir afin d'obtenir un moratoire contre l'installation des antennes GSM pour lesquelles les différents opérateurs de téléphonie mobile multiplient les demandes de construction de pylônes destinés aux relais GSM et UMTS. Plus de 3.000 signatures sont ainsi récoltées. 

Non, rien de vraiment mémorable à signaler, tout au plus, ce jour-là, le 15 avril 2007, je débute, sur Skynet, un blog que j'intitule "Visite Virtuelle de Tournai" et que je signe du pseudo "l'Optimiste".

Depuis longtemps déjà, j'avais mûri le projet de faire connaître ma ville à des amis et connaissances, je n'imaginais pas encore que j'allais recruter mes lecteurs parfois à des milliers de kilomètres de la cité des cinq clochers. Tournaisiens exilés qui allaient devenir des fidèles de mes articles, leur coeur peint en "rouge et blanc" relié à leur ville natale par le lien fragile du Net. 

Depuis l'année 2004, j'avais entrepris de faire visiter la cité des cinq clochers où je suis né et où j'ai toujours vécu et amené à découvrir ses trésors à d'anciens collègues, à des gens venus de Wallonie et de Flandres, des touristes d'un jour ayant, parfois, entendu parler de Tournai mais n'y ayant jamais mis les pieds. Leur émerveillement devant tant de richesses m'a donné l'idée de lancer une visite virtuelle pour ceux qui ne pouvaient se déplacer ou habitaient beaucoup trop loin. 

J'ai donc souhaité faire visiter, par le texte uniquement, des lieux comme la cathédrale, le beffroi, la Grand'Place, les quartiers, les faubourgs et les villages qui y ont été rattachés lors de la fusion de 1976.

J'ouvre une parenthèse : j'ai fait le choix de ne pas publier de photos parce que d'autres le faisaient bien mieux que moi comme Véronique sur son blog "Tournai, ma ville", les "3 J" ou encore le blog "Tournai, en rond" et surtout, je l'avoue, parce que je ne maîtrisais pas la technique. 

Ensuite est venue l'idée de reconstituer l'Histoire de la ville, du petit village gallo-romain des bords de l'Escaut à la ville martyre de la seconde guerre mondiale. Restant dans ce domaine, sur base de la presse locale, sous la forme d'un long feuilleton, j'ai commenté les évènements qui se sont déroulés à Tournai entre le 1er janvier 1900 et le 31 décembre 2005 et ensuite j'ai fait un "zoom" sur des journées particulières. 

La cité tournaisienne ne peut être évoquée sans parler de ses enfants, à la fin de l'article, vous trouverez la galerie de portraits consacrés à ceux et celles qui ont marqué les esprits des habitants de la cité, que ce soit dans le domaine des Arts, de la Culture, du Sport ou du Folklore local. Des personnages connus localement mais aussi au-delà de nos frontières. 

Tournai n'est pas une ville morte contrairement à ce que certains osaient affirmer dans les années soixante avec des expressions du genre "Ville d'Art, ville en retard". Son administration communale, sa gestion centre-ville et de nombreuses associations la font vivre, organisent des festivités, des évènements, des commémorations et c'est ainsi qu'est née la rubrique mensuelle des festivités qui se déroulent à l'ombre des cinq clochers et dans les villages pour autant que l'information me parvienne à temps.  

Tournai, riche de ses immeubles remarquables, de ses musées, de son folklore, de ses espaces verts joue la carte du tourisme et souhaite attirer de très nombreux visiteurs, c'est pour cette raison que des chantiers importants la remodèlent. Peu à peu, mais pas assez vite pour beaucoup d'entre nous, la ville se fait belle et chacun sait que pour le devenir, il faut savoir souffrir. Cela m'a donné l'idée de faire le point régulièrement sur les travaux qui parfois démoralisent ses habitants et c'est ainsi qu'est née la rubrique "chantiers en cours et programmés". 

Tournai est aussi une ville de Picardie avec son patois proche de celui du Nord de la France, de celui des Ch'tis immortalisé par Dany Boon qui, par hasard, a fait ses études dans notre cité. Au travers de la rubrique "Expressions tournaisiennes", j'essaie, sans aucune prétention de faire connaître ces expressions typiques d'une population qui aime rire et s'amuser. Le fil conducteur n'est autre qu'un couple de vieux tournaisiens, Edmeond et Fifinne, deux personnages imaginaires nés pour la circonstance, fictivement domiciliés à la rue Montifaut. 

Ce jour-là, le 15 avril 2007 commençait une aventure qui allait, rapidement, se transformer en passion. Six années et mille trois cent cinquante-sept articles plus tard, je me rends compte que le blog a enregistré près de 525.000 visites, a généré 818 commentaires, m'a permis de correspondre avec des Tournaisiens du bout du monde (expression que j'emprunte à un autre Tournaisien, Adrien Joveneau), m'a amené de nouveaux amis "virtuels" et m'a fait passé plus de six mille deux cent heures en recherches dans les livres, la presse locale, en promenades sur le terrain, en prises de contact avec les personnages dont j'évoque la biographie. Grâce au blog, je suis devenu un "rat de bibliothèque" où, là aussi, je me suis fait de nouveaux amis. J'ai même la chance de posséder une correctrice attitrée, enseignante aujourd'hui à la retraite, elle déniche la moindre faute d'orthographe (que celui qui n'a jamais fauté me lance le premier dictionnaire, lui ai-je un jour écrit) ou la plus petite coquille et ne manque pas de me le faire savoir par un e-mail amical, je tiens à la remercier car à l'heure où le langage SMS envahi les commentaires sur internet, j'essaie, modestement, de mettre un point d'honneur à rendre hommage à ces instituteurs primaires qui m'ont appris le bon usage de la langue française. En sa compagnie, j'ai au moins appris une chose : "ne pas faire confiance au correcteur qui est programmé" car j'ai déjà tendu de nombreux pièges à ce programme intégré et il ne les a même pas détectés. Maurice Grévisse et Larousse ne quittent plus mon bureau !

Si vous découvrez ce blog ou si vous avez envie de lire un sujet bien précis, pour autant que celui-ci fut un jour traité, il vous suffit, dans le cadre "Rechercher" situé au bas de la colonne de droite, de taper le mot souhaité, le nom désiré ou une date et vous apparaîtront le ou les articles  évoquant celui-ci.

Comme promis voici la liste des portraits accrochés à la cimaise de mon musée virtuel :

Charles Allard (peintre) Fernand Allard l'Olivier (peintre), Eloi Baudimont (chansonnier, auteur patoisant, membre de la RCCWT), Franck Olivier Bonnet (comédien de théâtre, cinéma et télévision, disparu récemment), Etienne Boussemart (journaliste, guide de la ville et historien de la cité des cinq clochers), Christian Bridoux (chansonnier, membre de la RCCWT), Justin Bruyenne (architecte ayant vécu au XIXe siècle), Robert Campin (peintre des XIV et XVe siècles), Anne Carpriau (comédienne, grande dame du théâtre), William Chapam (animateur de radio, présentateur de spectacles), Chelmi (Michel Vandenbroeck, artiste de variété, fondateur du music-hall le Palace), Christian Chuffart (musicien, trompettiste), Bruno Coppens (humoriste), Jean Paul Comart (comédien de cinéma et télévision), Michel Cordier (cyclo-touriste, spécialiste des diagonales), Edmond Cornil (dit Malette, personnage du folklore tournaisien), Léon de Bongnie (major-médecin qui a donné son nom à l'hôpital militaire de Tournai), Jacques de Ceuninck (chasseur d'épaves d'avion, chercheur de pilotes disparus, auteur du blog sur Warchin), Jean Jacques Decock (magicien, imitateur), Guy Defroi (orchestre d'après-guerre), Gilbert Delahaye (poète, co-auteur des aventures de Martine), Roger Delannay (aviateur disparu le 8 mai 1940), Roger Delcroix (bourgmestre de Tournai et musicien), Johnny Delcroix (orchestre tournaisien d'après-guerre), Roger de le Pasture (peintre), Bruno Delmotte (auteur patoisant), Charles Henri De Rasse (dernier maire et premier bourgmestre de Tournai au XIXe siècle), Renée Desclée (photographe), Christiane Diricq (musicienne, violoncelliste), Simon Diricq (musicien, saxophoniste), Félicien Doyen (chansonnier, directeur du cercle Choral Tornacum), Jean-Luc Dubart (chroniqueur radio, spécialiste des traditions locales), André Dumortier (pianiste, lauréat de nombreux prix), Barthélémy Dumortier (botaniste, homme politique, héros de l'indépendance de la Belgique), Roméo Dumoulin (peintre tournaisien), Charly Dupont (comédien de cinéma et de télévision), Léon Foucart (Président de la Royale pédale Saint-Martin ), Madeleine Gevers (poète), Germain Evrard (dit Germain du Palace), Simone Ghisdal (Tante Gaby, résistante), Caroline Gillain (comédienne de cinéma), Albert Joseph Goblet (aventurier), Edmond Godart (chansonnier, auteur patoisant, membre de la RCCWT), René Godet (chansonnier, membre de la RCCWT, membre de la Fondation Follereau de Tournai), Jean Louis Godet (fils du précédent, chroniqueur presse écrite, humoriste aux Nouvelles de l'Espace), Xavier Gossuin (danseur, directeur école de danse "Danse et Cie"), Georges Grard (sculpteur), Lucien Jardez (chansonnier, auteur patoisant, membre de la RCCWT), Adrien Joveneau (animateur de radio, du beau vélo de ravel), Gaspard Joseph Labis (évêque de Tournai au XIXe siècle), Joseph Lacasse (peintre), Henri Lacoste (architecte), Nicolas Lecreux (sculpteur du XVIIIe siècle), Jacky Legge (écrivain, conservateur des cimetières tournaisiens), Michel Lemay (patron carrier), Roger Leveau (dit "Casquette", supporter n°1 du Racing, connu sur tous les stades de Belgique dans les années 50 à 80), Géo Libbrecht (poète), Li Muisis (historien, chroniqueur de l'abbaye de Saint-Martin), Marcel Marlier (illustrateur, le père de Martine, co-auteur de ses aventures), Pascal Mauquoy (un champion du jeu de fer), Lucette Menu (tournaisienne bien connue, surnommé la "marraine des sapeurs pompiers", habilleuse à la revue du RCCWT), Cédric Merchez (joueur de tennis de table de division I), Eddy Michez (cyclo-touriste au long cours), Les Messiaen (famille de photographes), Colette Nys-Masure (grande dame de la littérature), Les Okidoks (duo de clowns tournaisiens internationalement connus), Gabrielle Petit (résistante fusillée par les allemands), Henri Philippart (un résistant méconnu)Les Polaris (orchestre tournaisien qui a débuté au Golf Drouot), Jean-Pierre Rapsaet (journaliste radio), Gabrielle Ravelard (infirmière, fondatrice de la clinique La Dorcas), Rock Crosy (orchestre tournaisiens des années soixante et septante), Michel Renard (osthéopate, dispensateur de cours de yoga), Rudy Sainlez (chansonnier, membre de la RCCWT), Henri Triaille (médecin tournaisien), Raymond Vallée (cyclo-touriste, président de la RLVB section cyclos), Les Vasseur (famille de lithographes), Henri Vernes (écrivain, père de Bob Morane), Gaston et Raymonde Voiturier (auteurs patoisants, membres du Théâtre Wallon Tournaisien), Vic Vony (chanteur fantaisiste tournaisien), Edouard Wicard (photographe), André Wilbaux (chansonnier, membre de la RCCWT), Pascal Winberg (chansonnier, membre de la RCCWT).

Voici des Tournaisiens plus ou moins bien connus dont certains ont été les ambassadeurs de la cité des cinq clochers.    

(S.T. avril 2013).  

 

 

16:06 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, portraits |

17 avril
2013

09:30

Tournai : Barthélémy Dumortier, un homme aux multiples facettes (2)

Un ardent patriote.

En octobre 1829, au moment où Barthélémy Dumortier et ses amis fondent "le Courrier de l'Escaut", la Belgique n'existe pas mais, on peut dire qu'elle est en gestation car dans les provinces du sud des Pays-Bas, on commençe à sentir un léger frémissement, celui de la colère de quatre millions d'habitants qui va aller grandissante. 

Un nouveau journal est né et, à cette époque, s'y abonner est considéré comme un luxe, seules, les familles les plus aisées, principalement dans les milieux catholiques, lui réservent un bon accueil, les autres vont le lire dans les estaminets ou dans les lieux publics, l'information circule alors oralement vers les milieux les plus défavorisés parmi lesquels on trouve encore un grand nombre d'illettrés.

Un an plus tard, Barthélémy Dumortier est devenu un des dirigeants tournaisiens des plus influents et des plus écoutés du mouvement anti-hollandais. Son don d'orateur lui aurait permis d'haranguer les foules, de les galvaniser mais il paie également de sa personne. En qualité de capitaine de la garde bourgeoise de la paroisse Saint-Quentin, à la tête d'une troupe de volontaires, il s'empare, le 28 septembre 1830, des trois casernes de Tournai, attaquant également les autres postes hollandais et se rendant, en parlementaire, à la citadelle pour régler la capitulation de la place. Pour toutes ces actions, il se verra attribuer la Croix de fer belge, une reconnaissance exceptionnelle. 

Un homme politique avisé

Au lendemain de la révolution, le 27 octobre 1830, il est désigné député suppléant au Congrès National, représentant le district de Tournai et, en 1831, lors de constitution du premier Parlement du Royaume de Belgique, il sera nommé député.

En 1832, dans sa ville natale, en reconnaissance de son engagement et de ses actes héroïques, des centaines de citoyens tournaisiens souscrivent pour que lui soit offert un sabre d'Honneur. Il est, entre temps, devenu Colonel-commandant de la garde civique de Tournai et il remplira cette fonction jusqu'à la réorganisation de 1848.

Il sera député, élu pour le district de Tournai de 1831 à 1847. Comme bien souvent, son aura fait des jaloux et des envieux, lors des élections, il sera désavoué par les membres de son propre parti, celui qu'ils avaient surnommé "l'Apôtre de la Liberté" sera lâché par les siens, premier exemple d'une longue série car le milieu politique n'échappe pas à la règle, comme dans d'autres assemblées, il est parfois composé d'arrivistes qui n'ont que des amitiés de façade. Déçu mais non abattu, il se présentera dans le district de Roulers et y sera réélu jusqu'à sa mort.

Son activité au parlement fut débordante, il s'attaque à de sujets aussi divers que celui de l'échelle mobile des droits d'entrées et de sorties des céréales, substituant le système imposé par les Hollandais de droit d'entrée aux poids (projet déposé en 1833).

Il propose ensuite une série de lois concernant les dépenses de l'Etat, l'hospitalité belge envers les étrangers paisibles (1834), la loi communale (1836). Il participe également à la création des chemins de fer belges. 

En 1838, au moment où se pose le paiement de la dette de la Belgique aux Pays-Bas, il publie un ouvrage qui va faire référence : "La Belgique et les XXIV articles" dans lequel il démontre que le traite de 1831 avait perdu sa force obligatoire. Quarante mille exemplaires de cet ouvrage traduit en flamand, anglais et allemand seront vendus en peu de temps. Dans les négociations qui suivirent, ses observations permirent à la toute jeune nation belge de baisser le paiement aux Pays-Bas de 300 millions sur sa dette. 

A cette époque, Barthélémy Dumortier recevra la décoration de Chevalier de l'Ordre de Léopold et, en 1847, sera promu officier de ce même Ordre.

Vers 1840, on assiste à une lente érosion de l'union entre catholiques et libéraux scellée à la veille des journées de septembre 1830. Dumortier reste fidèle à l'unionisme et son libéralisme inné le dresse contre le joséphisme (allusion à la politique religieuse de l'empereur Joseph II de Germanie) qui domine le programme du parti libéral. En 1850, il est à la base de la "loi des Couvents" promulguée en 1857 mais abandonnée sous la pression des émeutes déclenchées par ses adversaires. 

En 1872, Barthélémy Dumortier deviendra ministre d'Etat et sera élevé au titre de comte par le roi Léopold II. Celui qui faisait partie de plus de quarante sociétés savantes en Belgique et à l'étranger s'éteindra le 9 juillet 1878, il était âgé de 81 ans. 

Vous en savez ainsi un peu plus sur ce Tournaisien dont les jeunes générations ignorent très souvent l'existence mais, pour être complet, il est intéressant de prendre connaissance de portraits dressés par ses contemporains. 

Evoquant son souvenir, Mr A. Lameer, recteur honoraire de l'Université Libre de Bruxelles, a écrit dans un de ses ouvrages :

"Barthélémy Dumortier fut chez nous le Nestor des naturalistes (...) En 1828, il fut le premier de tous les biologistes à constater sur les algues que les cellules prenaient naissance par division de celles prééexistantes, mais ses observations passèrent inaperçues. Il avait effleuré la théorie cellulaire".

Un de ses amis parlementaires le décrivit de la façon suivante :

"Travailleur assidu, doué d'une vaste conception, il se joue des plus grandes difficultés. Les chiffres les plus ardus, les plus embrouillés, ont pour lui une signification claire et précise, il les classe, les commente, les simplifie et en tire toujours les conclusions les plus avantageuses pour la pensée qu'il défend".

Un adversaire politique a dit de lui : 

"Il était d'une étonnante faconde, traitant avec une égale facilité toutes les questions, n'en ignorant aucune, pratiquant à toute occasion sa verve et son énergie, surtout quand il avait...tort". 

Le mot de la fin nous le laisserons à Barthélémy Dumortier lui-même, quand on lui a demandé de se définir, il a simplement répondu :

"Je suis le Zouave de la Liberté !".

Que reste-t-il de cet homme célèbre à son époque ? Une statue dans sa ville natale érigée cinq ans après sa mort, un buste sculpté par Mélotte qui garnit une des salles du jardin botanique de Bruxelles, un portrait réalisé par Louis Gallait, le grand peintre romantique tournaisien, un très grand nombre d'ouvrages scientifiques et politiques et... "Le Courrier de l'Escaut" qui existe depuis 184 années, ce qui en fait le plus vieux journal de Belgique. 

(sources :  "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990 et édité par la société d'Archélogie industrielle de Tournai - article signé par Théo Dubois paru en 1979 à l'occasion des 150 ans du journal le Courrier de l'Escaut - site web de la Ville de Tournai - site www.unionisme.be qui consacre un très long article au Parlement belge de 1831 à 1847 et évoque abondamment la biographie politique de Barthélémy Dumortier).

15 avril
2013

09:30

Tournai : Barthélémy Dumortier, un homme aux multiples facettes (1)

A part pour quelques passionnés d'Histoire ou de férus en botanique, qu'évoque encore le nom de Barthélémy Dumortier pour les habitants et visiteurs de Tournai en ce début du XXIe siècle ?

Probablement certains vont-ils faire un lien avec la statue en marbre, oeuvre du sculpteur Fraikin datant de 1883, qui se dresse dans la rampe du Pont de Fer, à deux pas de la rue du Cygne. On y découvre un homme à l'allure fière tournant le dos au quai des Salines, un tribun semblant s'adresser aux personnes qui passent à ses pieds. 

Si leurs connaissances concernant ce personnage se résument à cela, il serait alors peut-être opportun de découvrir cet homme aux multiples facettes qui marqua, à plus d'un point, l'histoire de la cité des cinq clochers et lui légua un important héritage.

Barthélémy, Charles, Joseph Dumortier est né à Tournai, le 3 avril 1797, petit-fils d'un receveur général des moulins et fils d'un commerçant aisé longtemps conseiller communal. Il suivra les cours de l'école primaire de l'institut Van Casteel dans sa ville natale avant de poursuivre des études secondaires à Paris sous la direction de l'abbé Léotard. Revenu à Tournai, en 1816, à l'âge de dix-neuf ans, il épouse Philippine Ruteau. Une union à cet âge était considérée comme relativement précoce à l'époque !

Avocat de profession, il se fera tout d'abord connaître comme un botaniste et naturaliste qui, à l'âge de vingt-cinq ans a déjà publié une importante étude dont le but est de recenser la flore nationale et d'établir une classification de celle-ci. Entre 1816 et 1821, il va parcourir le Hainaut, les deux Flandres, l'Ardenne et la Campine afin de répertorier la flore locale. Le résultat de ses multiples observations paraîtra en 1827 dans l'ouvrage qu'il consacre à la "Flore de Belgique" dans lequel il a élaboré un nouveau système de classification du règne végétal. Cet ouvrage énumère 2.251 espèces de plantes indigènes. En 1829, il est admis comme membre de la très renommée Académie de Bruxelles où il est de suite reconnu comme un des meilleurs naturalistes des Pays-Bas. 

Barthélémy Dumortier porte aussi un intérêt particulier à la zoologie, à l'archéologie et à l'histoire. Entre 1822 et 1876, il publiera pas moins de 123 ouvrages, dont une large majorité est à caractère scientifique et historique, les autres auront, comme nous le verrons, une connotation plus politique.

Lors de la fondation de la Société royale de Botanique de Belgique, en 1862, il devient le premier président et on lui doit la création en 1866 du Jardin botanique de l'Etat à Bruxelles. Déjà en 1818, il avait été à la base, à Tournai, de la fondation de la société d'agriculture et d'horticulture et, en 1828, de la création du Musée d'Histoire naturelle situé dans la cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville. 

Spécialisé dans le droit, il est nommé Juge suppléant au Tribunal de commerce de Tournai, le 30 juin 1828, et devient juge effectif en décembre 1829. 

A la lecture de cette première partie de biographie, on ne peut imaginer que cet avocat, botaniste et naturaliste, récoltant et étudiant les délicates plantes, collectionnant les plus belles fleurs, possède également la nature d'un politicien fougueux et d'un patriote ardent. 

La politique ne le laisse pas indifférent, loin de là, il a probablement hérité cela de son père. En 1828, il lance un pétitionnement (on parlerait maintenant de pétition) en faveur des libertés auxquelles le roi Guillaume croit bon de mettre une muselière. Il réclame la liberté de l'enseignement, la liberté de la presse, la cessation des vexations fiscales... En 1829, il rencontre le gantois Louis de Potter, publiciste libéral, conspirateur et républicain, ce "mangeur de curés" qui se tourne vers les catholiques pour réaliser une union sacrée contre les Hollandais. 

En 1829, Barthélemy Dumortier organise dans sa ville un grand banquet patriotique et de nombreuses idées sont échangées dont celle de la création d'un journal politique à Tournai.

Depuis vingt-cinq ans existe, dans la cité des cinq clochers, un journal de tendance libérale, fondé en 1804 par l'imprimeur Romain Varlé (imprimeur officiel de la municipalité tournaisienne), qui porte le nom de "La Feuille de Tournai". Barthélémy Dumortier en compagnie de Mrs De Cazier, du chanoine Charles Doignon, de François Dubus l'aîné, du docteur en médecine Jean Baptiste Bouquelle, de l'avocat Olivier Cherquefosse et du notaire Le Roy fonde un journal politique d'obédience catholique. 

Comme existaient déjà les organes, "Le Courrier de la Sambre" à Namur et "Le Courrier de la Meuse" à Liège, il lui donne tout naturellement le nom : "Le Courrier de l'Escaut".

Le premier numéro paraît le dimanche 18 octobre 1829, il est édité en quatre pages in quarto et sa "Une" porte le titre "Prospectus". Un mot qui est tout sauf banal puisque le prospectus est un imprimé qui sert à informer et à faire de la publicité. Le but est, bien entendu, d'informer le lecteur des idées politiques défendues par les auteurs et d'en faire la plus large diffusion. Cet éditorial résume parfaitement la pensée des fondateurs : 

"Si l'opinion publique est reine du monde, si c'est sur elle que repose nécessairement tout gouvernement représentatif, il faut que cette opinion soit bien connue (...) Sans les journaux politiques, l'état représentatif ne peut subsister : le pouvoir n'a pas de contre-poids, la balance constitutionnelle est rompue".

Cela a le mérite d'être clair mais ne va certainement pas plaire au pouvoir hollandais en place.

(à suivre)

(sources : "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle", ouvrage de Gaston Lefebvre, paru en 1990, publié par la société d'Archéologie industrielle de Tournai - étude concernant la fondation du "Courrier de l'Escaut" parue en 1979 sous la signature de Théo Dubois lors du 150e anniversaire du journal - site "www.unionisme.be" dans sa partie consacrée à la Chambre des représentants de Belgique 1831-1848)

13 avril
2013

09:51

Tournai : expressions tournaisiennes (219)

Eine orcette bin tournisienne.

Jeudi, après-deîner, aux invireons d'eine heure, j'éteos là comme ein béard pa d'vant m'n'ordinateur et je me demindeos, bin infarfouillé, quoisque j'alleos acore bin pouvoir vous raqueonter. J'éteos fin réhusse quand l'cloquette de mes mails s'a fait intinte, elle m'avertisseos que j'aveos ein nouvieau messache in attinte. 

Cha v'neot d'eine lectrice de mes artiques, eine brafe tournisienne nommée Monique, eine surdouée d'l'informatique, eine espécialisse dins les arpes généologiques. Elle m'inveyeot l'orcette du podinque. Infin éteot dévoilé l'secret de m'gramère, elle que j'considéreos comme l'reine des cuisinières. J'vas m'in inspirer pou vous aider à l'réaliser.  

Attintieon mes gins, ov'là ichi in esclusivité, l'podinque comme on l'fait à Tournai.

Commint faire ein beon podinque ? 

J'vas tout d'abord vous deonner l'liste des ingrédients nécessaires, pasque vous devez, au moinse, savoir avec quoi i-feaut l'faire.

Cinq chints grammes d'pain rassis (des restants d'pain de l'sémaine, pain blanc, cramique, petits pains...), ein lite d'lait et quarante chintilites que vous mettrez à part, deux chint chinquante grammes d'rogins d'Corynthe, treos oués, ein paquet d'crème vanille in poudre, ein paquet d'chuque vanillé, chint chinquante grammes d'chuque semoule, deux chint chinquante grammes d'castonnate brune (si on truèfe de l'castonnate de l'marque Couplet dins ein magasin ch'est acore meilleu pasque ch'est ein beon produit tournisien) et, pou faire plaisi à vo n'heomme, deux p'tits verres à goutte de rhum. 

L'podinque i-s'prépare toudis de l'velle. Vous devez commincher, dins à saladier, pa mette trimper vo pain dins l'lite de lait. Vous touillez à l'feos pou que l'pain i-soiche bin ramolli et que, bin seûr, les croûtes i-n'soichent pus durtes. Après vous mettez l'saladier au frigueo pou 24 heures. Dins les 40 cl d'lait restant, vous mettez trimper les rogins d'Corynthe tout l'nuit, pou qui soichent bin greos. Vous obliez l'tout jusqu'au lind'main in espérant que vo n'heomme i-n'ira pos querre eine pinte dins l'frigueo pindant l'match d'fotbal, ein consel faites cha l'jour de l'diffusieon d'Dierick, pou seûr, i-va s'indormir pa d'vant l'télé.  

Prenant vo saladier, l'lind'main, vous allez vir que l'pain i-est démélé, vous allez alors li ajouter les oués intiers (l'guéaune et l'blanc, j'précisse bin, à l'feos que vous n'savez pos c'que ch'est d'des oués intiers). Vous mettez aussi tout l'paquet d'crème vanille, l'chuque vanillé, les rogins ave l'lait dusqu'i z'eont trimpés, l'chuque semoule et l'castonnate. Ave vos mains, vous mélingez bin, vous allez alors ajouter les deux verres de rhum (eh là-va ! j'vous ai vue Madame, vous avez bu eine pétite goutte à l'boutelle, cha n'se fait pos savez... ch'est beon pou eine feos !).

Asteur, i-est temps d'précauffer vo four pindant dix minutes à 200°. Vous avez tout jusse l'temps d'verser vo préparatieon dins ein plat à gratin bin beurré ou bin dins eine tourtière tout aussi bin beurrée. Dins l'prumier cas, vous arez ein podinque bin moëlleux, dins l'deuxième i-s'ra ein peu pus sèque. Quançque l'four i-est à point vous n'obliez pos d'baisser l'thermostat su 160° et vous infournez pou eine heure et quart. Si vous cuisinez au gaz, l'thermostat i-deot ête su six ou bin siept (on veot que j'ai suivi, pindant des ainnées, les cours d'Michel Oliver, d'Louis Willems, d'Jean Pierre Coffe ou bin acore d'Maïté).

Sintez ichi l'naque qu'i-a invahi vo cuisine et si vous avez, eine guisse, forché su l'rhum, l'part des anches, elle va parfeumez tout vo logis. 

Vous pouvez asteur défourner vo podinque et l'laicher orfroidir

L'pire des supplices cha va ête pou vous d'attinte que vo n'heomme et vos infants rintent à l'maseon. 

I-n'faudra pos lommint pou que vos p'tits rotleots soichent autour de l'tape in train d'batt'lier pou l'ceu qu'i-ara l'prumière tranque et l'mari i-attindra l'beon momint d'jà ave eine pinte à s'main.

L'source de ceulle orcette, elle éteot signée Toinette, elle écriveot dins "Les Infants d'Tournai",  l'neom de l'gazette disparue sans tambours, ni trompettes.

(sources : eine orcette : une recette / après-deîner : après-midi / ein béard : un nigaud / pa d'vant : devant / infarfouillé : embarrassé / raqueonter : raconter / ête fin réhusse : être indécis / l'cloquette : la clochette / les artiques : les articles / les arpes : les arbres / l'podinque : le pudding / l'gramère : la grand'mère / ov'là : voilà / pasque : parce que / au moinse : au moins / ein lite : un litre / des rogins : des raisins / des oués : des oeufs / du chuque : du sucre / de l'castonnate : de la cassonade aussi appelée vergeoise en France) / si on truèfe : si on trouve / acore : encore / toudis : toujours / commincher : commencer / trimper : tremper / touiller : mélanger / durtes : dures / greos : gros / oblier : oublier / querre : chercher / ein consel : un conseil / pou seûr : pour sûr, certainement / l'guéaune : le jaune / précauffer : préchauffer / tout jusse : tout juste / sèque : sèche / quançque : lorsque / les ainnées : les années / l'naque : la bonne odeur, le parfum / eine guisse : un petit morceau, un fragment, ici tulisé pour un petit peu / forché : forcé / l'laicher orfroidir : le laisser refroidir / attinte : attendre / lommint : longtemps / les rotleots : les roitelets, désigne les petits enfants / soichent : soient / l'tape : la table / batt'lier : batailler / l'ceu : celui / l'prumière tranque : la première tranche).

(S.T. avril 2013).

09:51 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : tournai, patois, picard |

11 avril
2013

10:31

Tournai : Au temps de la métallurgie !

Après l'activité textile, un autre secteur prospère de la cité des cinq clochers fut la métallurgie  (principalement les fonderies et chaudronneries). C'est au moment de la révolution industrielle que ce secteur a pris réellement son essor. Jusqu'à cette époque, on ne parlait pas d'industrie mais bien d'artisanat et la fonderie de cloches de Tournai de Paul Drouot possédait une réputation qui dépassait largement les frontières du royaume. Elle sera rachetée en 1886 par Edouard Michiels qui lui donnera, lui aussi, ses lettres de noblesse.

Parmi beaucoup d'autres, deux hommes allaient être à la base de l'essor de ce secteur au sein de la cité des cinq clochers : Jean Baptiste Meura (1815-1895) et Louis Carton (1842-1922). 

C'est en 1845 que Jean Baptiste Meura demeurant au n° 7 de la rue Cambron, dans le quartier Saint-Brice, s'installe comme forgeron-serrurier. A ses heures perdues, il confectionne également des chaudrons pour la fabrication de la bière. A cette époque, on dénombrait de nombreuses brasseries dans le Tournaisis. 

La presse nous renseigne que d'autres fonderies existaient à cette époque, ainsi le 18 septembre 1853, dans le Courrier de l'Escaut, "le sieur Ed. Heyrick, directeur des ateliers de construction de l'Ecole d'Arts et Métiers, a l'honneur d'informer que, pour satisfaire de nombreuses demandes qui lui ont été adressées, il vient d'apporter à sa fonderie des améliorations qui lui permettent de fournir des pièces de la plus forte dimension. Il est spécialisé dans la construction de métiers à filer, bobinoirs, machines agricoles, pompes à incendie...

Le 6 janvier 1878 on apprend que la maison Deplechin-Midavaine et fils a l'honneur d'informer les entrepreneurs et industriels qu'elle vient de joindre à sa fabrication de tuyaux de plomb et en étain un laminoir lui permettant de laminer les plombs en feuille sur toute épaisseur et jusqu'à 2m50 de largeur. Cette maison fabrique également des pompes en tous genres, pour brasseries, usage domestique, pour lutter contre les incendies, pour les distilleries et sucreries et qu'elle possède une fonderie de fer et de cuivre.

Vingt ans plus tard, Jean Baptiste Meura avait reçu l'autorisation qu'il avait sollicitée auprès de l'administration communale d'installer une machine à vapeur d'une puissance de deux chevaux et de maintenir en activité sa forge dans les dépendances de son habitation. Paul, son fils, va poursuivre les activités paternelles.

En 1885, on peut lire dans le Courrier de l'Escaut au sujet de l'usine Meura :

"On a dit bien haut, ces jours-ci, que nos édiles ont tort de compter si peu sur l'intelligente activité de nos concitoyens, et de demander à une multitude de spéculateurs étrangers des travaux qu'ils peuvent trouver sous la main à Tournai. Nous en avons eu une preuve nouvelle en visitant les ateliers de fonderie de Mr. Meura, et en examinant le type de calorifère qu'ils confectionnent et dont l'inventeur est Mr. Dautel de Tournai. C'est un des meilleurs modèles qui se disputent les faveurs du public".  

Lorsque son petit fils Philippe Meura succède à son père Paul, dans un souci de développer l'activité, l'entreprise est transférée au quai de l'Arsenal et, en 1914 de nouveaux ateliers sont inaugurés à l'entrée de Warchin dans les bâtiments ayant appartenu à Mr. Larochaymond. Très modernes pour l'époque, ces ateliers possédaient un matériel de soudure autogène alimenté par le gaz acétylène et des machines pneumatiques. Si l'entreprise procurait du travail à cinq personnes à l'origine, ils sont désormais 150 ouvriers répartis sur les deux sites. Hélas, ceux-ci se retrouvent rapidement au chômage lorsqu'en août de la même année éclate le premier conflit mondial. 

Ce coup de frein dans l'activité va être fatal à Philippe Meura et l'entraîner dans la mort en 1918, alors qu'il n'est âgé que de 34 ans. En compagnie d'Emile Dereume, qui était alors directeur des usines Duray à Ecaussines, sa veuve va assurer une transition dans l'attente de la majorité de son petit-fils Paul, âgé de 14 ans à la mort de son père. 

En 1931, l'usine du quai de l'Arsenal est abandonnée, toutes les activités sont transférées sur le site de Warchin.

Entre 1950 et 1969, les usines Meura sont connues dans le monde entier, principalement dans le monde brassicole, les monteurs tournaisiens parcourent la planète entière (une célèbre scène d'une revue du Cabaret Wallon immortalisera ce fait). Les ateliers de Warchin engagent régulièrement, on travaille par poste, on preste des heures supplémentaires les samedis et parfois même le dimanche. On travaille en famille, de génération en génération. 

Dans le cadre des Jeunesses Scientifiques, lors de mes études secondaires à l'Athénée Royal de Tournai, à la fin des années soixante, j'ai eu l'occasion de visiter les ateliers Meura, nous étions guidés par le patron lui-même, il nous fit part à cette occasion de sa volonté d'agrandir l'usine afin de répondre aux multiples commandes qui parvenaient du monde entier. Nous étions sortis de là, certains de la pérennité de ce fleuron tournaisien. 

Au début des années septante, l'activité est telle que se pose la nécessité d'agrandir l'usine et ses dirigeants se heurtent, cette fois, au voisinage car l'activité de chaudronnerie est malheureusement bruyante et la défense de l'environnement, représentée par un mouvement "écolo" naissant, a fait son apparition. Le permis de bâtir lui est refusé et cette décision va engendrer la perte de l'usine qui ne pourra plus faire face aux commandes et verra ses clients potentiels se tourner vers d'autres producteurs. C'est un des premiers dégâts du tout nouveau phénomène "Nimby" apparu à cette époque et qui fera désormais des ravages dans le domaine économique, toute initiative pour développer l'emploi se heurtant à des pétitions et dépôts de plaintes afin de faire capoter les projets. Il est important de le signaler à une époque où le problème du chômage est loin d'être maitrisé et où les entreprises vont voir ailleurs si l'herbe est plus verte ! 

Lâchée par son banquier en 1977, l'entreprise est au bord de la faillite. L'Etat et la Région wallonne prennent son contrôle mais, de restructurations en restructurations le personnel va passer de 700 à une bonne centaine d'ouvriers et, lorsqu'en 1985, un important client étranger est défaillant, le coup de grâce lui est donné. On assiste alors à la reprise de l'usine de Warchin par les Ateliers Louis Carton, son concurrent, et quelques emplois sont sauvés.

Autre entreprise tournaisienne dans le domaine de la métallurgie, les Ateliers Louis Carton portent le nom de leur fondateur qui la créa en 1874 lorsqu'il acheta des terrains situés à la chaussée d'Antoing, aux abords de la chapelle de Notre-Dame de Grâce. Est-ce la proximité des cimenteries mais sa première production sera celle d'un ensacheur-peseur qui leur est principalement destiné. Suivront les concasseurs et appareils de manutention. En 1884, Louis Carton adjoint une fonderie à ses installations. En 1918, les installations s'étendent sur six hectares sur lesquels sont édifiés les halls de chaudronnerie et de fonderie. A cette époque, 400 ouvriers et employés y sont occupés. Après la seconde guerre mondiale, l'entreprise à la pointe de la modernité en ce qui concerne le matériel se spécialise dans la fabrication de concasseurs mobiles, de laveurs et trieurs de minerais, de séchoir et appareils pour le traitement du café et travaille principalement avec le continent africain, elle est parmi les premières entreprises du genre en Europe à réaliser des installations modernes de broyage en circuit fermé par séparateurs à air "Sturtevant" et dans le domaine de la manutention à élaborer le transport par aéroglissières et acquièrent la licence de construction des alimenteurs vibrants "Sherwen". La vague d'indépendance survenue dans les états d'Afrique dans les années soixante à la période de la décolonisation va lui faire perdre peu à peu d'importants marchés au point que, forte de 350 ouvriers et 150 ingénieurs et cadres, elle se verra obligée de fusionner avec la firme allemande Polysius. Cette fusion apportera un ballon d'oxygène mais n'empêchera pas sa reprise par le géant allemand de l'acier, les usines Krüpp en 1970.

Après la reprise de Meura, le 1er avril 1986, les ALC-Krüpp-Polysisus passeront sous contrôle français, le groupe Boccart devenant l'actionnaire majoritaire. 

Désormais, on ne voit plus ces convois spéciaux quitter les ateliers de Warchin ou de la chaussée d'Antoing, ses énormes cuves qui accrochaient les branches des arbres des boulevards pour rejoindre le quai Donat Casterman et être transférées, au moyen de lourds engins de levage, sur les bateaux, à hauteur du port fluvial. Les seules qu'on rencontrait encore ces dernières années venaient des ateliers de Fives-Lille Caille. 

Les bruits de martèlement ou du déplacement des véhicules, les sifflets des cornets d'usines, le joyeux brouhaha des ouvriers sortant des ateliers, les chants des métallurgistes fêtant la Sainte-Eloi en allant de cafés en cafés, toutes ces ambiances de travail se sont tues, ont disparu du quotidien de notre ville et... avec elles, l'emploi car, au sommet de la production, la métallurgie tournaisienne procurait de l'emploi direct à près de 15% de la population active de notre région.

(sources : étude du professeur Robert Sevrin parue en 1979 dans l'ouvrage "Le Hainaut Occidental dans le miroir d'un journal régional", édité à l'occasion des cent cinquante ans du journal le Courrier de l'Escaut - "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle", ouvrage paru en 1990 et édité par la société d'Archéologie industrielle de Tournai" -  article paru dans le mensuel n°10/11 de la "Toison d'Or" consacré à Tournai en décembre 1972 -souvenirs personnels).


09 avril
2013

11:34

Tournai : Au temps de l'industrie textile.

Une douloureuse constatation

La ville de Tournai n'a pas échappé ces dernières décennies aux conséquences néfastes de la mondialisation, vision économique brutale qui attache uniquement de l'importance au capital financier et néglige totalement l'humain. Le but de celle-ci est de régulièrement transférer les activités dans d'autres régions ou sur d'autres continents afin d'augmenter constamment les bénéfices et satisfaire des actionnaires soucieux de rentabiliser au maximum les capitaux investis. 

Durant ces septante dernières années, la cité des cinq clochers a perdu peu à peu ses industries, ses fleurons économiques reconnus dans le monde entier pour la qualité de ses produits et le savoir-faire de ses ouvriers.

Certains argueront que le déclin dans les secteurs économiques est un phénomène cyclique et qu'il s'est déjà produit lors des siècles précédents avec la disparition des manufactures de confection de draps, de tapisseries de haute-lisse, de porcelaines... Peut-être, mais à chaque fois, une nouveau secteur industriel est apparu et a continué à procurer de l'emploi aux habitants de la région. 

Que sont devenues ces entreprises qui occupaient encore des centaines de travailleurs après la  seconde guerre mondiale dans les secteurs du textile, de la chaudronnerie, de l'imprimerie, de la vente par correspondance ? Meura, à la limite de Tournai et de Warchin, a fermé ses portes et ses locaux sont occupés par un centre de formation et de réadaptation fonctionnelle, l'imprimerie Desclée a mis la clé sous le paillasson et ses bâtiments sont actuellement transformés en lofts et en appartements de standing, Unisac a été incendié à trois reprises probablement pour permettre, après faillite, à un repreneur soucieux de transférer le savoir-faire et le carnet de commande dans son pays et différents commerces se sont installés dans les installations de l'avenue de Maire, Les Usines Saint-Brice et les laboratoires de cosmétique Elina Fantane dans la rue du Glategnies ont été remplacés par Cofidis tandis que les Trois Suisses ont largement diminué la voilure sur leur site d'Orcq en transférant du personnel sur son site français. Les Moulins Lefebvre créés en 1881, juste après le démantelement de l'enceinte communale, ont cessé leur activité en 1965, ils étaient situés à l'emplacement de l'actuel commissariat de la Police fédérale. 

Un autre secteur a connu un développement extraordinaire avant de disparaître :  le textile.

Un peu d'histoire.  

L'industrie textile est probablement l'une des plus anciennes activités découverte par l'homme, on peut dire qu'elle est née le jour où il a troqué les vêtements en peaux ou fourrures d'animaux pour un habillement fait de fibres textiles. On pense que l'art du filage serait apparu au VIe millénaire avant notre ère mais, pour que cet artisanat se transforme en une réelle industrie, il faudra attendre le XVIIe siècle avec l'apparition, au Royaume-Uni, des premiers métiers à tisser. En 1733, John Kay (1704-1780), tisserand et mécanicien, fabricant de peignes pour métier à tisser, améliore le tissage en créant la navette volante. En 1767, James Hargreaves (1720-1778), tisserand dans le Lancashire, élabore un métier permettant d'obtenir huit fils simultanés. Ensuite, Richard Arkwright (1732-1792) ingénieur et industriel, invente la machine à filer et la machine à carder tout en appliquant ses inventions à son usine, le textile est devenu une activité industrielle. 

Jusqu'au XVIIe siècle, à Tournai, l'activité textile était réalisée à domicile, même si elle donnait de l'occupation à de très nombreux habitants de la ville et des campagnes, il faudra néanmoins attendre le début du XIXe siècle pour qu'elle atteigne son apogée. Tout avait débuté, quelques temps auparavant, à l'époque de l'impératrice Marie-Thérèse lorsque la ville faisait partie des Pays-Bas autrichiens. L'économie locale, fort affaiblie, s'était tournée vers le textile comme le feront également les régions de Mouscron, Leuze, Quevaucamps et Péruwelz. On voit ainsi apparaître le tissage, le filage et l'activité bonnetière. On dénombre plus de 3.000 personnes occupées dans ce nouveau secteur d'activité.

Vers 1815, on assiste à l'apparition des premiers métiers anglais et vers 1855 à l'introduction des premiers métiers circulaires ainsi que l'utilisation de la machine à vapeur. Les industriels tournaisiens vont se lancer, avec succès, dans la recherche pour perfectionner l'outil.

Le 30 juillet 1849, un arrêté ministériel accorde au sieur Charles Verdure-Bergé, fabricant à Tournai, un brevet de perfectionnement au nouveau système de métier à tisser les tapis à noeuds, façon Smyrne. 

Le 4 mai 1853, la Chambre de Commerce de Tournai signale par un rapport au gouvernement l'importante découverte réalisée par les frères Descy, des industriels tournaisiens quigrâce à de nouveaux procédés chimiques, sont parvenus à fabriquer des châles en coton croisé imitant les cachemires d'Ecosse à un prix de revient inférieur de 70%.

Le 9 juillet 1853, William Barrow, installé à la rue des Moulins, reçoit un brevet d'invention pour une espèce de filière (sic) destinée à fileter la partie inférieure des bobines pour les filatures.

Un arrêté ministériel, paru le 30 décembre 1858, délivre à J. Casse de Tournai, un brevet d'invention pour des perfectionnements dans l'application du métier rectiligne anglais au tissage mécanique de la bonneterie à côtes.

Le 5 mai 1863, un brevet d'invention est délivré à Auguste Philippart pour un mode de dégraissage des laines qui permet l'enlèvement facile des "points de terque", une sorte de goudron qui reste attaché à la laine.  

Le 30 juillet 1864, Mr. Delahaye, mécanicien à l'école industrielle, construit un nouveau métier circulaire propre à tisser les gilets et les jupons de laine.

Le 15 août 1864, un arrêté ministériel accorde à Mr Morel de Tournai, un brevet de perfectionnement pour une machine peigneuse pour le traitement des matières filamenteuses. 

A cette même époque, la Manufacture de Tapis se voit commander par une importante maison parisienne, 25.000 mètres de tapis de haute-lisse à livrer rapidement et en novembre 1882, la manufacture de Mrs Paul Dumortier et fils obtient le prix d'excellence à l'Exposition des Arts industriels à Gand. A cette occasion, les propriétaires de la manufacture tournaisienne attirent l'attention sur le fait qu'on vend de plus en plus de tapis soi-disant de Tournai (connus dans le monde entier) et que 90% de ces ventes sont issues de fabrications françaises ou anglaises.

A Tournai vont apparaître de véritables dynasties de l'industrie textile :

En 1823, Simon Philippart fonde une filature de laine peignée à la rue des Moulins.

A peu près à la même époque, Louis Bossut ouvre une filature de coton et une teinturerie à la rue du Glategnies. 

En 1833, Simon Boucher, filateur de lin, s'établit à la rue des Soeurs de Charité, plus tard, il s'installera également à la rue Neuve et à la rue Saint-Brice.

Au début du XXe siècle, Paul Pastur crée l'Ecole des Textiles qui sera fréquentée par des élèves venus du monde entier et notamment du continent africain.

Durant cet âge d'or, elle occupera près de 44% de la population active dans le Tournaisis. 

A partir du premier conflit mondial, l'activité textile va peu à peu décroître à Tournai et se maintiendra encore environ quatre ou cinq décennies à Mouscron, Leuze et Quevaucamps. Dans les années soixante, la production textile tournaisienne représentait encore près de 20% de la production nationale (principalement répartie dans le Hainaut Occidental et dans la région de Verviers). 

La Contonnière Tournaisienne de la famille Bossut quittera la ville des cinq clochers en 1923 pour s'installer à la rue de la Filature à Mouscron. 

Souffrant de la pénurie de main d'oeuvre qui déserte Tournai pour le Nord de la France et n'étant plus concurrentielle, l'entreprise de Carlos Boucher ferme les portes en 1935.

Les usines Philippart installées à la rue des Moulins et à la rue de la Culture construisent une unité ultra-moderne à Ere, Daphica, le long de la chaussée de Douai, mais devra la cèder, en 1975, à ses employés et ouvriers qui, durant près vingt-huit années, pratiqueront un système exemplaire de co-gestion. L'usine ayant pris le nom de Textiles d'Ere fermera définitivement ses portes en 2003.

La bonneterie Wattiez a continué à porter, seule, le souvenir des années d'or de l'activité textile dans notre région. La Rayonne située à la rue As-Pois a également disparu dans la tourmente de la crise du textile. Habitant alors sur le boulevard Bara, dans les années soixante, j'entends encore ce cornet qui sifflait la fin de journée de travail vers 17h. Dans les minutes qui suivaient on voyait sortir des dizaines et des dizaines de travailleurs, les jeunes ouvrières remontant, bras dessus, bras dessous, le boulevard, les hommes en vélo ou en mobylette, malette sur le dos, regagnant leur domicile à la cité du Maroc, aux "quarante maisons" ou dans un village voisin.  

Désormais, la production textile vient de Chine et du continent asiatique, là où les individus, parfois même des enfants, exploités comme l'étaient les travailleurs au temps de Zola, travaillent dix à douze heures par jour pour un salaire de misère ce qui permet, malgrè les frais de transport, de vendre moins cher le produit fini en Europe. La qualité est-elle encore toujours présente? Peu importe, voilà un critère qui n'est plus pris en considération dans notre société de consommation où tout est jeté avant même d'être usé !

Pourtant, jamais à l'époque du textile issu de nos régions, on a parlé d'allergies à des colorants ou à des produits chimiques, c'est cela aussi la rançon du "progrès". 

(sources : étude du professeur Robert Sevrin parue dans l'ouvrage "Le Hainaut Occidental dans le miroir d'un journal régional" en 1979 ) "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècles" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990 , édité par l'Archéologie industrielle de Tournai - site web de la Ville de Tournai et recherches personnelles). 

 

 

 

11:34 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, textile, philippart, boucher, bossut, wattiez, textiles d'ere |