22 avril
2013

Tournai : le point sur la rénovation de la cathédrale.

2000-2013, le chantier du siècle que constitue la rénovation de la cathédrale Notre-Dame de Tournai progresse, parfois interrompu par l'attente d'attribution d'un budget ou par les intempéries hivernales. 

Retour aux sources.

La vieille dame qui domine la cité de Clovis a été construite dès le début du XIIe siècle et terminée en 1171, elle a subi de nombreuses transformations au cours de son existence, chaque époque y apportant son empreinte architecturale. 

Le vingtième siècle a été fatal au point de vue de sa santé, elle a survécu à deux guerres, ses pierres de Tournai ont été rongées par la pollution automobile et industrielle et une tornade l'a affaiblie, la conjonction de ces divers éléments l'a fait vieillir plus rapidement.

Les évènements les plus marquants furent l'incendie de mai 1940 consécutif aux bombardements allemands et la tornade du 14 août 1999.

Paradoxalement, cet évènement en soi dramatique pour la population allait la sauver car l'audit qui fut réalisé pour relever les dégâts qui lui avait été causés, révéla également quantité de désordres apparus au fil du temps. Classée patrimoine mondiale à l'Unesco, les différents milieux responsables de sa conservation et de son entretien durent se résoudre à entreprendre une importante et onéreuse restauration. Le déchaînement météorologique a vraisemblablement accéleré un processus qui aurait pu s'avérer trop lent, il a donné un salutaire coup de pouce aux amoureux du patrimoine qui priaient secrètement pour qu'on ne la laisse pas mourir.  

Ainsi la tornade qui, en ce début de soirée d'août, avait pris naissance au sud de la ville, l'avait balayée, avait été responsable de la démolition de dizaines d'habitations, avait abattu les arbres remarquables et parfois centenaires du square de la place Crombez ou jeté bas les monuments du cimetière du Nord, ainsi cette furie qui dura à peine un quart d'heure sans faire de victime allait au moins avoir une conséquence bénéfique, la prise de conscience de l'état de délabrement, souvent peu visible depuis le sol, du prestigieux édifice. 

Les premiers travaux

L'attention se porta en premier lieu sur la tour Brunin, une des deux tours qui se dressent du côté de la place Paul Emile Janson. Comme éprise de liberté, celle-ci semblait se désolidariser des quatre autres, elle s'écartait de l'ensemble et entre la base et le sommet, le déport était de près de 80 centimètres.

Pour d'évidentes raisons de sécurité, il a fallu se résoudre de fermer la cathédrale aux offices et aux visiteurs. Pour la première fois depuis la présence des Révolutionnaires français à la fin du XVIIIe siècle, elle allait connaître des destructions, à la différence que celles qui avaient été décidées devaient déterminer le traitement qu'on allait devoir lui imposer.

En ouvrant ses entrailles, les origines de son manque de stabilité furent vite découvertes, les excavations réalisées laissaient voir de nombreuses fissures dans les murs de fondation. On découvrit qu'une partie de l'édifice était érigée sur des terres de remblais alors que son centre reposait sur un éperon rocheux. Près de trois ans furent nécessaires pour stabiliser la tour par la technique du jet grountig qui permet d'injecter un béton à très haute pression et relier ainsi cette partie du bâtiment au socle calcaire.

Cette opération fut riche en enseignement sur son histoire.

Dans le sous-sol du déambulatoire nord, à des profondeurs différentes, on a retrouvé des éléments datant de l'époque gallo-romaine, un dallage monumental en pierre et des hypocaustes attestant de l'existence d'un édifice à cette époque. On a mis à jour un baptistère de l'époque carolingienne et dans la partie centrale de la nef romane, on a découvert, en novembre 2006, une petite crypte funéraire où étaient inhumés les corps d'évêques du XIIe siècle dont celui de Bauduin 1er, évêque de Noyon Tournai, mort probablement en 1068, dont on pensait qu'il avait été enterré à Paris.

Dès le 7 septembre 2003, jour de l'ordination du 100e évêque de Tournai, Mgr Guy Harpigny, la cathédrale fut à nouveau ouverte au culte et aux visiteurs. La nef romane, le transept et le trésor furent à nouveau accessibles tandis que le choeur gothique, bardé d'échafaudages métalliques pour empêcher l'écartement des colonnes resta interdit d'accès. 

Accueillis par des personnes chargées de diriger le public, appelées "anges gardiens", les touristes revinrent nombreux afin de visiter le célèbre édifice romano-gothique.

La première phase du chantier de rénovation.

Bénéficiant des conseils de spécialistes et dirigée par l'architecte français Vincent Brunelle qui a relevé le défi de rendre à l'édifice religieux son lustre d'antan, la première phase des travaux débuta en 2008. Elle concernait la restauration de la nef romane.

On assembla un immense échafaudage qui ceintura la nef et on recouvrit celui-ci d'un dôme plastifié apportant ainsi sécurité et confort de travail aux ouvriers qui allaient se succéder sur le chantier. On enleva les ardoises, on réalisa un nouveau voligeage de bois et dessus on plaça des tables de plomb, un élément qui recouvrait Notre-Dame jusqu'au XVIe siècle. Le plomb qui a été coulé sur sable a été acheminé au sommet de la nef, des table de plomb non soudées entre elles mais séparées par une bande de cuivre étamée pour garantir un maximum de jeu tout en étant fixées sur les lattes de bois du voligeage. En un peu plus d'un an, les couvreurs ont posé 140 tonnes de plomb sur une surface de 1.500 m2 selon des techniques séculaires. Cette nouvelle couverture est prévue pour résister 250 ans. Les décors en plomb qui dissimulent les boîtes à eau ont été décorés de motifs dorés et les tourelles ont aussi fait l'objet de travaux de dorure. Dans la partie supérieur, une couche d'émail satiné de couleur ocre a été appliquée pour recevoir une feuille d'or de 24 carats. Les menuiseries extérieures des lucarnes ont été refaites et peintes en couleur rouge. 

S'il était invisible pour les passants, le chantier a pu être suivi par de nombreux passionnés emmenés tout là-haut par les Guides de Tournai qui leur expliquaient chaque détail de la rénovation tout en résumant l'histoire du bâtiment.

La toiture terminée, on s'attaqua alors aux façades. Avec les conseils avisés de Laurent Déléhouzée, diplômé de l'UCL en archéologie du bâti patrimonial, qui a pratiquement examiné chaque pierre. Celles qui étaient fendues, cassées, effritées ou présentaient une érosion furent retaillées au pied même de l'édifice par des tailleurs de pierre travaillant sur place comme leurs ancêtres du moyen-âge. Les autres pierres qui ne nécessitaient pas un remplacement furent nettoyées pour leur donner l'aspect initial qu'elles avaient perdu à cause de la pollution atmosphérique et de la circulation urbaine. 

Pendant ce temps, le vitraux ont été retirés, transportés dans un atelier, nettoyés et certaines parties fêlées ou cassées ont été remplacées. Ils ont été aussi renforcés par un nouveau cerclage de plomb.

Progressant, les travaux se sont étendus à la chapelle Saint-Louis édifiée au XIIIe siècle, annexée à la nef romane et située sur le Vieux marché au Poteries. Celle-ci a retrouvée sa toiture comme elle existait à l'origine c'est-à-dire en tuiles vernissées et colorées formant des dessins en losange, elles sont de trois couleurs (rouge, jaune et vert) déclinées en cinq nuances.

Le grand escalier menant à la porte Mantille a été reconstruit. 

Dans le courant de l'année 2012, parapluie et échafaudages ont été démontés permettant aux passants de découvrir une nef romane rajeunie, dont les éléments en dorure brillent de mille feux au soleil.

La seconde phase débute.

En ce mois de mars 2013, de nouveaux ouvriers ont pris d'assaut les cinq clochers de la cathédrale. Leur mission consiste à encercler les tours d'un échafaudage aérien plus gigantesque encore que le précédent, une structure métallique de 17.000 m2. 

En ce mois d'avril, l'assemblage déjà réalisé concerne les tours situées au sud (côté beffroi) et s'élève déjà à une quarantaine de mètres, soit presque la moitié de la hauteur des cinq flèches. A cette altitude sera réalisé, ce qu'on appellerait en alpinisme, un camp de base pour les ouvriers avec commodités, abri pour les réunions... Vers le début de l'automne, on ne devrait plus apercevoir ces cinq clochers, symbole de notre cité scaldéenne, ils disparaîtront à la vue du promeneur pour cinq ans environ. 

Là aussi les ardoises des clochers seront enlevées et remplacées par des tables de plomb, le zinc des corniches sera remplacé, les pierres seront nettoyées, les parties malades des façades seront remplacées, les vitraux démontés, nettoyés, renforcés avant que le tout ne soit à nouveau posé. 

Sur la place Paul Emile Janson, une fois encore le "groupe des aveugles", monument réalisé par le sculpteur tournaisien Guillaume Charlier en 1908, restauré voici quelques années, a quitté son emplacement. Tout comme les toiles de Rubens retirées il y a un an et déjà mises à l'abri pour éviter les poussières, l'oeuvre sera entreposée et à sa place on réalise le coffrage qui soutiendra l'immense grue qui sera bientôt montée. Elle servira à acheminer le matériel et les tables de plomb nécessaires à la couverture des clochers, à plus de 83 mètres de haut. Uniques en Europe, les charpentes romanes nécessiteront une approche méticuleuse pour leur rénovation. 

Transférés au niveau du transept pendant la durée des travaux de la nef romane, les offices ont repris place dans celle-ci et cette dernière a été séparée du transept et du choeur, il y a quelques semaines, au moyen d'une haute cloison. Désormais, la pièce remarquable qu'est le jubé de Corneille Devriendt ne sera plus accessible, lui aussi sera caché aux regards des visiteurs pendant toute la durée du chantier concernant les clochers et le transept. Beaucoup d'amoureux de cet incomparable bâtiment espèrent, sans trop y croire vu l'importance de la rénovation, que le transept sera déjà accessible en 2017, l'année du douzième centenaire de la création du chapitre cathédral.

Dans les mois à venir, on réalisera également des tests sur les portails romans en vue de fixer le choix des meilleures techniques de restauration. 

Comme on peut le constater, la vieille dame qu'est Notre-Dame de Tournai subit un très long lifting, des outrages du temps, elle sera finalement libérée et pourra regarder à nouveau l'avenir avec la confiance de celle qui a retrouvé une seconde jeunesse.

( sources : presse locale - gazettes de chantier n°1 à 8 de la revitalisation du coeur de Tournai et de la restaurationdela cathédrale Notre-Dame). 

S.T. avril 2013.

Commentaires

Merci pour cette remarquable synthèse !
Amicalement - Jacques DCK

Écrit par : jacques DCK | 24/04/2013

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Moi je me réserve pour la revisiter quand la rénovation et la restauration sera très avancée !

Une très bonne synthèse des travaux !

Écrit par : jacques robert | 25/04/2013

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