15 avril
2013

Tournai : Barthélémy Dumortier, un homme aux multiples facettes (1)

A part pour quelques passionnés d'Histoire ou de férus en botanique, qu'évoque encore le nom de Barthélémy Dumortier pour les habitants et visiteurs de Tournai en ce début du XXIe siècle ?

Probablement certains vont-ils faire un lien avec la statue en marbre, oeuvre du sculpteur Fraikin datant de 1883, qui se dresse dans la rampe du Pont de Fer, à deux pas de la rue du Cygne. On y découvre un homme à l'allure fière tournant le dos au quai des Salines, un tribun semblant s'adresser aux personnes qui passent à ses pieds. 

Si leurs connaissances concernant ce personnage se résument à cela, il serait alors peut-être opportun de découvrir cet homme aux multiples facettes qui marqua, à plus d'un point, l'histoire de la cité des cinq clochers et lui légua un important héritage.

Barthélémy, Charles, Joseph Dumortier est né à Tournai, le 3 avril 1797, petit-fils d'un receveur général des moulins et fils d'un commerçant aisé longtemps conseiller communal. Il suivra les cours de l'école primaire de l'institut Van Casteel dans sa ville natale avant de poursuivre des études secondaires à Paris sous la direction de l'abbé Léotard. Revenu à Tournai, en 1816, à l'âge de dix-neuf ans, il épouse Philippine Ruteau. Une union à cet âge était considérée comme relativement précoce à l'époque !

Avocat de profession, il se fera tout d'abord connaître comme un botaniste et naturaliste qui, à l'âge de vingt-cinq ans a déjà publié une importante étude dont le but est de recenser la flore nationale et d'établir une classification de celle-ci. Entre 1816 et 1821, il va parcourir le Hainaut, les deux Flandres, l'Ardenne et la Campine afin de répertorier la flore locale. Le résultat de ses multiples observations paraîtra en 1827 dans l'ouvrage qu'il consacre à la "Flore de Belgique" dans lequel il a élaboré un nouveau système de classification du règne végétal. Cet ouvrage énumère 2.251 espèces de plantes indigènes. En 1829, il est admis comme membre de la très renommée Académie de Bruxelles où il est de suite reconnu comme un des meilleurs naturalistes des Pays-Bas. 

Barthélémy Dumortier porte aussi un intérêt particulier à la zoologie, à l'archéologie et à l'histoire. Entre 1822 et 1876, il publiera pas moins de 123 ouvrages, dont une large majorité est à caractère scientifique et historique, les autres auront, comme nous le verrons, une connotation plus politique.

Lors de la fondation de la Société royale de Botanique de Belgique, en 1862, il devient le premier président et on lui doit la création en 1866 du Jardin botanique de l'Etat à Bruxelles. Déjà en 1818, il avait été à la base, à Tournai, de la fondation de la société d'agriculture et d'horticulture et, en 1828, de la création du Musée d'Histoire naturelle situé dans la cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville. 

Spécialisé dans le droit, il est nommé Juge suppléant au Tribunal de commerce de Tournai, le 30 juin 1828, et devient juge effectif en décembre 1829. 

A la lecture de cette première partie de biographie, on ne peut imaginer que cet avocat, botaniste et naturaliste, récoltant et étudiant les délicates plantes, collectionnant les plus belles fleurs, possède également la nature d'un politicien fougueux et d'un patriote ardent. 

La politique ne le laisse pas indifférent, loin de là, il a probablement hérité cela de son père. En 1828, il lance un pétitionnement (on parlerait maintenant de pétition) en faveur des libertés auxquelles le roi Guillaume croit bon de mettre une muselière. Il réclame la liberté de l'enseignement, la liberté de la presse, la cessation des vexations fiscales... En 1829, il rencontre le gantois Louis de Potter, publiciste libéral, conspirateur et républicain, ce "mangeur de curés" qui se tourne vers les catholiques pour réaliser une union sacrée contre les Hollandais. 

En 1829, Barthélemy Dumortier organise dans sa ville un grand banquet patriotique et de nombreuses idées sont échangées dont celle de la création d'un journal politique à Tournai.

Depuis vingt-cinq ans existe, dans la cité des cinq clochers, un journal de tendance libérale, fondé en 1804 par l'imprimeur Romain Varlé (imprimeur officiel de la municipalité tournaisienne), qui porte le nom de "La Feuille de Tournai". Barthélémy Dumortier en compagnie de Mrs De Cazier, du chanoine Charles Doignon, de François Dubus l'aîné, du docteur en médecine Jean Baptiste Bouquelle, de l'avocat Olivier Cherquefosse et du notaire Le Roy fonde un journal politique d'obédience catholique. 

Comme existaient déjà les organes, "Le Courrier de la Sambre" à Namur et "Le Courrier de la Meuse" à Liège, il lui donne tout naturellement le nom : "Le Courrier de l'Escaut".

Le premier numéro paraît le dimanche 18 octobre 1829, il est édité en quatre pages in quarto et sa "Une" porte le titre "Prospectus". Un mot qui est tout sauf banal puisque le prospectus est un imprimé qui sert à informer et à faire de la publicité. Le but est, bien entendu, d'informer le lecteur des idées politiques défendues par les auteurs et d'en faire la plus large diffusion. Cet éditorial résume parfaitement la pensée des fondateurs : 

"Si l'opinion publique est reine du monde, si c'est sur elle que repose nécessairement tout gouvernement représentatif, il faut que cette opinion soit bien connue (...) Sans les journaux politiques, l'état représentatif ne peut subsister : le pouvoir n'a pas de contre-poids, la balance constitutionnelle est rompue".

Cela a le mérite d'être clair mais ne va certainement pas plaire au pouvoir hollandais en place.

(à suivre)

(sources : "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle", ouvrage de Gaston Lefebvre, paru en 1990, publié par la société d'Archéologie industrielle de Tournai - étude concernant la fondation du "Courrier de l'Escaut" parue en 1979 sous la signature de Théo Dubois lors du 150e anniversaire du journal - site "www.unionisme.be" dans sa partie consacrée à la Chambre des représentants de Belgique 1831-1848)

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