01 avril
2013

Tournai : l'hygiène publique

Quand on aime sa ville et qu'on souhaite la présenter pour mieux la faire connaître à un large public, on traite de son Histoire, son folklore, ses traditions, son actualité, on évoque ses habitants connus, son patois, on relate des faits divers qui s'y sont déroulés et on dresse l'agenda de ses festivités. 

Mais... il est des sujets plus sensibles qu'on n'a pas toujours envie d'aborder de façon à ne pas se fâcher avec d'éventuels opposants aux propos tenus. 

Au sein du blog, la problématique du stationnement a déjà fait l'objet d'un article mais, bien que déjà écrit au brouillon, les sujets traitant de la sécurité et de la propreté n'ont jamais été publiés. 

Dernièrement, un commentaire m'est parvenu d'un lecteur assidu qui traduisait sa déception face à la saleté de certains endroits de la ville et à l'insécurité qu'on veut nous faire croire subjective alors qu'elle est, à Tournai, aussi importante que dans la plupart des villes du royaume. Il n'y a aucune honte à reconnaître que ce sont là les deux défis majeurs de notre société auxquels les édilités sont confrontés.

Je ne me ferai pas l'avocat du diable et dans la balance, je vais jeter des arguments diamétralement opposés. En fin de parcours, nous pourrons peut-être déterminé ce qui est (bien ou mal) fait et ce qui reste à faire.

L'hygiène publique, voilà deux mots qui résument un vaste problème.

Quotidiennement, dans les rues de la ville, circulent ceux qu'on appelle "les petits hommes verts", en raison de la couleur de leur tenue vestimentaire. Munis d'une charrette, d'une pelle et d'un balai, ils ont pour mission de collecter tous les détritus abandonnés par des citoyens peu scrupuleux.

Il faut bien le dire, la propreté de la Ville est, d'abord, l'affaire de ses habitants et de ses visiteurs car sans une collaboration de leur part, on peut mettre tous les sytèmes au point, le problème n'évoluera guère. 

Papiers gras provenant des friteries ou sandwicheries, résultat d'un repas pris sur le pouce, mégots qui se multiplient depuis que l'interdiction de fumer est effective dans le secteur Horéca (tels, restaurants, Cafés), journaux publicitaires échappés d'une boîte aux lettres débordante, déjections canines que de trop nombreux propriétaires de chiens ne prennent même pas la peine de ramasser, mouchoirs jetables et... jetés au hasard, cannettes roulant au vent... arrêtons là cet inventaire à la Prévert des incivilités que nous déplorons régulièrement. Il faut bien avouer qu'on fait preuve d'un certain laxisme à l'égard des responsables de cette pollution, trop peu sont sanctionnés.

J'ai interrogé un ouvrier chargé de collecter ce genre de détritus et je ne fus pas étonné de l'entendre me déclarer que, lors de chaque passage journalier, il doit faire face à cette même situation, ramasser les mêmes déchets. Son travail ressemble franchement au remplissage du tonneau des Danaïdes.

Une intercommunale de propreté publique.

Pourtant, ces dernières années les collectes de déchets ont été multipliées grâce à l'action de l'Intercommunale Ipalle.

L'intercommunale de propreté publique de la région occidentale du Hainaut a été fondée en 1976. A cette date, elle couvrait les communes d'Ath, Enghien, Lessines, Leuze et Péruwelz. La ville de Tournai créa sa propre intercommunale, Iprotour, qui s'étendait à tout le Tournaisis, deux ans plus tard. Ce n'est qu'en 1994 que ces deux opérateurs dans la collecte des déchets ménagers et autres fusionneront. 

Actuellement, l'Intercommunale Ipalle est active sur les vingt-trois communes qui composent la Wallonie Picarde (appellation désormais du Hainaut Occidental) et traite les déchets des 344.000 habitants de cette région tout en acceptant également, après avoir absorbé le secteur déchet d'Intersud, ceux de la zone Sud-Hainaut produits par les 51.000 habitants des communes de Beaumont, Chimay, Froidchapelle, Lobbes, Momignies, Sivry-Rance et Thuin. 

Ipalle oeuvre dans deux secteurs distincts mais complémentaires au niveau de leur finalité : la gestion des déchets (ménagers, déchets verts, encombrants, verre, plastifiés, papiers...) et l'épuration des eaux usées.

Durant une trentaine d'années, après la seconde guerre mondiale, les habitants de Tournai ont connu le ramassage matinal des immondices par l'intermédiaires de poubelles sales et malodorantes déposées sur les trottoirs et renversées avec fracas et poussières dans des camions. Ces derniers allaient rejoindre une carrière située au Pont-à-Rieu, à l'angle de la rue Général Piron et de celle de Saint-Maur et les immondices étaient immergés dans ces profonds trous remplis d'eau à la grande joie des rats qui y pullulaient.

Pour mener à bien ses missions, l'intercommunale Ipalle s'est dotée d'outils modernes et performants :

Le traitement des déchets.

Il y a tout d'abord le centre de traitement des déchets situé à Thumaide dans l'entité de Beloeil. Ce centre d'incinération a été mis en activité en 1980, d'abord station d'incinération, ce centre a ensuite évolué vers une installation ultra-moderne et polyvalente de traitement de tous les déchets. Ainsi, on y trouve trois fours pour l'incinération avec traitement des fumées et production d'électricité, un centre de compostage des déchets végétaux, un centre de tri et de broyage des encombrants, un centre de recyclage des déchets inertes, une installation de manutention automatisée des déchets médicaux et hospitaliers, une unité de traitement des mâchefers en vue de leur valorisation, une unité de co-incinérations des boues issues des stations d'épuration.

Ce centre est approvisionné par un balai incessant des camions chargés du ramassage des immondices ou des encombrants chez les particuliers, par le produit d'un réseau de 25 parcs à conteneurs (appelé déchetteries en France ), par un réseau de 380 bulles destinées à récolter le verre, par un dispositif de collecte de vieux papiers et cartons à domicile.

Depuis quelques mois, Ipalle a introduit la notion de compostage à domicile et a, pour cela, formé des "guides composteurs" qui conseillent les particuliers. Concernent les déchets verts : la tonte de pelouses, les feuilles, les déchets d'épluchage de fruits et légumes, le marc de café, les cartons non encrés... cette méthode permet de réduire la quantité d'immondices placés dans les sacs poubelles et de réaliser de substantielle économies.

l'épuration des eaux usées.

Jadis, les eaux usées des habitations étaient, soit acheminées vers ce qu'on appelait alors des puits perdus, un système représentant un risque sérieux de pollution des nappes phréatiques, soit envoyées par l'intermédiaire d'un réseau d'égouttage vers le cours d'eau les plus proches (le ruisseau, la rivière ou le fleuve). A Tournai, le réseau d'égouttage aboutissait tout naturellement dans l'Escaut.

Si on pouvait encore, sans danger, consommer le produit de la pêche ou organiser des traversées de la ville à la nage, durant la première partie du siècle dernier, la pollution du fleuve avait atteint un tel niveau qu'il risquait, tout simplement, de devenir un égoût à ciel ouvert traversant la cité des cinq clochers. 

Il y a un peu plus d'une décennie, les responsables ont pris conscience de la situation catastrophique de nos fleuves et rivières où faune et flore étaient en voie de disparition et le 22 mai 2003, le Gouvernement wallon a mis en place des "Plans d'assainissement par sous-bassin hydrographique", ceux-ci ont été inscrits, deux ans plus tard, dans le Code de l'Eau. La Wallonie se conformait ainsi à la directive europénne publiée en 1991 relative au traitement des eaux urbaines résiduaires. Celle-ci impose une obligation de moyen pour l'assainissement des eaux usées.

Sur sa zone géographique, Ipalle possède trente stations d'épuration en activité, cinquante-six stations de pompage, trois cents déversoirs d'orage et deux bassins d'orage. 

En ce qui concerne Tournai, la plus grande station est située à Froyennes, visible de la descente d'autoroute, elle traite actuellement la pollution générée par une population de 50.000 habitants avec une possibilité d'extension à 72.000 équivalents-habitants, ce sont les eaux usées du centre-ville, de Froyennes, Kain, Orcq et Mont Saint-Aubert qui y aboutissent. 

La station de Froidmont a une capacité de 3.000 équivalents-habitants, elle traite les eaux usées du village et celles d'Esplechin.

A Chercq, la capacité est de 12.000 équivalents-habitants, elle traite les eaux usées des habitations situées en amont de la ville.

Au Mont-Saint-Aubert, la capacité de traitement est 600 équivalents-habitants.

Une intercommunale ne peut cependant agir à la place de la population.  

L'intercommunale Ipalle offre de l'emploi à environ 260 personnes et son Conseil d'Administration est majoritairement occupé par des mandataires régionaux (bourgmestres, échevins, conseillers communaux...). Son siège social est situé 1, chemin de l'Eau Vive à Froyennes.

Comme on le voit, la problématique des déchets a été prise en main depuis plus de trente ans à Tournai, pourtant, notre lecteur constate que la ville est sale malgré le travail exercé par les "petits hommes verts" et par le ramassage régulier des déchets. Il évoque même l'idée de déménager. Je pense que cette situation est inhérente à toutes les villes de Wallonie, un autre commentaire va d'ailleurs dans ce sens, il y a dans notre région un manque de civisme évident, on a pris l'habitude de se débarrasser de ce qui nous encombre n'importe où (multiplication des dépôts sauvages) en se disant qu'on finirait par le ramasser et en croyant faire un bénéfice sur le dos de la collectivité. Ce jugement est égoïste car c'est dans notre contribution financière au ramassage des immondices que l'action de nettoyer les dépôts clandestins est comptabilisée, peut-on faire endosser à la collectivité la paresse pour trier les déchets.  

Un déplorable et incompréhensible bras de fer avec certains Tournaisiens.

L'intercommunale Ipalle ne mériterait que des éloges si un dossier bien particulier n'empoisonnait la vie de certains habitants de Tournai. Preuve que tout n'est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. 

Templeuve est une commune rattaché en 1976 à Tournai, située à moins de dix kilomètres à l'ouest de la ville des cinq clochers, c'est un village frontalier calme, un lieu de résidence, de prairies, un cadre de vie apprécié. Dans les années soixante et septante, lors de l'éxode massif des citadins vers la campagne pour échapper à la vie de plus en plus trépidante des centres urbains, de nombreuses personnes y ont bâti leur maison. 

Il y a quelques années, l'intercommunale Ipalle a jeté son dévolu sur ce village pour y créer une dalle de compostage afin d'y traiter des déchets verts d'une capacité de 10.000 tonnes par an au lieu-dit du "Malprès", un paisible endroit composé de prairies et de bosquets. Deux fois déjà le Conseil d'Etat, alerté par les riverains, a annulé le permis en raison d'un manque de motivation du caractère exceptionnel de la dérogation demandée pour la modification du plan de secteur d'un terrain situé en zone agricole.

Dans la plus grande neutralité, nous avons écouté les arguments des uns et de autres.

En ce qui concerne l'intercommunale Ipalle, l'argument avancé est avant tout d'ordre économique,  elle déclare, en effet, que les déchets verts proviennent à 88% des zones de Mouscron, Comines-Warneton et Estaimpuis, ce qui grève les frais de transport vers Thumaide et le fait de rapprocher le lieu de compostage des lieux de production des déchets vert est une nécessité économique. Ce que nous pouvons totalement comprendre.

Les riverains, opposants au projet, mettent en avant une série de nuisance.

Au niveau olfactif, ils ne croient pas que le biofiltre qui sera installé parvienne à réduire de 80% les émissions, il doute de son efficacité.

Ils s'inquiètent du bruit qui sera généré par cette activité.

Ils attirent l'attention sur les infrastructures routières que devront emprunter quelques dizaines de camions quotidiennement pour amener les déchets verts. Ils craignent la dégradation rapide de la petite route (rue du Rumez) qui n'a pas été prévue pour supporter un tel charroi.

Ils craignent enfin la prolifération de germes pathogènes.

D'un revers de la main, les dirigeants d'Ipalle balaient ces arguments ne voulant y voir que le combat de nantis visant à sauvegarder leur cadre de vie et leur tranquilité au détriment du bien de la communauté. S'agirait-il simplement d'un nouveau phénomène Nimby : "Not in my backyard" traduit par "Pas dans mon arrière-cour" ? 

L'Optimiste a visité, il y a quelques années, le centre d'incinération de Thumaide et a tenté de comprendre certaines appréhensions, il peut témoigner que les émissions olfactives ne représentent pas une gène considérable, elles sont limitées au périmètre de travail et sont surtout omniprésentes dans le hangar où les déchets se transforment peu à peu en compost, principalement au moment où il faut les retourner. Le bruit de l'installation est celui de toute activité mais nettement inférieur à celui de la plupart des industries de transformation, il est surtout généré par le charroi des camions qui retournent à vide. Je ne suis pas scientifique pour déclarer que des germes pathogènes dangereux puissent se développer sur ce genre d'activité. Par contre, la dangerosité de la route dans son état actuel est l'argument nettement plus probant et il devrait être pris en compte.

Un troisième recours au Conseil d'Etat a été introduit par les opposants au projet, les deux premières fois le permis a été annulé. Contre l'avis de l'Auditeur, le dernier recours en suspension vient d'être rejeté par les juges. Alors que l'annulation doit seulement être examinée par cette même cour, les dirigeant d'Ipalle, certains de leur bon droit, ont décidé de débuter les travaux, donnant l'impression non seulement aux opposant mais aussi une partie de la population d'entamer une véritable épreuve de force. 

Nous l'avons démontré, jusqu'à présent, l'intercommunale Ipalle a réalisé un excellent travail dans le domaine de l'hygiène publique, il est dommage que son aura se ternisse par cette "guéguerre" entamée avec des citoyens qui ne demandent simplement que d'envisager une implantation plus éloignée des habitations, une solution que l'intercommunale se refuse d'envisager, un peu comme si elle n'admettait pas de se faire dicter la loi par des petits. Est-ce un nouvel exemple de la lutte du pot de terre contre le pot de fer ou bien l'argument géographique est-il caduc ?

Quand on présente un dossier tel celui-ci, il est honnête d'étudier le problème dans son ensemble, d'évoquer égalment les zones d'ombre sinon l'article est tendancieux. Espérons qu'entre gens intelligents, la sagesse l'emportera, que la dalle se fera là avec toutes les garanties ou ailleurs, qu'il n'y aura ni frustrés, ni mécontents. 

En attendant, si chacun d'entre nous prenions conscience que les rues, les parcs et la campagne ne sont pas des dépotoirs et que nous suivions scrupuleusement les consignes de tri et d'évacuation des déchets, l'Optimiste ne recevrait peut-être plus des commentaires l'informant que la ville est sale. Une affirmation qui le contrarie mais qu'il partage, hélas !

 

(sources : site d'Ipalle, site d'Envrionnement-Wallonie, presse locale, notes personnelles)

(S.T. avril 2013)

 

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