27 févr.
2013

09:30

Tournai : les festivités de mars

En ce mois de mars 2013, voici encore un agenda chargé, il va encore falloir sélectionner les activités culturelle. Les amateurs de conférences vont être comblés. N'oublions pas que c'est aussi la Piste aux Espoirs, le Carnaval du Laetare et le Petits Cabaret. 

Du Vendredi 1er au Lundi 4 : La Piste aux Espoirs.

Samedi 2, Patinoire : "Gala national de patinage" organisé par l'Axel Club de Tournai.

Mardi 5, Séminaire de Tournai, 13h45 : "La vie oscillatoire, au coeur des rythmes des vivants " par le Docteur Arthur Goldbeter, dans le cadre du cycle de conférences Connaissance et Vie d'aujourd'hui.

Mercredi 6, séminaire de Tournai, 20h : "Grégoire le Grand, docteur de l'Eglise et Père de l'Europe" par Jean Pierre Mondet.

Jeudi 7, Maison de la Culture : "Akhénaton, une nouvelle biographie scientifique du pharaonmonothéïste", conférence par Dimitri Laboury, professeur à l'ULg, dans le cadre de l'Unviersité du temps Disponible. 

Jeudi 7, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 17h et 20h : "Norvège, un été sans fin" par Michel Drachounoff dans lec adre du cycle de conférences Exploration du Monde. 

Vendredi 8, dans la ville, 20h, "Carnaval de Tournai - la Nuit des Intrigue", sur le thème "Silence, on tourne".

Samedi 9, dès la matinée, "Carnaval de Tournai - sorties des confréries", jets de pichou, bûcher du roi Carnaval, bal populaire.

Mercredi 13, séminaire de Tournai, 20h : "Michel-Ange, au coeur de la Renaissance" par Jean Pierre Mondet. 

Mercredi 13, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h : "Himmelweg" pièce de Juan Mayorga par la Compagnie Entre Chiens et Loups/Yasmine Douieb.

Jeudi 14, librairie Siloë, "L'homme de sable" conférence par Catherine Themynck, dans le cadre des Recontres avec un auteur. 

Jeudi 14, Maison de la Culture : "Quelle est la place de la culture scientifique dans les cultures d'aujourd'hui", conférence par Pasquale Nardone, professeur à l'ULB dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 15, salle Saint-Lazare, 19h30 : "Insanne in voyache", spectacle patoisant par le Bistreot Tournisien.

Samedi 16, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h : "Monsieur Toubli", pièce mise en scène par Araine Buhbinder, dans le cadre des après-midi des minis.

Samedi 16, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h : l'humoriste Jérome de Warzée dans son one-man-show "Hautes Tensions".

Samedi 16, Salle La Fenêtre, 20h, "Mathieu Debaty et Khalid Benaouissa", Lauréats Malvira d'Or 2012, dans le cadre du Samedi des Planches.

Dimanche 17, salle Saint-Lazare, 15h30 : "Insanne in voyache", spectacle patoisant par le Bistreot Tournisien.

Dimanche 17, Havinnes, 16h, "concert" de la chorale "Jour de Joie", sous la direction de Damien Bataille et de la "Royale Sainte-Cécile de Gaurain-Ramecroix", sous la direction de Thierry Cuvelier, au profit de l'antenne alimentaire de Tournai-Est. 

Mardi 19, séminaire, 13h45 : "La Louvre d'Abu Dhabi" par Dominique de Font-Reaulx, conservateur en chef du musée du Louvre, dans le cadre du cycle Connaissance et Vie d'Aujourd'hui.

Mercredi 20, Halle-aux-Draps, à partir de 9h : "Festival des Gosses", une organisation du service jeunesse de la Ville de Tournai.

Mercredi 20, salle des Concerts, 18h30, "Tout Feu, Tout Femme", textes créés dans le cadre de  l'Atelier de Lecture des Ecrivains Publics du Tournaisis.  

Mercredi 20, Séminaire, 20h : "Vatican II et la liberté religieuse" par Jean Pierre Mondet. 

Jeudi 21, Maison de la Culture : "Changer de regard, la force de l'optimisme", par Ilios Kotsou, chercheur à la faculté de psychologie de l'UCl, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 21, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h : "Raymond" sur un texte de Thomas Gunzig, avec Josse Depauw. 

Jeudi 21 mars, salle du Forum, 20h, "Le Fil à la Patte", le vaudeville de Feydeau par la Compagnie du Coeur.

Vendredi 22 et samedi 23, Halle-aux-Draps, 20h : "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

Vendredi 22 (19h30), samedi 23 (19h30) et dimanche 24 (15h30), salle Saint-Lazare : "Insanne in voyache", spectacle patoisant par le Bistreot Tournisien.

Samedi 23, église Saint-Jacques, 20h : "Concert de Printemps", avec la mezzo-soprano Albane Carrère accompagnée par l'orchestre de la Chapelle Musicale de Tournai (sous la direction de Philippe Gérard) dans des oeuvres de Roussel, Berlioz et Haydn.

Samedi 23, dimanche 24, Halle-aux-Draps, "3e festival Brassicole de Tournai", 28 brasseries belges, plus de 130 bières à découvrir.

A partir du samedi 23 mars, Esplanade du Conseil de l'Europe, le cirque Alexandre Bouglione dans sa nouvelle création 2013 : "La Fête des Animaux". 

Dimanche 24, cimetière du Nord, "L"expression du pourvoir dans la représentation funéraire", visite du patrimoine en compagnie de Jacky Legge, conservateur des cimetières de Tournai.

Dimanche 24, Salle des Concerts, 15h30 : "concert de jazz" par Mélanie de Biasio (chant/flûte traversière) accompagnée par Samuel Gertsmans (contrebasse) et Pascal Mohy (piano), dans le cadre du soutien à l'organisation de "L'Accordéon, Moi j'aime". 

Mercredi 27, Maison de la Culture, 20h : "Lamali Lokta", par la Compagnie du Pic/Karine Ponties, chorégraphe. 

Jeudi 28, Maison de la Culture, 20h : "René Lalique, virtuose du bijou et magicien du verre" par Sylvie Esteve, historienne de l'art dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 28, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 17h et 20h :" la Provence, de pierre et d'eau" par Jean Jacques Harems, dans le cadre du cycle Exploration du Monde. 

Jeudi 28, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h : "Niets" de Nic Balthazar (auteur du succès Ben x) par le Théâtre de la Nuit. 

Vendredi 29 mars, en ville : l'annuel "Marché aux Fleurs" du Vendredi Saint.

Vendredi 29 11h et 15h, samedi 30 11h, au départ de la salle La Fenêtre : "Trop de Guy Béart nuit à Guy Béart", spectacle intinérant dans la ville par la Compagnie Victor B.

Dimanche 31, place Crombez : arrivée de la dernière étape du "Tryptique des Monts et Châteaux", course cycliste internationale du calendrier U.C.I. Europe Tour. 


Les expositions :


Jusqu'au 23 mars, cathédrale Notre-Dame, dans la nef romane : "Expérience du pendule de Foucault", preuve que la terre tourne ! 

en mars (sauf le 31), Maison de la Culture, Espace bis : " Les Manouches sur la piste"

en mars (sauf le 31), Maison de la Culture : "Lionel Vinche, L'envers du tableau...".

en mars, Musée d'histoire des Arts décoratifs : "Regards sur les faïence fines de Tournai, le don Cosyns". 

en mars, Centre de la Marionnette : "Marionnettes du monde, entre ciel et terre".

(agenda susceptible d'ajouts ou de modifications).

S.T. février 2013

 

25 févr.
2013

09:01

Tournai : le quartier des "Briscots" (2)

Le quartier Saint-Brice que nous visitons virtuellement a connu depuis la seconde guerre mondiale de profondes transformations. Il est peut-être même celui qui s'est le plus transformé mais les changements sont peut-être passés inaperçus pour de nombreux Tournaisiens.

Il existe un contraste saisissant entre les grandes maisons bourgeoises qu'on trouve dans les rues de Monnel, Childéric, de l'Athénée, à la place Clovis, dans les avenues Van Cutsem et des Frères Haeghe et les petites maisons ouvrières, les maisons de fondations et les anciennes usines qui composent la rue Marvis, la rue des Soeurs de Charité et les rues qui descendent vers l'Escaut.

Les entreprises ferment

Après la reconstruction entre 1947 et 1956, le quartier a subi de nombreuses modifications d'activités.

Dans la rue des Moulins, la filature Philippart a fermé ses portes et, prenant le nom de Daphica avant de devenir les Textiles d'Ere, elle s'est installée le long de la chaussée de Douai.

Les bâtiments de l'ancien hôpital militaire de la rue Marvis ont été abandonnés par la Défense Nationale et ont été repris par l'école industrielle.

Le château Boucher, à la rue Saint-Brice, est devenu le siège régional des Mutualités Chrétiennes.

La savonnerie Pollet qui embaumait jadis le quartier par ses odeurs de savon brûlé a quitté ses installations de la rue Saint-Brice pour le zoning de Tournai-Ouest, un endroit mieux adapté pour pareille activité.

La brasserie Dubuisson qui y avait encore un dépôt, a quitté définitivement ses bâtiments du quai Saint-Brice transformés en appartements.

Dans la rue du Glategnies, les activités des usines Saint-Brice du groupe "Les Trois Suisses" ont été transférées au siège principal, le long de la chaussée de Lille à Orcq, cédant dans un premier temps leurs locaux à la filiale qu'étaient les laboratoires de cosmétique "Elina Fantane" (milieu des années soixante) et ensuite à Cofidis, organisme de crédit par téléphone. En ce début d'année 2013, on évoque le transfert de Cofidis sur le site d'Orcq où de la place a été libérée par le départ de membres du personnel vers les implantations dans le Nord de la France, les bâtiments de la rue du Glategnies interésseraient l'école d'architecture Saint-Luc qui semble avoir abandonné son projet d'installation dans la Maison des Anciens Prêtres, sur la place de l'Evêché et dans l'ancien bâtiment des Archives de l'Etat, au pied de la cathédrale. 

A la rue Childéric, la Société Générale de Banque devenue Fortis a quitté ses locaux tournaisiens pour Mons et les tout nouveaux bâtiments, à peine terminés, ont été repris par les services de la Police Judiciaire à l'étroit depuis bien longtemps à la rue de Barges. 

Si dans les années soixante, on a connu la fusion des deux commissariats de police et une seule localisation à la rue de l'Athénée, depuis 2004, les bâtiments devenus obsolètes ont été abandonnés par les policiers transférés dans une nouvelle (futuriste !) implantation à la rue du Becquerelle. Le vieux bâtiment a été totalement rénové et accueille désormais des appartements pour personnes en difficulté. 

Peu à peu, les maisons bourgeoises des rues Childéric et de l'Athénée, délaissées par leur propriétaires souvent âgés, ont accueilli des bureaux d'associations d'avocats et des professions libérales. 

A la rue Du Quesnoy, l'Athénée Royal est devenu l'Athénée Bara et dans les années septante la mixité y a fait son apparition. 

A la rue Barre Saint-Brice, les Maisons Romanes ont été restaurées et abritent désormais le temple de la communauté protestante de Tournai. 

L'hospice des vieillards tenus par les Soeurs de la Charité dans la rue du même nom a disparu au début des années septante. Le CPAS, sous la houlette de Julien Wlomainck, y a réalisé une profonde restauration, rendant aux bâtiments leur lustre d'antan. Le séminaire de Choiseul accueille désormais des appartements pour personnes âgées, des activités culturelles et... des séminaires.

dans la même rue, les anciennes usines situées à proximité de la rue Morel, ont été transformées en lofts. 

Avec la fin des contrôles, le bureau de chômage de la rue Haigne a fermé définitivement ses portes. Désormais (et c'est heureux), on ne voit plus les files de sans-emplois attendre sur l'étroit   trottoir, qu'il pleuve ou qu'il vente, le moment de pouvoir faire pointer leur carte. Spectacle affligeant, digne des siècles antérieurs, vision que n'aurait pas renié Emile Zola pour un de ses chapitres des "Rougon Macquart, l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire". La dignité y a gagné mais... les tenanciers des cafés situés aux alentours ont perdu des clients réguliers. 

A la rue des Campeaux, dans le bâtiment qui abritait le réfectoire de l'école primaire de la Sainte-Union est né "Mômes Circus", l'école de cirque tournaisienne, dans le même bâtiment anciennement à usage de brasserie, on trouve la salle de spectacle "la Fenêtre" et un restaurant, "L'Arche de Noë". 

Un quartier qui cache la pauvreté

L'asbl la Maison des Familles a ouvert, à la rue Barre Saint-Brice, une épicerie sociale et à la rue de Monnel, un restaurant social denommé "Une assiette pour tous", tandis qu'à la rue de Marvis, dans une habitation occupée jadis par une communauté de religieuses, est organisée, depuis 2003, une distribution hebdomadaire de colis alimentaires, preuves que ce quartier abrite de nombreuses familles ou des personnes isolées frappées de plein fouet par la crise. Depuis deux ou trois ans, comme jadis au bureau de chômage de la rue Haigne, les files s'allongent et lors de la distribution des "colis de Noël", la plupart des "clients" doivent patienter de longs moments dans la froidure réconfortés par des bénévoles qui offrent des boissons chaudes. Autre tableau de la vie quotidienne digne des romans de Zola. Il y a la misère qu'on voit et, aussi, celle qui se cache par honte, la ville de Tournai n'échappe pas à la règle. 

Des projets.

Dans cette période pleine d'incertitudes, certains osent encore entreprendre. Ainsi, il y a quelques semaines a été acordé un permis de bâtir pour un hôtel qui s'élèvera entre la rue Marvis et la rue Bozière, mêlant construction traditionnelle à l'emplacement du magasin et des ateliers de réparations d'un marchand de cycles et élements préfabriqués, chambres sous forme de cubes empilés du côté de l'avenue Bozière. Les travaux devraient débuter dans les semaines à venir. 

A plus long terme, on assistera, peut-être, dans le cadre de l'élargissement de l'Escaut, à la réalisation d'importants travaux de mise au nouveau gabarit du Pont-à-Pont. Cela promet de merveilleux embouteillages aux heures de pointe car, actuellement, le pont est fermé à toute circulation en raison des dégâts occasionnés à son revêtement pavé par l'hiver rigoureux que nous connaissons. Il y a un peu plus de trois semaines qu'il est inaccessible et le trafic est dévié sur les deux autres ponts, le pont Notre-Dame (pont Levant souvent... levé) et le pont de Fer. 

L'ancien cinéma "Astra" est abandonné depuis de nombreuses années, il est devenu le royaume où rats et chats du quartiers se livrent bataille. Il n'y a, malheureusement, aucun projet de réhabilitation pendant pour cet immeuble.

 

 (S.T. février 2013)

23 févr.
2013

09:00

Tournai : expressions tournaisiennes (212)

Les lind'mains qui décantent

Hélas, no vie elle est ainsin faîte, ch'est vrai pou tertous et partout, joies et malheurs y pourmènent toudis bras d'ssus, bras d'ssous. Après t'avoir offert des momints d'bonheur, tout à n'ein queop, à t'porte vient toquer l'malheur. Te veyeos l'avenir à l'abri de l'misère et i-n'te reste pus qu'tes is pou braire

L'malheur i-est muché au détours du qu'min, dins l'gazette que t'ouvères au matin, te l'truèfes, à l' feos, dins t'boîte à lettes ou bin acore dins ein messache arrivé su internet. I-a pris l'forme d'ein faire-part ou d'eine nécrologie, ch'est l'anneonche d'eine mort ou d'eine grafe maladie.

Bin seûr, te pinseos que l'vie alleot toudis t'sourire mais ov'là que te perds jusqu'à l'invie d'rire car, su l'line du temps, l'nouvelle orsimpe à eine fracture, comme si on vouleot du beon temps que t'aveos eu t'faire payer l'facture.

Quand l'amisse de toudis, sans prévenir, pou Mulette ou Navieaux part, tout au feond d'ti, te sins t'coeur flaubir et te t'ortruèfes, tout seu, comme nurvart.

Quand l'maladie, ein jour, sans crier gare, s'invite à t'maseon, t'souhait'reot l'attraper à l'plache de t'feimme ou de t'garcheon.

Hélas, te n'queusis ni l'momint, ni l'indreot, te deos faire face et rester bin dreot. Pou rasseurer les eautes, t'affiches ein sourire su t'visache, te leu dis que t'in a vu d'eautes à t'n'âche, te pinses que te deos morte su't'chique, moutrer à tes infants que t'es acore dynamique mais eine feos qu'les gins i-seont partis, que te t'ortruèfes tout seu face à l'ennemi, t'corache te l'perds alors, et là, dins l'campe, te treonnes in pinsant à la mort.

N'ormettez jamais à pus tard eine invitatieon, n'restez jamais tout seu à vo maseon, profitez toudis des beons momints car vous n'savez pos d'quoi s'ra fait l'lind'main. Riez, mingez, buvez mais sans excès, prenez du plaisi quand vous l'pouvez, quand ch'est s'n'heure, n'laichez pos passer l'bonheur, on n'est pos v'nu su ceulle tierre pou vife comme des égoïsses, mais pou des malhureux s'mette au service et vife intouré d'amisses. I-a bin treop d'misères à soulager pour rester, su s'cayère, à ruminer.

Ahais, j'vous intinds d'jà, quoisqu'i-ch'a passé, l'babillarte de ceulle sémaine, elle n'est pos bin gaie ! Savez, mes gins, l'moral ch'est comme ein thermomète cha cait à l'feos bin bas... jusqu'au fin feond des cauchettes


(lexique : décanter : déchanter / ainsin : ainsi / tertous : tous / pourméner : promener / tout à n'ein queop : tout à coup / toquer à l'porte : frapper à la porte / les is : les yeux / braire : pleurer / muché : caché / le qu'min : le chemin, on dit aussi l'quémin) / te truèfes : tu trouves / à l'feos : parfois / l'anneonche : l'annonce / grafe : grave /  bin seûr : bien sûr / orsimpe : ressemble / Mulette et navieaux : noms des deux cimetières de Tournai / l'coeur flaubir : le coeur défaillir / nurvart : nulle part / l'plache : la place / l'garcheon : le garçon / queusir : choisir / l'indreot : l'endroit / dreot : droit / rasseurer : rassurer / d'eautes : d'autres / à t'n'âche : à ton âge / morte su s'chique : mordre sur sa chique, supporter stoïquement une épreuve / moutrer : montrer / les infants : les enfants /  tou seu : tout seul / l'corache : le courage / l'campe : la chambre / treonner : trembler / laicher : laisser / ceulle : cette / tierre : terre / vife : vivre / l'cayère : la chaise /  ahais : oui / l'babillarte : la lettre / caire : tomber / l'feond : le fond / les cauchettes : les chaussettes).

S.T. février 2013

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : tournai, patois, picard |

21 févr.
2013

09:22

Tournai : le quartier des "Briscots".

Les "Briscots", voici un nom que la plupart des Tournaisiens n'utilisent plus pour désigner les habitants du quartier Saint-Brice, objet de notre visite virtuelle.

Il y a près de deux millénaires

Il est historiquement prouvé que la ville de Tournai est née au bord de l'Escaut dans le quartier Saint-Piat et qu'elle s'est tout d'abord développée sur la rive gauche du fleuve.

La rive droite resta longtemps déserte et couverte de marécages. Bozière nous apporte une preuve en signalant que vers l'année 1850, on découvrit de la tourbe, à quelques mètres de profondeur, en creusant une cave à la rue Haigne. Pour lui également, le nom de la rue du Quesnoy proviendrait des chênes du bois de Breuze qui s'étendait presque jusqu'au rive de l'Escaut. L'origine serait donc "quereetum", devenu en roman "quesne", désignant une plantation de chênes. 

Durant la période romaine, on ne parle pas de l'existence de lieux d'habitations sur la rive droite, il faut attendre le milieu du Ve siècle et l'arrivée des Francs saliens pour que des traces se précisent. Vers 430, Clodion se fixe avec sa famille à Tournai, vingt ans plus tard Mérovée lui succède et donne naissance à la dynastie des Mérivingiens. Mérovée ne règnera que quelques années et son fils Childéric lui succèdera. En 481, Childéric meurt en son palais de Tournai. A la suite de la découverte de son tombeau au pied de l'actuelle église Saint-Brice, en 1653, on a admis que le "Tornacense palatium", la résidence royale devait s'élever à proximité, entourée de plaines et de bois, sur un territoire qui dépassait probablement ce qui deviendra, bien plus tard, l'actuel quartier Saint-Brice. C'est de cette époque que date la construction d'un oratoire déjà dédié à Saint-Brice.

Le quartier qui se développe prend le nom de "Bourg". Si certains historiens (dont Poutrain) émettent l'opinion que le bourg fut entouré d'une enceinte avant le XIe siècle, ils n'étayent pas cette affirmation par de solides preuves. Nous nous référerons donc à une étude de Benoit Dochy et aux écrits de Bozière qui datent la construction de la première enceinte de la rive droite vers 1188 et 1202 et englobant le quartier des Chauffours en 1289. Bozière qui la date du XI e siècle la décrit comme prenant naissance à l'Arche sur l'Escaut courant vers le Glategnie, la porte Marvis, une porte qu'il situe alors entre les rues Neuve et Fleury, gagnait la rue du Quesnoy et la porte Morel, un peu au-delà de l'actuel Athénée Bara, se dirigeait vers la rue De Rasse et aboutissait entre les Pont de Fer et le pont Notre-Dame. Voici une première ébauche de l'actuel quartier Saint-Brice. 

La construction de l'église.

L'église qui va remplacer l'oratoire existant fut, comme lui, dédiée à Saint-Brice, évêque de Tours, un des saints patrons de la Gaule mérovingienne. Le crypte romane située sous le choeur est datée du XIIe siècle, le choeur à trois nefs date du XIIIe siècle et a subi une transformation au XIVe siècle. Elle est de style roman dit "hallekerk", une architecture qu'on retrouve dans de nombreuses villes de la Flandre maritime, mais possède également quelques éléments gothiques. Elle présente la particularité de posséder une couverture de tuiles rouges. Victime des bombardements allemands durant la seconde guerre mondiale, elle fut reconstruite et achevée en 1954. Toutefois, le bulbe qui terminait auparavant le clocher n'a pas été reconstruit, ce qui donne au clocher l'allure d'une tour carrée. Le maître-autel actuel a été réalisé en 1970 par le sculpteur tournaisien bien connu Georges Grard. 

Les ravages de la seconde guerre mondiale.

Le quadrilatère compris entre le quai, la rue Royale, la rue De Rasse, l'église Saint-Brice et la rue Cambron fut totalement anéanti lors des bombardements qui eurent lieu entre le 16 mai et le 6 juin 1940, quelques rares maisons résistèrent. Pratiquement toutes les constructions qu'on peut actuellement y trouver date de la reconstruction qui eut lieu entre 1946 et 1955. Quelques maisons furent également détruites sur le boulevard des Déportés, à la rue Beyaert et à la rue des Soeurs de Charité. Dès 1941, l'église Saint-Brice, aux murs calcinés s'élève sur un champ de ruines, il ne reste plus aucune habitation dans la rue de Pont. 

Ce quartier a payé un lourd tribut lors de ces bombardements, on relève, entre le 16 mai et le 6 juin 1940, pas moins de 34 victimes à la rue des Soeurs de Charité, principalement des personnes âgées, résidentes de l'hospice de vieillards tenu par les religieuses, cinq victimes dans la rue Royale, deux à la Terrasse Saint-Brice, deux à la rue Clercamps, deux à la rue de l'Athénée, et un à la rue Saint-Brice. 

Les habitants voisins de l'Athénée Royal étaient invités à rejoindre les caves de celui-ci qui servaient d'abris et étaient même équipées pour resister aux attaques de gaz si redoutées. 

Ils y ont habité.

Dans la rue qui porte désormais son nom, Charles Henri de Rasse (1774-1818) fut, à la fois maire et bourgmestre de Tournai. Il fut en effet, élu, membre du Collège Municipal en 1800, alors que la ville était sous juridiction française, adjoint au maire en 1801 et maire en 1804. Il occupera cette fonction jusqu'à sa démission en 1814. Quelques mois plus tard, il est nommé membre des Etats provisoires du Hainaut et en 1817, bourgmestre de Tournai. Il décèdera un an plus tard à l'âge de 44 ans. 

L'architecte Constant Sonneville, né en 1849 à Bailleul (France) et décédé à Tournai en 1929 a tout d'abord résidé au n° 41 de la rue Beyaert et ensuite au n° 15 de la rue Childéric. On lui doit la restauration du château de Beloeil et la construction d'autres châteaux à Roucourt (château d'Arondeau), Tertre, Ramegnies-Chin ou Staceghem. Il est aussi l'auteur de la construction du collège Notre-Dame de la Tombe à Kain, du Monastère des Carmelites à Ath, de la maison de campagne du comte d'Hespel au Mont saint-Aubert et d'une vingtaine églises dans la région dont l'église Saint-Antoine à Tournai. Il participa également à l'avant-dernière restauration de la cathédrale Notre-Dame qui eut lieu à la fin du XIXe siècle, à celle du palais de l'évêché, de la Maison des brasseurs et de l'intérieur de l'église Saint-Quentin.

Joseph Sonneville (1880-1958), son fils, habita par la suite au n°54 de la rue de l'Athénée. Il est notamment l'auteur de projet pour la construction du château du Vicomte Cossée de Maulde à Ramegnies-Chin, des écoles de Marquain et d'Estaimbourg,  de l'école normale des religieuses de la Visitation à Celles, du collège Saint-Julien à Ath, de l'église de Laplaigne et de Marquain. 

L'architecte Edmond Duvivier, né en 1864 et décédé en 1923, résida tout d'abord à la rue Beyaert pour déménager ensuite au n° 23 de la rue Childéric. il fut donc le voisin de Constant Sonneville. 

Autres "briscots" connus :

Marguerite Bervoets (1914-1944), professeur de littérature à l'Ecole normale primaire de Tournai et à la section régendat, héroïne nationale, membre de l'armée sécrète, celle qui habitait au n°10 de la Terrasse Saint-Brice, fut exécutée lâchement par les Allemand à Wolfenbüttel le 7 août 1944.  

Eloi Baudimont (1917-1995), patron d'une entreprise de plomberie, auteur patoisant, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, auteur avec Albert Coens de la célèbre Revue annuelle du Cabaret Wallon demeura à la rue du Quesnoy.

Géo Libbrecht (1891-1976), poète, avocat et assureur, il passa sa jeunesse au pied de l'église Saint-Brice. 

Simon Philippart (1826-1900), filateur, homme d'affaires, banquier, qui créa les entreprises qui portaient son nom à la rue des Moulins, habitait un hôtel particulier aux n° 51 et 53 de la rue Saint-Brice.

Raphaël Pollet (1791-1857), fabricant de savon et d'huile, construit son hôtel particulier au n°23 de la rue Saint-Brice. 


(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, ouvrage paru en 1864 - "Histoire de Tournai et du Tournésis " de Poutrain - "La première enceinte rive droite" de Benoit Dochy, article paru dans la revue de l'asbl Pasquier Grenier n°105 de juin 2011 - "Tournai, sous les bombes, 1940-1944" ouvrage d'Yvon Gahyde paru en 1984 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990


20 févr.
2013

09:05

Tournai : "Mourir lorsque renaît le jour"

Mourir lorsque renaît le jour, voilà probablement un titre intéressant pour un roman, ces quelques mots sont malheureusement la traduction d'un drame qui se joue, week-end après week-end, sur les routes du Tournaisis.

L'I.B.S.R. (l'institut Belge pour la Sécurité Routièe) a lancé, il y a déjà de nombreux mois, une campagne intitulée "Go for Zero", sensée réduire le nombre de tués sur les routes belges.

Au niveau national, si le nombre de tués a été en constante régression entre les années 2000 et 2010 passant de 1.500 à 840 (-44%), on a constaté une tendance inverse en 2011 par rapport à 2010, passant à 875 tués (+ 2,98 %), les statistiques de 2012 seront publiées prochainement et ne devraient pas inciter à l'optimisme.

Pour Tournai, la zone de police a constaté une infime diminution du nombre d'accidents de la route passant de 1.379 (2010) à 1.363 (2011), la différence de 1,1 % n'est pas significative, elle a aussi comptabilisé 14 tués et 9 blessés graves en 2010 et 10 tués et 8 blessés graves de 2011. 

Les chiffres qui interpellent sont ceux des accidents enregistrés lors des week-ends, on en a dénombré 425 tant en 2010 qu'en 2011, nombre représentant environ 31 % du total des accidents constatés par les policiers. Ils sont aussi plus spectaculaires et se soldent souvent par un bilan plus lourd. 

Ces accidents surviennent le plus souvent à l'aube, à l'heure des retours des nombreux jeunes ayant fréquenté les méga-dancings établis le long des grands axes routiers aux quatre coins du Tournaisis.

Le phénomène est inquiétant, ainsi en 2011 sur les 10 décès survenus lors des accidents de la route, 6 sont intervenus lors d'un week-end. Le personnel de garde qu'il soit au service ambulance (112) ou dans les deux services d'urgence des cliniques tournaisiennes (Notre-Dame et la Dorcas) a vu également arriver de très nombreux blessés (147 en 2010 et 113 en 2011).

Les causes de ces accidents sont malheureusement bien connues : la fatigue, la vitesse, l'alcool, l'usage des stupéfiants. 

Beaucoup de jeunes Français viennent faire la fête en Belgique où les discothèques sont plus nombreuses que dans le Nord de la France et surtout, financièrement, nettement plus abordables. De plus, la législation en France impose une fermeture des établissements à une heure beaucoup plus précoce qu'en Belgique où la loi est fort laxiste à ce sujet et uniquement basée sur une rentabilité économique. En Belgique, on ne peut interdire le gagne-pain des personnes même si celui-ci met en danger la vie des usagers, v oilà l'idée qui prévaut. On finit donc la nuit à Tournai et dans sa région. 

Dans le cadre de la protection de sa population contre les nuisances générées par un lieu festif nocturne (bruits, bagarres, dégradations, vente de stupéfiants, accidents mortels...), une autorité locale n'a d'ailleurs pas le droit d'imposer unilatéralement une interdiction d'ouverture et celle-ci, si elle est décidée suite à un fait grave, ne pourra être qu'une mesure temporaire.

Selon ce que m'a confié, un jour, un ami habitant outre-Quiévrain, il faut bien constater que les conducteurs français, une fois arrivés en territoire belge, se sentent pousser des ailes car il n'y a plus le risque de perdre des points pour le permis et la malchance d'être flashé pour excès de vitesse semble moins importante que dans l'Hexagone, on vient même parfois rouler sur le territoire voisin déchu de son permis de conduire considérant probablement que la sanction n'y a pas cours.

A la sortie des discothèques, il n'est pas rare de voir les jeunes s'entasser à cinq ou six dans une petite cylindrée pour ramener des ami(e)s d'un soir et jouer "à l'épate", au conducteur chevronné ou au pilote de rallye face aux filles alors qu'on est encore très jeune et qu'on n'a pas encore acquis l'expérience requise. 

Devant partir pour mon travail, lors d'une nuit de week-end, j'ai vu arriver un véhicule en face de moi, klaxonnant et se rabattant vers la droite au tout dernier moment, au passage ma voiture fut aspergée du contenu des bouteilles que les occupants agitaient par les fenêtres de la voiture en hurlant. A part vous jeter dans le décor que voulez-vous faire face à de pareils individus fortement imbibés d'alcool ou sous l'emprise de la drogue ?

Malheureusement, cette insconscience du danger se paie parfois "cash" et plonge alors des familles entières dans l'inquiétude souvent, dans le deuil parfois. 

Lors d'un accident survenu ce dimanche 17 février, vers 8h30, deux jeunes Français sortis d'un dancing se dirigeaient vers Tournai. Pourquoi dans le brouillard qui régnait au lever du jour, sur une route limitée à 70 km/h, avec interdiction de dépasser sont-ils allés se fracasser sur une voiture venant en face ? Le bilan est dramatique, le conducteur du véhicule tamponneur est décédé sur place, son passager a été sérieusement blessé, dans l'autre véhicule totalement détruit, un couple et un jeune enfant qui roulaient parfaitement à droite, pensant être en sécurité, ont été blessés légèrement mais surtout fortement traumatisés. Voilà la banale et froide relation d'un fait divers que nous fait la presse au lendemain d'un week-end.

Combien faudra-t-il encore de victimes pour qu'on prenne enfin les mesures qui s'imposent pour éviter un tel carnage dominical. S'étant rendu sur place, le bourgmestre de Tournai a déclaré à la presse qu'il "en avait marre de ces carnages", d'autres bourgmestres régionaux l'imitent lors d'accidents graves mais leur voix se perdent auprès des politiciens qui continuent à faire la politique de l'autruche au nom de sacro-saintes raisons économiques.

On ne peut s'empêcher pourtant de se poser des questions à ce sujet, quelle est pour nos législateurs la valeur d'une vie humaine ? Peuvent-ils supporter que des familles entières soient plongées dans la peine en raison de la perte d'un être cher ? Les accidents de la route ne coûtent-ils pas très cher à une Sécurité Sociale dont l'équilibre du budget est un casse-tête permanent pour eux ? Les honnêtes conducteurs doivent-ils attendre que les "noceurs du week-end" soient rentrés chez eux pour prendre la route en toute sécurité ?

C'est bien de proclamer "Go for Zero" encore faut-il que cela ne reste pas une béate intention ?

Mourir lorsque naît le jour, coincé dans une carcasse de voiture, loin de sa famille, payer les égarements d'une nuit trop arrosée, s'endormir à jamais quand partout la vie renaît est un évènement horrible pour celui qui en est la victime, un trop banal fait divers, un instant qui inflige une blessure à vie pour les proches.     

(S.T. février 2013)

09:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : tournai, accidents, tués |

18 févr.
2013

09:19

Tournai : quartier du Château ou Saint-Nicolas (2)

Nous poursuivons notre visite dans le quartier du Château.

Les premières transformations.

Construit sous Louis XIV, l'arsenal s'élevait au bout du quai qui a longtemps porté son nom, au lieu dit "bout du Zart", entre Escaut et rempart. Sa dernière occupation le fut par les troupes hollandaises au début du XIXe siècle. En 1832, le bâtiment fut reconverti en bureau des douanes et accises, par la suite intégré à l'abattoir avant d'être démoli vers 1840 pour faire place à la gare. 

Inaugurés en 1835, les abattoirs communaux étaient situés sur l'emplacement d'une ancienne blanchisserie à la rue de la Planche. Modernisés au XXe siècle, ils sont restés à cet emplacement jusque dans le milieu des années septante avant leur transfert sur des terrains entre l'avenue de Maire et l'Escaut, sur la rive gauche. Paradoxe, m'étant rendu à la maternité Notre-Dame voisine (celle-ci a d'ailleurs intégré et restauré un des bâtiments de l'ancien abattoir pour en faire ses cuisines, sa salle polyvalente et son restaurant, l'été lorsque les fenêtres étaient ouvertes, on pouvait distinctement entendre les derniers cris des animaux qu'on allait abattre se mêlant aux vagissements des enfants qui venaient de naître. Situation qui fut heureusement temporaire pour les âmes sensibles. 

Erigée peu après 1840, la première gare de Tournai se situait sur le quai de l'Arsenal. il s'agissait d'une gare dite à rebroussement, disparue en 1888 suite à la mise en service de l'actuelle gare de passage, elle occupait l'espace entre le Pont des Trous et l'actuel Pont de Fer. 

Une gravure peinte par Bozière dans le courant du XIXe siècle montre l'existence d'un estaminet à l'enseigne "Au Petit Château", juste au pied de l'église Saint-Nicolas, à l'emplacement de l'actuel jardin qui fait l'angle de la rue du Château et de la rue du Curé du Château. 

Dans la rue du Château se trouvait jadis, le home Sainte-Anne accueillant des personnes âgées, l'institution a fermé ses portes, à la fin des années quatre-vingt, le bâtiment repris par le Centre Public d'Aide Sociale (CPAS) permet désormais de donner un toit à des personnes démunies.

Que deviendra la Tour Henri VIII ? 

Ayant abrité le musée des armes avant son transfert, il y a quelques années, dans des locaux plus spacieux à la rue Roc Saint-Nicaise, le Tour Henri VIII semble désormais à l'abandon. Cédée pour l'euro symbolique a un promoteur chargé de la restaurer, elle s'est vue cerclée d'un échafaudage et recouverte d'un dome plastifié. Des ouvriers ont commencé à enlever la couverture herbeuse qui entourait la terrasse d'observation à son sommet. Et puis, les travaux ont été abandonnés, la tempête a soufflé et le dome a été emporté, la "grosse tour" semble désormais laissé à son triste sort. On avait évoqué pour elle un lieu d'accueil pour les nombreux touristes britanniques qui visitent chaque année la cité des cinq clochers, on a dit tant de choses mais la réalité est que le dernier vestige de la citadelle d'Henri VIII ne semble plus préoccuper grand monde, autre élément du patrimoine tournaisien, comme le sont aussi le conservatoire de musique, la Maison des Anciens Prêtres ou l'église Sainte-Marie Madeleine, laissé en l'état, offert aux outrages du temps qu'il fait ou qui passe !

 

Ils y ont habité.

Sur le quai de l'Arsenal (actuel quai Sakharov) demeurait Adrien Alexandre Marie Hoverlant, né à Tournai, le 9 mars 1758 et y décédé le 10 septembre 1840. Avocat et juge de paix, il est connu pour l'énorme ouvrage qu'il a légué intitulé "Essai chronologique pour servir à l'histoire de Tournai",  de Jules césar au XVIIIe siècle, pas moins de 114 volumes et 3 volumes de tables et atlas in folio dont la rédaction lui pris cinquante-deux années. on lui doit égalment "Mémoires sur l'état de servitude au royaume des Pays-Bas", un ouvrage en deux volumes et d'autres études un peu moins connues. Adrien Hoverlant possédait une bibliothèque personnelle d'une telle ampleur qu'il fallut pas moins de quinze jours pour réaliser sa vente complète. 

Paul Clerbaux (1879-1960), architecte, demeurait au 14 de la place Victor Carbonnelle. Il fut responsable de la construction du couvent de Passy à Ramegnies-Chin (devenu l'école Saint-Luc) et auteur des écoles Saint-Brice, Notre-Dame Auxiliatrice, de l'hôpital d'Ath, des églises de Néchin, Hollain, Jollain, Pottes, d'une clinique à Mons et de la façade de l'immeuble du journal "Le Courrier de l'Escaut". Il fut également conseiller communal de 1921 à 1938 et échevin des Beaux-Arts de 1927 à 1932, Président de la Société d'Architecture de Belgique et Président du comité provincial des membres correspondants de la Commission Royale des Monuments et des Sites.

Robert Boucart (19.6.1924-18.6.2011), Ingénieur commercial Solvay-ULB, demeurait à l'avenue Leray. Professeur de sciences économiques à l'Athénée Royal de Tournai, il fut également Commissaire du gouvernement honoraire des universités de Mons, Fucam et Gembloux. Venu en politique sur un tard au sein du parti libéral, il fut échevin des Sports, premier échevin et échevin des Finances de la Ville de Tournai. Sportif, passionné de tennis et de hockey, il fut également nommé, en 1978, Président du Royal Tennis Club Tournaisien. 

Habitat, écoles et bureaux se partagent l'espace.

Dans le quartier du Château, on trouve indifférement des hôtels de maître, des maisons bourgeoises, des immeubles Art Déco et des résidences modernes qui côtoient des bâtiments scolaires comme le lycée Campin, l'école Saint-André, l'école Saint-Nicolas et les écoles primaires communales dites du Château et de Paris ou des immeubles à usage de bureaux. 

C'est au n°5 de la place Victor Carbonnelle qu'on découvre une magnifique maison Art Déco, extrêmement bien restaurée à la fin des années nonante par son propriétaire, l'architecte Walter Devaux (1912-2008). Elle fut construite par l'architecte Georges de Porre (Gand 1859-Tournai 1926), conseillé par l'archéologue Paul Rolland, pour un dénommé Valentin Hoër, bijoutier allemand, dans le courant des premières années du XXe siècle. Menuiseries aux courbes élégantes, sgraffites, pierres travaillées, l'immeuble est un exemple de cet art qui envahit le domaine de la construction à l'aube des années 1900. Cette rénovation a obtenu le prix décerné par l'asbl Pasquier Grenier en 2000.

Si on excepte un cyber-café à l'angle des rues du Château et du Rempart et une sanswicherie à l'angle des reus du Château et Delmée, il n'y a pas de petits commerces dans cette partie de la ville.

Un bâtiment qui éveille des souvenirs

Jadis se trouvait à la rue du Rempart un magasin bien connu des Tournaisiens, la "Coopérative l'Avenir". De l'alimentation à la lingerie en passant par la droguerie et autres articles, c'était l'ancêtre de nos grandes surfaces actuelles. Les clients coopérateurs recevaient, chaque année, une ristourne en fonction du montant des achats effectués. On y venait parfois de loin et la Coopérative livrait même à domicile. Hélas, les années soixante allaient être fatales à cette vénérable institution commerciale, l'ouverture du Grand Bazar au centre ville venu s'ajouter aux moyennes surfaces qu'étaient Sarma et Unic, l'incendie de l'Innovation et la sévérité des normes de sécurité exigées suite à celui-ci, l'aspect peu fonctionnel et peu attractif du bâtiment furent les raisons de sa disparition. On avait bien tenté de le moderniser, mais la décision fut probablement prise trop tard, la gestion en bon père de famille par des administrateurs vieillissants réalisée sans ces coups d'audace nécessaires au commerce moderne amena sa fermeture au début des années septante. Le bâtiment resta longtemps à l'abandon avant que le Ministère des Finances ne le rachète dans le courant des années nonante pour le rénover et y installer les services des contributions directes, du cadastre, de la TVA... disséminés jusqu'alors dans la ville. Le bâtiment accueille de nouveaux "coopérateurs" peut-être un peu moins enthousiastes que ceux qui le fréquentaient à la fin de la guerre.

Des "mammouths" au coeur du quartier.

Entre le Ministère des Finances et l'église Saint-Nicolas se sont terminés en 2012 les travaux de construction d'un nouveau bâtiment destiné à accueillir certains services du Ministère de la Justice, à l'étroit dans un Palais de Justice vieillissant (mal). 

Autres bâtiments imposants au sein du quartier du Château, ceux de la clinique Notre-Dame et du Centre de diagnostics Léo Chevalier. Clinique et maternité dépendant des Mutualités Chrétiennes ont fusionné avec l'Hôpital Civil, l'Institut Médico-Chrirugical et la clinique La Dorcas pour formé le Centre Hospitalier de Wallonie picarde (CHWAPi). Lorsque les travaux de construction de l'immeuble regroupant les services de chirurgie et de soins seront terminés sur les anciens terrains de l'Union à la rue des Sports (site Hôpital Civil), les bâtiments  de l'avenue Delmée seront destinés à accueillir le "pôle mère-enfant", en regroupant les services de néo-natalité, de pédiatrie...

On trouve également dans ce quartier quelques hôtels particuliers comme l'Hôtel de Lannoy à la rue Joseph Hoyois mais aussi comme celui du baron Raoul du Sart de Bouland situé à l'angle de la rue du Curé du Château et de la rue Saint-Bruno. Raoul du Sart de Bouland est né à Tournai le 20 décembre 1857 et est décédé à Moustier le 9 juillet 1915. Il fut le gouverneur de la province de Hainaut de 1893 à 1908 et membre du Conseil Colonial. Son immeuble fut racheté en 1882 par Alphonse Stiénon du Pré (1853-1918), sénateur et bourgmestre de Tournai. Son épouse étant infirme, celui-ci y fait construire une chapelle privée où des Pères Camilliens venaient célébrer la messe régulièrement. L'hôtel est partagé désormais entre l'atelier d'architecture "Archipel" qui a intégré la chapelle et en a fait un lieu de convivialité, à la rue Saint-Bruno, et un restaurant à l'enseigne du "Château de Cartes".

C'est aussi au sein du quartier du Château que se trouvait jusque dans les années septante, le siège de le firme de pronostics "Prior" (rue Beyaert, avenue Henri Paris). juste après-guerre, de nombreuses personnes y travaillaient afin de contrôler chaque bulletin et déterminer ainsi le nombre de joueurs ayant bien pronostiqué les résultats de douze rencontres de football. Faire un douze à Prior, à cette époque, était aussi bien fêté que trouver les numéros gagnants de l'actuelle grille de Lotto. 

Les boulerversements du quai Dumon.

C'est le plus large quai de Tournai. Entre les numéros 1 et 7, les bâtiments ont souvent changé d'affectation entre la seconde guerre mondiale et notre époque. La Banque du Tournaisis, au n°5, a été reprise, avant la guerre, par la Banque de Bruxelles qui en a fait un siège régional. Dans les années septante, l'institution bancaire a racheté et rénové, tout en conservant leur caractère, les immeubles situé au n°3, hôtel particulier appartenant à un notaire, et au n°1, un ancien estaminet à l'enseigne du "Grand Saint-Georges". Suite à la fusion, au milieu des années septante, avec la Banque Lambert pour donner naissance à la BBL (Banque Bruxelles Lambert), l'institution a fait ériger un bâtiment moderne et fonctionnel, bien intégré dans l'ensemble des immeubles du quartier, pour y loger, sur trois niveaux, des services administratifs. Ainsi au début des années nonante, le siège de la Banque Bruxelles Lambert s'étendait pratiquement de l'angle de la rue de l'Epinette au n° 5 du quai Dumon. La mondialisation est passée par là et, dans le courant des années nonante, la Banque de Bruxelles a été rachetée par le groupe néerlandais de bancassurances ING. Comme c'est presque toujours le cas, les instances néerlandaises prirent la décision de supprimer le siège de Tournai (ainsi que d'autres) au nom de la rentabilité (à outrance). Que représentait la ville de Tournai pour un dirigeant occupé à Amsterdam, peut-être n'y est-il jamais venu, peut-être que ce nom lui était inconnu ?  Le nouveau bâtiment du Becquerelle, vieux d'à peine quinze ans, fut racheté et occupé par le Service d'Aide à la Jeunesse, un particulier racheta l'ancien café faisant l'angle du quai avec le Becquerelle, le S.A.J. racheta également l'ancienne maison du notaire située au n°3. En à peine cinq ans, la banque se retrouva, à nouveau, cantonnée dans ses bâtiments d'origine. Ce qui passa inaperçu pour la plupart des Tournaisiens furent les pertes d'emplois. Près de deux cents sont ainsi disparus par regroupement sur d'autres sites à Namur ou Bruxelles. Des deux cent cinquante membres du personnel, il reste désormais à peine une quarantaine. On peut se demander jusqu'à quand ?

Le Crédit du Nord Belge, voisin de la BBL, avait montré l'exemple et cessé ses activités à la fin des années quatre-vingt, le bâtiment qu'il occupait a été transformé en une résidence avec appartements de standing, là aussi quelques emplois passèrent à la trappe sans émouvoir les politiques locaux, pourtant cette fuite des emplois doit laisser des traces dans le budget communal !

Avec le départ de BNP Fortis, de la Banque Nationale, elle aussi située jadis au Becquerelle, et la fusion d'autres institutions, la désertification économique de Tournai a été l'oeuvre du monde financier. 

A l'angle du quai et de la rue Joseph Hoyois, la papeterie Michenaud a fermé ses portes à la fin du siècle dernier, dans ses locaux s'est ouvert un bureau financier. 

Il est également cocasse de constater que le commissariat de police de la ville se trouve désormais au Becquerelle, jadis endroit lieu vague, mal famé, amas d'habitations infimes, séjour ordinaire de gens sans aveu comme le décrit Bozière.  

Fièvre la semaine, sérénité le week-end.

Durant la semaine, aux heures de pointe, en raison de la présence des bureaux, des écoles et de la clinique où se rendent des milliers de personnes quotidiennement, le quartier du Château connaît une certaine effervescence. Situé, de plus, à deux pas du rond-point du Viaduc (certains préfèrent le nommer, par facilité, Imagix à cause de la proximité du cinéma), il est aussi une voie de pénétration en ville. 

Bureaux, écoles et centre de diagnostic étant fermés le week-end, on peut souvent s'y promener sans parfois y voir âme qui vive. 

Cette sérénité a pourtant été troublée dans le courant des années nonante, des meurtres, pour la plupart non élucidés, de femmes seules ont fait craindre à la population l'existence d'un sérial killer. On n'a pourtant jamais pu prouver qu'il y avait un lien entre les divers faits. 

La place Verte fut, jusque dans les années nonante, le lieu de rendez-vous des amateurs de jeu de balle, son ballodrome a accueilli régulièrement, pour des joutes parfois homériques, des équipes comme Chapelle, Wangenies, Gilly où évoluaient alors les Cassart, Coart..."stars" de la petite balle blanche de l'époque. La place était aussi, annuellement, le lieu de ralliement des éléveurs régionaux venus participer aux concours de bovins. Dès 8h, le matin, le voisinage résonnait des meuglements des bestiaux et du crachotement des tracteurs. Désormais, le ballodrome se meurt lentement, les vieux habitants repensent avec nostalgie à ces centaines de personnes qui  y venaient et terminaient leur journée à "l'Hôtel de la Fontaine d'Or", aujourd'hui disparu. Lors des soirées d'été, on y voit des habitants se mesurer à la pétanque. A part cela, il n'y a plus que les contrôleurs de City-Parking qui y déambulent du lundi au vendredi traquant (et le mot n'est pas trop fort) l'automobilsite qui aurait malheureusement omis de placer son disque de stationnement bien en évidence. Autre époque... autre moeurs !

(sources : "bulletin trimestriel n°64" de l'asbl Pasquier Grenier - article de Jacky Legge à propos de la chapelle privée paru dans le n° 108 de la revue de l'asbl Pasquier Grenier"-"Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière et souvenirs personnels datant de l'époque où j'habitais le quartier).

(S.T. février 2013)

15 févr.
2013

19:24

Tournai : expressions tournaisiennes (211)

L'calme plat !

J'ai bin peu d'nouvelles à vous apprinte, mes gins, pasque j'n'ai pus vu Edmeond et Fifinne depuis pus d'quinze jours, d'puis qu'i-fait freod. Comme ch'est toudis l'cas quand i-neiche et qu'i-gèle, les deux vieux amisses hibernent. 

Seûrmint qu'Fifinne elle s'a dit : "I-n'fait pos du temps à mette ein leu déhors" in ravisant s'n'heomme et li i-ara répeondu : "Du momint que t'lanque elle ne gèle pos... !". J'les intinds d'ichi.

J'ai aussi appris que l'grand Roger qui habite à côté d'leu maseon est parti in vacances et qu'Edmeond, quand ch'est ainsin, i-va s'occuper des biêtes : ein tchien qui n'arrête pos d'grouler, deux cats qui n'pinsent qu'à foute l'camp, des osieaux qui cantent à tue-tiête de l'rache qui seont contints de l'vir arriver et des couleons, cha li fait eine beonne demi-journée d'ouvrache pou les nettier et deonner à minger. 

Quand i-va m'vir, i-va acore dire, comme chaque ainnée, : "Ch'est biête... hein... pindant qu'Roger i-est aux Canaries mi j'soigne les siens". Ch'est pou ceulle raiseon que j'l'surneomme, l'Coluche de l'rue Montifaut !

Comme dit Fifinne : "Pindant qu'i-est là, i-n'pinse pos à boire". Je n'vas pos aller li dire que l'grand Roger (qui n'crache pos dins l'verre) acate toudis deux ou treos beonnes boutelles de Pastis pou s'comarate n'pos avoir soif et met, su l'tape de l'cuisine, quate ou chinq paquets d'chewing-gum pou qu'Edmeond i-in mastique ein ou deux avant d'rintrer à s'maseon.

A l'feos, Fifinne li dit : "A m'mote que t'n'haleine elle sint l'anisse ?" et li i-répeond : "Bé, ch'est les graines que j'deonne aux couleons pou eusses faire des résultats". Quand i-dit cha, Fifinne pinse que Roger dope ses osieaux et elle l'appelle du queop, l'Docteur Fuentes de l'rue Montifaut !

Mais i-a bin d'eautes raiseons pou eusses batt'lier que l'haleine d'Edmeond. Ainsin quand s'n'heomme n'inlève pos ses sorlets dins l'couloir et fout de l'neiche partout, Fifinne est tout d'suite à l'suife ave s'loque à s'main pou épeonger les traces. "T'es acore in train d'pourcheller l'maseon, te n'as pos d'respect pou m'nettiache, pourchéau d'mur, pidouleu". Quand ch'est ainsin Edmeond l'appelle Tatie Danielle ! 

Jeudi au soir, on a acore eu eine panne d'élestrique à no maseon, ch'est l'deuxième feos in ein meos, (cha n'a pourtant pos l'air d'ête le stress chez Ores). Cha a duré pus d'eine beonne heure, du queop, m'feimme et mi on est allé s'coucher, cha tombeot bin, ch'éteot l'soir de Saint-Valentin et j'aveos acater des bougies pou l'souper aux candelles. Elles ont fini su l'tape de nuit. J'vouleos faire eine surprisse à Madame, elle n'éteot pos au courant, elle ne l'a jamais été pasque l'courant... vous avez adveiner !

A propeos, i-a pos ein lecteur qui pourreot m'dire commint l'deuxième épisode de "Cole Case" i-a fini, j'voudreos pos morir idiot et j'voudreos bin connaîte l'neom d'l'assassin. Cha n'va pos m'impêcher d'dormir, quoique....

Edmeond et Fifinne qui s'cauffent à l'élestrique n'ont pos du avoir bin quieaud. J'veos d'jà Edmeond monter ave s'bonnet d'nuit su s'tiête in t'nant l'candelle à s'main et Fifinne l'suife in berteonnant conte Ores et Electrabel. D'véritapes personnaches de Dickens, pus vrais qu'nature. On pourreot l'appeler Scrooge !

J'ai toudis noté l'date au calinderrier, le 14 de féverrier, les pus vieux i-ont d'jà compris pourquoi,... neon... vous n'avez pus l'raminvrance, (ch'est vrai, j'aveos oblié no comarate Al Zeimher), j'vas vous aider eine milette : quand i-a eu l'grande panne à New York dins les ainnées septante ou bin quater-vingts (je n'sais pus), neuf meos pus tard, i-a eu ein "Baby Boom". A Tournai, les services de l'Etat-Civil i-seont asteur prév'nus, dins neuf meos, i-va avoir d'l'ouvrache et des files au guichet. Cha va ête inter l'Armistice et l'fiête du Roi, on les appelera Albert et Paola !

In ville, on a comminché les travéaux de réparatieons du Pont à Pont, on nous a promis que cha s'ra fini quand... i-f'ra beon ! ... Eine partie de l'plache Verte est toudis barrée et on n'veot pos ein seul ouverrier pou l'réparer !... On est in train d'ouvrer dur à l'avenue de Troyes mais si on n'veot pos l'sueur couler ch'est pos seul'mint pasqu'i-fait freod !... Les murs du Conservatoire ont pris l'mauvaisse habitude de caire su les auteos, adeon, on va béteôt interdire les cours de grosses caisses et de bombardeons pou éviter les vibratieons !... On a copé les branques des arpes du quartier de la Justice, i-paraît qu'i-z'alleot'ent rintrés dins les pièches du prumier étache des maseons !... I-paraît qu'on areot vu l'fantôme de Serge Gaisnbourg pourméner de l'nuit dins l'cité des cheonq clotiers, on sait asteur pourquoi dins nos rues et rulettes, i-a des p'tits treos, des p'tits treos, toudis des p'tits treos, des treos d'prumière classe !... Elio Di Rupo et Rudy Demotte, no bourguémette impêché, i-ont visité l'interprisse Dufour à Orcq, i-paraît qu'in affaires, elle a atteint des sommets, ch'est pos bin difficile ave les grues qu'i-ont pou meonter les éoliennes !... Pou l'Saint-Valentin, on pouveot accrocher des cadenas ave les neoms des amoureux su l'passerelle Noter-Dame, comme on sait qu'à not'e époque "Amour" ne rime pus toudis ave "Toujours", elle pourreot bin s'appeler ein jour : "l'peont des Soupirs" !... Pindant eine xeme panne de courant in ville, No Télé a interrogé ein vindeu de hot dogs, i-a dit : "hureus'mint, j'les aveos décongelés jusse avant" mais quand l'interview elle a été finie, les pains su l'grill i-z'éteot'ent total'mint carbonisés, i-a pos à dire, m'n heomme i-a gagné s'journée à passer l'télé ! I-aveot pétête eu l'nez fin mais i-n'a pos sinti que brûleot l'pain !

Comme vous l'veyez, j'n'aveos pos grand cosse à vous dire, j'ai raqueonté des bernettes (ch'est pos l'prumière feos), j'espère orvir sortir les deux marmottes l'sémaine qui vient pasque j'voudreos bin avoir des nouvelles fraîques à vous raqueonter !


(lexique : apprinte : apprendre / freod : froid / amisses : amis / seûrmint : sûrement / ein leu : un loup / ravisant : regardant / l'lanque : la langue / ainsin : ainsi / ein tchien : un chien / grouler : gronder (s'applique au chien) / des cats : des chats / des osieaux : des oiseaux / des couleons : des pigeons / vir : voir / nettier : nettoyer / ceulle : cette / acater : acheter / l'tape : la table / à l'feos : parfois / à m'mote : selon moi / du queop : du coup / batt'lier : batailler / les sorlets : les souliers / suife : suivre / pourcheller : salir / l'nettiache : le nettoyage / ein pourchéau d'mur : un cloporte / ein pidouleu : un qui piétine avec de la boue au pieds / l'élestrique : l'électricité / les candelles : les chandelles / adveiner : deviner / morir : mourir / s'cauffer : se chauffer / bin quieaud : bien chaud / véritapes : véritables / l'calinderrier : le calendrier / féverrier : février / l'raminvrance / eine milette : une miette / asteur : maintenant / l'ouvrache : le travail, l'ouvrage / comminché : commencé / l'plache : la place / ein ouverrier : un ouvrier / ouvrer : travailler / caire : tomber / adeon : donc / béteôt : bientôt / coper : couper / les branques : les branches / les arpes : les arbres / pourméner : promener / les cheonq clotiers : les cinq clochers / les rulettes : les ruelles / les treos : les trous / l'bourguémette : le bourgmestre / l'interprisse : l'entreprise / pétête : peut-être / veyez : voyez / cosse : chose / des bernettes : balivernes, niaiseries / l'prumière feos : le première fois / fraîque : fraîche). 

(S.T. février 2013)

19:24 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

14 févr.
2013

09:48

Tournai : quartier du Château ou Saint-Nicolas.

Les quartiers de la ville ont le plus souvent hérité du nom de l'église paroissiale qui s'y dresse. Nous avons ainsi parlé des quartiers de la Madeleine et de Saint-Piat, notre promenade virtuelle va nous emmener dans le quartier du Château qui aurait pu, tout aussi bien, être connu sous le nom de quartier Saint-Nicolas par référence à son église. Situé sur la rive droite de l'Escaut, il fait face au quartier de la Madeleine et s'étend entre la ceinture des boulevards et la rue Royale.

Au temps du "Bruille".

Jusqu'au XVIe siècle, le quartier qui nous préoccupe était appelé le quartier du "Bruille", un mot qui rappelait les marais qu'on y trouvait jadis, au temps où l'Escaut s'épanchait aux jours d'inondations. Au XIIIe siècle, sur la rive droite du fleuve, le Bruille et sa forteresse féodale étaient le domaine des châtelains de Tournai, cet endroit était séparé de Saint-Brice et du Bourg par un large terrain vague dit "Biekeriel" (origine de l'actuel Becquerelle). En 1288, ce territoire fut racheté par la commune, cette vente fut ratifiée quelques années plus tard par le comte de Flandre, seigneur suzerain. A partir de cette époque, on résolut de mettre le Bruille tout comme le Bourg à l'abri de murailles. C'est alors que fut construit le Pont des Trous appelé à l'époque "arcs de la porte Bourdiel" ou "arcs de la Thieulerie", appelations des issues percées dans les tours. On lui donna également le nom d'arcs des Salines. 

Faisons un bond dans le temps d'environ deux siècles. En 1513, Henri VIII, roi d'Angleterre, s'empare de la ville. On est au coeur de la guerre qui oppose la France de Louis XII à la Sainte Ligue ou Ligue catholique constituée deux ans plus tôt par le pape Jules II et regroupant le Saint-Siège, l'Espagne de Ferdinand II, la république de Venise, les cantons suisses rejoints rapidement par l'Angleterre et en 1513 par l'empreur Maximilien I de Habsbourg, empereur romain germanique. Le roi d'Angleterre pénètre dans la cité par la porte des Sept Fontaine (de la Sainte Fontaine) et est accueilli par les Chanoines (il est membre de la Sainte Ligue et à ce titre il est donc le bienvenu). Après une visite à la cathédrale, il se rend sur la Grand'Place pour recevoir le serment de fidélité des habitants. 

Certains prétendent que le roi d'Angleterre aurait laissé à Tournai près de vingt mille cavaliers et quatre mille fantassins qu'on installera dans le quartier du Bruille. Un tel nombre de soldats sur pareille surface nous paraît difficilement concevable. Il fera édifier une citadelle qui existera jusqu'à la fin du XVIIe siècle et dont la tour "dite Henri VIII", toujours visible à notre époque, au coeur du quartier, est le dernier vestige. L'occupation anglaise fut de courte durée et se termina en 1519.

L'église Saint-Nicolas.

Une première église, dénommée "Saint Nicolas du Bruille" a probablement été édifiée sur la terre seigneuriale, une preuve de son existence est rapportée par Bozière qui évoque l'existence aux archives d'un testament daté de l'année 1200 par lequel une certaine Agnès Li Fiérière lègue cinq sous aux pauvres de Saint-Nicolas el Bruille. L'église actuelle daterait, selon Hoverlant, de 1281 ayant été bâtie sur l'emplacement de l'édifice antérieur. Située sur la rive droite de l'Escaut, elle ne dépendait pas du chapitre de la cathédrale mais relevait de la métropole de Cambrai. La paroisse reviendra au chapitre après la Révolution. Désaffectée dans le courant des années septante, elle a subi une rénovation en 1982 et est désormais affectée au culte orthodoxe. 

Histoire d'une imposture.

Sur base d'un écrit du moine Li Muisis, chroniqueur de l'abbaye de Saint-Martin (voir l'article que nous lui avons consacré), Bozière nous conte l'histoire de Marie, fille de Jean, onzième châtelain du Bruille. Son jeune époux, Jean de Brabant, seigneur de Vierzon, fut tué, en 1302 à Groninghe sur le champ de bataille des Eperons d'Or lors de la guerre entre Philippe le Bel et les Flamands de Gui de Dampierre allié au roi Edouard Ier d'Angleterre. La jeune châtelaine inconsolable se lia d'amitié avec des dames elles aussi fort éprouvées. Des "Loëdieux" (Louez Dieu), religieux errants, firent croire à ces dames que leurs époux reviendraient après sept années, car, ayant survécus à la bataille, ils étaient devenus mendiants par reconnaissance envers le ciel. Cinq ans plus tard, le 23 juillet 1307, un individu vint à Tournai en prétendant être Jean de Brabant. Il était accompagné de Louis d'Evreux et d'une suite nombreuse. Ressemblait-il à son défunt mari ou  bien le désir de retrouver celui-ci comme la promesse lui avait été faite par les prédicateurs avait-il altéré son jugement, toujours est-il que Marie fut dupe et le reçut comme son époux. Quelques temps plus tard, l'inconnu, démasqué, fut condamné à être enterré vif. C'en était trop pour la jeune veuve, Marie succomba de chagrin !

Quelques statistiques.

Lors du recensement de 1747, la paroisse Saint-Nicolas était la moins peuplée de la commune avec ses 769 habitants alors qu'on en dénombrait 5.189 à Saint-Brice et 3.039 à Saint-Piat pour une population globale de 21.380. Un siècle plus tard, en 1857, le nombre avait légèrement augmenté et était passé à 972 habitants pour 5.783 à Saint-Brice et 5.183 dans la paroisse Notre-Dame. La population de la ville s'élevait alors à 30.824 habitants. 

La seconde guerre mondiale.

Bien que n'étant pas situé dans l'hyper-centre de la cité, le quartier du Château a néanmoins subi  des dégâts consécutifs aux bombardements allemands de mai 1940. La place Verte, la rue du Rempart, la rue du Château, la place Victor Carbonnelle et le Becquerelle furent les parties les plus touchées par des bombes qui soufflèrent des habitations. Entre le 16 mai et le 6 juin 1940, on y dénombra 14 victimes (cinq le 16 mai à la rue du Château presque toutes des religieuses et deux à la rue de l'Epinette, entre le 17 mai et 6 juin, à la rue du Rempart, rue du Château, place Verte, rue du Curé du Château et boulevard Delwart).

Depuis la guerre, le quartier a subi de nombreuses transformations dont nous parlerons dans le prochain article.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, ouvrage paru en 1864 - "Tournai sous les bombes" d'Yvon Gahide paru en 1984 et recherches personnelles).

S.T. février 2013


09:48 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, quartier du château, le bruille, jean de brabant |

11 févr.
2013

17:25

Tournai : la Piste aux Espoirs 2013

Du 27 février au 4 mars, la ville de Tournai va vivre sa 22e Piste aux Espoirs, le Festival international d'Artistes de Cirque.

La Piste aux Espoirs, quatre mots qui ravivent les souvenirs de notre jeunesse parmi lesquels la mythique "Piste aux Etoiles" produite et réalisée par Gilles Margaritis et présentée par Roger Lanzac, rendez-vous incontournable des soirées du mercredi sur l'ORTF, devenue mensuelle sur Antenne2, d'une exceptionnelle longévité puisqu'elle dura du 11 janvier 1956 au 29 octobre 1978. 

En nous résonnent les airs de l'orchestre de cirque dirigé par Bernard Hilda qui rythmait les numéros à couper le souffle venus du monde entier, en nous remontent les images des intermèdes d'Achille Zavatta, un des clowns les plus populaires de l'après-guerre.

Le cirque, un monde magique, un univers féérique pour petits et grands, une bulle de lumières où les exploits les plus fous prennent vie. Le cirque, une ambiance particulière, des senteurs qu'on ne trouve nulle part ailleurs. Le cirque, l'endroit où rêve et réalité se rejoignent pour le plus grand bonheur des spectateurs. 

Tournai a accueilli les plus grands chapiteaux itinérants que furent ou sont encore Médrano, Pinder, Bouglione en passant par Althoff, Toni Boltini, David Chipperfield, le Cirque de Moscou d'Oleg Popov ou encore le Grand Cirque de France, le cirque Plume, Annie Fratellini, Kröne et l'American Circus. Il n'est donc pas étonnant qu'on trouve au sein de la cité des cinq clochers de nombreux passionnés des arts circassiens.

Parmi ceux-ci Patrick Hourdequin, un Tournaisien installé à Monaco où il collabore au festival du cirque de Monte Carlo, Jean Paul Lenglez, libraire, grand ami des directeurs des plus grands cirques européens et Noël Coeck, journaliste et créateur d'un trio de clowns ont été, en mars 1988, parmi les fondateurs de ce festival international qui voulait encourager les artistes amateurs et les jeunes issus des écoles de cirques. L'appel qu'ils lancèrent trouva un écho plus que favorable dans le monde de la Piste. Ils furent des centaines à répondre à l'invitation des organisateurs tournaisiens et, tous les ans, ils vinrent de divers horizons, de l'école française de Châlon, du Lido de Toulouse, de Rosny sous Bois, de Marne la Vallée, de Chambéry, de l'école de cirque de Lyon, mais aussi de l'école de cirque de Montréal, du Théâtre de Suisse, du collège d'Etat et de Variétés de Kiev, de Wiesbaden, de Chine, de Hongrie, des Pays-Bas, de Grande-Bretagne, de l'Ecole supérieure des Arts du Cirque de Bruxelles et de Mômes Circus, l'école tournaisienne de cirque. 

Si la présence des grandes écoles de cirque apporta son lot de vainqueurs, des artistes belges furent néanmoins révéler par le festival : le clown Elastique et les Okidoks (les Tournaisiens Benoit Devos et Xavier Bouvier) notamment. 

En 2005, les nouveaux organisateurs sous la houlette de François Guilbert, qui ont pris le relais des anciens, décident de modifier la formule. La compétition entre artistes est définitivement supprimée. Finie la remise des Piste d'Or, d'Argent ou de Bronze, terminée l'attribution des Prix du Public ou de la Presse, oubliée la saine émulation entre les différents artistes qui se liaient d'amitié dans le Foyer des Artistes durant les journées que durait la Piste aux Espoirs. Le festival se transforme en "Biennale des Arts du Cirque", tout en conservant le nom qui fit sa réputation dans le monde entier de Pékin à Montréal, de Paris à Moscou, de Tournai à Toulouse. Une évolution que certains regretteront et que d'autres applaudiront, éternelle lutte entre les Anciens et les Modernes, entre les défenseurs des Traditions et les fanatiques du Progrès. 

La prochaine 22e édition de la Piste aux Espoirs sera donc la quatrième biennale du genre.

Si un chapiteau se dresse encore sur la plaine des Manoeuvres, à proximité de la Maison de la Culture, co-organisatrice de l'évènement avec No Télé, les Amis de Tournai et la Ville de Tournai, les prestations des artistes auront lieu dans divers lieux que ce soit dans des salles comme La Fenêtre (siège de Mômes Circus), la Halle-aux-Draps, le Centre de la Marionnette, la Maison de la Culture, l'école des Frères ou sur la Grand'Place ou la place de l'Evêché, comme pour un retour aux sources, au temps où les saltimbanques du Moyen-Age, précurseurs de nos cirques itinérants se produisaient sur les places des villes et des villages. 

On pourra y applaudir des spectacles tels le "Petit cirque éphémère les Zampanos" (F), "l'Homme Cirque-David Dimitri" (Suisse), "Ni Omnibus de Jean Paul Lefeuvre" (F), "Bibeu et Humphrey-l'Attraction céleste" (F), "Milan Szypura-l'Ecole de Cirque de Palestine", "les Filles du 2ème-Lady Cocktail" (B), "la Cie Circoncentrique" (B), "Sinué-Feria Musica" (B), "Thibault Cordonnier Cir(k)us", "l'Homme Cornu-Kurt Demy et la Cie Rode Boom" (B), "Cuerdo-Karl Stets" (Danemark), "le Carrousel des Moutons de Cie d'Irque et Fien" mais aussi les "Espoirs du Cabaret Plôt" (B), pôle cirque Lille Tournai en collaboration avec le Prato, les rencontres d'amateurs de Mômes Circus (Tournai), les spectacles Entre Nous (création) ou Ooups, les fanfares Don Fiasko et Fanfare Toi-Même.

Laissons le dernier mot à Dominique Rombaut de No Télé qui, dans son édito, à la bouche nous amène déjà l'eau :

"Pour vous, partout dans la cité, frissons et rencontres à gogo, cirque en tribu, pirouette en solo, envol en duo. En salle, sur les pavés, sous chapiteau, histoires contées, exutoires de biscotos qui nous donnent chair de poule et trémolos. Zoom sur la voltigeuse et le costaud, les trapèzes et les cerceaux, exploits d'amateurs et de pros...".

Du 27 février au 4 mars, Tournai se rappelera les grandes soirées de cirque !

06 févr.
2013

09:22

Tournai : A Saint-Piat, la chance est là (3)

Un quartier en transformation.

Depuis la seconde guerre mondiale, le visage du quartier Saint-Piat s'est peu à peu modifié. Entre le 16 mai et 6 juin 1940, les bombardements allemands l'ont, en partie, détruit. L'envahisseur avait principalement concentré ses destructions sur le centre de la ville et ce sont les immeubles de la place du Parc (actuelle place Reine Astrid), des rues de la Wallonie qui n'existait pas encore (elle fut créée et inaugurée en 1951), de la Tête d'Or, des Puits l'Eau et du quai des Poissonsceaux qui ont particulièrement souffert de cette entreprise de destruction massive. Néanmoins quelques bombes tombèrent également dans les rues Sainte-Catherine, Cherquefosse, des Procureurs, Saint-Piat, de l'Esplanade, des Clairisses et des Jésuites. Durant ces trois semaines, on releva une vingtaine de victimes dans le quartier. Il ne restait plus rien de l'école Saint-Luc située dans la rue de la Tête d'Or, détruite le 18 mai 1940. La bonneterie Wattiez disparaîtra lors du remembrement urbain de la fin des années quarante, elle était située dans la rue des Brasseurs, celle-ci n'existe plus aujourd'hui, elle reliait la rue des Carliers à la rue des Puits l'Eau. 

Durant les années qui suivirent la libération, on reconstruisit les immeubles détruits et c'est ainsi que la transformation du quartier débuta. Il y eu la construction du GB à la rue de la Tête d'Or, au tout début des années soixante, sur le terrain en friche de l'ancienne école Saint-Luc, la transformation de la piscine Madame à ciel ouvert en une piscine couverte, l'érection d'immeubles à appartements dans la rue du Château l'Abbaye et de nouvelles maisons sur le quai des Poissonsceaux.

Au bout de l'avenue des Etats-Unis, au carrefour des Résistants, le château Bauzière a été détruit, à sa place, dans les années soixante a été construite la résidence le "Versaille". De la propriété initiale subsiste une partie du parc et les murs d'enceinte, anciens murs des fortifications de la ville.

L'Union Ferronière à la rue Saint-Piat a fermé ses portes.  

Dans les années quatre-vingt, on décida de transférer l'hospice des vieillards situé à la rue Sainte-Catherine vers la rue des Brasseurs où une nouvelle maison de retraite "le Moulin à Cailloux" a été construite. Transformé en lieu d'enseignement, peu à peu l'appelation "hospice" bien connue des Tournaisiens devint "l'école de la jeune fille" où on enseigne, en effet, la coiffure, la couture...

Plus récemment, l'hôtel Crombez situé au pied de l'église Saint-Piat a été totalement réhabilité par le Logis Tournaisien. Cet immeuble légué à la ville par le bourgmestre Louis Crombez (1818-1895), avait été occupé à partir de 1879 par la fondation Monelle et l'école privée Manard, c'est en 1979 que les derniers élàves la quittèrent définitivement. Pendant quelques années, le bâtiment vétuste abritera l"Esquive Boxing Club et le Cercle d'Escrime. En 2002, devenu propriété de la société de logements sociaux, sa rénovation fut entreprise et celle-ci fut couronnée du prix de l'asbl Pasquier Grenier. 

Un important projet de revitalisation.

Nous avons vu dans les articles précédents que dans le quartier Saint-Piat, la solidarité n'était pas un mot dénué de sens. Il n'est donc pas étonnant de voir le collectif "Droit au Logement" (D.A.L.) créé en 1994 afin de réclamer un logement décent pour tout individu quelle que soit sa situation sociale ou économique se pencher, dès l'année 2008, sur la problème d'un ilôt qui, peu à peu, se désertifier et devenait même un chancre dans le quartier, l'ilôt Cherquefosse.

Celui-ci se situe dans le quadrilatère formé par les rue Saint-Piat, Madame et Cherquefosse et le quai des Poissonsceaux. Les vastes bâtiments occupés par la Technique Electrique industrielle à la rue Cherquefosse étaient vides depuis quelques années, le magasin Hubo située à l'angle de la rue Madame et du quai avait déménagé vers l'extérieur de la ville, la piscine Madame, dans la rue éponyme, avait cessé ses activités suite à l'ouverture du centre de loisirs de l'Orient et avait été transformée en un parc de roller-skates, quelques maisons avaient été laissées à l'abandon par des propriétaires qui ne pouvaient plus faire face à leur entretien. Régulièrement squaté et envahi par les rats, ce lieu de 40 ares, situé pratiquement au coeur du quartier, commençait à conférer à celui-ci le visage d'un endroit sinistré.

En cette année 2008, lors d'une émission communataire sur No Télé, la télévision locale et régionale, les membres du D.A.L. présentèrent le projet qui leur tenait à coeur : voir la Ville prendre en main cette zone afin d'y créer des espaces verts, des lieux de rencontres, des logements sociaux et une maison de quartier. Hélas, l'opération envisagée par l'association fut jugée beaucoup trop onéreuse par l'administration communale. On décida donc de créer un groupe de réflexion qui devait servir de relais aux aspirations émises par les habitants du quartier. Il ne fut pas étonnant de voir l'enthousiasme que provoqua ce groupe de travail chez la plupart d'entre eux. 

Dès le mois de septembre 2008, un projet remanié vit le jour, il était l'oeuvre d'une architecte et d'un urbaniste qui connaissent bien le quartier puisqu'ils y habitent. Ceux-ci l'ont articulé autour d'une place végétale piétonne dans laquelle seraient aménagés des jeux pour enfants et des terrasses afin de créer un espace convivial et intergénérationnel. Sur base de ce projet, un dialogue s'installa entre l'adminsitration communale et les porteurs de celui-ci. A la fin de l'année 2008, le travail d'analyse fut confié au CREA (Centre de Recherches et d'Etudes pour l'Action Territoriale) dépendant de la Faculté d'architecture, d'ingénierie architecturale et d'urbanisme de l'Université catholique de Louvain. La parution d'un schéma directeur était alors prévu pour la fin de l'année 2009.

A cette époque, un nouvel acteur va apparaître, l'Intercommunale de Développement économique de Tournai-Ath (Ideta). Celle-ci souhaite y intégrer, une micro zone d'activités économiques liées à l'imagerie numérique comprenant trois bâtiments-relais, un espace coworking et deux plateaux de bureaux, une zone dénommée "ThecniCité", le reste de l'ilôt restant consacré à la construction de 70 logements (moyens et sociaux), au transfert de la maison médicale, à des espaces de loisirs et de rencontres. D'abord réticents en raison de l'impression d'abandon que pourraient donner le soir et le week-end des lieux de travail, les habitants marquèrent leur accord. 

Depuis lors, aucune date n'a été évoquée pour le début des travaux, le projet semblait une nouvelle fois endormi, toutefois, à la fin de l'année 2012, le roller-skates de la rue Madame a définitivement fermé ses portes, celui-ci constituait-il le dernier obstacle à la réalisation du chantier ? L'avenir nous le dira. La disparition de ce chancre au centre de la ville serait un bain de jouvence pour un quartier qui en a bien besoin. 

Ainsi s'achève cette visite virtuelle du plus ancien de Tournai, endroit où la misère, comme ailleurs, est présente mais habité par des personnes dévouées qui luttent quotidiennement pour sa survie, pour son animation et, surtout, pour apporter des solutions aux difficutés connues par certains de ses habitants. 

Avec son séminaire episcopal, son église plusieurs fois centenaire, ses petites rues descendant vers l'Escaut, ses maisons tournaisiennes... le quartier Saint-Piat mérite  bien qu'on y fasse un petit tour !

 (S.T. Janvier 2013)