25 févr.
2013

Tournai : le quartier des "Briscots" (2)

Le quartier Saint-Brice que nous visitons virtuellement a connu depuis la seconde guerre mondiale de profondes transformations. Il est peut-être même celui qui s'est le plus transformé mais les changements sont peut-être passés inaperçus pour de nombreux Tournaisiens.

Il existe un contraste saisissant entre les grandes maisons bourgeoises qu'on trouve dans les rues de Monnel, Childéric, de l'Athénée, à la place Clovis, dans les avenues Van Cutsem et des Frères Haeghe et les petites maisons ouvrières, les maisons de fondations et les anciennes usines qui composent la rue Marvis, la rue des Soeurs de Charité et les rues qui descendent vers l'Escaut.

Les entreprises ferment

Après la reconstruction entre 1947 et 1956, le quartier a subi de nombreuses modifications d'activités.

Dans la rue des Moulins, la filature Philippart a fermé ses portes et, prenant le nom de Daphica avant de devenir les Textiles d'Ere, elle s'est installée le long de la chaussée de Douai.

Les bâtiments de l'ancien hôpital militaire de la rue Marvis ont été abandonnés par la Défense Nationale et ont été repris par l'école industrielle.

Le château Boucher, à la rue Saint-Brice, est devenu le siège régional des Mutualités Chrétiennes.

La savonnerie Pollet qui embaumait jadis le quartier par ses odeurs de savon brûlé a quitté ses installations de la rue Saint-Brice pour le zoning de Tournai-Ouest, un endroit mieux adapté pour pareille activité.

La brasserie Dubuisson qui y avait encore un dépôt, a quitté définitivement ses bâtiments du quai Saint-Brice transformés en appartements.

Dans la rue du Glategnies, les activités des usines Saint-Brice du groupe "Les Trois Suisses" ont été transférées au siège principal, le long de la chaussée de Lille à Orcq, cédant dans un premier temps leurs locaux à la filiale qu'étaient les laboratoires de cosmétique "Elina Fantane" (milieu des années soixante) et ensuite à Cofidis, organisme de crédit par téléphone. En ce début d'année 2013, on évoque le transfert de Cofidis sur le site d'Orcq où de la place a été libérée par le départ de membres du personnel vers les implantations dans le Nord de la France, les bâtiments de la rue du Glategnies interésseraient l'école d'architecture Saint-Luc qui semble avoir abandonné son projet d'installation dans la Maison des Anciens Prêtres, sur la place de l'Evêché et dans l'ancien bâtiment des Archives de l'Etat, au pied de la cathédrale. 

A la rue Childéric, la Société Générale de Banque devenue Fortis a quitté ses locaux tournaisiens pour Mons et les tout nouveaux bâtiments, à peine terminés, ont été repris par les services de la Police Judiciaire à l'étroit depuis bien longtemps à la rue de Barges. 

Si dans les années soixante, on a connu la fusion des deux commissariats de police et une seule localisation à la rue de l'Athénée, depuis 2004, les bâtiments devenus obsolètes ont été abandonnés par les policiers transférés dans une nouvelle (futuriste !) implantation à la rue du Becquerelle. Le vieux bâtiment a été totalement rénové et accueille désormais des appartements pour personnes en difficulté. 

Peu à peu, les maisons bourgeoises des rues Childéric et de l'Athénée, délaissées par leur propriétaires souvent âgés, ont accueilli des bureaux d'associations d'avocats et des professions libérales. 

A la rue Du Quesnoy, l'Athénée Royal est devenu l'Athénée Bara et dans les années septante la mixité y a fait son apparition. 

A la rue Barre Saint-Brice, les Maisons Romanes ont été restaurées et abritent désormais le temple de la communauté protestante de Tournai. 

L'hospice des vieillards tenus par les Soeurs de la Charité dans la rue du même nom a disparu au début des années septante. Le CPAS, sous la houlette de Julien Wlomainck, y a réalisé une profonde restauration, rendant aux bâtiments leur lustre d'antan. Le séminaire de Choiseul accueille désormais des appartements pour personnes âgées, des activités culturelles et... des séminaires.

dans la même rue, les anciennes usines situées à proximité de la rue Morel, ont été transformées en lofts. 

Avec la fin des contrôles, le bureau de chômage de la rue Haigne a fermé définitivement ses portes. Désormais (et c'est heureux), on ne voit plus les files de sans-emplois attendre sur l'étroit   trottoir, qu'il pleuve ou qu'il vente, le moment de pouvoir faire pointer leur carte. Spectacle affligeant, digne des siècles antérieurs, vision que n'aurait pas renié Emile Zola pour un de ses chapitres des "Rougon Macquart, l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second empire". La dignité y a gagné mais... les tenanciers des cafés situés aux alentours ont perdu des clients réguliers. 

A la rue des Campeaux, dans le bâtiment qui abritait le réfectoire de l'école primaire de la Sainte-Union est né "Mômes Circus", l'école de cirque tournaisienne, dans le même bâtiment anciennement à usage de brasserie, on trouve la salle de spectacle "la Fenêtre" et un restaurant, "L'Arche de Noë". 

Un quartier qui cache la pauvreté

L'asbl la Maison des Familles a ouvert, à la rue Barre Saint-Brice, une épicerie sociale et à la rue de Monnel, un restaurant social denommé "Une assiette pour tous", tandis qu'à la rue de Marvis, dans une habitation occupée jadis par une communauté de religieuses, est organisée, depuis 2003, une distribution hebdomadaire de colis alimentaires, preuves que ce quartier abrite de nombreuses familles ou des personnes isolées frappées de plein fouet par la crise. Depuis deux ou trois ans, comme jadis au bureau de chômage de la rue Haigne, les files s'allongent et lors de la distribution des "colis de Noël", la plupart des "clients" doivent patienter de longs moments dans la froidure réconfortés par des bénévoles qui offrent des boissons chaudes. Autre tableau de la vie quotidienne digne des romans de Zola. Il y a la misère qu'on voit et, aussi, celle qui se cache par honte, la ville de Tournai n'échappe pas à la règle. 

Des projets.

Dans cette période pleine d'incertitudes, certains osent encore entreprendre. Ainsi, il y a quelques semaines a été acordé un permis de bâtir pour un hôtel qui s'élèvera entre la rue Marvis et la rue Bozière, mêlant construction traditionnelle à l'emplacement du magasin et des ateliers de réparations d'un marchand de cycles et élements préfabriqués, chambres sous forme de cubes empilés du côté de l'avenue Bozière. Les travaux devraient débuter dans les semaines à venir. 

A plus long terme, on assistera, peut-être, dans le cadre de l'élargissement de l'Escaut, à la réalisation d'importants travaux de mise au nouveau gabarit du Pont-à-Pont. Cela promet de merveilleux embouteillages aux heures de pointe car, actuellement, le pont est fermé à toute circulation en raison des dégâts occasionnés à son revêtement pavé par l'hiver rigoureux que nous connaissons. Il y a un peu plus de trois semaines qu'il est inaccessible et le trafic est dévié sur les deux autres ponts, le pont Notre-Dame (pont Levant souvent... levé) et le pont de Fer. 

L'ancien cinéma "Astra" est abandonné depuis de nombreuses années, il est devenu le royaume où rats et chats du quartiers se livrent bataille. Il n'y a, malheureusement, aucun projet de réhabilitation pendant pour cet immeuble.

 

 (S.T. février 2013)

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