21 févr.
2013

Tournai : le quartier des "Briscots".

Les "Briscots", voici un nom que la plupart des Tournaisiens n'utilisent plus pour désigner les habitants du quartier Saint-Brice, objet de notre visite virtuelle.

Il y a près de deux millénaires

Il est historiquement prouvé que la ville de Tournai est née au bord de l'Escaut dans le quartier Saint-Piat et qu'elle s'est tout d'abord développée sur la rive gauche du fleuve.

La rive droite resta longtemps déserte et couverte de marécages. Bozière nous apporte une preuve en signalant que vers l'année 1850, on découvrit de la tourbe, à quelques mètres de profondeur, en creusant une cave à la rue Haigne. Pour lui également, le nom de la rue du Quesnoy proviendrait des chênes du bois de Breuze qui s'étendait presque jusqu'au rive de l'Escaut. L'origine serait donc "quereetum", devenu en roman "quesne", désignant une plantation de chênes. 

Durant la période romaine, on ne parle pas de l'existence de lieux d'habitations sur la rive droite, il faut attendre le milieu du Ve siècle et l'arrivée des Francs saliens pour que des traces se précisent. Vers 430, Clodion se fixe avec sa famille à Tournai, vingt ans plus tard Mérovée lui succède et donne naissance à la dynastie des Mérivingiens. Mérovée ne règnera que quelques années et son fils Childéric lui succèdera. En 481, Childéric meurt en son palais de Tournai. A la suite de la découverte de son tombeau au pied de l'actuelle église Saint-Brice, en 1653, on a admis que le "Tornacense palatium", la résidence royale devait s'élever à proximité, entourée de plaines et de bois, sur un territoire qui dépassait probablement ce qui deviendra, bien plus tard, l'actuel quartier Saint-Brice. C'est de cette époque que date la construction d'un oratoire déjà dédié à Saint-Brice.

Le quartier qui se développe prend le nom de "Bourg". Si certains historiens (dont Poutrain) émettent l'opinion que le bourg fut entouré d'une enceinte avant le XIe siècle, ils n'étayent pas cette affirmation par de solides preuves. Nous nous référerons donc à une étude de Benoit Dochy et aux écrits de Bozière qui datent la construction de la première enceinte de la rive droite vers 1188 et 1202 et englobant le quartier des Chauffours en 1289. Bozière qui la date du XI e siècle la décrit comme prenant naissance à l'Arche sur l'Escaut courant vers le Glategnie, la porte Marvis, une porte qu'il situe alors entre les rues Neuve et Fleury, gagnait la rue du Quesnoy et la porte Morel, un peu au-delà de l'actuel Athénée Bara, se dirigeait vers la rue De Rasse et aboutissait entre les Pont de Fer et le pont Notre-Dame. Voici une première ébauche de l'actuel quartier Saint-Brice. 

La construction de l'église.

L'église qui va remplacer l'oratoire existant fut, comme lui, dédiée à Saint-Brice, évêque de Tours, un des saints patrons de la Gaule mérovingienne. Le crypte romane située sous le choeur est datée du XIIe siècle, le choeur à trois nefs date du XIIIe siècle et a subi une transformation au XIVe siècle. Elle est de style roman dit "hallekerk", une architecture qu'on retrouve dans de nombreuses villes de la Flandre maritime, mais possède également quelques éléments gothiques. Elle présente la particularité de posséder une couverture de tuiles rouges. Victime des bombardements allemands durant la seconde guerre mondiale, elle fut reconstruite et achevée en 1954. Toutefois, le bulbe qui terminait auparavant le clocher n'a pas été reconstruit, ce qui donne au clocher l'allure d'une tour carrée. Le maître-autel actuel a été réalisé en 1970 par le sculpteur tournaisien bien connu Georges Grard. 

Les ravages de la seconde guerre mondiale.

Le quadrilatère compris entre le quai, la rue Royale, la rue De Rasse, l'église Saint-Brice et la rue Cambron fut totalement anéanti lors des bombardements qui eurent lieu entre le 16 mai et le 6 juin 1940, quelques rares maisons résistèrent. Pratiquement toutes les constructions qu'on peut actuellement y trouver date de la reconstruction qui eut lieu entre 1946 et 1955. Quelques maisons furent également détruites sur le boulevard des Déportés, à la rue Beyaert et à la rue des Soeurs de Charité. Dès 1941, l'église Saint-Brice, aux murs calcinés s'élève sur un champ de ruines, il ne reste plus aucune habitation dans la rue de Pont. 

Ce quartier a payé un lourd tribut lors de ces bombardements, on relève, entre le 16 mai et le 6 juin 1940, pas moins de 34 victimes à la rue des Soeurs de Charité, principalement des personnes âgées, résidentes de l'hospice de vieillards tenu par les religieuses, cinq victimes dans la rue Royale, deux à la Terrasse Saint-Brice, deux à la rue Clercamps, deux à la rue de l'Athénée, et un à la rue Saint-Brice. 

Les habitants voisins de l'Athénée Royal étaient invités à rejoindre les caves de celui-ci qui servaient d'abris et étaient même équipées pour resister aux attaques de gaz si redoutées. 

Ils y ont habité.

Dans la rue qui porte désormais son nom, Charles Henri de Rasse (1774-1818) fut, à la fois maire et bourgmestre de Tournai. Il fut en effet, élu, membre du Collège Municipal en 1800, alors que la ville était sous juridiction française, adjoint au maire en 1801 et maire en 1804. Il occupera cette fonction jusqu'à sa démission en 1814. Quelques mois plus tard, il est nommé membre des Etats provisoires du Hainaut et en 1817, bourgmestre de Tournai. Il décèdera un an plus tard à l'âge de 44 ans. 

L'architecte Constant Sonneville, né en 1849 à Bailleul (France) et décédé à Tournai en 1929 a tout d'abord résidé au n° 41 de la rue Beyaert et ensuite au n° 15 de la rue Childéric. On lui doit la restauration du château de Beloeil et la construction d'autres châteaux à Roucourt (château d'Arondeau), Tertre, Ramegnies-Chin ou Staceghem. Il est aussi l'auteur de la construction du collège Notre-Dame de la Tombe à Kain, du Monastère des Carmelites à Ath, de la maison de campagne du comte d'Hespel au Mont saint-Aubert et d'une vingtaine églises dans la région dont l'église Saint-Antoine à Tournai. Il participa également à l'avant-dernière restauration de la cathédrale Notre-Dame qui eut lieu à la fin du XIXe siècle, à celle du palais de l'évêché, de la Maison des brasseurs et de l'intérieur de l'église Saint-Quentin.

Joseph Sonneville (1880-1958), son fils, habita par la suite au n°54 de la rue de l'Athénée. Il est notamment l'auteur de projet pour la construction du château du Vicomte Cossée de Maulde à Ramegnies-Chin, des écoles de Marquain et d'Estaimbourg,  de l'école normale des religieuses de la Visitation à Celles, du collège Saint-Julien à Ath, de l'église de Laplaigne et de Marquain. 

L'architecte Edmond Duvivier, né en 1864 et décédé en 1923, résida tout d'abord à la rue Beyaert pour déménager ensuite au n° 23 de la rue Childéric. il fut donc le voisin de Constant Sonneville. 

Autres "briscots" connus :

Marguerite Bervoets (1914-1944), professeur de littérature à l'Ecole normale primaire de Tournai et à la section régendat, héroïne nationale, membre de l'armée sécrète, celle qui habitait au n°10 de la Terrasse Saint-Brice, fut exécutée lâchement par les Allemand à Wolfenbüttel le 7 août 1944.  

Eloi Baudimont (1917-1995), patron d'une entreprise de plomberie, auteur patoisant, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, auteur avec Albert Coens de la célèbre Revue annuelle du Cabaret Wallon demeura à la rue du Quesnoy.

Géo Libbrecht (1891-1976), poète, avocat et assureur, il passa sa jeunesse au pied de l'église Saint-Brice. 

Simon Philippart (1826-1900), filateur, homme d'affaires, banquier, qui créa les entreprises qui portaient son nom à la rue des Moulins, habitait un hôtel particulier aux n° 51 et 53 de la rue Saint-Brice.

Raphaël Pollet (1791-1857), fabricant de savon et d'huile, construit son hôtel particulier au n°23 de la rue Saint-Brice. 


(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, ouvrage paru en 1864 - "Histoire de Tournai et du Tournésis " de Poutrain - "La première enceinte rive droite" de Benoit Dochy, article paru dans la revue de l'asbl Pasquier Grenier n°105 de juin 2011 - "Tournai, sous les bombes, 1940-1944" ouvrage d'Yvon Gahyde paru en 1984 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre, ouvrage paru en 1990


Commentaires

J'ai parlé de ta ville de Tournai hier sur mon blog. Bon week-end Serge.

Écrit par : Un petit Belge | 22/02/2013

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