20 févr.
2013

Tournai : "Mourir lorsque renaît le jour"

Mourir lorsque renaît le jour, voilà probablement un titre intéressant pour un roman, ces quelques mots sont malheureusement la traduction d'un drame qui se joue, week-end après week-end, sur les routes du Tournaisis.

L'I.B.S.R. (l'institut Belge pour la Sécurité Routièe) a lancé, il y a déjà de nombreux mois, une campagne intitulée "Go for Zero", sensée réduire le nombre de tués sur les routes belges.

Au niveau national, si le nombre de tués a été en constante régression entre les années 2000 et 2010 passant de 1.500 à 840 (-44%), on a constaté une tendance inverse en 2011 par rapport à 2010, passant à 875 tués (+ 2,98 %), les statistiques de 2012 seront publiées prochainement et ne devraient pas inciter à l'optimisme.

Pour Tournai, la zone de police a constaté une infime diminution du nombre d'accidents de la route passant de 1.379 (2010) à 1.363 (2011), la différence de 1,1 % n'est pas significative, elle a aussi comptabilisé 14 tués et 9 blessés graves en 2010 et 10 tués et 8 blessés graves de 2011. 

Les chiffres qui interpellent sont ceux des accidents enregistrés lors des week-ends, on en a dénombré 425 tant en 2010 qu'en 2011, nombre représentant environ 31 % du total des accidents constatés par les policiers. Ils sont aussi plus spectaculaires et se soldent souvent par un bilan plus lourd. 

Ces accidents surviennent le plus souvent à l'aube, à l'heure des retours des nombreux jeunes ayant fréquenté les méga-dancings établis le long des grands axes routiers aux quatre coins du Tournaisis.

Le phénomène est inquiétant, ainsi en 2011 sur les 10 décès survenus lors des accidents de la route, 6 sont intervenus lors d'un week-end. Le personnel de garde qu'il soit au service ambulance (112) ou dans les deux services d'urgence des cliniques tournaisiennes (Notre-Dame et la Dorcas) a vu également arriver de très nombreux blessés (147 en 2010 et 113 en 2011).

Les causes de ces accidents sont malheureusement bien connues : la fatigue, la vitesse, l'alcool, l'usage des stupéfiants. 

Beaucoup de jeunes Français viennent faire la fête en Belgique où les discothèques sont plus nombreuses que dans le Nord de la France et surtout, financièrement, nettement plus abordables. De plus, la législation en France impose une fermeture des établissements à une heure beaucoup plus précoce qu'en Belgique où la loi est fort laxiste à ce sujet et uniquement basée sur une rentabilité économique. En Belgique, on ne peut interdire le gagne-pain des personnes même si celui-ci met en danger la vie des usagers, v oilà l'idée qui prévaut. On finit donc la nuit à Tournai et dans sa région. 

Dans le cadre de la protection de sa population contre les nuisances générées par un lieu festif nocturne (bruits, bagarres, dégradations, vente de stupéfiants, accidents mortels...), une autorité locale n'a d'ailleurs pas le droit d'imposer unilatéralement une interdiction d'ouverture et celle-ci, si elle est décidée suite à un fait grave, ne pourra être qu'une mesure temporaire.

Selon ce que m'a confié, un jour, un ami habitant outre-Quiévrain, il faut bien constater que les conducteurs français, une fois arrivés en territoire belge, se sentent pousser des ailes car il n'y a plus le risque de perdre des points pour le permis et la malchance d'être flashé pour excès de vitesse semble moins importante que dans l'Hexagone, on vient même parfois rouler sur le territoire voisin déchu de son permis de conduire considérant probablement que la sanction n'y a pas cours.

A la sortie des discothèques, il n'est pas rare de voir les jeunes s'entasser à cinq ou six dans une petite cylindrée pour ramener des ami(e)s d'un soir et jouer "à l'épate", au conducteur chevronné ou au pilote de rallye face aux filles alors qu'on est encore très jeune et qu'on n'a pas encore acquis l'expérience requise. 

Devant partir pour mon travail, lors d'une nuit de week-end, j'ai vu arriver un véhicule en face de moi, klaxonnant et se rabattant vers la droite au tout dernier moment, au passage ma voiture fut aspergée du contenu des bouteilles que les occupants agitaient par les fenêtres de la voiture en hurlant. A part vous jeter dans le décor que voulez-vous faire face à de pareils individus fortement imbibés d'alcool ou sous l'emprise de la drogue ?

Malheureusement, cette insconscience du danger se paie parfois "cash" et plonge alors des familles entières dans l'inquiétude souvent, dans le deuil parfois. 

Lors d'un accident survenu ce dimanche 17 février, vers 8h30, deux jeunes Français sortis d'un dancing se dirigeaient vers Tournai. Pourquoi dans le brouillard qui régnait au lever du jour, sur une route limitée à 70 km/h, avec interdiction de dépasser sont-ils allés se fracasser sur une voiture venant en face ? Le bilan est dramatique, le conducteur du véhicule tamponneur est décédé sur place, son passager a été sérieusement blessé, dans l'autre véhicule totalement détruit, un couple et un jeune enfant qui roulaient parfaitement à droite, pensant être en sécurité, ont été blessés légèrement mais surtout fortement traumatisés. Voilà la banale et froide relation d'un fait divers que nous fait la presse au lendemain d'un week-end.

Combien faudra-t-il encore de victimes pour qu'on prenne enfin les mesures qui s'imposent pour éviter un tel carnage dominical. S'étant rendu sur place, le bourgmestre de Tournai a déclaré à la presse qu'il "en avait marre de ces carnages", d'autres bourgmestres régionaux l'imitent lors d'accidents graves mais leur voix se perdent auprès des politiciens qui continuent à faire la politique de l'autruche au nom de sacro-saintes raisons économiques.

On ne peut s'empêcher pourtant de se poser des questions à ce sujet, quelle est pour nos législateurs la valeur d'une vie humaine ? Peuvent-ils supporter que des familles entières soient plongées dans la peine en raison de la perte d'un être cher ? Les accidents de la route ne coûtent-ils pas très cher à une Sécurité Sociale dont l'équilibre du budget est un casse-tête permanent pour eux ? Les honnêtes conducteurs doivent-ils attendre que les "noceurs du week-end" soient rentrés chez eux pour prendre la route en toute sécurité ?

C'est bien de proclamer "Go for Zero" encore faut-il que cela ne reste pas une béate intention ?

Mourir lorsque naît le jour, coincé dans une carcasse de voiture, loin de sa famille, payer les égarements d'une nuit trop arrosée, s'endormir à jamais quand partout la vie renaît est un évènement horrible pour celui qui en est la victime, un trop banal fait divers, un instant qui inflige une blessure à vie pour les proches.     

(S.T. février 2013)

09:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : tournai, accidents, tués |

Commentaires

Il n'y a rien à ajouter sinon que le malheureux sexagénaire qui aura le malheur de griller une cigarette en buvant une tasse de café dans un estaminet se verra immédiatement sanctionné. Mieux vaut conduire imbibé de drogue et d'alcool et se conduire en criminel avec l'aval des marchands de mort qui dirigent leurs funestes établissements. On serait curieux de vivre un débat sur No-Télé à ce sujet avec, bien entendu, la participation de M. Demotte. Ce sera pour s'entendre dire que la législation étant ce qu'elle est, on ne peut rien y faire. Belgique à deux vitesses, avec au sud, des politiciens frileux surtout occupés à étriper ceux du nord et à les taxer de populisme. Ils savent, eux, prendre des mesures efficaces.

Écrit par : Jean-Paul Foucart | 20/02/2013

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Rien à ajouter Jean Paul, tu as tout dit.

Écrit par : CAUCHIE | 20/02/2013

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Et derrière chaque accident mortel, des familles endeuillées dont la vie est gâchée... Bonne soirée Serge.

Écrit par : Un petit Belge | 20/02/2013

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bien dit Serge et Jean Paul!!

Écrit par : rauwers | 20/02/2013

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C'est bien là la triste rêalité

Écrit par : Bridoux Christian | 18/02/2014

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Tout est dit.

Écrit par : Bridoux Christian | 18/02/2014

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Vraiment triste réalité :(

Écrit par : tchat | 18/03/2014

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