14 févr.
2013

Tournai : quartier du Château ou Saint-Nicolas.

Les quartiers de la ville ont le plus souvent hérité du nom de l'église paroissiale qui s'y dresse. Nous avons ainsi parlé des quartiers de la Madeleine et de Saint-Piat, notre promenade virtuelle va nous emmener dans le quartier du Château qui aurait pu, tout aussi bien, être connu sous le nom de quartier Saint-Nicolas par référence à son église. Situé sur la rive droite de l'Escaut, il fait face au quartier de la Madeleine et s'étend entre la ceinture des boulevards et la rue Royale.

Au temps du "Bruille".

Jusqu'au XVIe siècle, le quartier qui nous préoccupe était appelé le quartier du "Bruille", un mot qui rappelait les marais qu'on y trouvait jadis, au temps où l'Escaut s'épanchait aux jours d'inondations. Au XIIIe siècle, sur la rive droite du fleuve, le Bruille et sa forteresse féodale étaient le domaine des châtelains de Tournai, cet endroit était séparé de Saint-Brice et du Bourg par un large terrain vague dit "Biekeriel" (origine de l'actuel Becquerelle). En 1288, ce territoire fut racheté par la commune, cette vente fut ratifiée quelques années plus tard par le comte de Flandre, seigneur suzerain. A partir de cette époque, on résolut de mettre le Bruille tout comme le Bourg à l'abri de murailles. C'est alors que fut construit le Pont des Trous appelé à l'époque "arcs de la porte Bourdiel" ou "arcs de la Thieulerie", appelations des issues percées dans les tours. On lui donna également le nom d'arcs des Salines. 

Faisons un bond dans le temps d'environ deux siècles. En 1513, Henri VIII, roi d'Angleterre, s'empare de la ville. On est au coeur de la guerre qui oppose la France de Louis XII à la Sainte Ligue ou Ligue catholique constituée deux ans plus tôt par le pape Jules II et regroupant le Saint-Siège, l'Espagne de Ferdinand II, la république de Venise, les cantons suisses rejoints rapidement par l'Angleterre et en 1513 par l'empreur Maximilien I de Habsbourg, empereur romain germanique. Le roi d'Angleterre pénètre dans la cité par la porte des Sept Fontaine (de la Sainte Fontaine) et est accueilli par les Chanoines (il est membre de la Sainte Ligue et à ce titre il est donc le bienvenu). Après une visite à la cathédrale, il se rend sur la Grand'Place pour recevoir le serment de fidélité des habitants. 

Certains prétendent que le roi d'Angleterre aurait laissé à Tournai près de vingt mille cavaliers et quatre mille fantassins qu'on installera dans le quartier du Bruille. Un tel nombre de soldats sur pareille surface nous paraît difficilement concevable. Il fera édifier une citadelle qui existera jusqu'à la fin du XVIIe siècle et dont la tour "dite Henri VIII", toujours visible à notre époque, au coeur du quartier, est le dernier vestige. L'occupation anglaise fut de courte durée et se termina en 1519.

L'église Saint-Nicolas.

Une première église, dénommée "Saint Nicolas du Bruille" a probablement été édifiée sur la terre seigneuriale, une preuve de son existence est rapportée par Bozière qui évoque l'existence aux archives d'un testament daté de l'année 1200 par lequel une certaine Agnès Li Fiérière lègue cinq sous aux pauvres de Saint-Nicolas el Bruille. L'église actuelle daterait, selon Hoverlant, de 1281 ayant été bâtie sur l'emplacement de l'édifice antérieur. Située sur la rive droite de l'Escaut, elle ne dépendait pas du chapitre de la cathédrale mais relevait de la métropole de Cambrai. La paroisse reviendra au chapitre après la Révolution. Désaffectée dans le courant des années septante, elle a subi une rénovation en 1982 et est désormais affectée au culte orthodoxe. 

Histoire d'une imposture.

Sur base d'un écrit du moine Li Muisis, chroniqueur de l'abbaye de Saint-Martin (voir l'article que nous lui avons consacré), Bozière nous conte l'histoire de Marie, fille de Jean, onzième châtelain du Bruille. Son jeune époux, Jean de Brabant, seigneur de Vierzon, fut tué, en 1302 à Groninghe sur le champ de bataille des Eperons d'Or lors de la guerre entre Philippe le Bel et les Flamands de Gui de Dampierre allié au roi Edouard Ier d'Angleterre. La jeune châtelaine inconsolable se lia d'amitié avec des dames elles aussi fort éprouvées. Des "Loëdieux" (Louez Dieu), religieux errants, firent croire à ces dames que leurs époux reviendraient après sept années, car, ayant survécus à la bataille, ils étaient devenus mendiants par reconnaissance envers le ciel. Cinq ans plus tard, le 23 juillet 1307, un individu vint à Tournai en prétendant être Jean de Brabant. Il était accompagné de Louis d'Evreux et d'une suite nombreuse. Ressemblait-il à son défunt mari ou  bien le désir de retrouver celui-ci comme la promesse lui avait été faite par les prédicateurs avait-il altéré son jugement, toujours est-il que Marie fut dupe et le reçut comme son époux. Quelques temps plus tard, l'inconnu, démasqué, fut condamné à être enterré vif. C'en était trop pour la jeune veuve, Marie succomba de chagrin !

Quelques statistiques.

Lors du recensement de 1747, la paroisse Saint-Nicolas était la moins peuplée de la commune avec ses 769 habitants alors qu'on en dénombrait 5.189 à Saint-Brice et 3.039 à Saint-Piat pour une population globale de 21.380. Un siècle plus tard, en 1857, le nombre avait légèrement augmenté et était passé à 972 habitants pour 5.783 à Saint-Brice et 5.183 dans la paroisse Notre-Dame. La population de la ville s'élevait alors à 30.824 habitants. 

La seconde guerre mondiale.

Bien que n'étant pas situé dans l'hyper-centre de la cité, le quartier du Château a néanmoins subi  des dégâts consécutifs aux bombardements allemands de mai 1940. La place Verte, la rue du Rempart, la rue du Château, la place Victor Carbonnelle et le Becquerelle furent les parties les plus touchées par des bombes qui soufflèrent des habitations. Entre le 16 mai et le 6 juin 1940, on y dénombra 14 victimes (cinq le 16 mai à la rue du Château presque toutes des religieuses et deux à la rue de l'Epinette, entre le 17 mai et 6 juin, à la rue du Rempart, rue du Château, place Verte, rue du Curé du Château et boulevard Delwart).

Depuis la guerre, le quartier a subi de nombreuses transformations dont nous parlerons dans le prochain article.

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, ouvrage paru en 1864 - "Tournai sous les bombes" d'Yvon Gahide paru en 1984 et recherches personnelles).

S.T. février 2013


09:48 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, quartier du château, le bruille, jean de brabant |

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