06 févr.
2013

Tournai : A Saint-Piat, la chance est là (3)

Un quartier en transformation.

Depuis la seconde guerre mondiale, le visage du quartier Saint-Piat s'est peu à peu modifié. Entre le 16 mai et 6 juin 1940, les bombardements allemands l'ont, en partie, détruit. L'envahisseur avait principalement concentré ses destructions sur le centre de la ville et ce sont les immeubles de la place du Parc (actuelle place Reine Astrid), des rues de la Wallonie qui n'existait pas encore (elle fut créée et inaugurée en 1951), de la Tête d'Or, des Puits l'Eau et du quai des Poissonsceaux qui ont particulièrement souffert de cette entreprise de destruction massive. Néanmoins quelques bombes tombèrent également dans les rues Sainte-Catherine, Cherquefosse, des Procureurs, Saint-Piat, de l'Esplanade, des Clairisses et des Jésuites. Durant ces trois semaines, on releva une vingtaine de victimes dans le quartier. Il ne restait plus rien de l'école Saint-Luc située dans la rue de la Tête d'Or, détruite le 18 mai 1940. La bonneterie Wattiez disparaîtra lors du remembrement urbain de la fin des années quarante, elle était située dans la rue des Brasseurs, celle-ci n'existe plus aujourd'hui, elle reliait la rue des Carliers à la rue des Puits l'Eau. 

Durant les années qui suivirent la libération, on reconstruisit les immeubles détruits et c'est ainsi que la transformation du quartier débuta. Il y eu la construction du GB à la rue de la Tête d'Or, au tout début des années soixante, sur le terrain en friche de l'ancienne école Saint-Luc, la transformation de la piscine Madame à ciel ouvert en une piscine couverte, l'érection d'immeubles à appartements dans la rue du Château l'Abbaye et de nouvelles maisons sur le quai des Poissonsceaux.

Au bout de l'avenue des Etats-Unis, au carrefour des Résistants, le château Bauzière a été détruit, à sa place, dans les années soixante a été construite la résidence le "Versaille". De la propriété initiale subsiste une partie du parc et les murs d'enceinte, anciens murs des fortifications de la ville.

L'Union Ferronière à la rue Saint-Piat a fermé ses portes.  

Dans les années quatre-vingt, on décida de transférer l'hospice des vieillards situé à la rue Sainte-Catherine vers la rue des Brasseurs où une nouvelle maison de retraite "le Moulin à Cailloux" a été construite. Transformé en lieu d'enseignement, peu à peu l'appelation "hospice" bien connue des Tournaisiens devint "l'école de la jeune fille" où on enseigne, en effet, la coiffure, la couture...

Plus récemment, l'hôtel Crombez situé au pied de l'église Saint-Piat a été totalement réhabilité par le Logis Tournaisien. Cet immeuble légué à la ville par le bourgmestre Louis Crombez (1818-1895), avait été occupé à partir de 1879 par la fondation Monelle et l'école privée Manard, c'est en 1979 que les derniers élàves la quittèrent définitivement. Pendant quelques années, le bâtiment vétuste abritera l"Esquive Boxing Club et le Cercle d'Escrime. En 2002, devenu propriété de la société de logements sociaux, sa rénovation fut entreprise et celle-ci fut couronnée du prix de l'asbl Pasquier Grenier. 

Un important projet de revitalisation.

Nous avons vu dans les articles précédents que dans le quartier Saint-Piat, la solidarité n'était pas un mot dénué de sens. Il n'est donc pas étonnant de voir le collectif "Droit au Logement" (D.A.L.) créé en 1994 afin de réclamer un logement décent pour tout individu quelle que soit sa situation sociale ou économique se pencher, dès l'année 2008, sur la problème d'un ilôt qui, peu à peu, se désertifier et devenait même un chancre dans le quartier, l'ilôt Cherquefosse.

Celui-ci se situe dans le quadrilatère formé par les rue Saint-Piat, Madame et Cherquefosse et le quai des Poissonsceaux. Les vastes bâtiments occupés par la Technique Electrique industrielle à la rue Cherquefosse étaient vides depuis quelques années, le magasin Hubo située à l'angle de la rue Madame et du quai avait déménagé vers l'extérieur de la ville, la piscine Madame, dans la rue éponyme, avait cessé ses activités suite à l'ouverture du centre de loisirs de l'Orient et avait été transformée en un parc de roller-skates, quelques maisons avaient été laissées à l'abandon par des propriétaires qui ne pouvaient plus faire face à leur entretien. Régulièrement squaté et envahi par les rats, ce lieu de 40 ares, situé pratiquement au coeur du quartier, commençait à conférer à celui-ci le visage d'un endroit sinistré.

En cette année 2008, lors d'une émission communataire sur No Télé, la télévision locale et régionale, les membres du D.A.L. présentèrent le projet qui leur tenait à coeur : voir la Ville prendre en main cette zone afin d'y créer des espaces verts, des lieux de rencontres, des logements sociaux et une maison de quartier. Hélas, l'opération envisagée par l'association fut jugée beaucoup trop onéreuse par l'administration communale. On décida donc de créer un groupe de réflexion qui devait servir de relais aux aspirations émises par les habitants du quartier. Il ne fut pas étonnant de voir l'enthousiasme que provoqua ce groupe de travail chez la plupart d'entre eux. 

Dès le mois de septembre 2008, un projet remanié vit le jour, il était l'oeuvre d'une architecte et d'un urbaniste qui connaissent bien le quartier puisqu'ils y habitent. Ceux-ci l'ont articulé autour d'une place végétale piétonne dans laquelle seraient aménagés des jeux pour enfants et des terrasses afin de créer un espace convivial et intergénérationnel. Sur base de ce projet, un dialogue s'installa entre l'adminsitration communale et les porteurs de celui-ci. A la fin de l'année 2008, le travail d'analyse fut confié au CREA (Centre de Recherches et d'Etudes pour l'Action Territoriale) dépendant de la Faculté d'architecture, d'ingénierie architecturale et d'urbanisme de l'Université catholique de Louvain. La parution d'un schéma directeur était alors prévu pour la fin de l'année 2009.

A cette époque, un nouvel acteur va apparaître, l'Intercommunale de Développement économique de Tournai-Ath (Ideta). Celle-ci souhaite y intégrer, une micro zone d'activités économiques liées à l'imagerie numérique comprenant trois bâtiments-relais, un espace coworking et deux plateaux de bureaux, une zone dénommée "ThecniCité", le reste de l'ilôt restant consacré à la construction de 70 logements (moyens et sociaux), au transfert de la maison médicale, à des espaces de loisirs et de rencontres. D'abord réticents en raison de l'impression d'abandon que pourraient donner le soir et le week-end des lieux de travail, les habitants marquèrent leur accord. 

Depuis lors, aucune date n'a été évoquée pour le début des travaux, le projet semblait une nouvelle fois endormi, toutefois, à la fin de l'année 2012, le roller-skates de la rue Madame a définitivement fermé ses portes, celui-ci constituait-il le dernier obstacle à la réalisation du chantier ? L'avenir nous le dira. La disparition de ce chancre au centre de la ville serait un bain de jouvence pour un quartier qui en a bien besoin. 

Ainsi s'achève cette visite virtuelle du plus ancien de Tournai, endroit où la misère, comme ailleurs, est présente mais habité par des personnes dévouées qui luttent quotidiennement pour sa survie, pour son animation et, surtout, pour apporter des solutions aux difficutés connues par certains de ses habitants. 

Avec son séminaire episcopal, son église plusieurs fois centenaire, ses petites rues descendant vers l'Escaut, ses maisons tournaisiennes... le quartier Saint-Piat mérite  bien qu'on y fasse un petit tour !

 (S.T. Janvier 2013)


Commentaires

J'apprends plein de choses sur Tournai grâce à toi. Bonne semaine Serge.

Écrit par : Un petit Belge | 11/02/2013

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