30 janv.
2013

09:33

Tournai : A Saint-Piat, la chance est là !

Alors que le quartier dit de "la Madeleine" auquel nous avons récemment consacré une présentation est situé sur la rive gauche de l'Escaut dans la partie plutôt sud-ouest de la ville, le quartier Saint-Piat, sur la même rive, occupe une position plutôt sud-est. 

"A Saint-Piat, la chance est là" dit un dicton tournaisien. Ces paroles, on les trouve dans la chanson qu'a consacré à ce quartier Edmond Godart, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien : "Ch'est à Saint-Piat, ch'est bin connu dins tou l'ville, qu'la chance est là pour cha, on n'se fait pos d'bile..." (C'est à Saint-Piat, c'est bien connu dans toute le ville, que la chance est là, pour cela on ne se fait pas de bile...)

Notre chance à nous est d'avoir pu compter sur les Ecrivains Publics de Wallonie picarde qui ont eu l'excellente idée de publier, en 2009, avec la collaboration des habitants du quartier, un ouvrage intitulé "Mémoires du quartier Saint-Piat, un état d'esprit, une âme". 

Si ce quartier est indéniablement le berceau de notre cité scaldéenne, il est aussi, probablement, un des plus solidaires, des plus attachés aux traditions, un endroit de la ville où on sait encore faire la fête entre voisins, entre amis, un lieu truffé de témoignages du passé.

Tout au long des prochains articles, nous allons nous y promener avec pour nous accompagner, un orfèvre en la matière, Etienne Boussemart, membre de l'association des Guides de la Ville. 

Un bref retour dans le temps.

Il ne s'agit pas d'affirmer que Saint-Piat est le plus ancien quartier de la ville, il faut encore en trouver les preuves. Celles-ci nous ont été fournies par les archéologues qui ont entrepris des fouilles le long du fleuve. A l'époque romaine, un peu avant le début de notre ère, un débarcadère existait déjà à hauteur du quai Taille-Pierre, découvert par l'équipe du professeur Marcel Amand dans le courant des années soixante, il était lui-même situé à proximité du gué qui permettait de traverser le fleuve nommé Scaldis (l'Escaut). Celui-ci était loin de ressembler à celui que nous connaissons aujourd'hui, il n'était pas contenu entre des quais de pierre mais s'étalait sur plusieurs dizaines de mètres, contournant des petits ilôts, présentant à certains endroits une moindre profondeur. 

La ville prenant de l'extension, Rome construisit pour la protéger sa première enceinte. Elle ceinturait les habitations comprises entre les actuelles rues du Cygne et Madame. Laissant donc, bizarrement, notre quartier Saint-Piat en dehors de ses murs. Dans le courant du IIIe siècle, le pape envoya un missionnaire italien pour évangéliser la région où vivaient les Ménapiens, celui-ci s'arrêta à Tournai. Il avait pour nom Piato et, ici, on l'appela Piat. Piat parlant au nom de son dieu unique dérangea les romains qui le firent décapiter, probablement en un lieu proche de l'actuelle église paroissialle qui lui est dédiée. Par son martyr, il devint Saint-Piat qui, avec Saint-Eleuthère, est considéré comme un des fondateurs de l'église tournaisienne. Les versions divergent quant au lieu où il est enterré. Pour les habitants de la région, son sarcophage se trouve à Seclin, village du Nord de la France, distant d'une petite vingtaine de kilomètres de Tournai, pour d'autres, il serait inhumé à Chartres.

Bien plus tard, à la fin du Xe siècle, la ville ayant pris de l'extension, une nouvelle muraille fut érigée, cette fois, elle était construite entre les actuelles rue du Cygne et de Bève (une rue qui longe le séminaire). A l'abri de l'enceinte, le quartier Saint-Piat ne va cependant pas échapper à une destruction presque totale, quelques siècles plus tard, non en raison de conflits mais par la seule volonté du roi Louis XIV qui, au XVIIe siècle, fit construire la citadelle sur des plans de Vauban. Pour réaliser l'esplanade de celle-ci, on démolit en totalité le quartier et l'église Sainte-Catherine. Cette vaste étendue herbeuse allait pratiquement jusqu'à l'actuelle rue des Ingers. Deux siècles plus tard, en 1869, la citadelle sera démantelée et, en 1875, son enceinte sera détruite. Un nouveau quartier va alors naître sur cette ancienne esplanade. Autour du Palais de Justice, on va voir s'ériger des maisons de style Art Nouveau, Art déco... dans les actuelles rue de la Justice, Albert Asou, avenue du 3e Chasseur à cheval... Les riches maisons bourgeoises bien souvent occupées par des professions libérales vont désormais côtoyer les petites maisons tournaisiennes où vivent les ouvriers et l'imposant hospice des vieillards de la rue Sainte-Catherine. 

Entre Escaut et rue Saint-Piat, véritable colonne vertébrale du quartier, tout un peuple va vivre en parfaite harmonie. On rencontrera ses habitants au soirs d'été, assis sur le pas de la porte échangeant les informations de la journée qu'on avait appris au magasin du coin ou à l'usine ou réunis entre amis autour de l'étuve, les soirs d'hiver, pour de longues soirées à l'écrienne, ce noir quart d'heure organisé dans chaque maison à la lueur du feu de bois ou à charbon dans un souci d'économie de chandelle ou d'électricité.

Un quartier qui aime faire la fête ! 

On vit dans son quartier, on y travaille bien souvent, on aime aussi se distraire, s'amuser. Une fois par an, Saint-Piat est en liesse, c'est le "Sacre", la ducasse du quartier. Si le mot ducasse est dérivé de "dédicace", l'église du quartier est "dédiée" à Saint-Piat, le mot "Sacre" en lui-même vient de "sacralisation" ou "consécration" de l'église. Cette fête populaire a lieu depuis 1876 et s'articule toujours autour du quatrième dimanche après la Pentecôte, sa date est donc mobile. Elle se déroule durant quatre jours, du samedi, jour d'ouverture, au mardi, jour dit le "renclos" (le lendemain de fête). Le premier jour, le sacre est ouvert par la retraite aux flambeaux composée de sociétés de musique et de géants. Le dimanche, concerts, sortie de la société des gilles, attractions et feu d'artifice grandiose avec embrasement du "Pichou", une statue dont nous aurons l'occasion de reparler. Le lundi était le jour où était organisée à la grande braderie, un goûter offert aux nécessiteux du quartier, la visite aux couples ayant fêté durant l'année leurs noces dor (cinquante années de mariage), le bal populaire et à un nouveau feu d'artifice. Le mardi, la journée voyait se dérouler les jeux populaires et les concours pour les enfants. 

Comme on peut le constater, personne n'était oublié, la fête est organisée pour les plus petits aux plus grands, pour les plus pauvres aux familles les plus aisées, pour ceux du quartier mais aussi pour tous les tournaisiens qui ne se privaient pas d'y venir, tout cela baignant dans une atmosphère bon enfant.

Après la seconde guerre mondiale, de nouvelles attractions sont apparues dont les traditionnels combats de catch sur un ring installé au bas de la rue des Jésuites. C'était l'époque de l'Ange Blanc, du Bourreau de Béthune... ces hommes masqués qui ajoutaient un peu de mystère à cet art du spectacle ou bien les radio-crochets, le moment attendu par les chanteurs amateurs parmi lesquels le "petit Lucien de chez Joveneau" (auquel nous avons déjà consacré un article). 

Comme la plupart des ducasses organisées dans nos quartiers, celle de Saint-Piat s'est éteinte peu à peu au début des années quatre-vingt, toutefois, à l'initiative de personnes du quartier, depuis deux ou trois ans, on assiste à un renouveau, les habitants se réunissant sur les quais pour un grand repas festif durant lequel des jeux sont organisés.

A l'image des sociétés du Centre et du célèbre carnaval de Binche, le quartier Saint-Piat a lui aussi sa société de "Gilles", née en 1920, à l'initiative de Victor Duchenne. Le costume est confectionné par des dames du quartier dans de la toile de jute, il est ornés des traditionnels lions et étoiles découpées dans du tissu noir jaune ou rouge, d'une collerette et du chapeau à plumes. La société a failli disparaître mais depuis les années 2000, le groupe s'étoffe, à nouveau, grâce à des jeunes venus rejoindre les ainés. On entendra encore longtemps résonner le claquement des sabots et battre la caisse et les tambours dans les rues du quartier, on assistera encore au jet des oranges, fruits gorgés de soleil, qui n'ont cependant plus la même valeur pour les enfants de notre époque que pour ceux du début du XXe siècle. 

On ne peut évoquer les festivités du quartier sans parler du "Studio 24", un café dans lequel se produisaient, après la seconde guerre mondiale, l'orchestre "Johnny Delcroix" composé des trois frères Jean, Raymond, Roger et de Cyr Detournai. Le café repris par les parents Delcroix quelques jours avant la libération portait l'enseigne "Au Bilou", il sera dès lors connu sous le nom de Studio 24, un air fort demandé à l'époque selon ceux qui connurent cette époque. 

Si la ville d'Ath est connue dans le monde entier pour ses géants, chaque quartier de Tournai possède également le sien, promenant fièrement lors des cortèges du mois de juin. Saint-Piat n'échappe pas à la règle gâce à Henri Maenhout, concepteur de "Gramère Cucu", la figure emblématique. Ce géant représente Emilie Juste, une verdurière native de la rue des Recollets, verdurière installée sur le quai du Marché aux poissons qui vendait, entre autres, des bâtons avec  des cerises aux enfants qui l'appelaient "Gramère (grand'mère) Cucu (du nom qu'elles les affublait)". 

On ne risquait pas de mourir déshydrater dans le quartier Saint-Piat, depuis toujours, celui-ci compta des dizaines de café aux noms typiques : le Tam Tam (dont la clientèle était composée de soldats venant des deux casernes de l'époque, Saint-Jean et Rucquoy), le café des Etats-Unis à ne pas confondre avec son voisin situé presqu'en face, les Etats-Unis, la Poire Cuite, la Chanson Wallonne, Au bon grain, au Dome, au Bon Accueil, au Caillou d'Or, Chez Flore, le café du Monnel, le Piccadilly, le café Vauban, le Magistrat, L'As de Carreau, au Paddock, aux Infants d'Saint-Piat, le café de Saint-Piat, Le Las Vegas, la Diva, le Sabayon, le Studio 24, A la Bretagne... Entre le carrefour du Dôme et la porte de Valenciennes, on a compté jusqu'à une trentaine d'estaminets. On s'y retrouvait pour jouer aux cartes ou au jeu de fer, au moment du souper familial de Noël, du réveillon de la Saint-Sylvestre, pendant le Sacre ou tout simplement quand on en avait envie et... ce n'était pas les occasions qui manquaient !

(à suivre)

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne " de Bozière, paru en 1864 - " Mémoires du quartier Saint-Piat", ouvrage collectif proposé par les Ecrivains Publics de Wallonie Picarde et les habitants du quartier, paru en 2009 et malheureusement épuisé - "Le Tournai militaire, des Romains à l'Ecole de la Logistique" d'Alain Bonnet, Johan Coopman, Jacques Jacquet, Philippe Pierquin, Pierre Peeters, ouvrage paru aux éditions Wapica en 2012, toujours disponible - souvenirs personnels)

(S.T. Janvier 2013)

28 janv.
2013

09:30

Tournai : les festivités de février

A la lecture de l'agenda des festivités, on ne se rend pas compte que le mois de février est le plus court du calendrier.


Samedi 2, Salle la Fenêtre, 20h, "Les Nouvelles de l'Espace", en invité Rudy Demotte, l'actualité nationale et locale passée à la moulinettes avec humour et une petite pointe d'autodérision.

Mardi 5, Auditoire du Séminaire, 13h45, "Le triple désastre du 11 mars 2011 au Japon, le début d'une nouvelle ere ?" conférence par Dimitri Van Hoverbeke dans le cadre du cycle Connaissance et Vie d'Aujourd'hui.

Mercredi 6, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "le Mouton et la Baleine" par la Cie entre chiens et loups/Yasmina Douieb.

Jeudi 7, Maison de la Culture, "les Mosaïques de Ravenne, splendeur et enchantement" conférence par Monique Parmentier-Speck dans le cadre de l'Université du Temps Disponible. 

Vendredi 8, Halle-aux-Draps, 20h, "L'ormisse à nuef", spectacle patoisant des Filles, Celles picardes.

Samedi 9, après-midi, le carnaval de Kain.

Samedi 9, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "la petite Evasion" par le Théâtre de la Guimbarde/Théâtre de l'Ephémère. Spectacle familial avec Roland Denayer, Cachou Kirsch, Olivier Prémel.

Samedi 9 et dimanche 10, Tournai Expo, "Journées internationales de l'Elevage et de l'Agriculture de Tournai", Marché fermier, show équestres, expos...

Samedi 9 et dimanche 10, Halle-aux-Draps, "GénéaTournai", salon de la généalogie, organisé par les Amis de Tournai

Dimanche 10, Halle-aux-Draps, 15h, "L'ormisse à nuef", spectacle patoisant par les Filles, Celles picardes.

Dimanche 10, Maison de la Culture, 16h, "Franck Michaël" en concert.

Vendredi 15, samedi 16 et dimanche 17, Tournai Expo, salon "Brocante, Antiquités et Collections".

Samedi 16, Vaulx, salle Pas du Roc, départ du cortège "Carnavô", le carnaval de Vaulx.

Samedi 16, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Roberto Bellarossa", lauréat de "The Voice Belgique 2012" en concert. 

Samedi 16, 20 h et dimanche 17, 15h, Halle-aux-Draps, "L'ormisse à nuef", spectacle patoisant par les Filles, Celles picardes

Mardi 19, auditoire du Séminaire, 13h45, "Les Réseaux sociaux, toujours innocents ?" par Olivier Bogaert de la Computer Crime Unit dans le cadre du cycle Connaissance et Vie d'Aujourd'hui. 

Mercredi 20, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Les Enfants de Jehovah" par la Cie Artra/Fabrice Murcia, avec Cécile Maidon, Magalie Pinglaut, Anne Rousseau...

Jeudi 21, Maison de la Culture, "Schisme ou rapprochement des attitudes politiques en Flandre et en Wallonie", conférence par Yves Dejaeghere, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 22, Halle-aux-Draps "Souper fromages et charcuteries" organisé par la Marelle et l'Entracte, services d'accueil de jour et résidentiel pour personnes adultes handicapées. 

Vendredi 22, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Alain Souchon" en concert.

Vendredi 22 et samedi 23, Tournai Expo, salon "S.I.E.P" consacré aux études et professions. 

Dimanche 24, cimetière du Sud, "La morgue du cimétière, un musée de poche", visite en compagnie de Jacky Legge, conservateur des cimetières tournaisiens. 

Dimanche 24 février, Conservatoire de Musique, 11 h, "Arc en Ciel", concert de Christiane Diricq (cello) et Marie Chantal Cauffriez (piano) dans des oeuvres de Chostakovitch, Bridge, Schumann et Miakoswsky, présentation de Martine Léonard.

Dimanche 24, Musée de la Tapisserie, 16h, "Quatuor Scaldis" (B) dans le cadre des "Voix Intimes" le 11e Festival Européen des Quatuors à Cordes de Tournai. 

Dimanche 24, Halle-aux-Draps, 16h, "Cabaret philantropique" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien au profit de la Fondation Follereau de Tournai dans le cadre de son 50e anniversaire. 

Mardi 26, auditoire du Séminaire, 13h45, "Faut-il diaboliser les vaccins aujourd'hui", conférence par le Dr. Yves Van Laethem dans le cadre du cycle Connaissance et Vie d'Aujourd'hui.

Mercredi 27 et jeudi 28, esplanade du Conseil de l'Europe, sous chapiteau, "L'Homme Cirque" de et avec David Dimitri, spectacle proposé en ouvertue de la 20e Piste aux Espoirs qui se déroulera un peu partout en ville, dans les salles et dans la rue du 27/2 au 4/3.

Samedi 28, Salle la Fenêtre, 20h, "Mes nuits avec Robert", spectacle de et avec Véronique Gallo.

 

Les expositions :

Jusqu'au 17 février : Maison de la Culture, "Roland Denayer et Colette van Poelvoorde, inventions à deux voix".

Jusqu'au 24 février : Maison de la Culture, "Phil, portrait d'un serial killer au repos" exposition conscrée à Phil Durant, artiste et auteur de BD Belge disparu en 2012.

Du 22 au 28 avril : Maison de la Culture, "Lionel Vinche, l'envers du tableau-Endroit/envers (en droit et en vers)".

Du 28.2 au 3 mars, Esplanade du Conseil de l'Europe, dans 2 containers et 6 caravanes, "Les Manouches sur la Piste", travail réalisé par les étudiants de l'ACA et de l'ESA Saint-Luc, dans le cadre de la 20e Piste aux Espoirs de Tournai.

jusqu'au 14 avril, Musée d'histoire et des Arts décoratifs : "Regards sur les faïences fines de Tournai, le don Cosyns".

(cet agenda est susceptible d'ajouts et ou de modifications).

 

25 janv.
2013

17:42

Tournai : expressions tournaisiennes (209)

Raminvrances d'école.

Jeudi, à l'rue des Méaux, face de l'Impératrice, j'ai rincontré ceulle qui a été m'n'institutrice. Elle porteot ein neom incien, elle s'app'leot Clarisse et elle demeureot ave s'mamère rue Catrice, eine rulette pavée, pas bin leon d'l'églisse Saint-Brice. Vous adveinez que cha fut eine belle surprisse, i-aveot bin lommint que j'n'aveos pus vu Clarisse.

Mo Dieu, Mamzelle Clarisse quoisque vous advenez, j'vous ai orconnue car vous n'avez pos cangé ! Elle aveot toudis ses leongs ch'feux bin arringés, l'paire de neunettes posées jusse su l'bout de s'nez, l'air gentil qui nous aveot toudis rasseurés.

"J'pinse acore à ti quand j'vas su internet, l'matin j'vas lire t'blog su Skynet". 

"Quoisque vous dites, vous allez su l'informatique, je ne l'creos pos, à vo n'âche, bé ch'est fantastique". 

"Neon mais, j'n'in creos pos mes orelles, bé cha alors, te n'vas pos ichi m'printe pou ein vieux dinausore".

"Bin seûr que neon, j'conneos pos mal de vieux asteur qui passe'tent leu journée su ein ordinateur".

"On n'est pos âgé à quater-vingt treos ans, d'ailleurs mi j'préfère dire mes printemps, Laiche me te dire que si t'as d'parelles idées, garcheon, ch'est que te n'conneos pos bin no génératieon".

"D'not' temps, on aveot appris à faire des carculs, asteur, bé, eine infant su deux, in math i-est nul, n'dit pos l'contraire, ch'éteot, de l'sémaine, dins l'gazette et i-a même eu ein p'tit artique su internet, on a pos l'air de s'in rinte queompte mais pou mi ch'est grafe, à propeos, te deos surveiller tes fautes d'ortographe, si à l'feos on peut dire que ch'est des fautes de frappe, l'z'accords d' participes, ch'est des véritapes".

Et on a ainsin passé près d'eine demi-heure à orfaire l'meonte.

"Te sais, aujord'hui, être nul in mathématique, cha veut dire qu'i-ara béteôt pus d'technique, i-ara pus d'architectes, pus d'ingénieurs, pus d'savants et pus d'chercheurs. L'résistance des matériaux, ch'est tout aussi nécessaire pou savoir faire eine tour ou ein peont ou bin acore meonter eine maseon. Avec eusses on va vife dins des huttes in beos ou bin in torchis, à moinse qu'on ortourne dins les cavernes".

"Ch'est vrai, l'av'nir i-n'est pos bieau".

"Et no belle lanque française, bé... elle est massacrée, lis les commintaires des infos su internet te s'ras fixé, j'd'ai vu ein qui a osé mette ainsin : veillez m'escusé, mé sa vous ennuiré d'écrire dan une langue que je compren, à kroire que vous n'avé jamés été à l'école, bende d'abruti" et l'pire ch'est qui in a ein qu'i-li a répeondu tout aussi sec : tu pourré comencez à ne pa faire de fotes toi mème avant de doner des lesson !". Ch'éteot signé Meilleur commentateur"

A pos d'minder l'pire, je n'vous l'fait pos dire, ch'est à braire ou bin à morir de rire.

Mi aussi à l'école j'aveos mes faiblesses et i-feaut bin que je vous les confesse. 

"Quand j'éteos in secondaire, je n'éteos vraimint pos fort in chimie et ein jour, l'professeur, que ch'éteot eine dame, elle a comminché à mélinger des produits ave des éprouvettes, cha vireot d'tous les couleurs et cha bouillionneot comme dins ein caudreon d'eine vielle Marie-galousse, mi j'éteos bin muché, tout au feond, derrière les eautes pasque j'aveos l'pépète d'eine esplosieon, cha n'a pos raté, elle m'a orwettié et elle a dit ainsin : vous allez nous espliquer quoique cha fait, j'ai ravisé et j'ai dit : Madame, cha fait des bulles, ahais, mais ch'éteot seûrmint pos l'répeonse qu'elle attindeot pasqu'i-a l'pus belle des bulles qui a atterri su m'...bulletin, ch'est là que j'ai compris que je n'sereos jamais pharmacien". 

"Ahais, mais si cha s'passereot asteur, l'mopère viendreot vir l'professeur, i-l'soumettreot à l'torture et mettreot s'tiête dins l'saumure qu'elle aveot préparée et l'directeur de l'école i-devreot s'escuser, commint cha mette ein zéreo, neon mais des feos, on n'traite pus ainsin les infants, i-ont pus d'dreots que l'grands, pou les définte i-a asteur bramint d'avocats, pou les liards, i-défindreot'ent n'importe quoi".

I-n'aveot pos que l' cours de chimie qui m'donneot toudis des toupiries

"J'naveos pos l'corps fort élastique, j'n'ai jamais aimé l'cours de gymnastique, j'ai toudis pris cha pou des luméreos d'cirque, i-a d'jà dins no vie bramint d'raiseons d'caire que d's'inveyer culbuter in l'air, surtout que l'ceu qui deveot d'rattaper, bin souvin i-éteot..., comme qui direot, ein peu distrait".

"Je n'vous parle pos du cours de musique, l'professeur i-aveot l'art de queusir des morcieaux dynamiques : ceux qui pieusement sont morts pour la patrie (ont droit qu'à leur cerceuil la foule vienne et prie, parmi les plus beaux noms, leurs noms sont les plus beaux) - ch'a balançeot pos mal avec li- ou bin acore : la barcarolle, tout cha à eine époque où on écouteot Salut les Copains, l'soir, in rintrant, i-a pos à dire, ch'éteot vraimint démoralisant. Ein jour, in plein hiver, in v'nant de l'récréatieon, j'me sus ortrouvé su l'banc du feond, près d'ein radiateur détraqué qui cauffeot comme ein démeon et l'Jean Sébastien Bach d'service i-a comminché à jeuer s'barcarolle ave ein air triste. I-a pos fallu chinq minutes, l'caleur aidant, j'm'sus indormi, i-aveot pos d'dammaches sauf quand j'ai volé in bas de l'cayère, dins ein fracas su, l'carrelache, ein grand silence s'a fait, on areot intindu eine mouque voler et j'ai ramassé deux heures de retenue, ch'éteot l'tarif, ch'éteot bin connu".

"Quoisque t'aimeot bin final'mint à l'école" qu'elle m' d'mindé Mamzelle Clarisse.

J'areos pu li répeonte, sans li dire des mintiries, les dictées, les rédactieons, l'géographie, l'histoire de no pays, l'cours de dessin, les lanques ou bin acore l'biologie..."

Je n'sais pos pourquoi que j'li ai dit :

"Bé vous, Mamzelle Clarisse..." 

"Te s'ras toudis ein grand seot" qu'elle m'a dit et elle a rougi mais j'ai bin vu dins ses is que cha li aveot fait plaisi.

(lexique : raminvrances : souvenances / ceulle : celle / incien : ancien / s'mamère : sa mère / eine rulette : une ruelle / pos bin leon : pas bien loin / vous adveinez : vous devinez / lommint : longtemps / mamzelle : mademoiselle / quoisque : qu'est-ce que / advenir : devenir / orconnue : reconnue / cangé : changé / toudis : toujours / les ch'feux : les cheveux / les neunettes : les lunettes / jusse : juste / rasseuré : rassuré / acore : encore / l'âche : l'âge / les orelles : les oreilles / bin seûr : bien sûr / asteur : maintenant / quater-vingt treos : quatre-vingt trois / laiche me : laisse moi / parelles : pareilles / garcheon : garçon / des carculs : des calculs / ein artique : un article / s'in rinte queompte : s'en rendre compte / grafe : grave / à l'feos : parfois / véritapes : véritables / orfaire : refaire / l'meonte : le monde / béteôt : bientôt / vife : vivre / beos : bois / l'lanque : la langue  / ainsin : ainsi / braire : pleurer / ein caudreon : un chadron / eine vielle Marie-galousse : une vieille sorcière / avoir l' pépète : avoir peur / orwettié : regardé / ravisé : autre mot pour regarder / seûrmint : sûrement / ahais : oui / l'mopère : le père / l'tiête : la tête / les dreots : les droits / bramint : beaucoup / des toupiries : des vertiges / les luméreos : les numéros / caire : tomber / s'inveyer : s'envoyer / queusir : choisir / cauffeot : chauffait / jeuer : jouer / dammache : dommage / eine cayère : une chaise / eine mouque : une mouche / des mintiries : des mensonges / seot : sot / les is : les yeux).

Spécialement dédié à Mademoiselle Jacqueline, une de mes plus fidèles lectrices qui fut elle aussi... institutrice !

(S.T. Janvier 2013)

17:42 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

23 janv.
2013

18:21

Tournai : Au temps du Mont de Piété

L'origine

Le Mont de Piété, voici une expression qui, dans nos régions, devient peu à peu désuète, pourtant, à cause de la crise que nous connaissons depuis trois ou quatre ans, là où ce genre d'institutions subsistent, elles connaissent une affluence croissante. 

C'est à la fin du XVe siècle qu'un moine italien de l'ordre des Récollets, constatant les difficultés dans lesquelles se débattaient les pauvres gens, victimes de taux usuraires pratiqués par la plupart des prêteurs sur gage (intérêt parfois équivalant à 100% du capital) eut l'idée de créer des lieux où des sommes seraient prêtées moyennant la remise en gage d'un objet dont la valeur serait estimée. On appela ces institution les "Monte de pieta" littéralement les lieux où on offrait des "montants de pitié", la traduction française en Mont de Piété est donc erronée. 

C'est en 1610, à Avignon, que fut créé la première institution de ce genre en France, huit ans plus tard, une autre naissait à Bruxelles. Celle-ci existe toujours et se situe au sein du populaire quartier des Marolles. 

Le Mont de Piété est une institution officielle et financière qui va bien au-delà du simple prêt sur gage. Les personnes connaissant des difficultés passagères et devant faire face à des dépenses obligatoires ou imprévues peuvent s'y rendre à condition elles répondent à certains critères bien définis : nationalité (être belge), âge (être majeur), faire preuve de sa situation, être propriétaire du bien gagé... Le prêt sera accordé avec échéance de remboursement contre remise de l'objet dont la valeur aura été estimée par expertise des appréciateurs de l'institution. Moyennant remboursement de la somme reçue, l'emprunteur pourra récupérer celui-ci à l'échéance ou avant celle-ci. Ce sont surtout des bijoux, des objets de grande valeur... qui sont offerts en gage.

Le Mont de Piété à donner naissance à deux expressions encore utilisées par les habitués de cette forme de crédit : "aller chez ma tante" ou "mettre au clou".

La première de ces expressions date du XIXe siècle. Par dignité et afin de ne pas faire part de ses malheurs financiers, on expliquait la soudaine rentrée d'argent permettant de faire face à une obligation de remboursement par une largesse familiale. L'expression "ma tante" avait été choisie en opposition de celle de "mon oncle" qui désignait le prêteur sur gage. La seconde expression tire son origine de l'imagination populaire, le "clou" désignait l'endroit où on pensait que l'objet gagé était accroché, comme on pend un pardessus dans un vestiaire. 

Jusqu'au Moyen-Age, les Israelites avaient le monopole du commerce et du prêt d'argent. Ce sont les marchands lombards dans leurs relations commerciales avec les Pays-Bas qui ont introduit cette institution dans nos régions. Avec l'assentiment de l'Eglise qui jusqu'alors voyait d'un mauvais oeil ce commerce d'argent (comme dit l'Evangile, on ne peut servir deux maîtres à la fois, Dieu et l'argent !), ils établirent un comptoir commercial à Tournai en 1439 (bulle du pape Eugène qui autorise ainsi le premier comptoir commercial en Europe). En 1515, le pape Léon X valide, lui aussi par une bulle, la création des Monts de Piété.

Ce n'est qu'en 1582 qu'on songe à créer une telle institution à Tournai alors qu'Ypres (1534) et Bruges (1573) en sont déjà dotés. Il sera financé par un octroi sur le vin et la bière concédé par Philippe II. L'argent récolté par ces "taxes" et géré par les Consaux servit cependant à financer en priorité des écoles dominicales. 

Il faudra attendre le règne des archiducs Albert et Isabelle (fin du XVI et début du XVIIe siècle) et la nomination d'un certain Wenceslas Cobergher pour voir s'organiser un système de crédit et l'organisation d'un réseau de mont-de piété. 

Le mont-de-piété tournaisien.

Il semble qu'on puisse retenir la date de 1622 pour l'apparition celui-ci au sein de la cité des cinq clochers et l'année 1625 pour son inauguration. Il aurait été édifié sur l'exemple de celui existant à Valenciennes (dans le Nord de la France) et sa construction aurait été suivie par Melchior de Somer, architecte bruxellois, d'origine allemande ou... par un architecte local inconnu !

Ayant la forme d'un parallélogramme, en brique et pierre, l'immeuble de la rue des Carmes se dresse sur trois étages et un grenier. En pente assez raide, le toit est percé de lucarnes éclairant un vaste grenier. Il est flanqué en son centre d'une tourelle de style Renaissance abritant l'escalier qui mène aux différents étages, au sommet de celle-ci un lanternon octogonal est surmonté d'un bulbe. On accède à la cour intérieure en franchissant un portail de style baroque  et à droite de l'entrée se trouve la maison du surintendant particulier du mont. Ne cherchait plus celle-ci, il ne reste désormais que sa façade, la maison s'étant peu à peu effondrée par manque d'entretien. Le surintendant assurait la fonction de concierge. 

Contrairement à ce que laisse pensée sa visite, il ne s'agit pas de l'entrée principale du mont-de-piété d'alors, celle-ci, aujourd'hui murée donnait dans la ruelle dite du Mont-de-Piété. C'est par là qu'entraient ceux qui venaient gager ou récupérer un objet. La porte actuelle donnait accès à la salle où étaient vendus les objets non récupérés à l'échéance ou abandonnés volontairement par les emprunteurs. A l'étage, protégées par des grilles, se trouvent les salles où étaient conservés les objets précieux, les gages en or ou en argent. Le mont-de-piété prenait un intérêt compris, selon les sources, entre 5 et 15%, c'était loin d'être un crédit aisé et il représentait pour certain une sorte de gestion de la misère. 

La suppression du Mont-de-Piété.

Lors de l'arrivée des Révolutionnaires à Tournai, l'institution sera momentanément supprimée, mais sera rapidement reprise par les autorités communales qui en confie la gestions aux hospices civils en septembre 1803. Le 9 novembre 1866, le conseil communal décide sa suppression définitive.  Le bâtiment est affecté au bureau de bienfaisance et sert également aux archives de la ville et de l'Etat ainsi qu'à la commission des hospices civils. En 1879, une extension de l'école normale pour fille y sera accueillie et transformera une partie du bâtiment en classe et en économat. 

Après la seconde guerre mondiale, durant laquelle, le bâtiment, classé en septembre 1936, a été épargné des bombardements, on y installera le musée d'Histoire et d'Archéologie local. Il regroupait également les tapisseries de Tournai ainsi que les collections d'art décoratifs (porcelaines...). Ces deux département quitteront la rue des Carmes pour le Musée de la Tapisserie de la place Reine Astrid en 1991 et celui des Arts de la Table, à la rue Saint-Martin, un peu plus tard. 

Au sein du quartier Saint-Jacques, le Mont-de-Piété continue à se dresser et à abriter les vieilles pierres et les richesses découvertes lors de fouilles archéologiques dans le sous-sol tournaisien, il en oublierait presque l'état vétuste dans lequel il se trouve, fier de montrer aux visiteurs les trésors qu'il abrite. Ceux qui le visitent désormais sont peut-être moins nombreux que ceux qui venaient y chercher quelques moyens de subsistance en laissant bien souvent des objets chargés de souvenirs familiaux, leurs seuls trésors !

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, "Le Mont-de Piété de Tournai, un pôle dans la ville" de Benoit Dochy, Louis Donat Casterman, Raphaëlle de Ghellinck Vaernewyck, Florence Renson et Pierre Peeter (photographe), publié par l'asbl Pasquier Grenier en 2010 et recherches personnelles).

(S.T. Janvier 2013)

21 janv.
2013

09:35

Tournai : une justice différente au Moyen-Age !

Dans un article précédent consacré à la Charte communale octroyée par Philippe-Auguste, nous avons pu constater que la justice rendue à Tournai au Moyen-Age était marquée du sceau de la sagesse. Il n'était pas fait usage à l'exemple d'autres régions de la torture pour faire avouer les suspects d'un délit, le témoignage était déjà d'application, les peines allaient des amendes au bannissement avec toujours la possibilité de la réparation du tort causé. 

Comme partout, les faits les plus graves étaient, bien entendu, punis de la peine de mort mais les juges savaient mener les débats avec beaucoup d'intelligence. Les plus beaux exemples étaient les procès de personnes accusées de sorcellerie. La sorcière est aussi vieille que l'humanité et a donné lieu dans de nombreuses régions et à différentes époques à des procès retentissants et à des sentences souvent empruntes de barbarie.

A une époque où l'illétrisme était encore fort présent, où la naiveté était fort répandue, une maladie soudaine, la perte du bétail, de mauvaises récoltes, des amours contrariés, une malchance récurente, tout cela ne pouvait être, pour les petites gens, que l'oeuvre du Malin et de ses servantes, les sorcières. Si on peut comprendre que l'individu primaire soit enclin à croire au mauvais sort, comment accepter que les personnes instruites comme l'étaient les magistrats, les prêtres, les médecins admettaient que certaines personnes étaient capables de jeter des maléfices sur d'autres, les poursuivaient, les livraient au bourreau avant de les brûler sur un bûcher.

Walter Ravez nous renseigne que le Comte de Nédonchel (1813-1902) avait patiemment compulsé les registres de la loi et que dans un ouvrage intitulé "Les anciennes lois criminelles en usage dans la ville de Tournai, de 1313 à 1553", il n'avait trouvé, parmi les centaines de condamnations à mort, que trois pour maléfice, tous les trois connexes à d'autres crimes qui méritaient la peine de mort, l'un pour "crime contre nature", un autre pour assassinat. 

De 1524 à 1684, il y eut en Belgique, cent et six procès de femmes et six procès d'hommes présumés auteurs de crimes de sorcellerie, de magie ou de pratiques diaboliques. A la même époque, entre 1582 et 1590, quatre hommes et une femmes furent jugés à Tournai pour des faits similaires et subirent la peine capitale. 

La sorcière est souvent une vieille femme pauvre, vivant de mendicité, souvent peu gâtée par la nature au point de vue de la beauté. Peut-être souffre-elle également de maladies que nous connaissons désormais et qui lui font perdre la raison, pousser des cris ou encore porter des jugements moqueurs sur les autres. Il n'en fallait pas plus pour qu'elle soit rendue responsable de tous les maux de la terre ! Elle est peut aussi être une fille simple, pauvre mais d'une grande beauté, faisant tourner la tête aux hommes mariés et s'attirant par le même occasion la jalousie de leurs épouses. Un peu trop délurée, envoûtante, elle était dénoncée à la magistrature pour mille petits faits, d'ailleurs, pareille beauté ne pouvait avoir d'origine qu'un pacte avec le Diable. 

Comment en arrivait-on à de telles inepties ? Voici ce que nous enseigne le procès de la dénommée Martine Van Mansart qui eut lieu en 1666. Il faut tenir compte qu'à cette époque le fanatisme est toujours bien présent et que les juges ne songent qu'à protéger la population en lui donnant le plus souvent raison tout en affirmant leur autorité et servant leur besoin d'être respecté.

L'histoire de Martine Van Mansart

Martine vivait avec son époux Sulpice Detournay au recran Cazier, un établissement hospitalier situé à Saint-Brice. Lui était manoeuvre de roctier (aidant dans une carrière), elle, louait ses services en allant travailler de cense en cense (de ferme en ferme). Le 22 août 1666, âgée de 64 ans, elle fut jetée en prison sous l'accusation d'avoir fait mourir les cinq enfants et l'épouse d'un dénommé Sébastien Robicquet, retordeur. Le premier enfant, né à l'âge de huit mois, était mort douze jours plus tard, trois autres étaient morts "sans baptême", et le dernier entraîna sa mère avec lui dans la tombe. Le père accusa Martine d'avoir posé à plusieurs reprises la main sur le ventre de sa femme enceinte, accusation renforcée par le témoignage par Jeanne Gilles qui n'était autre que la fille du parrain de la pauvre Martine. 

Huit jours après l'arrestation de Martine, quatre chevaux de Jeanne Gilles périrent "comme enragés" et l'autopsie révéla qu'ils avaient près du coeur "des formes de crapaud, de pièges et de souris" !

Un autre témoin, le dénommé Mathurain Bourdeau avait vu Martine "faire du lari" (faire un scandale) dans la rue du Glatigny et promener avec une sorte de souris rousse avec laquelle elle jouait. Les preuves les plsu fantaisistes s'accumulèrent contre l'accusée, ainsi on raconta qu'une vieille dame, âgée de quatre-vingt-un ans, qui n'avait jamais été malade avant l'arrivée de Martine au recran Cazier, s'était sentie soudainement "malificiée" et avait eu recours à un exorcisme effectué par les Pères Recollets. 

Face à ce flots de témoignages, la justice tournaisienne enquêta, comme on dirait maintenant, à décharge. On se rendit au village natal de Martine, à Velaines, et on interrogea ceux qui l'avaient connue. Tous reconnurent en Martine et sa mère des gens pauvres mais honnêtes. 

Deux jours, plus tard, à Tournai, un nouveau témoin vint révéler qu'aux "avents derniers", Marguerite Gobert s'était rendue à l'église Saint-Brice en compagnie de son fils âgé de douze ans, Jean Baptiste. Il déclara qu'alors qu'il y avait de nombreuses places vides, Martine vint s'asseoir à côté de la mère et de l'enfant et lui caressa la tête. L'enfant mourut peu de temps après. Les symptômes évoqués lors du procès étaient très probablement ceux de la présence d'un ténia (ver solitaire) mais le médecin consulté (un homme normalement cultivé) délivra un diagnostic surprenant : "la maladie de Jean Baptiste paraît avoir pour origine un maléfice, selon moi, la guérison ne pourra être obtenue que par un exorcisme". Etonnant de la part d'un homme de science !

Le procès de sorcellerie

Le procès de Martine dura quatre jours, la pauvre femme fut harcelée de questions par un juge impitoyable, confrontée aux témoins, certains rapportèrent qu'elle fut torturée pour lui faire avouer mais aucun écrit n'atteste cette affirmation. Elle expliqua que sa réputation de sorcière lui avait été donnée trente ans plus tôt lorsque l'enfant dont elle était la nourrice était mort. D'autres témoins vinrent attester de son innocence mais sans convaincre le magistrat qui avait un à priori margement défavorable. 

L'affaire étant arrivée aux oreilles du prévôt et des jurés, ceux-ci s'en saisirent. Ils refusèrent qu'elle soit brûlée sur la Grand'Place mais prononcèrent néanmoins son bannissement. On ne sait où a fini ses jours, celle qui avait habité Tournai durant près de cinquante ans. 

Au moment de clôre cet article, certains penseront que tout cela ne serait plus possible à notre époque. En êtes-vous si certain ? Il suffit simplement de lire les commentaires apposés au bas d'une information dans la presse ou sur internet pour se convaincre que la vindicte populaire n'est qu'endormie et qu'il faut très peu pour la réveiller. 

(sources : "Folklore de Tournai et du Tournaisis" de Walter Ravez, ouvrage original paru en 1949 aux éditions Casterman, réédition en 1975)

(S.T. Janvier 2013)

09:35 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, justice, sorcellerie, sorcières, procès |

19 janv.
2013

09:19

Tournai : expressions tournaisiennes (208)

L'grande sémaine du blanc ou l'cauchemar des imprudents !

In même temps qu'les soldes, ov'là l'grande sémaine du blanc qui comminche ! Lindi au soir, vers siept heures, l'neiche elle s'a mis à teomber, pos des grosses pleumes blanques mais eine neiche fine, poussée pa l'vint, formant des congères (des congénères comme areot dit m'n'amisse Albert). In deux temps, treos mouv'mints, tout i-a été blanc. 

L' lind'main au matin, i-aveot eine saprée couche et bin seûr, i-a fallu dégager l'trottoir et les avaloirs. Mi, j'ai acore eu l'sanche d'tout pouvoir mette su m'gardin, j'ai fait ein meont d'une d'mi-mète, mais i-d'a qui ont tout rué su l'quémin in s'foutant pos mal des automobilisses. 

Cha m'a rapp'lé l'ainnée mille nuef chint septante nuef. J'parteos travaillé ave des bottes, eine raclette et eine pelle dins m'coffre. Pindant ein meos, i-a neigé ainsin, tous les jours, et quand, à l'fin de l'journée, su la parking, on vouleot orprinte s'n'auteo, i-falleot dégager l'neiche pa d'zeur mais aussi pa d'zous

Mes collègues, qui aveot'ent été moins prévoyants, queompteot'ent su mi pou inl'ver l'neiche et les pousser, pasque les batteries i-preneot'ent, à l'feos, ein rude queop d'mou ave l'froidure. Eine pétite poussette, ein queop d'klaxeon pou m'ormercier et à-r'voir l'père, mais à mi on éteot leon de busier et, bin souvint, j'resteos tout seu au mitan du parking in espérant que j'pourreos démarrer sans problème. 

Cha m'rappelle aussi, l'viel heomme qui habiteot dins l'temps pos leon de m'maseon, i-éteot debout à chinq heures au matin et, à six heures, te l'intindeos d'jà racler l'trottoir ave eine grande pelle. In janvier d'ceulle ainnée là, je l'veos acore arriver au bout de s'n'ouvrache et ête bin fier du dégag'mint du trottoir. I-rinte s'pelle et s'brouche et au momint où i-serre s'porte d'garache, tout le neiche qu'i-éteot accumulée su l'toit dégringole d'ein seul queop. "Ch'est tout j'arrête, je n'bougerai pos m'carette et i-est resté pus d'huit jours sans pouvoir aller faire ein tour". I-in aveot ein qui v'neot à pied, ch'éteot ein malin, i-aveot infilé des capsules de boutelles de bières su ein élastique et i-aveot mis autour de ses sorlets, i-app'leot cha ses "agripettes", i-a pos à dire, on l'intindeot arriver surtout quand, à l'intérieur, i-aveot oblié d'les inl'ver !

L'hiver ch'est bieau pou les ceusses qui peuvent orwettier caire l'neiche derrière leu cassis mais ch'est bin triste pou les ceusses qui veont ouvrer

Au matin, pindant que j'racleos l'trottoir, j'intindeos les sirènes des ambulances et je m'diseos qu'i-aveot acore là des gins dins l'misère. M'gramère diseot toudis : "l'neiche, garcheon, ch'est l'début de l'misère". 

Car printe l'route asteur, ch'est pus la joie, des loleos, au volant, on in veot tell'mint qu'on comprind facil'mint qu'i-a tant d'accidints. On a tertous vu à l'télé, l'chauffeur routier qui raviseot un DVD tout in conduisant su l'autoroute inter Mons et Tournai. Mi, je n'deos pos raviser su Internet, pou vir, tous les jours, des chauffeurs minger leu baguette tout in buvant du café pindant que su l'bande de circulatieon leu bahut s'met à zigzaguer. I-a aussi les pressés, les ceusses qui feont eine heure de route pou arriver à leu n'ouvrache mais qui partent de leu maseon, treos quart d'heure avant d'printe leu poste, i-seont toudis à chint quarante et puque su l'bande de gauche et feont des appels de phares si deux chint mètes pa d'vant eusses te t'mets à doubler. I-a aussi les eautes, les ceusses qu'i-ont l'pépète du noir, de l'pluèfe, de l'neiche ou du brouillard et qui veont à l'beonne franquette, à tout jusse quatre-vingt à l'heure.

A Tournai, à causse des écoles, l'chaussée d'Lille, elle est à trinte à l'heure pindant ein p'tit kilomète, de l'Porte d'Lille à Saint-Lazare. Si te l'respectes, te vas avoir, derrière ti, eine meute d'débaltés, eine bande d'excités, des apprintis cascadeurs qui voudreot'ent presque t'pousser in déhors du qu'min. Mi cha m'fait rigoler d'les vir, beffielant d'rache, s'arlochant derrière leu volant, on direot des gins des services de secours qui veont arriver trop tard su les lieux d'ein sinistre.  

Ein jour, allant vers Mons, à hauteur de Maubray, j'ai vu arriver su mi ein conducteur fantôme, ein vieux père qui pinseot sans doute qu'i-éteot l'seul à rouler dins l'bons sins, j'ai des appels de phares mais cha n'a servi à rien, feaut dire que ch'éteot ein lindi au matin et i-d'aveot seûrmint infilé de l'bière, de l'goutte ou bin du vin. J'ai app'lé l'radio-guidage et... ein quart d'heure après (pasque ch'éteot l'journal parlé), j'ai intindu su Vivacité : "attintieon, si vous roulez in directieon d'Mons in v'nant d'Tournai, serrez bin à droite, vous risquez de rincontrer ein conducteur fantôme à hauteur de... Maubray,". Mo bé, d'puis l'temps, ou bin m'n'heomme i-aveot d'jà pris eine eaute auteo in collisieon frontale, ou bin i-éteot d'jà inter Tournai et Lille ou bin i-éteot déquindu de l'autoroute sans rinconte fatale !

A chaque feos que j'sus parti d'puis l'début du meos d'décimpe, j'ai mis des heures pou arriver à destinatieon. Eine camionnette su l'toit à Mons et j'éteos arrêté à Obourg à dix kilomètes, ein accidint à Houdeng et j'éteos d'jà stoppé à Nimy à douze kilomètes, ein eaute à Péruwelz et on a roulé su eine seule bande pindant perpette ! 

I-a ein sondache qu'i-dit que tout l'meonte pinse bin conduire et que ch'est les eautes qui sont dingereux, : "ch'est pos mi, Mossieu, ch'est l'eaute", on intindeot d'jà cha dins les cours de récréatieons quand j'éteos pétit rambile.  

Si on respecteot l'code de la route et si on metteot l'fair-play à l'plache de l'égoïsme dins notre façeon d'conduire, alors i-areot eine paire de morts in moinse su les routes et partir pourméner s'reot ein réel plaisi

(lexique : ov'là : voilà / comminche : commence / l'neiche : la neige / des pleumes blanques : des plumes blanches / sapérée : sacrée / bin seûr : bien sûr / acore : encore / l'sanche : la chance / l'gardin : le jardin / ruer : jeter : l'quémin : le chemin / in s'foutant : en se moquant / ein meos : un mois / orprinte : reprendre / pa d'zeur : par dessus / pa d'zous : par dessous / queompter : compter / pasque : parce que / ormercier : remercier / leon : loin / busier : penser / tout seu : tout seul / au mitan : au milieu / eine brouche : une brosse / serrer : fermer / ein queop : un coup / les sorlets : les souliers / oblier : oublier / les ceusses : ceux / orwettier : regarder / ouvrer : travailler / m'gramère : ma grand'mère / garcheon : garçon / asteur : maintenant / les loleos : les innocents / tertous ; tous / minger : manger / puque : plus / l'pépète : la peur / l'pluèfe : la pluie / à l'beonne franquette : sans empressement / jusse : juste / à causse : à cause / des débaltés : des déchaînés / beffielant : bavant / l'rache : la colère, la rage / s'arlocher : se secouer, s'agiter / eaute : autre / décimpe : décembre / tout l'meonte : tout le monde / ein p'tit rambile : un petit gamin / l'plache : la place, pourméner : promener / plaisi : plaisir.

(S.T. Janvier 2013)



09:19 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

16 janv.
2013

16:30

Tournai : la Charte Communale de Philippe-Auguste

Une vie en société doit absolument être régie par des lois et des règles, sans elles règnerait l'anarchie, chacun agissant selon alors son bon plaisir. La plupart des articles de notre "Code Civil" actuel datent de Napoléon qui le promulgua le 21 mars 1804. 

Voici donc plus de deux cents ans qu'on juge et qu'on condamne sur base d'articles dont certains mériteraient probablement d'être pour le moins dépoussiérer et se trouver en harmonie avec l'évolution de la société. On en parle mais la réforme de la justice belge ressemble à un "monstre du Loch Ness" qui se réveille lors de faits divers qui émeuvent la population. 

Certaines personnes vont jusqu'à penser qu'avant le Code Napoléon, il n'y avait peu ou pas de loi, que celles qui existaient étaient favorables à une catégorie d'individus, les nantis, et qu'elles étaient donc appliquées à la "tête du client", qu'au Moyen-Age, les condamnations étaient plus sévères pour le petit peuple que pour les bourgeois. Une connaissance approfondie de l'Histoire va les détromper. 

Dès le XIIe siècle déjà, on peut se rendre compte de la volonté des puissants de régir, au mieux, la vie dans les territoires qu'ils gouvernent. Un exemple est la "Carta communie", la Charte Communale promulguée par Philippe-Auguste et donnée aux Tournaisiens en 1211. Il s'agit probablement d'un renouvellement de la première octroyée en 1188 qui avait donné notamment le droit de cloche (époque de la construction du beffroi). 

Chotin, un historien s'est penché sur celle-ci et dans sont "Histoire de Tournai et du Tournésis" la publie dans sa langue d'origine, le latin avec traduction. 

Voici quelques extraits de celle-ci qui nous démontrent le souci d'apporter une harmonie dans les relations entre les Tournaisiens.

"In nomine Sancte et Individue Trinitatis. Amen. Philippus Déo gratia Francorum rex (...) novrint itaque universi presentes pasiter et futuri quoniam burgensibus nostris Tornacemsibus pacis, institutionem et communiam dédimus et concessimus, ad eosdem usus et consuetudines quas dicti burgenses tenuerant ante institutioneme communie...".

"Au nom de la Sainte et Indivisible Trinité. Ainsi soit-il. Philippe par la grâce de Dieu, roi de France (...) sachent tous ceux présents et à venir que nous avons donné, accordé, octroyé à nos bourgeois de Tournai, une institution de paix et un droit de commune, conforme aux usages et coutumes dont les dits bourgeois jouissaient avant l'établissement de la commune...".

Suivent alors trente-six articles dont nous avons extrait les principaux :

- Le meurtre était sévèrement réprimé par la peine de mort lorsque la personne est prise en flagrant délit :

"Article I. Si quelqu'un tue un homme de la commune de Tournai, dans la cité ou au-dehors, il sera puni de mort s'il est appréhendé, et sa maison, s'il en possède une, sera rasée. Tous les autres biens que le meurtrier possèdera dans le ressort de la juridiction de la commune seront confisqués au profit d'icelle (de celle-ci)"

- La seconde partie de l'article nous interpelle :

"S'il s'évade de la ville, il ne pourra y rentrer qu'après avoir fait sa paix avec les parents de l'occis (de la victime) et payé à la commune une amende de dix livres".

- Si le meurtre a eu lieu sans témoin et que seules des présomptions pèsent sur une personne :

"Article II. L'accusé de crime d'homicide, contre lequel on ne peut invoquer le témoignage de personnes irréprochables, sera tenu de prouver son innocence par l'épreuve de l'eau froide".

Voilà qui nous semble être une vague réminiscence de ce qu'on appelait au Moyen-Age : le jugement de Dieu !

Cette épreuve consistait à lier les pieds et les mains de la personne accusée et de la jeter dans une cuve contenant de l'eau froide. Si elle surnageait, elle était reconnue coupable en vertu du fait que l'eau, purifiée au préalable par des exorcismes, rejetait ce qui était impur. Par contre, si elle coulait, elle était reconnue innocente de ce qu'on l'accusait et on s'empresser de la retirer. 

- L'appel est fait à la solidarité pour empêcher le crime :

"Article V. Si un homme de la commune est insulté chez lui par un étranger, ses voisins lui doivent prêter aide et secours et ils n'encourront aucune amende pour tout ce qui aura été fait pour sa défense. S'ils négligent de le défendre, le prévôt les notera d'infamie".

Il est si facile, à notre époque, de déclarer lors de l'enquête de voisinage qu'on a rien entendu, ni vu pour ne pas avoir d'ennuis ou... par peur des représailles, actuellement, la lâcheté est plus courante qu'on ne le pense, beaucoup de personnes à notre époque disparaissent dans l'indifférence générale. 

- La légitime défense en cas d'attaque sur les biens d'un habitant de la ville :

"Article VII. Si quelqu'un escalade la maison d'un bourgeois et que celui-ci le tue en se défendant et en le repoussant, il n'encourre aucune pénalité.

Pour éviter une interprétation fallacieuse, précisons que le mot "bourgeois" ne définit pas un membre d'une classe sociale mais bien "l'habitant du bourg", le citadin.

- On ne badine pas, à l'époque, avec la petite délinquence :

"Article XI. Toute personne, qui de dessein prémédité, jettera de la boue ou des immondices sur une autre sera condamnée à payer dix livres au profit de la commune, sur la preuve du fait administrée au prévôt et juré par individus de l'un ou l'autre sexe, elle sera tenue de payer cette amende dans la quinzaine ou elle sera bannie de la ville".

Il faut dire qu'à cette époque, les rues boueuses étaient jonchées de détritus et l'argent ainsi versé à la commune ne semblait même pas être utilisé à financer un éventuel service de nettoyage urbain ! 

- Plus barbare est l'article consacré à la conséquence de blessures graves infligées volontairement.

"Article XII. Quiconque aura privé un bourgeois d'un membre, s'il est pris perdra le même membre. S'il y a conciliation entre les deux parties, il ne paiera qu'une amende de dix sols (sous) au profit de a commune".

On y voit très clairement l'application de la vieille "loi du talion" !

- L'innocence de l'enfant semblait sacrée :

"Article XV. Si un enfant ôte la vie à un autre enfant, par accident, la prudence du prévôt et des jurés décidera s'il mérite, ou non, une punition". 

Hélas, on ne définit pas la notion d'enfant (à partir de quel êga cesse-t-il d'être considéré comme tel ?) et la notion d'accident semble très vague !

- On voit apparaître une première forme de privation du droit civil et politique :

"Article XVI. Tout bourgeois convaincu de faux témoignages sera privé du droit de commune, jusqu'à ce que le prévôt et les jurés trouveront convenable de le lui rendre".

Il y a dans cet article le "bon vouloir" des juges !

- Un article est consacré à ceux qui souhaitent partir en pélerinage pour échapper à une condamnation, peut-être un rappel inconscient des croisades.

"Article XX. Ceux qui prennent la croix pour aller visiter le tombeau du Seigneur, ne seront pas moins soumis aux lois et coutumes de la commune, dans leurs personnes et dans leurs biens, à la réserve de ce qu'ils emporteront dans leur pélerinage."

- une loi basée sur l'intégration !

"Article XXI. Tout homme libre, de quelque région qu'il soit, pourra venir s'établir dans la commune. Il jouira de tous les droits et privilèges attachés au titre de Bourgeois-Tournaisien, pourvu qu'il observe les lois et coutumes de la cité"

Il faut savoir que jusqu'alors, le droit de bourgeoisie était systématiquement refusé à une personne étrangère à la cité qui venait s'y installer !

- L'article suivant pourrait prêter à sourire et même être à l'origine de certains commentaires :

"Article XXII. Quiconque enlèvera l'éposue d'un bourgeois sera banni pour sept ans de la ville. Si dans la suite, il se réconcilie avec le mari, il ne pourra rentrer en ville qu'il ne lui ait restitué tous les objets qu'il aurait enlever avec elle".

L'épouse passe encore mais il ne faut, en plus, voler le mari trompé !

- La violence vis-à-vis des jeunes filles (malheureusement déjà coutumière à l'époque) :

"Article XXIV. Quiconque fera violence à une fille, si le fait est prouvé, sera banni pour sept ans. Il pourra l'épouser si celle-ci et ses parents consentent".

- On avait déjà le souci de l'écologie :

"Article XXV. Si l'eau d'une fontaine est empoisonnée, l'usage en sera interdit, et les abords fermés par une chaîne jusqu'à ce que l'eau ait recouvré sa salubrité".  

- La question d'argent, que fait-on avec les amendes perçues ? :

"Article XVII. La recette des amendes communales sera confiée, chaque année, à quatre jurés et à quatre autres personnes prises en dehors du corps des jurés et échevins. Ces huit personnes prêteront serment de bien gérer"

Question : mais que faisait-on avec cet argent ? a qui profitait-il ? 

- La prudence est de mise, car on n'a pu oublier un sujet :

"Article XXIII. Toutes les coutumes ci-dessus, et autres que nous pourrions avoir oubliées, et dont les bourgeois de Tournai seraient en possession de jouir depuis longtemps, avons approuvées et confirmées, à la demande des jurés, voulant qu'elles soient observées perpétuellement, paisiblement, sans qu'il puisse y être porté atteinte...".

"Fait à Corbie, l'an de l'incarnation de Notre-Seigneur 1211, de notre règne le trente-deuxième".

Philippe-Auguste est né en 1165 et mort en 1223.

Tout cela a-t-il amener une vie paisible dans la bonne ville de Tournai. au travers d'autres études on ne doit pas se montrer trop affirmatif.

 (sources : "Histoire de Tournai et du Tournésis" de Chotin p 173 à 186) 


14 janv.
2013

09:33

Tournai : "La Madeleine", un patrimoine à sauvegarder !

Entre Escaut et Saint Jacques, entre rue du Cygne et Jardin de la Reine s'étend le quartier dit de "la Madeleine" tirant son nom de l'église paroissiale Sainte-Marie-Madeleine. Dans ce quartier surtout consacré à l'habitat se côtoient depuis bien longtemps petites maisons ouvrières, fondations, béguinage, résidences, maisons bourgeoises et hôtels de maître. 

Après avoir abrité des foulons, ouvriers tanneurs de peau, le quartier vit s'élever, dans le courant du XVIIIe siècle, deux industries qui firent la renommée de Tournai à l'étranger. François Joseph Péterinck y créa sa manufacture de porcelaine et Jacques Lefebvre-Caters, celle de bronze doré et ciselé. Le quartier existe depuis près de sept cents ans. 

Au XIIIe siècle, la ville, connaissant une importante prospérité, se transforme. Autour de sa cathédrale et de son beffroi, élevés une centaine d'années plus tôt, de nouveaux quartiers se développent. Les riches bourgeois de l'époque se font construire de somptueuses demeures et on voit aussi apparaître de petites maisons occupées par les ouvriers notamment employés dans l'industrie du drap.

Profondément religieux, le peuple a besoin d'églises et c'est ainsi qu'on va voir s'élever durant ce siècle plusieurs édifices religieux qui vont devenir le centre de paroisses (Saint-Quentin, Sainte-Marguerite...).

Dans l'important quartier qui longe ce qu'on appelait alors la rue courtrisienne, (le chemin qui menait à Courtrai), l'évêque Walter de Marvis, celui-là même qui avait doté la cathédrale de son choeur gothique, fait édifier, vers 1252, une église à l'emplacement d'un ancien oratoire déjà dédié à Sainte Marie-Madeleine à qui elle sera également dédicacée. De style gothique, l'église Sainte-Marie-Madeleine est construite en pierre calcaire de Tournai, sur un axe nord-sud et entourée d'un âtre (cimetière). Elle présente une nef rectangulaire s'ouvrant sur un choeur à chevet plat, en forme de rectangle allongé. Alors qu'il était prévu de la doter de deux tours, une seule fut érigée, celle située au Nord. L'intérieur comporte également trois nefs à quatre travées et un transept non saillant. Dans le courant de la seconde partie du XVIIIe siècle, peu avant la Révolution, l'église sera pourvue d'un autel majeur, de stalles, d'un confessionnal en chêne et de lambris de style Louis XVI. On y trouvait aussi le groupe dit de "l'Annonciation" qui est désormais visible à l'église Saint-Quentin. Lorsqu'il fut décidé de ne plus inhumer les morts à l'intérieur de l'enceinte des villes, le cimetière fut transformé en espace arboré qui prit par la suite le nom de "Terrasse de la Madeleine". Le curé Petillon dotera le choeur d'un nouveau pavement en 1821, la restauration de cette partie de l'édifice ayant été menée par Louis Cloquet.  En 1897, on y installera l'orgue.

En 1940, elle fut endommagée par un bombardement et restaurée ensuite par l'architecte Clerbaux. En 1964, le doyenné de Tournai fit procédé à un important remaniement paroissial. Celle-ci fut basé sur plusieurs critères : la désaffectation industrielle du quartier et son appauvrissement, la baisse des ressources financières, le manque de prêtres qui commençait à se faire sentir et l'abandon du culte par les fidèles. Tout comme l'église Sainte-Marguerite, Sainte-Marie Madeleine fut définitivement fermée au culte au soir de la fête de Pentecôte, le 2 juin 1968. Le manque d'entretien, l'absence de chauffage, la colonisation par les pigeons, le vent, les pluies, les variations de température... autant d'éléments qui ont amené sa lente et inéluctable dégradation. 

On y trouve un monument votif de la famille de Clermès, Roger I, décédé en 1400 et son épouse Marie Bouvine (décédée en 1426), Roger II, décédé en 1424 et son épouse Catherine Bourgoilt décédée en 1462. On découvre également trois dalles funéraires des familles de Jacques Jambon (+1630), de Jacques du Fay (+1710) et d'Emmanuel Antoine Joseph de Cambry de Siraucourt (+1808). 

L'église Sainte-Marie-Madeleine avait été classée comme monument par l'Arrêté Royal du 15 septembre 1936.

On nous dit que l'église était dotée à l'origine de cinq cloches, deux petites, fêlées, ont été descendues en 1970 et refondues, elles sonnent désormais dans le clocher de l'église Saint-Paul dans le quartier du Vert-Bocage.

Des trois cloches toujours en place en 2001, on possède la description suivante : la plus petite d'une hauteur de 62 cm, d'un diamètre de 80 cm et d'un poids de 300 kilos environ est ornée d'une médaillon de la Vierge, baptisée Marie-Germaine, elle a été fondue par les ateliers Michiels de Tournai en 1955, la cloche moyenne présente une hauteur de 75 cm, un diamètre de 95 cm et un poids de plus ou moins 500 kilos, répondant au nom de Maria, elle daterait de 1512 quant la plus imposante, elle présente une hauteur de 85 cm, un diamètre de 112 cm et un poids d'environ 800 kilos, ornée d'une piéta, elle porte le nom de Marie-Madeleine, elle aussi a été fondue par les ateliers tournaisiens de Michiels en 1955.

En 1987, après plus de vingt ans d'abandon, consciente du délabrement de cet ancien lieu de culte et de son environnement, l'asbl Pasquier Grenier a mené une campagne de sensibilisation pour sauver le quartier qui était moribond. Un promoteur immobilier avait jeté son dévolu sur les maisons inoccupées et parfois gravement endommagées. Faisant fi de l'histoire d'une ville dont il n'était pas originaire, son but avoué était de raser ce qu'il appelait des taudis pour construire, à la place, des résidences en brique et pierre... de France, d'un cachet fort banal. Un premier coup de frein à cette tentative de massacre d'un quartier fut donné par le rachat d'une des maisons de rangée par la Fondation Pasquier Grenier (son nom d'alors modifié depuis suite à la nouvelle loi sur les fondations et asbl). Au même moment, les autorités communales étaient ocupées à la restauration de l'ancienne caserne des Sept Fontaine dans la rue Frinoise toute proche. Celle-ci allait sonner le renouveau du quartier. Grâce à l'action de Pasquier Grenier, des travaux de mise hors eau et de maintien de stabilité sont effectués à l'église en 1995 par la fabrique sur injonction de la Région Wallonne pour un coût de près de sept millions de francs de l'époque. Les membres de la Fondation vont même procéder à un nettoyage complet du lieu et y organiser un week-end de visites. Beaucoup de Tournaisiens ont, à cette occasion, (re)découvert ce bâtiment fermé trente ans plus tôt. Je me rappelle de la vision de cette poutre gisant sur le sol de la nef, n'ayant pas résisté aux outrages du temps, elle s'y était fracassée, comme si elle avait chois le suicide dans un ultime appel à l'aide !

Dans le quartier, les rénovations se sont poursuivies, une rangée de petites maisons de style, la brasserie Saint-Yves, l'entrée du Béguinage...

Pour l'église de nombreux projets ont vu le jour : en 2001, L'institut du Patrimoine Wallon, devenu propriétaire du lieu pour le franc symbolique, envisageait l'installation du musée de l'imprimerie wallonne où serait notamment exposée la riche collection Casterman, on estimait alors à septante millions le budget nécessaire pour cette réalisation car il fallait avant tout restaurer la toiture et la charpente, consolider les murs latéraux, nettoyer et rejointoyer les maçonneries et réparer certaines dalles de sol. On aurait disposer ainsi d'un espace muséal de 700 m2 ("aurait" car le projet a rapidement avorté).

Par la suite, la Ville de Tournai pensa y loger sa bibliothèque communale qui occupe actuellement l'étage de la Maison de la Culture. Projet abandonné tout aussi rapidement vu l'ampleur des rénovations à accomplir. 

Enfin en mars 2012, devant les caméras de No Télé, le Directeur-Gérant de la société de logements sociaux "Le Logis Tournaisien" dévoila un projet de réhabilitation du bâtiment par la création d'une vingtaine de logements. Un projet dont on a plus entendu parlé depuis !

En état de mort clinique, plongée dans un coma dépassé, en janvier 2013, l'église Sainte-Marie Madeleine se dresse désormais au centre d'un quartier dont la rénovation est presque terminée, jadis elle en était le phare, désormais elle en est la lépreuse dont tout le monde se détourne. 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J Bozière, ouvrage paru en 1864 chez l'éditeur Adolphe Delmée, "Répertoire photographique du mobilier des sanctuaires de Belgique" - Province du Hainaut édité en 1982 par le Ministère de la Communauté Française de Belgique, "articles parus dans les bulletins 65 et 67 de l'asbl Pasquier Grenier en 2001, article parus dans le Nord-Eclair et le Courrier de l'Escaut et recherches personnelles).

S.T. janvier 2013.

12 janv.
2013

09:30

Tournai : expressions tournaisiennes (207)

Ein sapré chauffeur !

Cha fait bin lommint mes gins que j'vous au parlé d'Albert, l'ceu qui a appris à conduire à soixante ans, l'ainnée dernière, et qui m'aveot mené querre des oués dins eine cinse à Ere (ch'éteot dins l'luméreo deux chints du meos d'novimpe passé, allez d'abord vir l'artique pou vous in rapp'ler).

Près d'deux meos après ceulle avinture, j'l'ai rincontré, verdi, au coin de l'rue d'la Ture.

"Commint cha va asteur la conduite" que j'li ai d'mindé tout d'suite.

"Cha roule... ainsin tous les jeudis, j'vas au magasin faire mes commissieons à deux chints mètes de m'maseon et l'diminche, pou passer l'temps, j'fais ein p'tit tour dins les camps".

"Ahais..., bin seûr, eine auteo quand on l'a acatée, i-a pos d'avance, i-feaut quand même bin l'user", l'annochint i-n'a pos compris, vous l'avez adveiné, que je m'fouteos d'li.

"T'as d'jà fait beauqueop d'kilomètes d'puis que t'as t'nouvelle carette ?"

"Mo bé, je n'les queompte pus, j'deos dépasser les quate chints, tins, j'ai d'jà fait eine feos l'plein"

"Quoi ? Ein seul plein in deux meos, bé milliards, elle ne conseomme pos beauqueop".

"Si fait, si fait et j'ai même été vir l'garagiste, l'ceu qui m'l'a vindue i-m'a dit que pou qu'elle conseomme ein peu moinse, j'devreos dépasser l'septante kilomètes heures, ch'est vite dit, eine vitesse parelle, cha s'ra pou pus tard quand j'l'arais bin in main".

"J'comprinds bin qu'in ville te n'vas sans doute pos dépasser ceulle vitesse mais... su les routes"

"Je n'sareos pos, j'fais toudis l'même tour, j'pars pa l'chaussée d'Lille, ch'est trinte kilomètes/heure, à causse des écoles jusqu'à Saint-Lazare et même au-d'zeur, après ch'est chinquante jusqu'à les Trois Suisses et septante dins l'traversée d'Orcq, après j'vas pa l'pilone d'Fromeont, ch'est pos larche ceulle route, ch'est pos facile de s'croiser et j'orviens tout bouboule pas l'chaussée d'Douai, cha fait eine pourménade d'eine beonne demi-heure et pou mi ch'est suffisant, i-n'm'in feaut pos plus asteur"

"Ahais, je veos, i-a pos à dire...cha décoiffe"

"Neon, néon, i-a pos d'danger du tout pasqu'elle n'est pos décapotable et... j'n'ai pus ein poil su l'caillou", l'biec-beos, i-n'aveot pos acore compris l'allusieon.

"Asteur que j'roule, je m'rinds queompte qu'i-a bin des sauvaches su les routes, i-a toudis eine chinquantaine de pressés qui klaxonnent derrière mi et i-s'mettent à m'doubler in m'ravisant avec ein air d'inragé".

"Ch'est vrai que derrière ti sur l'route, i-doiv'tent boire leu sang goutte à goutte".

"Les gins sont toudis pressés, faudra quand même bin printe l'temps pou morir, l'diminche, j'attinds l'après-deîner pou partir, pasque... au matin, t'as les ceusses qui orviennent des boites de nuit, i-seont quervés ou bin drogués, vaut mieux pos s'trouver su leu qu'min et... l'diminche vers chinq heures, t'as tous les Français qui vienne'tent boire eine pinte ou acater des pralines à Tournai, tout cha ch'est pus d' m'n'âche, à c'momint-là, m'n'auteo elle est d'jà dins l'garache".

"Ba... ch'est eine pétite distractieon".

"Ch'est surtout beauqueop d'ouvrache, quand j'rintre au garage, j'deos faire l'nettiache, pou inl'ver l'bédoule j'passe l'carrosserie à l'ieau claire et j'aspire les tapis qu'i-a par tierre... ch'est pos grave, ch'est bin ein p'tit ouvrache à côté de l'satisfactieon qu'elle me procure, tins... au beon temps, j'vas aller vir des inciens visins qui seont partis habiter à Gaurain, leu maseon elle n'est pos leong de l'CCB et cha lommint qui m'demindent pou aller, mais, i-a, à l'feos, là d'rudes touillaches j'ne me sins pos d'attaque à printe l'chaussée d'Bruxelles, ave les imbouteillaches".

"Te veux m'n'avis... passe pa Rumillies, Havinnes et Béclers, ch'est ein peu leong mais te vas y arriver".

"Ah... t'es seûr, et pou mi orvenir ?" là, j'n'areos jamais busié qui m'areot posé ceulle questieon !

"Bé, ch'est simpe, te vas dins l'eaute sins et te vas arrivé, si tout va bien (ch'est pos seûr) à t'maseon". 

"T'as pos ein GPS dins t'n'auteo? " i-m'a ravisé comme ein loleo

j'ai voulu canger l'conversatieon pasque cha preneot d'rudes proportieons.

"T'as fait Lindi Perdu ?".

"Ahais, mais on l'a fait à midi, pos du soir, pasque mi je n'roule jamais quant i-fait noir. Te sais que je n'sareos même pas alleumer mes leumières, l'jour où j'vas devoir absolumint l'faire, j'vas orwettier dins l'carnet pou lire queu bouteon permet d'tout éclairer, je deos l'avoir mis dins l'boîte à gants ou bin dins m'buréeau au meos d'décimpe quand i-a fait freod, j'aveos attrapé de l'buée su mes glaches et comme je n'saveos pos mette in route l'désembuache, j'frotteos avec eine main, te vas dire que ch'n'est pos fort malin ". 

"Ch'est vrai que ch'est différint d'rouler au soir et surtout quand i-a du brouillard"

"In puque, no bourguémette faisant fonctieon, i-a fait l'tour des boul'vards à six heures au matin et i-a constaté que des ampoules i-in minqueot bramint, i-l'a dit su No Télé et i-a même écrit au SPW. Ov'là eine heomme qui s'-s'liève teôt pou faire ses constats, sortir à c't'heure là... hein l'amisse, quoisque te dis d'cha ?"

"T'as pétête raiseon ou bin alors i-rintreot à s'maseon !". 

"Cha s'a bin passé l'grand plucache du Lindi perdu"

"On l'a fait à l'ieau, d'l'ieau pou faire guernoter l'lapin, pou cuire les penn'tières et pou l'accompagner, j'aveos l'pépète de devoir souffler dins l'balleon in rallant à m'maseon, te m'veos ichi priver d'permis"

"Ch'est vrai, j'n'aveos pos pinsé,... pou ti cha s'reot eine véritape catastrophe"

"Chest vrai, t'as raiseon l'Optimisse, pasque les habitudes i-seont vite prisses, je n'sareos pus m'passer de m'carette, rien qu'à pinser que je devreos aller orquerre mes penn'tières ave eine brouette" et i-a rajouté :

"A propeos, si te deos acore aller à Ere, querre des oués pou t'belle-mère, te gènes pos, te me l'dis et cha f'ra eine pétite sortie".

"Je m'sus rapp'lé dins quel état j'éteos rintré et j'li ai invinté eine mintirie, neon merci, elle souffère de l'vésicule et, d'puis, les oués, l'docteur i-li a interdit !".

(lexique : sapré : sacré / lommint : longtemps / l'ceu : celui / l'ainnée : l'année / querre : chercher / des oués : des oeufs / eine cinse : une ferme / l'luméreo : le numéro / novimpe : novembre / vir : voir / l'artique : l'article / ceulle avinture : cette aventure / verdi : vendredi / asteur : maintenant / ainsin : ainsi /les camps : les champs / bin seûr : bien sûr / acatée : achetée / l'annochint : l'innocent / adveiné : deviné / j'm'fouteos d'li : je me moquais de lui / queompter : compter / quate chints : quatre cents / beauqueop : beaucoup / ein peu moinse : un peu moins / parelle : pareille / toudis : toujours / à causse : à cause / au d'zeur : au-dessus / Fromeont : Froidmont, village près de Tournai où se trouve un pilone de la RTBF / larche : large / tout bouboule : tout doucement / eine pourménade : une promenade / l'beic-beos : le niais, le balourd, personne dénuée de bon sens / les sauvaches : les sauvages / inragé : enragé / morir : mourir / les ceusses : ceux / quervés : ivres / le qu'min ou l'quémin : le chemin / âche : âge / l'momint : le moment / ouvrache : travail / l'nettiache : le nettoyage / l'bédoule : la boue / l'ieau claire : l'eau claire / les inciens visins : les anciens voisins / pos leong : pas loin / à l'feos : parfois / des touillaches : des mêlées, du fourbi / pa : par / busier : penser / raviser : regarder / ein loleo : un innocent / canger : changer / pasque : parce que / ahais : oui / alleumer : allumer / les leumières : les lumières / orwettier : regarder / glaches : glaces / in puque : de plus / no bourguémette : notre bourgmeste, maire / bramint : beaucoup / pétête : peut-être / l'grand plucache : le repas important, repas de fête / guernoter : mijoter, cuire à petit feu / les penn'tières : les pommes de terre / j'aveos l'pépète : j'avais peur, je craignais / in rallant : en retournant / ichi : ici / orquerre : rechercher / eine mintirie : un  mensonge / souffère : souffre).

(S.T. Janvier 2013. 

09:30 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

10 janv.
2013

18:00

Tournai : un patrimoine à sauvegarder

Habitants de la ville, habitués à parcourir ses rues pour vos rendre au travail ou faire des emplettes, vous ne voyez peut-être plus ce qui en fait sa richesse, visiteurs de la cité des cinq clochers, lors d'un bref séjour, vous avez probablement découvert une partie de celle-ci, lecteurs de ce blog vous, avez, au fil des articles, eu connaissance de ses trésors. La richesse d'une ville, c'est son patrimoine, ce legs inestimable reçu de ceux qui nous ont précédés.

La liste des bâtiments et monuments remarquables est longue. Il y a l'héritage civil dans lequel on retrouve le Beffroi, la Halle-aux-Draps, le Pont des Trous, la Tour Henri VIII, les Tours Marvis, le Fort Rouge, la Tour du Cygne, les souterrains de la citadelle de Vauban, la gare édifiée par l'architecte Henri Beyaert, les hospices civils, le séminaire de Choiseul, le béguinage, la salle des Concerts, la grange aux dîmes de l'abbaye de Saint-Martin, le Palais de Justice, l'Hôtel de Ville et sa cour d'honneur, le Mont de Piété, le Musée des Beaux-Arts d'Horta...

Il y a l'héritage religieux dont le joyau, la cathédrale Notre-Dame (XIIe), est entouré d'églises ayant pour nom Saint-Jacques (XIIe), Saint-Piat (XIIe), Sainte-Marguerite (XIIIe), Saint-Quentin (XIIIe), Sainte-Marie-Madeleine (XIIIe), Saint-Brice (XIIIe), Saint-Nicolas (XIIIe), Saint-Jean (XIVe), l'église des Rédemptoristes (XIXe), la chapelle de l'Athénée, la chapelle Saint-Vincent... mais aussi par le palais épiscopal, le séminaire et sa chapelle du XVIIe siècle, la Maison des Anciens Prêtres...

Edifiés entre le XIIe et le XXe siècle, voilà autant de pièces indspensables à la réalisation de ce grand puzzle qu'est l'Histoire. 

Ce sont des témoignages importants, ils apportent un éclairage particulier sur la façon de vivre, de construire, d'aménager l'espace aux diverses époques, ils racontent une histoire, ils sont l'Histoire. Ils ont traversé stoïquement le temps, témoins muets de transformations, de drames, de conflits, ils ont subi les outrages des iconoclastes ou des Révolutionnaires, souffert d'incendies ou tremblé sous les bombardements. Les acharnés du progrès, les iconoclastes des temps modernes ont souvent menacé leur existence sans toutefois mettre leurs projets de vandales à exécution. 

Voici qu'au 21e siècle, leur survie est à nouveau en danger, ils sont régulièrement mis sous les feux de l'actualité au nom du "Profit", le dieu d'une nouvelle religion.  

Aucune autorité, aucun industriel aussi puissant soit-il, aucun homme n'a le droit devant l'Histoire, pour le peu de temps qu'il passe sur terre, de s'arroger celui de vie ou de mort sur ces géants du patrimoine. Il n'en est pas le propriétaire, il en est l'usufruitier moral et il doit le gérer en bon père de famille afin de le transmettre aux générations futures. Peut-être même que parmi ces démolisseurs, il y en a qui se sont un jour ému du plasticage de temples ou de la destruction de statues en Afghanistan ou ailleurs, peut-être y en a-t-il qui ont admiré et encouragé le déplacement des temples d'Abou Simbel avant la construction du barrage Nasser en Egypte, peut-être militent-ils pour la conservation de sites situés aux antipodes ?

Qui sont-ils ces pestiférés dont certains voudraient voir la disparition ?

Le vieux Pont des Trous, porte d'eau du Moyen-Age, un des derniers si ce n'est le dernier de ce type dans le Nord de l'Europe, site le plus photographié par les touristes après la cathédrale est devenu la vedette d'une feuilleton à rebondissements, celui de l'élargissement de l'Escaut, le fleuve qui traverse la cité. Certains en viendraient presque à regretter qu'il ne fut pas totalement détruit lors de la seconde guerre mondiale et que nos prédécesseurs, dans un souci de protection du patrimoine, aient pensé à le restaurer.

Les Tours Marvis, dernière partie visible de l'ultime enceinte de la ville qui se dégradent, pierre après pierre, dont les lèpres sont pudiquement cachées à la vue des promeneurs par un manteau de verdure et un lierre qui les mine chaque jour davantage. 

L'église Sainte-Marguerite, fermée au culte en 1965 et rapidement délaissée par manque de moyens financiers. Offertes aux intempéries et aux colonies de pigeons qui sont venus la peupler, elle menace ruine et, seul, son porche a jusqu'à présent été classé et restauré. 

L'église des Pères Rédemptoristes, fermée lors du départ des derniers occupants du couvent en l'an 2000, elle a été livrée au saccage d'un "antiquaire" néerlandais qui n'a pas fait dans la dentelle pour arracher ses boiseries et son maître-autel au moyen d'un bull ! depuis lors le bâtiment est mis en vente et aucun des projets imaginés par les architectes n'ont abouti. 

Nous allons réveiller un de ses géants endormis, agonisant dans l'indifférence presque généralisée sous les coups de boutoir du vent, noyé sous les pluies, écrasé par le guano des volatiles qui sont venus le coloniser, l'église Sainte-Marie-Madeleine fait partie de ce patrimoine tournaisien à sauvegarder !

(S.T. janvier 2013)