10 janv.
2013

Tournai : un patrimoine à sauvegarder

Habitants de la ville, habitués à parcourir ses rues pour vos rendre au travail ou faire des emplettes, vous ne voyez peut-être plus ce qui en fait sa richesse, visiteurs de la cité des cinq clochers, lors d'un bref séjour, vous avez probablement découvert une partie de celle-ci, lecteurs de ce blog vous, avez, au fil des articles, eu connaissance de ses trésors. La richesse d'une ville, c'est son patrimoine, ce legs inestimable reçu de ceux qui nous ont précédés.

La liste des bâtiments et monuments remarquables est longue. Il y a l'héritage civil dans lequel on retrouve le Beffroi, la Halle-aux-Draps, le Pont des Trous, la Tour Henri VIII, les Tours Marvis, le Fort Rouge, la Tour du Cygne, les souterrains de la citadelle de Vauban, la gare édifiée par l'architecte Henri Beyaert, les hospices civils, le séminaire de Choiseul, le béguinage, la salle des Concerts, la grange aux dîmes de l'abbaye de Saint-Martin, le Palais de Justice, l'Hôtel de Ville et sa cour d'honneur, le Mont de Piété, le Musée des Beaux-Arts d'Horta...

Il y a l'héritage religieux dont le joyau, la cathédrale Notre-Dame (XIIe), est entouré d'églises ayant pour nom Saint-Jacques (XIIe), Saint-Piat (XIIe), Sainte-Marguerite (XIIIe), Saint-Quentin (XIIIe), Sainte-Marie-Madeleine (XIIIe), Saint-Brice (XIIIe), Saint-Nicolas (XIIIe), Saint-Jean (XIVe), l'église des Rédemptoristes (XIXe), la chapelle de l'Athénée, la chapelle Saint-Vincent... mais aussi par le palais épiscopal, le séminaire et sa chapelle du XVIIe siècle, la Maison des Anciens Prêtres...

Edifiés entre le XIIe et le XXe siècle, voilà autant de pièces indspensables à la réalisation de ce grand puzzle qu'est l'Histoire. 

Ce sont des témoignages importants, ils apportent un éclairage particulier sur la façon de vivre, de construire, d'aménager l'espace aux diverses époques, ils racontent une histoire, ils sont l'Histoire. Ils ont traversé stoïquement le temps, témoins muets de transformations, de drames, de conflits, ils ont subi les outrages des iconoclastes ou des Révolutionnaires, souffert d'incendies ou tremblé sous les bombardements. Les acharnés du progrès, les iconoclastes des temps modernes ont souvent menacé leur existence sans toutefois mettre leurs projets de vandales à exécution. 

Voici qu'au 21e siècle, leur survie est à nouveau en danger, ils sont régulièrement mis sous les feux de l'actualité au nom du "Profit", le dieu d'une nouvelle religion.  

Aucune autorité, aucun industriel aussi puissant soit-il, aucun homme n'a le droit devant l'Histoire, pour le peu de temps qu'il passe sur terre, de s'arroger celui de vie ou de mort sur ces géants du patrimoine. Il n'en est pas le propriétaire, il en est l'usufruitier moral et il doit le gérer en bon père de famille afin de le transmettre aux générations futures. Peut-être même que parmi ces démolisseurs, il y en a qui se sont un jour ému du plasticage de temples ou de la destruction de statues en Afghanistan ou ailleurs, peut-être y en a-t-il qui ont admiré et encouragé le déplacement des temples d'Abou Simbel avant la construction du barrage Nasser en Egypte, peut-être militent-ils pour la conservation de sites situés aux antipodes ?

Qui sont-ils ces pestiférés dont certains voudraient voir la disparition ?

Le vieux Pont des Trous, porte d'eau du Moyen-Age, un des derniers si ce n'est le dernier de ce type dans le Nord de l'Europe, site le plus photographié par les touristes après la cathédrale est devenu la vedette d'une feuilleton à rebondissements, celui de l'élargissement de l'Escaut, le fleuve qui traverse la cité. Certains en viendraient presque à regretter qu'il ne fut pas totalement détruit lors de la seconde guerre mondiale et que nos prédécesseurs, dans un souci de protection du patrimoine, aient pensé à le restaurer.

Les Tours Marvis, dernière partie visible de l'ultime enceinte de la ville qui se dégradent, pierre après pierre, dont les lèpres sont pudiquement cachées à la vue des promeneurs par un manteau de verdure et un lierre qui les mine chaque jour davantage. 

L'église Sainte-Marguerite, fermée au culte en 1965 et rapidement délaissée par manque de moyens financiers. Offertes aux intempéries et aux colonies de pigeons qui sont venus la peupler, elle menace ruine et, seul, son porche a jusqu'à présent été classé et restauré. 

L'église des Pères Rédemptoristes, fermée lors du départ des derniers occupants du couvent en l'an 2000, elle a été livrée au saccage d'un "antiquaire" néerlandais qui n'a pas fait dans la dentelle pour arracher ses boiseries et son maître-autel au moyen d'un bull ! depuis lors le bâtiment est mis en vente et aucun des projets imaginés par les architectes n'ont abouti. 

Nous allons réveiller un de ses géants endormis, agonisant dans l'indifférence presque généralisée sous les coups de boutoir du vent, noyé sous les pluies, écrasé par le guano des volatiles qui sont venus le coloniser, l'église Sainte-Marie-Madeleine fait partie de ce patrimoine tournaisien à sauvegarder !

(S.T. janvier 2013)


Commentaires

Je suis tout à fait d'accord avec ton coup de gueule. Bravo pour tout ce que tu fais pour Tournai.

Écrit par : Un petit Belge | 10/01/2013

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