14 janv.
2013

Tournai : "La Madeleine", un patrimoine à sauvegarder !

Entre Escaut et Saint Jacques, entre rue du Cygne et Jardin de la Reine s'étend le quartier dit de "la Madeleine" tirant son nom de l'église paroissiale Sainte-Marie-Madeleine. Dans ce quartier surtout consacré à l'habitat se côtoient depuis bien longtemps petites maisons ouvrières, fondations, béguinage, résidences, maisons bourgeoises et hôtels de maître. 

Après avoir abrité des foulons, ouvriers tanneurs de peau, le quartier vit s'élever, dans le courant du XVIIIe siècle, deux industries qui firent la renommée de Tournai à l'étranger. François Joseph Péterinck y créa sa manufacture de porcelaine et Jacques Lefebvre-Caters, celle de bronze doré et ciselé. Le quartier existe depuis près de sept cents ans. 

Au XIIIe siècle, la ville, connaissant une importante prospérité, se transforme. Autour de sa cathédrale et de son beffroi, élevés une centaine d'années plus tôt, de nouveaux quartiers se développent. Les riches bourgeois de l'époque se font construire de somptueuses demeures et on voit aussi apparaître de petites maisons occupées par les ouvriers notamment employés dans l'industrie du drap.

Profondément religieux, le peuple a besoin d'églises et c'est ainsi qu'on va voir s'élever durant ce siècle plusieurs édifices religieux qui vont devenir le centre de paroisses (Saint-Quentin, Sainte-Marguerite...).

Dans l'important quartier qui longe ce qu'on appelait alors la rue courtrisienne, (le chemin qui menait à Courtrai), l'évêque Walter de Marvis, celui-là même qui avait doté la cathédrale de son choeur gothique, fait édifier, vers 1252, une église à l'emplacement d'un ancien oratoire déjà dédié à Sainte Marie-Madeleine à qui elle sera également dédicacée. De style gothique, l'église Sainte-Marie-Madeleine est construite en pierre calcaire de Tournai, sur un axe nord-sud et entourée d'un âtre (cimetière). Elle présente une nef rectangulaire s'ouvrant sur un choeur à chevet plat, en forme de rectangle allongé. Alors qu'il était prévu de la doter de deux tours, une seule fut érigée, celle située au Nord. L'intérieur comporte également trois nefs à quatre travées et un transept non saillant. Dans le courant de la seconde partie du XVIIIe siècle, peu avant la Révolution, l'église sera pourvue d'un autel majeur, de stalles, d'un confessionnal en chêne et de lambris de style Louis XVI. On y trouvait aussi le groupe dit de "l'Annonciation" qui est désormais visible à l'église Saint-Quentin. Lorsqu'il fut décidé de ne plus inhumer les morts à l'intérieur de l'enceinte des villes, le cimetière fut transformé en espace arboré qui prit par la suite le nom de "Terrasse de la Madeleine". Le curé Petillon dotera le choeur d'un nouveau pavement en 1821, la restauration de cette partie de l'édifice ayant été menée par Louis Cloquet.  En 1897, on y installera l'orgue.

En 1940, elle fut endommagée par un bombardement et restaurée ensuite par l'architecte Clerbaux. En 1964, le doyenné de Tournai fit procédé à un important remaniement paroissial. Celle-ci fut basé sur plusieurs critères : la désaffectation industrielle du quartier et son appauvrissement, la baisse des ressources financières, le manque de prêtres qui commençait à se faire sentir et l'abandon du culte par les fidèles. Tout comme l'église Sainte-Marguerite, Sainte-Marie Madeleine fut définitivement fermée au culte au soir de la fête de Pentecôte, le 2 juin 1968. Le manque d'entretien, l'absence de chauffage, la colonisation par les pigeons, le vent, les pluies, les variations de température... autant d'éléments qui ont amené sa lente et inéluctable dégradation. 

On y trouve un monument votif de la famille de Clermès, Roger I, décédé en 1400 et son épouse Marie Bouvine (décédée en 1426), Roger II, décédé en 1424 et son épouse Catherine Bourgoilt décédée en 1462. On découvre également trois dalles funéraires des familles de Jacques Jambon (+1630), de Jacques du Fay (+1710) et d'Emmanuel Antoine Joseph de Cambry de Siraucourt (+1808). 

L'église Sainte-Marie-Madeleine avait été classée comme monument par l'Arrêté Royal du 15 septembre 1936.

On nous dit que l'église était dotée à l'origine de cinq cloches, deux petites, fêlées, ont été descendues en 1970 et refondues, elles sonnent désormais dans le clocher de l'église Saint-Paul dans le quartier du Vert-Bocage.

Des trois cloches toujours en place en 2001, on possède la description suivante : la plus petite d'une hauteur de 62 cm, d'un diamètre de 80 cm et d'un poids de 300 kilos environ est ornée d'une médaillon de la Vierge, baptisée Marie-Germaine, elle a été fondue par les ateliers Michiels de Tournai en 1955, la cloche moyenne présente une hauteur de 75 cm, un diamètre de 95 cm et un poids de plus ou moins 500 kilos, répondant au nom de Maria, elle daterait de 1512 quant la plus imposante, elle présente une hauteur de 85 cm, un diamètre de 112 cm et un poids d'environ 800 kilos, ornée d'une piéta, elle porte le nom de Marie-Madeleine, elle aussi a été fondue par les ateliers tournaisiens de Michiels en 1955.

En 1987, après plus de vingt ans d'abandon, consciente du délabrement de cet ancien lieu de culte et de son environnement, l'asbl Pasquier Grenier a mené une campagne de sensibilisation pour sauver le quartier qui était moribond. Un promoteur immobilier avait jeté son dévolu sur les maisons inoccupées et parfois gravement endommagées. Faisant fi de l'histoire d'une ville dont il n'était pas originaire, son but avoué était de raser ce qu'il appelait des taudis pour construire, à la place, des résidences en brique et pierre... de France, d'un cachet fort banal. Un premier coup de frein à cette tentative de massacre d'un quartier fut donné par le rachat d'une des maisons de rangée par la Fondation Pasquier Grenier (son nom d'alors modifié depuis suite à la nouvelle loi sur les fondations et asbl). Au même moment, les autorités communales étaient ocupées à la restauration de l'ancienne caserne des Sept Fontaine dans la rue Frinoise toute proche. Celle-ci allait sonner le renouveau du quartier. Grâce à l'action de Pasquier Grenier, des travaux de mise hors eau et de maintien de stabilité sont effectués à l'église en 1995 par la fabrique sur injonction de la Région Wallonne pour un coût de près de sept millions de francs de l'époque. Les membres de la Fondation vont même procéder à un nettoyage complet du lieu et y organiser un week-end de visites. Beaucoup de Tournaisiens ont, à cette occasion, (re)découvert ce bâtiment fermé trente ans plus tôt. Je me rappelle de la vision de cette poutre gisant sur le sol de la nef, n'ayant pas résisté aux outrages du temps, elle s'y était fracassée, comme si elle avait chois le suicide dans un ultime appel à l'aide !

Dans le quartier, les rénovations se sont poursuivies, une rangée de petites maisons de style, la brasserie Saint-Yves, l'entrée du Béguinage...

Pour l'église de nombreux projets ont vu le jour : en 2001, L'institut du Patrimoine Wallon, devenu propriétaire du lieu pour le franc symbolique, envisageait l'installation du musée de l'imprimerie wallonne où serait notamment exposée la riche collection Casterman, on estimait alors à septante millions le budget nécessaire pour cette réalisation car il fallait avant tout restaurer la toiture et la charpente, consolider les murs latéraux, nettoyer et rejointoyer les maçonneries et réparer certaines dalles de sol. On aurait disposer ainsi d'un espace muséal de 700 m2 ("aurait" car le projet a rapidement avorté).

Par la suite, la Ville de Tournai pensa y loger sa bibliothèque communale qui occupe actuellement l'étage de la Maison de la Culture. Projet abandonné tout aussi rapidement vu l'ampleur des rénovations à accomplir. 

Enfin en mars 2012, devant les caméras de No Télé, le Directeur-Gérant de la société de logements sociaux "Le Logis Tournaisien" dévoila un projet de réhabilitation du bâtiment par la création d'une vingtaine de logements. Un projet dont on a plus entendu parlé depuis !

En état de mort clinique, plongée dans un coma dépassé, en janvier 2013, l'église Sainte-Marie Madeleine se dresse désormais au centre d'un quartier dont la rénovation est presque terminée, jadis elle en était le phare, désormais elle en est la lépreuse dont tout le monde se détourne. 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de A.F.J Bozière, ouvrage paru en 1864 chez l'éditeur Adolphe Delmée, "Répertoire photographique du mobilier des sanctuaires de Belgique" - Province du Hainaut édité en 1982 par le Ministère de la Communauté Française de Belgique, "articles parus dans les bulletins 65 et 67 de l'asbl Pasquier Grenier en 2001, article parus dans le Nord-Eclair et le Courrier de l'Escaut et recherches personnelles).

S.T. janvier 2013.

Commentaires

Espérons que ton coup de gueule soit entendu.... Bonne semaine Serge.

Écrit par : Un petit Belge | 14/01/2013

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