02 janv.
2013

Tournai : gros plan sur l'église Saint-Quentin

Imposant édifice en pierre coiffé de tuiles rouges, l'église Saint-Quentin est située sur le forum tournaisien entre les rues de l'Yser et des Maux, à quelques pas du Fort Rouge. 

Cette église de style roman a été édifiée vers l'an 1200 et a subi de nombreuses transformations au cours des siècles, déjà au XIIIe, ensuite au XVe et plus près de nous sous l'égide de l'architecte Bruno Renard au XIXe et sous celle de Constant Sonneville au début du XXe. L'édifice a particulièrement souffert des bombardements allemands de 1940 et a été en grande partie détruit, il a été restauré et réouvert au culte en 1968. Suite à la destruction de la chapelle paroissiale Notre-Dame, située, avant la seconde guerre, sur le flanc nord de la cathédrale, le sanctuaire dédié à Saint-Quentin a été doté du patronyme "Eglise Notre-Dame et Saint-Quentin", mais à Tournai il est mieux connu sous son nom initial. La construction est bizarrement orientée S.E (porche) - N.O (choeur). 

Du sanctuaire originel ne subsiste que la nef unique de quatre travées, le transept avec tour de croisée et deux chapelles d'angles. Le choeur à sept pans, son déambulatoire et ses trois chapelle en absides datent du XVe siècle (1464-1469).

En ce temps vivait à Tournai un dénommé Pasquier Grenier, un maître-tapissier dont on connaît le nom, surtout, parce qu'il a été donné, dans la seconde partie du XXe siècle, à une ASBL soucieuse de défendre le patrimoine tournaisien.

En 1469, on a donc renouvelé le choeur de l'église Saint-Quentin. Pasquier Grenier et son épouse Marguerite De Lannoy ont promu et donné l'argent nécessaire non seulement à l'érection des huit colonnes qui le soutiennent mais aussi à la construction d'une chapelle derrière le maître-autel dédiée au Saint-Sacrement. Ils fondèrent dans celle-ci quatre messes hebdomadaires. Les voûtes d'ogive et les parois de cette chapelle furent richement décorés. Le reste des travaux fut financé par des dons des paroissiens.

De Pasquier Grenier, on ignore la date de la naissance, tout au plus sait-on qu'il fut reçu dans la bourgeoisie le 7 juillet 1447. Si certains lui attribuent la paternité de dix-sept enfants, en réalité ils n'étaient que sept ! L'homme était le fournisseur attitré de la Cour de Bourgogne, il compta parmi ceux qui lui commandèrent des oeuvres Philippe le Bon et Charles le Téméraire. On lui doit notamment des tapisseries intitulées : "Histoire d'Alexandre", "Passion de Notre-Seigneur", "Paysans et bûcherons au travail", "Histoire d'Assuérus et d'Esther", "Chevalier au Cygne" ou la "Guerre de Troie". Il a rempli des fonctions d'ambassadeur des Etats auprès du roi Louis XI. Il a également investi dans le commerce du vin. Il est décédé le 24 juillet 1493 léguant ses cartons à ses deux fils, Jean et Antonin, qui reprirent les affaires de leur père. 

L'histoire nous apprend que la chapelle du Saint-Sacrement a été en partie édifiée sur l'âtre de l'église (le cimetière), à l'emplacement ou s'élevait une maisonnette où étaient conservés et distribués les biens pour les pauvres, ce qu'on appelait alors "la table des pauvres". 

Pasquier Grenier repose donc dans la chapelle qu'il avait offerte à la paroisse, une plaque apposée par l'asbl qui porte son nom le rappelle : "Dans cette chapelle bâtie à son instance fut inhumé en 1493 Pasquier Grenier, fabricant célèbre et grand marchand de tapisseries, fournisseur des ducs de Bourgogne et de Milan ainsi que du roi d'Angleterre, diplomate autant que mécène, qui sut de toutes ces manières donner renom à sa ville".

Une visite de l'édifice permet de découvrir également, aux angles formés par la nef et le transept, deux chapelles circulaires dont l'une abrite le tombeau de Jacques Castaigne (1327). A la droite du transept se trouvent les orgues de 36 jeux réalisés dans les ateliers du facteur d'orgues tournaisien Georges Delmotte en 1986. 

Dans le choeur, le tabernacle, oeuvre de Gaspard-Fr Lefebvre, provient de l'ancienne église Notre-Dame et l'autel date du XVIIIe siècle.

Au sol, on découvre de très nombreuses dalles funéraires dont les plus anciennes sont celles de Jehan Camby, mort en 1537, de Guillaume de Steenwerper (+1626), Barbe Bouchout (+1626) et de leur fille Florence (+1667), de Robert Scorion (+1648) et Ienne Binnoy (+1638), Jacques Bert (+1659), Agnes Dupret (+1685) et leurs enfants Jean (+1656) et Jeanne (+1701)... 

(sources : "Répertoire photographique du mobilier des sanctuaires de Belgique - Province du Hainaut"  édité par l'Institut Royal du Patrimoine Artistique en 1982 - article de Stéphanie Moris, licenciée en archéologie, paru dans le n° 83 de 2005 dans l'asbl Pasquier Grenier et recherches personnelles)

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