31 déc.
2012

09:00

Tournai : les festivités de janvier.

Au moment d'ouvrir ce nouvel agenda, l'Optimiste tient à vous présenter ses meilleurs voeux pour l'année nouvelle. Il remercie ses lecteurs pour leur fidélité qui s'est traduite par un peu plus de 96.000 visites cette année et plus de 500.000 visites pour les 1.310 articles postés depuis la création du blog en avril 2007 !

Ses voeux vont aussi à ceux qui lui laissent régulièrement ou occasionellement des commentaires (près de 750), à tous ses amis dont les blogs sont repris en liens et à ceux qui découvrent ce blog, pour la première fois, aujourd'hui...

Le mois de janvier 2013 sera riche en évènements et le choix sera, une fois encore, difficile. 


Jusqu'au 6 janvier, Esplanade du Conseil de l'Europe, le cirque Franco-Canadien présente son spectacle de Noël

Dimanche 6, Vieille Guinguette, 9h30, "Marche des Etrennes" organisée par le Cercle d'Histoire de la Vallée du Rieu de Barges.

Dimanche 6, Eglise Saint-Quentin, 17h, "Concert Italien" par l'Orchestre de la Chapelle Musicale de Tournai sous la direction de Philippe Gérard, l'ensemble vocal du Brabant Wallon sous la direction de C. Messiaen et l'ensemble vocal du Conservatoire de Tournai sous la direction de Michel Jakobiec, dans des oeuvres de Vivaldi, Respighi et Rota, une organisation de la Chapelle Musicale de Tournai.

Lundi 7, en soirée, en famille ou au restaurant, repas du "Lundi Perdu", le 3e réveillon des Tournaisiens. 

Mardi 8, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Madriguera" par Estelle Delcambre et Ivan Fatjo sur une musique originale d'Akosh S.

Jeudi 10, Maison de la Culture, conférence "Les transformations sociales, politiques et identitaires dans la Russie d'aujourd'hui" par Aude Merlin, professeur à l'ULB, dans le cadre du cycle de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 10, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Good Mourning", spectacle en américain, sous-titré français avec Florence Minder, une production du Théâtre National de Belgique.

Samedi 12, Conservatoire de Musique, 11h00, rencontre autour de "l'écrivain public" et projection du documentaire "Do the writing" de Valérie Vanhoutvinck. 

Samedi 12, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "Zoro et Jessica" par les Ateliers de la Colline, une création collective visible par les familles avec enfants de plus de 6 ans.

Dimanche 13, Eglise Saint-Brice, 11h, Sainte-Cécile de la chorale Tornacum.

Dimanche 13, Musée de la Tapisserie, 16h, "Quatuor Elias" de Grande-Bretagne, dans des oeuvres de Purcell, Britten et Chostakovitch. Un concert organisé dans le cadre du 11e festival européeen du Quatuor à Cordes "Les Voix Intimes" de Tournai. 

Dimanche 13, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 18h, "Un stylo dans la tête" comédie de Jean Dell avec Francis Perrin et Anne Canevas, une organisation du Club Soroptimist de Tournai.

Mardi 15, Auditoire du Séminaire, 13h45, conférence "Les Congolais racontent le Congo Belge de 1940 à 1960" par François Ryckmans de la RTBF dans le cadre du cycle "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui". 

Du Mardi 15 au Mardi 22, cinéma Imagix, "RamDam Festival", le festival du Film qui dérange.

Jeudi 17, Maison de la Culture, conférence "Moïse et l'exode, l'opinion des égyptologues" par Claude Obsomer, professeur à l'UCL, dans le cadre de l'Université du Temps disponible.

Samedi 19, salle La Fenêtre, 20h, "Clara 69" Samedi des Planches avec Julie Ragain.

Samedi 19, Halle-aux-Draps, 20h, "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. 

Samedi 19, dimanche 20 et lundi 21, Tournai-Expo "Salon Bâtirama 2013". les nouveautés en matière de construction et de l'aménagement intérieur. 

Mardi 22, Auditoire du Séminaire, 13h45, conférence "L'Europe et l'avenir du monde" par Michel Foucher, géographe et diplomate, dans le cadre du cycle "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui". 

Jeudi 24, Maison de la Culture, conférence "Confucius, l'homme et son temps" par Catherine Noppe, historienne de l'art, conservatrice au Musée de Mariemont (collection d'Extrême-Orient) dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 24, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 17h et 20h, "Russie de Moscou à Saint-Petersbourg", conférence par Michel Drachoussoff, dans le cadre du cycle "Exploration du Monde".

Vendredi 25, Centre de la Marionnette, "Hamlet froid" par la Compagnie Paropticum et tétra lyre (à partir de 14 ans).

Vendredi 25, Halle-aux-Draps, 20h, "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. 

Vendredi 25, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, première journée du "Tournai Jazz Festival" avec Boyan Vodenitcharo et Steve Houben et en seconde partie Richard Galliano

Vendredi 25, samedi 26 et dimanche 27, Tournai-Expo "Salon Bâtirama", le salon des nouveautés dans le domaine de la construction et de l'aménagement intérieur. 

Samedi 26, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, seconde journée du "Tournai Jazz Festival" avec le "Jazz Music Orchestra" sous la direction de Charles Michiels.

Samedi 26, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, Manu Katché et le trompettiste Nils Peter Molvaer, à 21h30 Ibrahim Maalouf en clôture du "Tournai Jazz Festival".

Samedi 26, Halle-aux-Draps, 20h, "Petit Cabaret" de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien. 

Dimanche 27, Froyennes, Foyer Saint-Eloi, 16h, "L'Carnaval" par la Relève Saint-Eloi au profit du SAJ La Marelle de Tournai. 

Dimanche 27, salle La Fenêtre, 18h, concert, "Yanu", groupe musical mélangeant la musique du monde et la chanson française. 

Mardi 29, Auditoire du séminaire, 13h45, conférence "Qui doit gouverner ?" par Pierre-Henri Tavoillot, philisophe, professeur à la Sorbonne. 

Mardi 29 et Mercredi 30, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h, "Heroes (just for one day)",  pièce de Vincent Hennebicq avec Jean Pierre Baudson, Olivia Carrère, Lucie Debay, Greg Rémy, Raven Ruell, François Sauveur et Laura Sépul, une production du Théâtre National de Belgique. 

Mercredi 30, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 16h, "Îlo" par la Compagnie Chaliwaté avec Sandrine Heyraud et Sicaire Durieux, spectacle familial à partir de 6 ans. 

Jeudi 31, Maison de la Culture, "Roméo et Juliette de Prokofiev" par Antoine Didry-Demarle pianiste, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible. 


Expositions :

jusqu'au 14 janvier, "Infiniment Fil, Domaine de la Lice 1981-2011" au Musée de la tapisserie

jusqu'au 20 janvier "Contemporary Fine Art - salon divers" différents artistes à la Rasson Art Gallery.

Du 12 janvier au 17 février : "Roland Denayer et Colette Van Poelvoorde - inventions à deux voix" à la Maison de la Culture. 

Du 19 janvier au 1er février, Maison de la Laïcité, exposition de photos de la ligue de l'enseignement.

Du 31 janvier au 24 février : Phil, Portrait d'une serial killer au repos" à la Maison de la Culture.

En permanence : "Marionnettes du Monde entre Ciel et Terre" , au Centre de la Marionnette. 

 

N.B. ce programme est susceptible d'ajouts ou de modifications.  S.T. décembre 2012.

29 déc.
2012

10:31

Tournai : expressions tournaisiennes (205)

Beonne ainnée !

Ch'est fini l'temps des l'belles cartes postales ave des dorures, de l'neiche et des chalets, qu'on inveyeot à l'fin du meos d'décimpe, à tertous pou présinter ses beons souhaits, asteur ch'est pa sms ou acore internet qu'on présinte ses voeux à s'moneonque, à ses amisses ou à s'n'amourette. 

D'puis que les contrôles "Bob" su nos routes ont eu raiseon des visites de l'an et des p'tites gouttes, ces bieaux meots : "Eine beonne ainnée, eine beonne santé, mettez vo main à vo saclet, n'orwettiez pos c'que vous donnez", ont été rimplachés pa : "Te sais marraine, pou les étrennes je n'sais pos m'déplacher, su m'queompte t'as qu'à les virer".

Ahais, ov'là 'cor eine ainnée qui est oute, trois chint soixante-chinq jours, cha n'a fait qu'ein tour. On peut dire qu'i-s'in a passé pindant ces douze meos. 

Dins les gazettes, ch'est l'momint où on veot les prévisieons des astrologues, on vous dit tout c'qui va arriver d'beon et d'mauvais pindant l'ainnée qui vient. Aussi j'ai décidé d'vous deonner vo n'avenir pou les douze meos de 2013. On est jamais mieux servi que pa soi-même. Seul'mint j'n'ai pos d'boule de cristal et j'ai ravisé dins eine boutelle in verre (attintieon : eine beonne boutelle, ein Don Pérignon 1966, j'ai même été obligé d'inl'ver l'poussière pou voir clair) et ov'la ce que j'ai vu !

Tournisiens, Tournisiennes, i-va ichi s'passer bramint d'cosses :

L'météo n'sera pos beonne, de l'pluèfe, du vint, de l'neiche mais pos beauqueop, des risques d'inondatieons, des oraches in été et pétête même eine vague de caleur au meos d'juillet.

L'vie s'ra pus tcher, tout va aurminter sauf les salaires : les timbres poste, l'pétrole pou l'cauffage, les carburants pou les auteos, les tasques, les commissieons dins les magasins, j'ai même vu, dins m'boutelle, eine bohette pou les intrées payantes su l' nouvieau parking de Tournai-Expo.

I-va ichi avoir des chantiers dins toutes les rues d'no ville, l'ceu de l'avenue de Troyes, in face du gardin d'la Reine, i-va durer pindant des meos, l'rue de l'Madeleine elle va continuer à s'dégrader et pou s'faire des liards, la Ville pinse même à l'louer pour les intraînements des pilotes du Dakar. Su l'Grand'Plache, les potelets veont acore souffère à causse des quervassins du petit matin. On n'va pus vir nos cheonq clotiers, i-veont ête imballés pindant siept ou huit ainnées.

On va acore parler du Peont des Treos et d'l'élargiss'mint d'l'Esquéaut

L'nouvieau bourguémette, ein bieau p'tit garcheon à neunettes, ein heomme érudit à l'air bin poli et bin honnête éteot attindu pa certains comme l'Messie, comme ein Mossieu Propre, l'ceu qui va ichi ormette l'pain dreot, nettier l'ville et li apporter l'sécurité.

Feaut dire que d'puis quate ou chinq ans, ch'est pos triste, dins no ville, ave tout ce qui s'passe de l'nuit su les quais ou bin su l'plache de Lille. No cité est devenu eine véritape "Cour des Miraques" où on truèfe tous les mal-moutrants, les codolettes, les bringands, les débaltés de toutes les espèces qui passent leu temps à faire amarvoyer les eautes et qui ont fini pa orbuter les brafes gins. Sortir, pindant l'week-end, ch'n'est pos sache, après dix heures au soir, ch'est risquer l'décarcassache. Comme dins l'Nord de la France ou in Flandre, tout i-est serré beauqueop pus teôt, no ville elle devenue l'lieu du grand rassimblemint de tous les marlous et des cacheux-misère, des filouteux, elle est à partir du soir, l'défouloir d'eine jeonesse sans espoir !

L'matin ch'est pos mieux. Quand on est acore à s'lit, i-d'a qui rôdent in cachant à faire ein mauvais queop. Pasqu'i-n'ont pos invie d'ouvrer, i-veont préférer attaquer les gins et les voler, in les blessant ou les traumatisant. Hureus'mint, no brafes policiers ont l'nez fin et déjeuent les plans d'ces beons à rien. De l'sémaine, on a été ainsin réveillé pa ein hélicoptère qui cacheot, dins les quartiers, au moyen de s'grosse leumière après trois ou quate gangsters, quand i-ont vu arrivé l'combi, i-ont bin vite déguerpi et su l'Grand'Plache, bin avant l'patinoire, i-ont fait eine richoire. Cagoulés et armés i-ont détalé, tout in menaçant les policiers. I-ont été arrêtés, mais l'fin d'l'histoire elle n'est pos triste, i-ont dit au juge qu'i-éteotent jusse d'brafes touristes. I-nous f'reot'ent vraimint accroire des cacoules, quand i-fait plus dix degrés pindant l'nuit, on n'pourmène pos avec eine cagoule. 

I-a aussi... les artistes, eusses aussi i-n'seont pos tristes, profitant du noir, i-s'faufilent pa les trottoirs et veont peindre des "oeuvres" débiles su les façades de no ville. Treos ou quate lettes, ein meot sans queue ni tiête, sorti tout dreot de l'cal'basse d'eine biête. Bin souvint (mais pos toudis) i-seont étudiants dins eine grande école où i-veont pou apprinte l'Art. Mi j'leur dis à ces morveux :"N'est pos Dali qui veut" ! 

J'voudreos terminer m'n'artique in rindant hommache aux heommes et aux feimmes du Becquerelle (ch'est là que s'truèfe l'commissariat) qui pou asseurer l'sécurité des Tournaisiens seont su l'peont du soir au matin. Au lieu d'les critiquer, on f'reot bin mieux d'les respecter ! Pasque j'veos qui veont acore bin avoir d' l'ouvrache ! Et pou vir cha, i-n'feaut pos d'boule de cristal, ni d'boutelle de Don Pérignon !

J'vous ai fait mes prédictieons, on voira dins ein an si ch'est vérifié et in attindant, j'vous souhaite "eine beonne et hureusse" mes gins et à l'feos qui vient !

P.S. Edmeond et Fifinne demindent pou vous transmette les voeux qui feont pou vous, cha va coûter moins tchier !

(lexique : l'neiche : la neige / décimpe : décembre / à tertous : à tous / asteur : maintenant / l'moneonque : l'oncle / les amisses : les amis / l'saclet : la bourse / orwettier : regarder / rimplaché pa : remplacé par /déplacher : déplacer / queompte : compte / ahais : oui / oute : passée / l'momint : le moment / raviser : regarder / l'boutelle : la bouteille / bramint : beaucoup / cosses : choses / l'pluèfe : la pluie / l'vint : le vent / les oraches : les orages / pétête : peut-être / l'caleur : la chaleur / tcher ou tchier : cher / aurminter : augmenter / l'cauffage : le chauffage / les tasques : les taxes / eine bohette : un guichet / l'gardin : le jardin / s'faire des liards : se faire de l'argent / souffère : souffrir / les quervassins : les ivrognes / les cheonq clotiers : les cinq clochers / l'Esquéaut : l'Escaut / l'bourguémette : le bourgmestre, (le maire) / les neunettes : les lunettes / l'ceu : celui / ormette : remettre / dreot : droit / nettier : nettoyer / quate : quatre / chinq : cinq / l'plache : la place / on truèfe : on trouve / les mal-moutrants : les mal-intentionnés / les codolettes : les buveurs / les bringnds : les mauvais sujets / les déblatés : les éxcités, les déchaînés / faire amrvoyer : tourmenter / orbuter : rebuter / sache : sage / l'décarcassache : le fait de briser la carcasse / serré : fermé / beauqueop : beaucoup / pus teôt : plus tôt / les marlous : les coureurs de jupons / les cacheux misère : les cherche misère / les filouteux : les voleurs / eine jeonesse : une jeunesse / cachant : cherchant / eine queop : un coup / ouvrer : travailler / hureus'mint : heureusement / déjeueur : déjouer / l'leumière : la lumière / l'Grand'Plache : la Grand'Place / eine richoire : une glissade / jusse : juste / accroire : croire / des cacoules : des mensonges / pourméner : promener / eusses : eux / treos : trois / quate : quatre / lettes : lettres / ein meot : un mot / l'calbasse : la tête / eine biête : une bête / apprinte : apprendre / morveux : insolents, effrontés / ein artique : un article / l'ouvrache : le travail)

S.T. décembre 2012 

10:31 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, patois, picard |

26 déc.
2012

09:23

Tournai : Raymond Vallée, en cyclisme, il en connaissait un rayon !

La galerie de portraits du blog "Visite Virtuelle de Tournai" est consacrée à des Tournaisiens bien connus, renommés en leur domaine, vivants ou disparus. 

Lors d'une rencontre fortuite avec Raymond Vallée, un peu avant la Grinta 2012, la concentration organisée par les Audax, l'idée m'est venue de brosser, un jour, son portrait et je comptais même le rencontrer dans le courant de l'hiver pour évoquer le cyclotourisme, sa passion de toute une vie. Hélas, la destinée en a décidé autrement. Heureusement, j'ai gardé en mémoire les nombreuses conversations que nous avons eues et je vais tenter de réaliser une biographie la plus proche possible de la réalité.

Raymond Vallée est né à Tournai, le 5 mars 1930. Quelques jours avant la fin officielle de la seconde guerre mondiale, le 13 avril 1945, âgé de quinze ans, il entrait au siège de Tournai de la Banque de Bruxelles situé sur le quai Dumon. Durant une carrière longue de quarante-quatre années, il gravira tous les échelons de la hiérarchie pour devenir chef de service, responsable de ce qui était appelé, en interne, le service des Paiements Francs Belges (ou Transferts) et par la suite des Caisses Centrales. Il quittera, le 31 mars 1989, cet organisme financier devenu, au milieu des années septante, la Banque Bruxelles-Lambert et reprise, par la suite, par le groupe hollandais ING.

Raymond Vallée avait une passion, la bicyclette. Durant quarante-quatre années, il s'est rendu sur son lieu de travail avec ce moyen de transport individuel. Si celui-ci était fort utilisé juste après la seconde guerre mondiale (tous les matins, de leurs villages respectifs, employés et ouvriers arrivaient en ville, en peloton compacts), le temps passant, la mode changeant, les moeurs évoluant, il était devenu l'un des derniers à utiliser ce mode de locomotion et, à la veille de son départ à la retraite, le garage pour vélos de la banque n'existait pratiquement plus que pour lui. Un document photographique découvert dans les archives du siège m'apprit qu'après la guerre, quelques employés décidèrent de créer un club de balade en vélo le dimanche matin, il en fut, bien entendu, un des premiers membres. 

Tous les jours, par tous les temps, il enfourchait sa bicyclette pour se rendre au boulot ou partir à la découverte d'autres paysages. On raconta, au sein de l'entreprise, pas mal d'anecdotes à ce sujet. Ainsi, il avait découvert une boulangerie dans la région montoise qui faisait, selon lui, un pain excellent, un dimanche matin, parti par une petite balade (sic), il fit un léger (resic) crochet pour en acheter un. De retour pour le dîner, il avait parcouru largement une centaine de kilomètres. Une autre fois, le temps étant incertain, il décida de réduire largement sa sortie dominicale, le petit circuit qu'il effectua passa néanmoins par la région des Collines, Grammont, Ninove, Enghien et Ath.

Il n'est pas étonnant dès lors de le voir s'inscrire dans un club de cyclotouristes. A la fin des années soixante, il s'affilie à la toute jeune section cyclotouriste de la Royale Pédale Saint-Martin de Tournai et avec son ami Maurice Vertongen, autre monstre sacré du cyclotourisme de la cité des cinq clochers, il porte le club des "Audax" sur les fonts baptismaux en 1973. Au sein de celui-ci, il assurera successivement les fonctions de trésorier et de secrétaire avant d'en devenir le président en 1975. Véritable métronome, sachant maintenir la vitesse moyenne imposée alors aux adeptes de cette discipline de 22,5 km/h, il en devint également le capitaine de route. Il le restera pendant une dizaine d'année jusqu'au jour, au milieu des années quatre-vingt, où les derniers venus, représentants d'une nouvelle génération beaucoup plus remuante voulurent imposer de nouvelles règles basées sur "l'allure libre". Le cyclotourisme connut alors son schisme entre partisans de la réglementation initiale et ceux du vélo-libre, des gens, dirent certains, qui transformaient l'esprit serein du cyclo en celui plus virulent de compétition. La mort dans l'âme, Raymond Vallée fit l'amer constat de la disparition progressive de la balade bienfaisante au profit du pur exploit sportif et il fut particulièrement meurtri par ses luttes intestines. A cette époque, il évoqua souvent cette profonde déception avec moi ! Il remisa le maillot qu'il portait depuis plus de dix ans.

Cependant, l'homme, reconnu par ses pairs, était devenu le Président de l'aile cyclo de la Ligue Vélocipédique Belge (LVB) et même par la suite, Président de l'aile cyclo de l'Union Cycliste Internationale (UCI). Il devint même le vice-président de la la LVB. Ces différentes fonctions le firent connaître tout d'abord au-delà de notre région et aussi par-delà les frontières. Ils sont ainsi nombreux les fans du cyclotourisme en Belgique francophone et néerlandophone mais aussi en France, au Grand'Duché de Luxembourg, en Allemagne, aux Pays-Bas et même en Guadeloupe... à avoir un jour croisé sa route. En matière de bicyclette, c'était, comme je lui ai, un jour, eu l'occasion de dire, un homme qui en connaissait un rayon. Il collectionnait les brevets de 50, 200, 400 et 1.000 km.

Il y a quelques années, faisant fi de toute rancune, il rencontra ses "adversaires" de jadis et fuma avec eux le calumet de la paix, il rallia la Fédération Belge de Cyclotourisme (FBC) et réendossa la maillot bleu azur agrémenté des cinq clochers sur fond de couleurs nationales des Audax de Tournai. Pour le club, il devint un précieux conseiller, organisant les circuits, s'occupant des inscriptions des diverses organisations, d'ailleurs qui mieux que lui pouvait être son "public-relation". 

Devenu octogénaire, il participait encore aux activités d'une section destinée aux ainés, "le Vélo-Relax de Brunehaut" regroupant près de nonant membres, hommes et femmes adeptes de la petite reine, qui se donnent rendez-vous pour de belles promenades cyclistes dans la région. 

On a peine à croire que la maladie a, il y a quelques mois, rattrapé un tel sportif qui n'avait jamais fait d'écart de conduite au point de vue du régime alimentaire, gardant jusqu'à aujourd'hui sa silhouette élancée qu'on avait si souvent vue en tête du peloton des cyclos. Raymond Vallée a définitivement raccroché son vélo, le dimanche 16 décembre 2012. Qui sait si là-haut, il n'enfourchera pas encore une bicyclette ultra-légère pour partir se promener de nuage en nuage, en faisant parfois un léger crochet parce que le coin vu précédemment avait eu le don de lui plaire. Désormais Raymond Vallée aura l'éternité pour parcourir toutes les diagonales célestes, découvrir de nouveaux circuits ou tout simplement, comme au bon vieux temps, partir en balade avec son ami Maurice et les autres Audax qui l'ont précédé au paradis des cyclotouristes. 

(S.T. décembre 2012)

24 déc.
2012

09:18

Tournai : conte de Noël aux cinq clochers.

Le beffroi venait d'égrener six coups. Sur le Pont-à-Pont, Nadine se démenait avec un parapluie que les bourrasques d'un violent vent du Nord voulait à tout prix lui arracher des mains. La pluie avait redoublé d'intensité, une pluie transperçante, glaciale qui avait probablement oublié, en quittant les lourds nuages qui la transportaient, de se transformer en une neige fondante.

"Déjà six heures, les enfants doivent être rentrés depuis longtemps" songea-t-elle. En cette avant-veille de Noël, elle revenait d'un petit travail effectué, au noir, chez une vieille dame de Saint-Brice. Celle-ci était heureuse de l'accueillir, une fois par semaine, car sa modeste retraite ne lui permettait pas d'engager une femme de ménage déclarée, les charges étant beaucoup trop lourdes à notre époque.  

Abandonnée depuis près de trois ans par un mari volage, qui avait toujours refusé de lui verser une pension alimentaire, Nadine élevait seule ses deux enfants, Amélie âgée de cinq ans et Jonathan de deux ans son aîné. Elle avait souvent regretté de ne pas avoir continué les études après la première année du secondaire. Sans diplôme et sans qualification, elle recevait toujours la même réponse de la part de l'agent du Forem chargé de lui trouver un emploi : "On cherche des personnes qualifiées, connaissant de préférence la deuxième langue nationale". En attendant, elle recevait à peine huit cents euros mensuellement et un peu moins de trois cents euros d'allocations familiales. Ainsi, avec un revenu légèrement supérieur à mille euros, il fallait tenir tout un mois... en espérant ne pas être malade, la cinquantaine d'euros que lui apportait son travail n'était dès lors pas superflue ! Elle considérait comme une chance d'avoir trouvé à se loger sur les quais, un simple trois pièces avec toilettes communes pour lequel elle payait un loyer de trois cent septante-cinq euros par mois. Hélas, mal isolé, pour ne pas dire pas du tout, au niveau du chauffage, l'appartement se révélait être un gouffre à billets durant les mois d'hiver. 

Elle s'arrêta un instant devant la vitrine d'un magasin et admira les succulents produits exposés en cette veille de fête. Foies gras, bûches, boudins de Noël, plats de pintade, de chevreuil ou civet de lièvre, elle aurait tant voulu apporter quelques gourmandises à ses enfants mais il fallait, chaque jour, calculer au plus juste et conserver quelques pièces pour acheter le pain, le beurre et le lait. Cette année encore, Amélie et Jonathan se contenteraient malheureusement de la "coquille" (cougnolle) reçue à l'école. Elle allait repartir lorsqu'elle croisa le chemin de la vieille Maria. Personne ne connaissait réellement son nom mais dans le quartier tout le monde la surnommait Maria. Tout au plus savait-on qu'elle était d'origine flamande, née à Poperinghe et arrivée à Tournai après la seconde guerre mondiale. Veuve, elle avait perdu son fils quelques années auparavant.

"Comment tu vas, ma fille ?" lui demanda Maria.

"Je reviens de mon travail et je me dépêche parce que les enfants sont à la maison depuis plus de deux heures".

"Alors, tu vas faire un bon gueuleton pour Noël ?" interrogea Maria.

"Un repas de fête, c'était bon dans le temps, vous savez Maria, maintenant... j'ai tout juste de quoi vivre" lui répondit Nadine sur un ton qui ne pouvait dissimuler la tristesse.

"Tu sais... il y a une maison qui s'est ouverte dans le quartier, tu peux y trouver chaque soir de la soupe bien chaude, tu peux aussi y trouver des vêtements et peut-être même des jouets pour les enfants, ils t'aideront même dans tes démarches".

Ne possédant pas la télévision, n'achetant pas la presse locale, Nadine n'avait pas entendu parler de cette généreuse initiative lancée par des habitants du quartier, des personnes de bonne volonté, lasses de voir la misère l'envahir peu à peu. 

Avant de redescendre vers le quai, poussée par la curiosité, elle se rendit à l'adresse indiquée par Maria. Arrivée devant la vitrine à l'enseigne "Al Pichou Saint-Piat", elle hésita un instant avant de pousser la porte. Qu'allait-on penser d'elle ? La pauvreté est toujours un mélange de souffrance et de honte !

Dans la pièce, une personne lui adressa un sourire et l'invita à entrer, elle lui offrit une chaise et lui apporta un bol d'une bonne soupe fumante et revigorante. Nadine qui n'avait plus manger depuis le matin trouva en cette délicieuse boisson chaude un réel réconfort. 

Peu à peu la conversation s'engagea et elle expliqua son parcours cahotique à la bénévole qui se trouvait là en cette soirée d'hiver. Elle évoqua ses enfants et la peine qui était sienne de ne pouvoir leur offrir un peu plus que le nécessaire en cette période de l'année. Sans un mot, la dame la mena vers l'arrière boutique, où, dans une véritable caverne d'Ali-Baba, des centaines de vêtements pendaient, elle proposa à Nadine de faire son choix. Une écharpe pour Jonathan, un bonnet pour Amélie, des pulls bien chauds pour se rendre à l'école, une petite robe toute simple pour elle. Nadine avait retrouvé cette excitation qui s'emparait d'elle, jadis, en parcourant les boutiques de mode. 

Au moment de partir, Agnès, c'était le nom de la bénévole, lui renseigna un lieu en ville où on distribuait des colis alimentaires. Oserait-elle s'y rendre le lendemain, veille de Noël ? On dit que la nuit porte conseil !

Rentrée à la maison, elle détourna l'attention de ses enfants, le temps de ranger les vêtements reçus, "Cela fera de magnifiques cadeaux que je placerai sous la crèche en carton confectionnée avec les enfants" pensa-t-elle.  

Le lendemain, après maintes hésitations, elle se décida pousser la porte de la distribution de colis alimentaires. Elle était loin d'être la seule, certains étaient arrivés depuis de longues heures, avec un sourire de bienvenue, un responsable lui remis un numéro d'ordre, dans un couloir, elle attendit qu'on l'appelle. Lorsqu'elle pénétra enfin dans le local, quelques personnes s'affairaient à garnir les rayons de victuailles. Il y avait là les produits de première nécessité comme le pain, le lait, la margarine mais aussi du thon, de grands bocaux de vol au vent ou de boulettes en sauce, des conserves, des pâtes et du riz et même des sujets en chocolat représentant des Pères Noël hilares à la barbe en chocolat blanc. 

Un homme grand et mince, aux cheveux grisonnants, s'avança vers elle, lui tendit la main et l'invita à s'asseoir, on lui offrit une tasse de café et un biscuit, des égards dont elle avait perdu l'habitude. Constatant le peu de revenus de Nadine, celui qui semblait être le responsable proposa de l'inscrire et l'invita à venir chercher un colis toutes les deux semaines. Il s'appelait Jules mais elle l'aurait bien appelé Père Noël. Pendant qu'il lui expliquait la philosophie du groupe d'aide, Eddy, Marie, Simone, Arlette, comme des lutins, s'activaient à remplir ses sacs à ras bord, cachant quelques jouets pour les enfants et une petite coquille.  

Le matin de Noël, Jonathan et Amélie s'approchèrent de la crèche pour faire une prière. Depuis trois ans, ils demandaient en secret que leur maman puisse être aidée. Soudain, ils remarquèrent des paquets, un tas de paquets amoncelés au pied de Marie, de Joseph et de l'Enfant Jésus. Ils appelèrent Nadine, celle-ci feignit la surprise et leur conseilla de les ouvrir. Il y avait là un bonnet multicolore pour Amélie, une écharpe bien chaude pour Jonathan, des pulls tricotés par des mains expertes mais aussi des petits Père Noël hilares en chocolat, une voiture miniature, un livre à colorier, des crayons et une poupée aux longs cheveux blonds.

Pour la première fois depuis trois ans, la maison retentit de cris de joie. Joie qui redoubla lorsque Nadine invita les enfants à la table pour un vrai repas composé de bouchées à la reine, de cuisses de poulet à la confiture d'airelles et de frites succulentes.

Pour la première fois depuis trois ans, en ce jour de Noël, Nadine, peu à peu, reprit confiance ! Pour elle, il avait suffit d'un peu de compréhension. Elle eut une pensée pour Maria (un nom prédestiné) sans qui tout cela n'aurait probablement pas été possible. 

(S.T. 24 décembre 2012)

09:18 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, conte, noël, bénévole, colis alimentaires |

21 déc.
2012

17:02

Tournai : expressions tournaisiennes (204)

L'lind'main de l'velle !

Si vous orwettiez m'babillarte saim'di au matin, he bé, cha s'ra dins ein meonte nouvieau, l'ceu du l'ind'main de l'velle. Au momint où j'vous écris l'artique, je n'sais pos acore commint cha va s' passer pou no beonne vielle planète. Su s'n'axe, elle ara pétête chanqu'lié. Mercredi, L'dix-neuf du meos d'décimpe, j'ai inveyé ein mail à tous mes amisses pou leu anneoncher que j'intreos dins m'n'abri comme Noë dins s'n'arche.

On l'a construit tout au feond du gardin, là où i-n'a pos ein arpe, des feos qui d'a ein qui li prindreot l'mauvaisse idée d'caire su l'plaque d l'intrée au momint d'ein trimblemint d'tierre. I-est in béteon armé ave des murs de deux mètes chinquante d'larche, on s'truèfe à quate mètes et quarante deux chintimètes de l'surface (jusse pa d'zeur l'nappe phréatique, on n'a pos pu aller pus profeond, on areot été noyé). I-a là seize mètes carré et des commodités. On a tout pris pou t'nir ein certain temps : du champagne, de l'Moinette, de l'Brunehaut, de l'Tournay, de l'Saint-Martin, ein tonniau d'Jup et trinte-treos casiers d'ieau minérale (j'areos voulu in printe eine dizaine de casiers in puque mais j'aveos dévalisé l'grande surface). Bin seûr, on n'a bramint d'conserves, du picheon in boîte, d'p'tites saucisses. Tenez, M'feimme, elle sait que j'aime bin l'cassoulet mais, contraint et forché, j'ai orfusé d'in printe vous adveinez pourquoi facil'mint, ch'est qui n'a pos beauqueop d'aérateion là-d'dins. Ch'est l'même pou l'Camembert et l'Epoisse, rien qu'à pinser au fromache, ch'est biête, mais j'in attrape les ieaux, beon, si j'sus in manque, j'vas m'shooter ave mes cauchettes

J'ai anneonché à mes amisses que je n'pouveos pus communiquer pasque l'WI-Fi elle ne passe pos. M'comarate Yves, radio-amateur, i-m'a dit qu'i-areot fallu mette, d'ein bout à l'eaute du béteon, un câble coaxial pou trouver l'solutieon. L'portape i-est inutile, j'n'orchois pos ein appel. I-a pos d'radio neon pus. Adeon après l'Avent, j'vas faire eine ortraite in silence. J'vas prier l'Beon Dieu pou que tout ne soiche pos rasé ! M'feimme elle a pris s'tricot et elle va aussi profiter pour rassarsir mes cauchettes. Pou économiser l'élestrique, j'li ai dit de n'pos printe d'fier à orpasser, "i-est beon va, te f'ras cha pus tard, ch'est pos l'fin du meonte tous les jours, acore hureux".

J'ai orchu des messaches d'amisses, ainsin Jacques, ein visin, m'a écrit du feond de s'cave qu'i-alleot d'minder au facteur d'déposer m'courrier chez li pasque j'ai oblié d'mette eine boîte à lettes dins m'n'abri ! Dédé i-m'a téléphoné qu'i-parteot verdi au matin à Bugarach, j'li ai dit : "t'as garchenné des liards, ch'est pus l'peine d'aller, tout l'villache aux étringers i-est interdit" "Neon, neon qu'i-m'a répeondu, j'ai acaté l'voyache à crédit". M'n'heomme, ch'est ein malin, i-a seûrmint été banquier dins eine eaute vie ! Ein incien collègue n'a pos acore li m'messache, i-feaut dire qu'i-va vir ses mails tous les trinte six du meos, si te l'invites à deîner, i-répeond qui vient quand t'as d'puis lommint d'jà tout digéré et que t'as même oblié ce que t'aveos mingé ! Oli m'a dit, j'n'ai rien construit, j'vas aller m'abriter avec mes poules et poulets, ainsin j'vas ête au quieaud et directemint dins l'garde-minger. 

M'feimme elle m'a fait ormarquer qui n'aveot pos beauqueop d'leumière dins l'pièche sous tierre, j'ai alors vite été acater ein pédalier pou elle faire l'courant tout à s'n'aisse in pédalant. Croyez bin que mi j'n'vas rester à rien faire, j'vas l'incourager. Comme i-n'fait pos là bien quieaud, bé, on f'ra d'eine pierre deux queops, elle nous éclairera et cha la récauff'ra ! J'ai quand même ein p'tit problème, i-a perseonne qu'i-a pu me l'dire, je n'sais pos commint évacuer l'vapeur qu'elle va produire. 

Ceulle sémaine, je ne l'fais pos pus leonque, i-est temps d'aller nous intierrer. Ahais, si jamais, vous lisez l'artique saim'di ou diminche et que vous êtes acore là, pinsez à v'nir buquer su l'trappe pasque nous eautes, là d'zous, on n'sara pos quoisqu'i-s'a passé et on croira ête les derniers !


Dernière minute : saim'di 22, on est ormonté, ch'n'éteot pos étanche, l'ieau a invahi l'abri, j'vas l'transformer in piscine. Joyeux Noël à tertous !

(lexique : l'velle : la veille / orwettier : regarder / m'babillarte : ma lettre / l'meonte : le monde / l'ceu : celui / l'artique : l'article / vielle : vieille / pétête : peut-être / chanqu'lier : chanceller, vaciller, décimpe : décembre / mes amisses : mes amis / anneoncher : annoncer / l'feond : le fond / l'gardin : le jardin / eine arpe : un arbre / caire : tomber / d'larche : de large / on s'truèfe : on se trouve / jusse pa d'zeur : juste par-dessus / bramint : beaucoup / vous adveinez : vous devinez / beauqueop : beaucoup / l'fromache : le fromage / j'in attrape les ieaux : je salive /  les cauchettes : les chaussette / pasque : parce que / l'portape : le portable / adeon : donc / rassarsir : repriser, raccomoder / l'élestrique : l'électricité / ein fier à orpasser : un fer à repasser / acore : encore / orchu : reçu / ein visin : un voisin / oblié : oublié / verdi : vendredi / garchenné : gaspillé / des liards : de l'argent / seûrmint : sûrement / deîner : dîner / lommint : longtemps / ormarquer : remarquer / l'leumière : la lumière / l'pièche : la pièce / l'tierre : la terre / tout à s'n'aisse : tout à son aise / quieaud : chaud / queops : coups / ceulle : cette / l'faire leonque : la faire longue, durer longtemps / intierrer : enterrer / buquer : frapper / là d'zous : là-dessous / quoisqu'i-s'a passé : ce qui s'est passé / tertous : tous).

(S.T. 20 décembre 2012) 

17:02 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tournai, patois, picard |

19 déc.
2012

09:15

Tournai : on a retrouvé la rue... Perdue !

Voici quelques semaines que la rue Perdue est à nouveau accessible à la circulation automobile, cela faisait trois ans qu'elle était fermée en raison de la construction d'un parking souterrain sur deux étages. Il n'a pas fallu longtemps pour que les automobilistes tournaisiens et autres se réapproprient cet important axe de traversée de la ville, une des deux branches de l'axe nord-sud menant de la gare à la place de Lille. 

Comme chaque année, le Marché de Noël a amené des milliers de visiteurs à Tournai et la rue Perdue rénovée a été envahie par les véhicules au point de voir les conducteurs stationner, sans respect pour le code de la route, sur la voie cyclable et les trottoirs, au grand dam des piétons obligés d'emprunter le milieu de la rue.

L'aspect de cette ancienne rue de Tournai édifiée sur les remparts de la première enceinte communale a été modifié en profondeur. Paradoxalement, la partie la plus étroite de la voirie qui débute à la rue Piquet est appelée "placette aux Oignons", c'est au moment où elle devient plus large qu'elle prend le nom de "rue Perdue".

Si la placette aux Oignons a pratiquement conservé l'aspect qui était le sien après la seconde guerre mondiale (si on excepte une nouvelle résidence construite il y a peu sur un ancien terrain vague jadis fermé par un mur), celui de la rue Perdue a été modifié, au fil du temps, au cours de ces cinquante dernière années.

Une série de petites maisons parmi lesquelles un café à l'enseigne de "la Contrebasse" ont été rasées dans le courant des années soixante afin d'édifier une première résidence à appartements, ensuite, l'hôtel des pompiers a été érigé à la fin des années soixante et a permis à ceux-ci de quitter la place Saint-Pierre, le 11 juillet 1970. les hommes du feu y sont restés durant un peu plus de trente six avant de rejoindre une nouvelle caserne à l'avenue de Maire en 2006. La caserne abandonnée par ses occupants a été transformée, dès 2008, en divers appartements. Entre la résidence et l'ancienne caserne des pompiers, on a par la suite construit un énorme bâtiment siège d'un organisme financier, le CPH. Entre les pompiers et le café de la Parenthèse qui fait le coin avec la rue Dorée, un petit terrain a encore permis l'édification du siège d'un syndicat. On peut donc dire que ce côté de la rue possède des immeubles qui datent d'à peine une cinquantaine d'années à usage d'habitations ou de bureaux. 

De l'autre côté, à l'angle de la rue des Maux, la résidence "le Théâtre" a pris la place de l'ancien théâtre communal, inauguré le 11 septembre 1854 en présence de la famille royale et disparu lors des bombardements de 1940. 

Bozière nous donne une description de ce bâtiment :

"sa façade, d'une lourdeur choquante, se compose d'un porche à trois arcades, posées sur des degrés et surmontées d'un balcon. L'étage est cerné de colonnes corinthiennes engagées, et exhaussées par un attique couronné de vases et de figures symboliques de la Belgique et de l'Escaut tenant l'écusson de la ville. Dans la partie qui forme arrière-corps, il y a des fenêtres à fronton. On y trouve encore de groupes de génies, armés du poignard tragique et de la verge comique. Ces figures soutiennent des cartouches sur lesquels on a tracé les noms des plus fameux musiciens et auteurs dramatiques. Les macarons qui ornent les clefs de voûte du porche, complètent la décoration sculpturale du frontispice". 

Un style qu'on qualifierait aujourd'hui de pompeux, de délirant voire de rococo bien dans l'esprit du XIXe siècle !

Juste à côté de la résidence "le Théâtre", au n°18, une petite maison a été restaurée. Elle faisait jadis partie d'un rang de maisons bâti d'une seul tenant probablement au XVIIe siècle. Peut-on parler d'un sauvetage d'un témoin du passé de la ville ? On parlera plutôt de "façadisme", car seule la façade a été conservée tout en y ajoutant même des éléments modernes. La maison est belle mais n'est plus représentative du passé au contraire de sa voisine au n°16.

Pièce importante du site dit des "Douze Césars", le Fort Rouge a été restauré et remis en valeur, de chaque côté, des nouvelles résidences à appartements ont été construites. Pour les édifier, on a été obligé de démolir les immeubles qui se dressaient auparavant.

Au pied du Fort Rouge, les visiteurs peuvent admirer une statue de "Martine et de son chien Patapouf", en hommage aux dessinateur Marcel Marlier, dessinateur qui, sur des textes de Gilbert Delahaye, a donné vie à cette héroïne tournaisienne de la bande dessinée mondialement connue.

A l'angle de la rue Perdue et de la placette aux Oignons, a disparu, en 1996, "l'Hôtel Saint- Sébastien". Celui-ci fermait le bas de la rue Perdue juste avant le rétrécissement de la placette. Il était nécessaire de le démolir pour des raisons de sécurité mais aussi si on voulait mettre en valeur le "Fort Rouge" car il le dissimulait à la vue des passants. Il avait été acquis par la Ville en 1965 dans le cadre d'une revitalisation du site mais laissé durant un peu plus de trente années à l'abandon tout comme les nombreux projets d'aménagement des lieux qui se succédèrent.

Ni Bozière, ni Soil de Moriamé n'ont évoqué dans leurs ouvrages une description de ce bâtiment. Tout au plus parlent-ils du "fossé Kinsoen" qui se trouvait à cet endroit. Heureusement, Benoit Dochy s'est penché sur cet immeuble et a publié son étude dans la revue de l'asbl Pasquier Grenier. 

Le fossé situé au pied du Fort Rouge, aussi appelé "le jardin des Archers ou de Saint-Sébastier", était affecté à l'entraînement des archers. Une maison voisine servait de logis au valet du serment, de lieu de réunion pour les Confrères et de chambre corporative pour les métiers de la ville. 

Suite à de nombreuses démolitions effectuées en mars 1677, les archers se trouvèrent dépouillés  de leur jardin, ceux de la confrérie de Saint-Sébastien déménagèrent dans un atelier de cordier, acheté par la Ville, situé entre les portes de Morelle et Marvis. 

Le bâtiment resta propriété communale, il hébergea la "Société des Concerts" fondée en 1774, dont les membres appartenaient au clergé, à la noblesse et à la bourgeoisie et assistaient à de nombreuses réunions musicales. En 1782, en raison du nombre de plus en plus important de membres, la société déménagea vers la Halle-aux-Draps et l'immeuble fut loué à la loge maçonnique "les Frères Réunis" au loyer de cent-vingt florins par an. La loge partageait l'immeuble avec un menuisier, le sieur Dumont.

En 1803, la loge quitta l'hôtel des Archers pour une maison située à la rue As-Poids, au pied de l'église Sainte-Marguerite. Un autre menuisier, du nom de Cottignies occupa le n°2 de la rue Perdue. En juillet 1827, l'immeuble fut mis en vente publique par la Ville. C'est un nommé Henry Kinsoen, natif de Bruges, qui s'en porta acquéreur. Veuf, il avait épousé, en seconde noce, une tournaisienne répondant au nom de Marie Sophie Brice en avril 1817. Il se déclarait fournisseur de l'armée hollandaise comme entrepreneur de vivres. L'acquéreur reconstruisit, comme cela était exigé lors de la vente, les façades de la rue Perdue et de la placette aux Oignons. Dans le fossé qui jouxtele bâtiment, il construisit également onze maisonnettes qui seront occupées par la suite par des personnes très modestes, dans des conditions d'hygiène qui laissaient bien souvent à désirer. Cette "courée" prit le nom de "Fossé Kinsoen" (dit plus souvent Kinseon en patois). Après la mort des époux Kinsoen (1866), l'immeuble changera plusieurs fois de mains et deviendra notamment propriété de Barthélémy Noël Dumortier (fils). La Ville le rachètera en 1965 à un couple de médecins. Ce n'est qu'en 1996 après qu'une partie de la rue se soit effondrée en raison de la présence d'une de ses caves sous la voirie qu'on procèdera à sa démolition. 

Rue du centre-ville, au caractère essentiellement résidentiel, séparée de la Grand'Place par le square Delannay et le passage des "Douze Césars", la rue Perdue a retrouvé toute son animation et verra probablement la circulation augmenter dès que la parking sera (enfin) opérationnel ! Pourvu simplement qu'à l'avenir les automobilistes qui désirent y stationner ne le fassent pas en dépit du bon sens mais dans le respect des autres !

(sources : "Au pied du Fort Rouge, l'hôtel Saint-Sébastien" étude de Benoit Dochy, parue dans le n° 93 de la revue trimestrielle de l'asbl Pasquier Grenier en juin 2008, "L'habitation tournaisienne, l'architecture des façades"" de Soil de Moriamé, édition originale parue aux éditions H. et L. Casterman en 1904, "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, édition originale parue aux éditions d'Adolphe Delmée en 1864 et recherches personnelles).

(S.T. décembre 2012)


17 déc.
2012

09:15

Tournai : évolution au cours des trois derniers siècles

Voici un sujet que je qualifierai de plus "intime", destiné à ceux qui, comme moi, se passionnent pour l'Histoire de la cité des cinq clochers. Après avoir évoqué ses origines, nous allons nous intéresser à son évolution au cours des trois derniers siècles (de la fin du XVIIe à nos jours). 

Lorsque Bozière réalise son ouvrage "Tournai, Ancien et Moderne", dans le milieu du XIXe siècle, il dépeint la ville comme étant la plus importante du Hainaut par son étendue, sa population, son industrie. Elle est le chef-lieu du deuxième arrondissement judiciaire de la province. La cité possède un tribunal de première instance dépendant alors de la cour d'appel de Bruxelles, un tribunal de commerce, une justice de paix et une chambre de commerce. La ville et son arrondissement administratif composé alors de 86 communes élit quatre représentants à la Chambre et deux au Sénat. Elle possède sept faubourgs et un hameau (celui d'Allain). Dans la campagne environnante, on cultive les céréales, les légumes (dont les plus connus sont les asperges et les pommes de terre de Kain) et des fruits (pommes, poires, prunes, groseilles...).

Dans sa traversée de ville, l'Escaut recueille deux rivières : le "Rieu d'Amour" aussi appelé, "Rieu de Marvis" ou "Rieu Droit" prend sa source du côté de Béclers, arrose Havinnes, Warchin et rejoint le fleuve juste avant le Pont de l'Arche, dans le quartier qu'on appelle encore parfois des Chauffours (Saint-Jean), la "Petite Rivière" aussi appelée "Rivièrette" ou "Neuve Rivière" qui prend sa source à l'est de la ville, longe les fortifications par le Nord et se jette dans l'Escaut en aval de Tournai, au lieu dit le "Pont en Bois", au-delà du hameau de Constantin.

L'auteur nous dit également qu'à son époque, Tournai est une cité presque aussi grande que celle de Lille, s'étendant de part et d'autre du fleuve. Sur la rive gauche, une pente douce mène jusqu'à son point culminant, 38 mètres d'altitude par rapport au niveau de la mer, à la Porte Saint-Martin. La pente continue à s'élever vers le faubourg Saint-Martin et la Citadelle mais pour lui ces lieux sont situés "hors les murs" de la cité. Par comparaison le point le plus bas est situé à la Porte des Sept-Fontaines, là où le fleuve quitte la ville, l'altitude y est de 17 mètres. 

A la fin du XVIIIe siècle, la ville de Tournai est divisée en cent trente six connétablies, placées sous le responsabilité de connétables, magistrats populaires nommés annuellement par les Consaux sur présentation des habitants. Leur rôle consistait à aider les collecteurs d'impôts, à entretenir les engins destinés à puiser aux puits publics, à organiser des fêtes, à faire régner la concorde entre les voisins ou entre époux séparés...

Réminiscence de l'Ancien Régime, les connétables furent supprimés lors de la présence des Révolutionnaires français en 1796. La ville fut alors partagée en cinq sections : la section des Sources désignait le quartier Saint-Piat, elle tirait son nom des nombreuses fontaines qui y jaillissaient et allait jusqu'à la rue de la Tête d'Or et le rue des Puits l'Eau, la section de la Liberté englobait l'actuel centre-ville et se terminait à la Porte de Lille, à la rue tête d'Argent et à la rue du Cygne, la section de la Fraternité reprenait les quartiers Saint-Jacques et de la Madeleine. Sur l'autre rive, la section de l'Egalité englobait le quartier du Château et une partie de celui de Saint-Brice limitée par les rues de Pont, Du Quesnoy et de Morel tandis que la section des Roches concernait le reste du quartier Saint-Brice et celui de Saint-Jean. Ce nom lui avait été donné en raison des gisements de pierre qu'on y trouvait (cf origine du nom de la rue Galterie Saint-Jean). 

Au milieu du XIXe siècle, le périmètre de la ville était évalué à cinq kilomètres et deux cent cinquante mètres (hors citadelle et glacis), sa forme était ovoïde. L'évolution de l'habitat nous apprend qu'il y avait 3.835 immeubles en 1687 et 4.661 en 1857. 

Le recensement des habitants effectué en 1747 permet de dénombrer 21.380 Tournaisiens et Tournaisiennes. Ce sont les quartiers Saint-Brice (5.189) et Saint-Piat (3.039) qui sont les plus peuplés, par contre Saint-Nicolas (769) et Saint-Jean (1009) comptent le moins d'habitants. En 1774, on dénombre 22.849 habitants, en 1857, ce nombre est passé à 30.824 et cinq ans plus tard à 31.241. Par comparaison, à la même époque, Mons comptait (en 1856) 26.061 habitants et Charleroi à peine 8.000 ! Ainsi au milieu du XIXe siècle, on approchait du nombre de 33.000 qui était généralement cité avant la fusion des communes du 1er janvier 1977 (il faut dire que Tournai avait perdu de nombreux habitants lors des deux conflits de la première partie du XXe siècle). 

Pour être complet, il y a lieu de savoir qu'à l'époque où Bozière a écrit son livre, la bonneterie qui avait remplacé l'industrie du drap donnait de l'emploi à plus de 7.000 personnes, que l'industrie de la porcelaine vivait ses dernières années et que l'exploitation de la pierre calcaire était en plein essor.

Aujourd'hui, cent cinquante huit ans après la parution de cette bible des Tournaisiens, le visage de la ville a bien changé. En 1977, Tournai a englobé 29 communes, sa superficie est passée à 213,75 hectares, ce qui en fait une des villes les plus étendues de Belgique. Elle compte 69.751 habitants (1er janvier 2012) et ambitionne de porter ce nombre à 72.000 dans les années à venir. Si Bozière la situait à 15 lieues Sud Ouest de Bruxelles, à 10 lieues de Mons, à 5 lieues de Courtrai et de Lille, elle est toujours, rassurez-vous, à la même distance (c'est encore heureux !) même si celle-ci se traduit désormais en 89 kilomètres de la capitale, à 49 kilomètres de Mons et à 26 kilomètres de Courtrai et de Lille. L'altitude moyenne de la ville est reprise à 33 mètres au-dessus du niveau de la mer et son point culminant est désormais le Mont-Saint-Aubert (149 mètres). La ville est à la tête d'un de sept arrondissements administratifs du Hainaut. Celui-ci comptait 114.486 habitants (en 2010) sur une superficie de 607,5 kilomètres2 regroupant les communes d'Antoing, Brunehaut, Celles, Estaimpuis, Leuze-en-Hainaut, Mont de l'Enclus, Pecq, Péruwelz, Rumes et Tournai. Tournai est désignée comme la capitale de la "Wallonie Picarde", nouvelle appellation de cette région qu'on appelait avant le Hainaut Occidental.

L'Escaut a été élargi durant les années soixante, si le rieu d'Amour s'y déverse toujours, depuis Warchin, il est canalisé et est souterrain, la Petite Rivière, devenue au fil du temps un égoût à ciel ouvert a été comblée, au début du XXe siècle, des espaces verts ont été créés sur son parcours.

Pour gérer la cité, depuis la fusion des communes, le conseil communal est composé d'un bourgmestre, de huit échevins, du président du Centre Public d'Aide Sociale et de 30 conseiller communaux élus pour six ans (les dernières élections ont eu lieu en octobre 2012).

A Tournai, la bonneterie a sombré avec la crise du textile, la métallurgie apparue au XIXe siècle a décliné un siècle plus tard, il en est de même pour le secteur de l'imprimerie, le secteur financier avait pignon sur rue dans la cité des cinq clochers mais le rachat par des groupes étrangers a eu pour conséquence de rayer notre ville de la carte de ses implantations. De nouvelles technologies sont apparues, l'activité économique a émigré vers des zones situées à proximité de la ville. dans l'ancienne structure définie par Bozière on trouve encore de nombreuses PME (Petites et Moyennes Entreprises). En 2010, on dénombrait encore 780 commerces à Tournai et, chaque jour, près de 24.000 élèves ou étudiants fréquentaient l'enseignement depuis le maternel jusqu'aux hautes écoles en passant par le primaire et le secondaire ou l'artistique. Parmi ceux-ci de très nombreux étudiants étrangers dont une large majorité de Français.

Riche d'un patrimoine culturel et religieux, la commune a décidé de jouer la carte du tourisme au coeur d'une région accueillante. Tournai se transforme en profondeur et devrait présenter un tout nouveau visage à l'horizon de l'année 2020. 

(sources : "Tournai, Ancien et Moderne" de Bozière, ouvrage paru en 1864 et recherches personnelles).

(S.T. décembre 2012).

15 déc.
2012

09:15

Tournai : expressions tournaisiennes (203)

Jeux d'leumières.

Ainsin mes gins, si l'fin du meonte, l'vingt-et-ein du meos d'décimpe, elle est annulée, bin, on pourra bin fiêter l' Noë, l'pus belle des fiêtes d'l'ainnée. 

In attindant, si aujord'hui, après-deîner, vous avez l'idée d'vous pourméner, vous rincontrerez, pétête, Edmeond et Fifinne dins les rues d'Tournai. Tous l'z'ans, ch'est pou eusses eine traditieon, i-feont l'marche des illuminatieons. 

Au début, i-alleot'ent jusqu'in héaut du Meont de l'Ternité, pou vir l'bieau panorama de l'cité des cheonq clotiers, mais tout douch'mint, in prenant d'l'âche, i-n'ont pus eu l'conditieon pou faire l'annuel pélérinache. Feaut dire que pou n'pos avoir freod, Fifinne metteot treos ou quate lainaches et, bin intindu, quand elle arriveot au sommet, au pied d'l'églisse, elle éteot tout in nache. Comme i-n'fait pos bin quieaud souvint à ceulle époque d' l'ainnée, elle a toudis eu l'esquite d'attraper ein orfroidiss'mint et d'ête malate pou l' Noë.

Adeon, d'puis deux ou treos ainnées, on les ortrouèfe puteôt dins les rues d'no cité. 

"On va aller vir les nouvelles illuminatieons, l'marché de l'Grand'Place ave ses p'tites maseons, on ira faire ein tour à l'Halle-aux-Draps, cacher après des idées pou les fiêtes et acater du foie gras. Bin seûr, on boira eine Père Damien ave nos amisses de l'Fondatieon Follereau jusse avant d'ortourner à l'rue Montifeaut".

La-d'zeur, Edmeond i-a rajouté s'grain d'sel, dès qu'on parle de bière, m'n'heomme i-est d'jà in selle. 

"Fifinne, on n'va pos orpartir ainsin, in in buvant fauqu'eine seul'mint, te sais que les bénéfices ch'est pou eine beonne causse, i-veaut mieux dépinser ses liards là qu'à eaute cosse".

"J'te veos d'jà v'nir, l'amisse, ave tes greos sabeots, après chez mi qu'i-ara des russes pou t'ramener à l'rue Montifeaut. A leu stand, j'vas acater de l'confiture d'ogneon, d'toutes façeons, i'n'in a pus à l'maseon, ein ou deux paquets d'marqueurs pasqu'i-veont bin et après seul'mint on finira pa chiffler eine Père Damien".

"Bé ch'est bin c'que j't'ai dis, eine paire, te n'm'as pos compris". 

A propeos, on nous aveot promis d'nouvelles illuminatieons, j'ai été faire ein tour et, pou mi, ch'est eine désolatieon. Ch'est la morosité dins l'uniformité, ch'est les mêmes guirlantes dins toutes les rues d'Tournai, des stalactites de goutelettes givrées. A l'intrée de l'ville, ave les meots "Joyeuses Fêtes", on a mis des panneaux mais on n'a même pos vu que l'ceu de la plache de Lille i-n's'allumeot pos. I-a treos indreots dins l'ville ou cha n'est pos treop banal, ch'est dins l'rue d'Peont, à l'rue d'Courtrai et à l'rue Royale. I-a pos à dire, ch'est bin éclairé et pou l'décor ch'a été orcherché. 

J'n'ai pos l'habitude de m'délaminter à propeos de m'cité, pou elle, dins mes artiques tous les jours, j'écris tout au leong m'n'amour. Vife à Tournai, j'in sus fier et bénaisse et j'in parle tout à m'n'aisse. J'voudreos pos démépriser mais on ara du, au moinse, vérifier si tout allait fonctionner. 

Ave l'crisse, ch'est fini l'temps des grands jeux d'leumières, mais on pourreot quand même faire mieux pou pos treop tcher. S'asseurer que tout va marcher et rimplacher les ampoules brûlées. Feaudreot pindant les fiêtes d'fin d'ainnée, faire oblier aux Tournisiens qu'ave les chantiers, d'puis treos ans, l'ville paraît sinistrée.

Au reond-point de l'drèfe de Maire, là aussi ch'est eine affaire, on a tout simplemint vêtu d'p'tites leum'rottes les quate filles nues et on a mis ein sorte d'néon bleu, su eine pierre, in plein mitan du lieu, comme cha d'leon, les automobilisses pinsent qu'i-a là eine contrôle de police. Si cha leu fait ortirer l'pied d'l'accélérateur, bé, on pourra toudis dire que cha a fait not'bonheur et si cha permet d'sauver eine vie, bé, ch'est toudis cha d'pris ! Cha peut à l'feos avoir du beon, nos illuminatieons ! Pos leon, in face de l'police fédérale, in passant in auteo, j'ai fait eine trouvalle, pétête pou fiêter l'nouvelle ainnée et surtout pou mieux la moutrer, l'propriétaire, ave des nouvieaux néons rosses, i-a éclairé l'façate de s'maseon closseA Tournai, i-d'a tell'mint asteur des maseons du même accabit, que j'n'ose pus alleumer l'lanterne qui pind à l'porte d'm'logis. D'nos jours, eine méprisse, ch'est si vite arrivé, savez, je n'voudreos pos ête pris pou ein maquereau pa les gins de m'quartier. 

L'eaute soir, eine heomme qui v'neot seûrmint d'ein s'villache et n'conniseot pos Tournai, pa d'vant l'commissariat d'Police du Becquerelle, i-est resté paf et i-s'a extasié. I-a vu là eine quinzaine d'néons bleus alleumés, i-a pinsé que dins no ville, aux illuminatieons d'fin d'ainnée, la police communale aussi deveot participer. I-n'saveot pos, l'paufe annochint, que tous les soirs d'l'ainnée ch'est ainsin

In allant de l'sémaine, su l'bord du soir, chez des amisses, j'ai eu, j'deos bin vous l'avouer, eine surprisse, j'ai cru que l'heomme éteot rintré à la police. J'n'ai pos des is cachiveux mais l'lampe qu-i-a mis à l'porte de s'maseon, elle aveot bin des orflets bleus.

Pou ête complet, sachez que l'joyau d'no ville, no cathédrale Noter-Dame, elle est d'puis bin lommint plongée dins l'noir et comme on va béteôt imballé ses clotiers, ch'est pos d'main la vielle qu'on verra ses flèques d'argint briller dins l'ciel tournisien. 

Vous veyez je n'saveos pos quoi vous raqueonter, les bernettes ch'est pos toudis facile à trouver, mais grâce aux illuminatieons de fin d'ainnée, j'ai final'mint été éclairé !

(lexique : l'leumière : la lumière / pourméner : promener / pétête : peut -être / eusses : eux / l'Meont de l'Ternité : le Mont de la Trinité, autre appellation du Mont Saint-Aubert / les cheonq clotiers : les cinq clochers, c'est ainsi qu'on désigne souvent la cathédrale Notre-Dame / l'âche : l'âge / ête in nache : être en nage, en sueur / quieaud : chaud / avoir l'esquite : avoir peur / adeon : donc / ortrouèfe : retrouve / puteôt : plutôt / cacher après : chercher / acater : acheter / bin seûr : bien sûr / jusse : juste / ortourner : retourner / eine causse : une cause / les liards : l'argent / eaute cosse : autre chose / avoir des russes : avoir des difficultés / chiffler : boire d'un trait, siffler / l'plache : la place / les indreots : les endroits / m'délaminter : me plaindre  / artiques : articles / vife : vivre / ête bénaisse : être content /  tout à m'n'aisse : à l'aise, tout à mon aise / démépriser : dire du mal / au moinse : au moins, au minimum / tcher : cher, onéreux / rimplacher : remplacer / oblier : oublier / les leum'rottes : petites lumières / quate : quatre / d'leon : de loin / à l'feos : parfois / trouvalle : trouvaille / rosses : roses / asteur : maintenant / alleumer : allumer / pas d'vant : devant / rester paf : rester interdit / annochint : innocent / ainsin : ainsi / amisses : amis / des is cachiveux : des yeux remplis de chassie / lommint : longtemps / béteôt : bientôt / les flèques : les flèches / raqueonter : raconter / des bernettes : des baliverne : toudis : toujours).

(S.T. décembre 2012) 

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

12 déc.
2012

09:30

Tournai : des origines de la ville.

Je me souviens de cette question posée par un couple de touristes français qui visitait, en ma compagnie, la cathédrale Notre-Dame dans le courant de l'année 2005. Profondément intéressés par la découverte de la cité natale de Clovis, ils m'interrogèrent sur de nombreux sujets et parmi toutes ces interrogations une ne reçut pas, de ma part, une réponse précise : "Quelles sont les origines de Tournai ?". 

Simple question à laquelle il n'est pas facile de répondre. Dès l'école primaire, on vous enseigne que la ville est née durant la période romaine, qu'elle date de près de deux mille ans et qu'avec Tongres, elle est une des plus anciennes de Belgique. Voilà qui n'est pas très précis ! On voudrait un jour commémorer l'anniversaire de sa fondation qu'on aurait bien du mal à définir une date !

Cette question m'a taraudé et j'ai consulté ce que les historiens locaux disaient à ce sujet. Je dois vous avouer qu'après avoir lu quelques ouvrages, je ne suis pas plus avancé, car il y a, comme toujours, l'Histoire et la Légende qui s'entre-mêlent.

Tous les historiens s'accordent à dire que la ville existait à l'époque romaine. La question que je me pose alors est : "A-t-elle été créée ou a-t-elle pris de l'extension au moment de l'occupation de la Gaule par les Romains ?". Les fouilles entreprises par de nombreux chercheurs dont le professeur Marcel Amand, J. Mertens et bien d'autres ont permis de découvrir notamment un débarcadère le long de l'Escaut à hauteur du quai Taille-Pierre, des traces d'occupation autour de la Loucherie, une vaste nécropole sous la Grand'Place et la rue Perdue ou la découverte d'un hypocauste à l'angle de la rue de Courtrai et du Vieux Marché au Jambon. Concernant le cimetière, comme on sait qu'à cette époque, on enterrait les morts en dehors de l'enceinte communale, on avait pu conclure que notre centre-ville actuel n'était certainement pas celui de la bourgade qui s'élevait jadis. Le plus vieux document qui fait référence à la ville est la "table de Peutinger" dont une copie du XIIIe siècle représente les voies romaines. La ville est reprise sous le nom de "Turnaco" et est désignée comme une station postale. La carte originale aurait été dressée vers l'an 230 nous dit Bozière dans son ouvrage "Tournai, Ancien et Moderne".

Autre passionné d'histoire, Jacques De Backer a, lui aussi, publié dans la revue de l'asbl Pasquier Grenier une étude sur les origines de la cité scaldéenne. Pour lui, "Tournai est un cadeau de l'Escaut tout comme l'Egypte est un don du Nil". Les historiens sont d'accord pour dire que deux éléments ont contribué à la naissance à la ville : le fleuve et les voies de communication. Il nous déclare que l'Escaut était la frontière naturelle entre la tribu des Nerviens sur la rive droite et celle des Atrébates sur la rive gauche et qu'il existait un gué qui permettait de franchir le fleuve, celui-ci, issu d'un banc calcaire carbonifère peu épais, légèrement oblique était le point de convergence les différentes voies de liaison. On aurait donné à cette endroit sur lequel était née une agglomération, le nom de "Petite porte d'eau" qui aurait donné en langue germanique d'alors "Dornic", Doornik étant la traduction actuelle en néerlandais du nom de la cité.  

La question reste donc posée, la ville de Tournai existait-elle avant la conquête de la Gaule par les Romains.

Dans "Histoire de Tournai et du Tournésis", paru en 1840, un ouvrage de Chotin, licencié en droit et Juge de Paix, dans l'oeuvre de l'historien Paul Rolland, dans une étude publiée par Isabelle Glorieux en 2009 et dans un livre publié en 2012 par Yves Coutant, on aborde les origines légendaires de Tournai. 

Résumons dans les grandes lignes la fondation de la cité basée sur les écrits d'un moine historien de l'abbaye de Saint-Martin qui répondrait au nom d'Hériman dont une copie intitulée "Vraies chroniques de Tournai" est datée de 1420. Hérinam a vécu au XIIe siècle. 

Voici la légende de la fondation de Tournai.

Tournai, ville royale, aurait été bâtie par les Romains, en l'an 609 avant Jésus-Christ, durant la dixième année du règne de Tarquin l'Ancien (cinquième des sept rois légendaires de la Rome Antique, premier roi d'origine étrusque). Créée 143 ans après la fondation de Rome, on appela cette cité, "Seconde Rome" ou "Petite Rome". Selon la description qui est faite, la ville était entourée de hauts remparts et se caractérisait comme un endroit agréable à vivre, entouré de près, de bois et de vergers. On la considère même comme une seconde résidence pour les notables qui souhaitaient quitter Rome. Après la mort de Tarquin, sous le règne de son successeur, Servius Tullius, fils de Publius et d'Octavia, une esclave de l'épouse de Tarquin, un empereur qui avait accédé au pouvoir en 579 avant J.C, la cité fut élevée au rang des 125 villes tributaires de Rome. Refusant de payer le tribut qui pesait sur elle, elle fut totalement anéantie après un dur combat. 

Relevée par la suite et en raison de sa rebéllion au pouvoir, elle fut appelée "Hostilia" (Hostile). Sans qu'on ne découvre la raison, elle fut à nouveau détruite, cela se passait au temps où Axtaxerxes (465-424 avant J.C) régnait sur la Perse. Les survivants du massacre revinrent plus tard pour édifier une cité fortifiée qu'ils appelèrent "Nerve" ou "Nervia". Il y a lieu de ne pas faire de confusion, ce nom n'a aucun rapport avec le peuple des Nerviens. Cette dernière cité resta en paix jusqu'à la conquête de la Gaule par Jules César (101-44 avant J.C.). Le roi de cette cité avait pour nom Turnus. Nerve refusa de se soumettre à César et fut prise et détruite. L'endroit resta en ruine pendant plus de quatre-vingt ans,Tournai fut réédifiée durant la seconde moitié du règne de Néron, en l'an 24 de notre ère, Tornacum était née, elle recevra le titre de municipe en l'an 50. A noter que Jacques De Backer date sa fondation de l'an 50 de notre ère, évoquant le passage de l'empereur Claude se rendant à Boulogne-sur-Mer (Gesoriacum) en l'an 43. 

De cette époque d'avant la conquête de la Gaule, il n'existe aucun écrit, aucune trace n'a été découverte dans le sous-sol, cela ne veut rien dire car, il y a peu, on se moquait encore de ceux qui évoquaient l'existence d'une cathédrale de l'an mil. Lors des travaux entrepris au début du présent siècle, on a retrouvé les vestiges de celle-ci en dessous du transept ! Retrouvera-t-on un jour ceux de Nervia ?

Voilà ce que nous enseigne ce moine de l'abbaye de Saint-Martin, un récit écrit au Moyen-Age, une époque où le merveilleux se mêlait bien souvent à la réalité. 

Bozière a probablement eu connaissance de ces textes mais il ne partage pas cette vision en déclarant : "Quelques-uns, par crédulité ou par amour du merveilleux, ou peut-être aussi dans l'intention préconçue de fournir des titres d'illustration à leur patrie, ont entouré son berceau de fables ridicules (sic)... les historiens contemporains ne rapportent-ils ces fictions que pour en démontrer l'absurdité. Et c'est là qu'il commet une confusion en déclarant : "puisqu'il ne se voyait point de ville en Belgique, avant la domination romaine, Tournai ne pouvait pas être la capitale des Nerviens, comme l'ont avancé plusieurs auteurs. D'ailleurs Tournai dépendant de la Ménapie, ne pouvait être la capitale de la Nervie".

Seconde Rome, petite Rome, Hostilia, Nerve, Turnaco, Turnacum, Tornacum, Tournay ou Tournai que ces noms ne vous fassent pas... tourner la tête. 

Si ce couple de Français me fait le plaisir de me lire, il aura trouvé une ébauche de réponse à une question posée en 2005 !

(sources : "Histoire de Tournai et du Tournésis", depuis les textes les plus reculés jusqu'à nos jours, ouvrage d'A.G. Chotin édité en 1840 par Massart et Janssens, imprimeur-libraire - "Tournai, Ancien et Moderne" ouvrage de A.F.J Bozière paru aux édition Delmée en 1864, réédité par les éditions Culture et Civilisation en 1974 - "Des origines de Tournai", étude de Jacques De Backer parue dans le N°79 de la revue trimestrielle de l'asbl Pasquier Grenier 2004 - "Les Vraies Chronique de Tournai" ouvrage d'Yves Coutant paru dans la collection Tournai - Art et Histoire en 2012, autre ouvrage à consulter : "Histoire de Tournai" par Paul Rolland paru en 1956 et "Tournai, une ville fondée par un soldat de Tullus Hostilius ? A propos des origines légendaires de la cité des cinq clochers" par Isabelle Glorieux dans Archives et Manuscrits précieux tournaisiens paru en 2009.).

(S.T. décembre 2012)

10 déc.
2012

09:36

Tournai : ce jour-là, le 10 avril 1985

Les catastrophes survenues à Tournai que nous avons évoquées jusqu'à présent n'ont heureusement jamais fait de victime. En effet, lors de l'explosion du restaurant chinois à la rue des Maux en 1966, de l'incendie spectaculaire du Tournai Shopping en 1980, de l'explosion de la rue Garnier en 1984, de celle de la rue Albert Asou en 1987 ou encore de l'incendie de l'entreprise Unisac en 1995, si les dégâts furent considérables et se chiffrèrent à plusieurs dizaines de millions de l'époque, si quelques personnes furent légèrement blessées ou traumtisées, jamais on n'avait dénombré de décès.

Par une belle soirée de printemps, à quelques jours des fêtes pascales 

Il n'en est pas de même malheureusement pour la catastrophe survenue le mercredi 10 avril 1985.

Il est un peu plus de 19h, ce soir-là, au carrefour du Viaduc. Entre le pont de chemin de fer et le boulevard Delwart se trouve une station-service. Derrière celle-ci, une cuve contient 15.000 litres de LPG, un gaz maintenu à l'état liquide. Les gérants de la station ignorent que, déjà à cet instant, une soupape est défaillante et laisse échapper le gaz liquide qui se transforme immédiatement en un élément gazeux en raison de la température ambiante.

Le gaz s'accumule et la nappe se dirige vers la voirie située entre le pont du chemin de fer et le carrefour, elle stagne au ras du sol et ne s'élève pas à plus d'un mètre du sol.

Deux agents de la police communale passent justement à cet endroit, l'un est en service, l'autre non. Ils remarquent que quelque chose d'anormal se passe au niveau de la cuve et font immédiatement évacuer les automobilistes qui se trouvent en attente pour emprunter le carrefour. Ceux-ci vont se précipiter en direction de la clinique Notre-Dame située de l'autre côté du boulevard. 

Sous le pont du chemin de fer se trouvent deux véhicules, les conducteurs constatent que leur moteur s'est éteint brutalement, ils ne comprennent pas qu'ils vient de s'asphixier par manque d'oxygène. Voyant des personnes courir et d'autres faire de grands gestes, ils quittent à leur tour leur voiture. L'un prend la bonne direction, il fuit vers la chaussée d'Audenarde, mais un couple accompagné de leur jeune fille font le choix de partir vers le carrefour. Il traverse la nappe de gaz au moment même où celui-ci s'enflamme. Les vêtements en feu, l'homme, un ingénieur d'origine burundaise et sa fille de 16 ans parviendront à rejoindre le boulevard et s'écroulent. La dame transformée en torche s'effondre sur l'asphalte et tente de ramper vers les siens. 

A 19h14, la centrale d'incendie des pompiers de Tournai située à la rue Perdue reçoit les premiers appels, rapidement plusieurs camions et ambulances se rendent sur les lieux. On évacue les trois victimes vers la clinique Notre-Dame toute proche. Brûlée à plus de 80% sur tout le corps, la dame ne survivra pas à ces blessures tandis que son mari et sa fille atteints à plus de 60% sont transférés au Centre des grands brûlés de Loverval. On soigne également l'automobiliste qui a fait le bon choix pour fuir, il est légèrement blessé mais surtout extrêmement choqué. 

Pendant ce temps, la citerne s'est transformée en une véritable torchère et la flamme monte à plus d'une vingtaine de mètres, la chaleur produit par le foyer irradie à une centaine de mètres à la ronde. Les hommes du feu sont confrontés à une situation délicate, il faut éteindre les cinq véhicules en feusur la chaussée et surtout refroidir au maximum la cuve pour maintenir une combustion simple et éviter d'atteindre le coefficient de détente qui déclencherait une dramatique explosion. C'est ce que vont réussir les pompiers, lorsque le gaz aura totalement brûlé, tout risque sera écarté. 

Les flammes ont léché le talus de chemin de fer, la circulation des trains a été arrêtée car les responsables de la gare, toute proche, craignent une déformation des voies en raison de l'importante chaleur dégagée. Il n'en est finalement rien mais une cabine à haute-tension a souffert de l'incendie tout comme un relais de la R.T.T. (régie des Télégraphes et Téléphones) privant de communications les abonnés dépendant d'elle. 

Venant du quai Sakahrov, je me souviens avoir vu passer une ambulance et de nombreux véhicules du service incendie toutes sirènes hurlantes, sans jamais imaginer qu'une catastrophe venait d'avoir lieu quelques centaines de mètres de l'endroit où je me trouvais. Débouchant sur le boulevard Delwart, je vis tout d'abord cette importante colonne de fumée tantôt blanche, tantôt noire s'élevant en tournoyant au-dessus d'un mur de flammes. Police et gendarmerie ayant interdit toute circulation en direction de la gare, je distinguais d'où j'étais, des carcasses de véhicules dont les pneus brûlaient encore. Des voisins me dirent avoir vu des ambulances se dirigeaient vers les urgences de la clinique Notre-Dame. On imaginait le pire !

Ce drame aurait-il pu être évité ?

Selon les experts mandatés pour l'enquête, il y avait moyen d'éviter l'ampleur qu'a prise ce sinistre par une bonne connaissance des installations de la réserve de gaz. Malheureusement, l'accès à la profession n'était, à l'époque, pas suffisamment réglementée et la bonne volonté du gérant n'a pas suffit. Il a tout essayé pour stopper le fuite mais ignorait qu'une vanne placée à proximité aurait interrompu l'arrivée de gaz. L'installation était en ordre et avait été vérifiée deux ans auparavant.

Un lourd bilan humain.

Une dame d'une quarantaine d'années est décédée, son mari et sa fille conserveront à jamais des séquelles physiques et psychologiques, ils resteront des mois à l'hôpital pour reconstituer les tissus abimés par le feu. La vision des cinq véhicules détruits par le feu amenait en mémoire les catastrophes de Los Alfaques en Espagne et de Saint-Amand les Eaux. 

Cela aurait pu être pire !

Imaginons que la fuite de gaz ce soit produite entre 16 et 17h, en pleine heure de pointe, au moment où des dizaines de véhicules, de piétons, de cyclistes attendent pour traverser le carrefour. Deux écoles se trouvent à proximité, l'école primaire du Château et le Lycée Royal (aujourd'hui Lycée Campin), de nombreux automobilistes attendaient, chaque soir, les enfants à proximité du carrefour, de part et d'autre du boulevard.

Au moment de l'incendie, un train est passé au-dessus de la torchère !

L'efficacité des hommes du feu a plus que probablement sauvé d'autres vies si on imagine l'explosion de la cuve et les projections qui se seraient produites. 

Le réflexe des deux policiers communaux intervenant avec beaucoup de sang-froid a permis à des personnes de se mettre en sécurité avant que la cuve ne prenne feu.

On a donc eu beaucoup de chance en ce qui concerne l'instant à laquel s'est produit ce néanmoins tragique fait divers mais la situation a aussi été gérée avec énormément de professionnalisme par les divers intervenants. 

La station Gulf a par la suite été rasée, un rond-point a été réalisé et à cet endroit se trouve désormais l'entrée du parking du complexe cinématographique Imagix. 

(sources : éditions du "Courrier de l'Escaut" et du "Nord-Eclair" d'avril 1985 et souvenirs personnels).

(S.T. décembre 2012)

09:36 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, viaduc, incendie, gaz liquide, catastrophe, pompiers |