26 déc.
2012

Tournai : Raymond Vallée, en cyclisme, il en connaissait un rayon !

La galerie de portraits du blog "Visite Virtuelle de Tournai" est consacrée à des Tournaisiens bien connus, renommés en leur domaine, vivants ou disparus. 

Lors d'une rencontre fortuite avec Raymond Vallée, un peu avant la Grinta 2012, la concentration organisée par les Audax, l'idée m'est venue de brosser, un jour, son portrait et je comptais même le rencontrer dans le courant de l'hiver pour évoquer le cyclotourisme, sa passion de toute une vie. Hélas, la destinée en a décidé autrement. Heureusement, j'ai gardé en mémoire les nombreuses conversations que nous avons eues et je vais tenter de réaliser une biographie la plus proche possible de la réalité.

Raymond Vallée est né à Tournai, le 5 mars 1930. Quelques jours avant la fin officielle de la seconde guerre mondiale, le 13 avril 1945, âgé de quinze ans, il entrait au siège de Tournai de la Banque de Bruxelles situé sur le quai Dumon. Durant une carrière longue de quarante-quatre années, il gravira tous les échelons de la hiérarchie pour devenir chef de service, responsable de ce qui était appelé, en interne, le service des Paiements Francs Belges (ou Transferts) et par la suite des Caisses Centrales. Il quittera, le 31 mars 1989, cet organisme financier devenu, au milieu des années septante, la Banque Bruxelles-Lambert et reprise, par la suite, par le groupe hollandais ING.

Raymond Vallée avait une passion, la bicyclette. Durant quarante-quatre années, il s'est rendu sur son lieu de travail avec ce moyen de transport individuel. Si celui-ci était fort utilisé juste après la seconde guerre mondiale (tous les matins, de leurs villages respectifs, employés et ouvriers arrivaient en ville, en peloton compacts), le temps passant, la mode changeant, les moeurs évoluant, il était devenu l'un des derniers à utiliser ce mode de locomotion et, à la veille de son départ à la retraite, le garage pour vélos de la banque n'existait pratiquement plus que pour lui. Un document photographique découvert dans les archives du siège m'apprit qu'après la guerre, quelques employés décidèrent de créer un club de balade en vélo le dimanche matin, il en fut, bien entendu, un des premiers membres. 

Tous les jours, par tous les temps, il enfourchait sa bicyclette pour se rendre au boulot ou partir à la découverte d'autres paysages. On raconta, au sein de l'entreprise, pas mal d'anecdotes à ce sujet. Ainsi, il avait découvert une boulangerie dans la région montoise qui faisait, selon lui, un pain excellent, un dimanche matin, parti par une petite balade (sic), il fit un léger (resic) crochet pour en acheter un. De retour pour le dîner, il avait parcouru largement une centaine de kilomètres. Une autre fois, le temps étant incertain, il décida de réduire largement sa sortie dominicale, le petit circuit qu'il effectua passa néanmoins par la région des Collines, Grammont, Ninove, Enghien et Ath.

Il n'est pas étonnant dès lors de le voir s'inscrire dans un club de cyclotouristes. A la fin des années soixante, il s'affilie à la toute jeune section cyclotouriste de la Royale Pédale Saint-Martin de Tournai et avec son ami Maurice Vertongen, autre monstre sacré du cyclotourisme de la cité des cinq clochers, il porte le club des "Audax" sur les fonts baptismaux en 1973. Au sein de celui-ci, il assurera successivement les fonctions de trésorier et de secrétaire avant d'en devenir le président en 1975. Véritable métronome, sachant maintenir la vitesse moyenne imposée alors aux adeptes de cette discipline de 22,5 km/h, il en devint également le capitaine de route. Il le restera pendant une dizaine d'année jusqu'au jour, au milieu des années quatre-vingt, où les derniers venus, représentants d'une nouvelle génération beaucoup plus remuante voulurent imposer de nouvelles règles basées sur "l'allure libre". Le cyclotourisme connut alors son schisme entre partisans de la réglementation initiale et ceux du vélo-libre, des gens, dirent certains, qui transformaient l'esprit serein du cyclo en celui plus virulent de compétition. La mort dans l'âme, Raymond Vallée fit l'amer constat de la disparition progressive de la balade bienfaisante au profit du pur exploit sportif et il fut particulièrement meurtri par ses luttes intestines. A cette époque, il évoqua souvent cette profonde déception avec moi ! Il remisa le maillot qu'il portait depuis plus de dix ans.

Cependant, l'homme, reconnu par ses pairs, était devenu le Président de l'aile cyclo de la Ligue Vélocipédique Belge (LVB) et même par la suite, Président de l'aile cyclo de l'Union Cycliste Internationale (UCI). Il devint même le vice-président de la la LVB. Ces différentes fonctions le firent connaître tout d'abord au-delà de notre région et aussi par-delà les frontières. Ils sont ainsi nombreux les fans du cyclotourisme en Belgique francophone et néerlandophone mais aussi en France, au Grand'Duché de Luxembourg, en Allemagne, aux Pays-Bas et même en Guadeloupe... à avoir un jour croisé sa route. En matière de bicyclette, c'était, comme je lui ai, un jour, eu l'occasion de dire, un homme qui en connaissait un rayon. Il collectionnait les brevets de 50, 200, 400 et 1.000 km.

Il y a quelques années, faisant fi de toute rancune, il rencontra ses "adversaires" de jadis et fuma avec eux le calumet de la paix, il rallia la Fédération Belge de Cyclotourisme (FBC) et réendossa la maillot bleu azur agrémenté des cinq clochers sur fond de couleurs nationales des Audax de Tournai. Pour le club, il devint un précieux conseiller, organisant les circuits, s'occupant des inscriptions des diverses organisations, d'ailleurs qui mieux que lui pouvait être son "public-relation". 

Devenu octogénaire, il participait encore aux activités d'une section destinée aux ainés, "le Vélo-Relax de Brunehaut" regroupant près de nonant membres, hommes et femmes adeptes de la petite reine, qui se donnent rendez-vous pour de belles promenades cyclistes dans la région. 

On a peine à croire que la maladie a, il y a quelques mois, rattrapé un tel sportif qui n'avait jamais fait d'écart de conduite au point de vue du régime alimentaire, gardant jusqu'à aujourd'hui sa silhouette élancée qu'on avait si souvent vue en tête du peloton des cyclos. Raymond Vallée a définitivement raccroché son vélo, le dimanche 16 décembre 2012. Qui sait si là-haut, il n'enfourchera pas encore une bicyclette ultra-légère pour partir se promener de nuage en nuage, en faisant parfois un léger crochet parce que le coin vu précédemment avait eu le don de lui plaire. Désormais Raymond Vallée aura l'éternité pour parcourir toutes les diagonales célestes, découvrir de nouveaux circuits ou tout simplement, comme au bon vieux temps, partir en balade avec son ami Maurice et les autres Audax qui l'ont précédé au paradis des cyclotouristes. 

(S.T. décembre 2012)

Commentaires

Je voudrais te remercier pour les choses très gentilles que tu m'as dites hier! Ca me touche beaucoup, sincèrement !

A mon tour de te présenter mes meilleurs voeux pour 2013 et te souhaitant de rester l'excellent chroniqueur de la ville de Tournai que tu es !

Écrit par : jacques robert | 27/12/2012

Répondre à ce commentaire

Merci de rendre hommage à ce coureur cycliste dont je n'avais jamais entendu parler (mais il n'est pas de ma région et de ma génération). Je te souhaite un bon week-end malgré la pluie.

Écrit par : Un petit Belge | 28/12/2012

Répondre à ce commentaire

Raymond Vallée était un cyclotouriste et non un coureur cycliste, un homme passionné de bicyclette, sachant faire partager sa passion aux autres, un homme qui a parcouru des centaines de milliers de kilomètres pour ne dire plus durant toute sa vie, un homme qui connaissait la moindre petite route de notre beau pays et de France, un homme qui avait gravi des cols et qui pouvait nous parler de ses découvertes au détour d'un chemin pendant des heures. Il était un collègue mais aussi un ami !

Écrit par : l'Optimiste | 28/12/2012

Répondre à ce commentaire

Bonsoir cher Serge,
Ce monsieur est génial, il avait des mollets en acier !
Je ris, faire autant de kilomètres pour un pain, il devait être bon !
Je ne connaissais pas ce monsieur, merci de le faire découvrir.
Tu as toujours des billets très intéressants, c'est passionnant.
J'aime lire les anecdotes, c'est enrichissant.
Je te souhaite une bonne soirée.
Je reviendrai pour mes voeux, avant, je te souhaite un bon réveillon, bonne fête de fin d'année.
Prudence sur les routes si tu dois sortir.
Je te fais un bisou.

Écrit par : Mousse | 28/12/2012

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.