12 déc.
2012

Tournai : des origines de la ville.

Je me souviens de cette question posée par un couple de touristes français qui visitait, en ma compagnie, la cathédrale Notre-Dame dans le courant de l'année 2005. Profondément intéressés par la découverte de la cité natale de Clovis, ils m'interrogèrent sur de nombreux sujets et parmi toutes ces interrogations une ne reçut pas, de ma part, une réponse précise : "Quelles sont les origines de Tournai ?". 

Simple question à laquelle il n'est pas facile de répondre. Dès l'école primaire, on vous enseigne que la ville est née durant la période romaine, qu'elle date de près de deux mille ans et qu'avec Tongres, elle est une des plus anciennes de Belgique. Voilà qui n'est pas très précis ! On voudrait un jour commémorer l'anniversaire de sa fondation qu'on aurait bien du mal à définir une date !

Cette question m'a taraudé et j'ai consulté ce que les historiens locaux disaient à ce sujet. Je dois vous avouer qu'après avoir lu quelques ouvrages, je ne suis pas plus avancé, car il y a, comme toujours, l'Histoire et la Légende qui s'entre-mêlent.

Tous les historiens s'accordent à dire que la ville existait à l'époque romaine. La question que je me pose alors est : "A-t-elle été créée ou a-t-elle pris de l'extension au moment de l'occupation de la Gaule par les Romains ?". Les fouilles entreprises par de nombreux chercheurs dont le professeur Marcel Amand, J. Mertens et bien d'autres ont permis de découvrir notamment un débarcadère le long de l'Escaut à hauteur du quai Taille-Pierre, des traces d'occupation autour de la Loucherie, une vaste nécropole sous la Grand'Place et la rue Perdue ou la découverte d'un hypocauste à l'angle de la rue de Courtrai et du Vieux Marché au Jambon. Concernant le cimetière, comme on sait qu'à cette époque, on enterrait les morts en dehors de l'enceinte communale, on avait pu conclure que notre centre-ville actuel n'était certainement pas celui de la bourgade qui s'élevait jadis. Le plus vieux document qui fait référence à la ville est la "table de Peutinger" dont une copie du XIIIe siècle représente les voies romaines. La ville est reprise sous le nom de "Turnaco" et est désignée comme une station postale. La carte originale aurait été dressée vers l'an 230 nous dit Bozière dans son ouvrage "Tournai, Ancien et Moderne".

Autre passionné d'histoire, Jacques De Backer a, lui aussi, publié dans la revue de l'asbl Pasquier Grenier une étude sur les origines de la cité scaldéenne. Pour lui, "Tournai est un cadeau de l'Escaut tout comme l'Egypte est un don du Nil". Les historiens sont d'accord pour dire que deux éléments ont contribué à la naissance à la ville : le fleuve et les voies de communication. Il nous déclare que l'Escaut était la frontière naturelle entre la tribu des Nerviens sur la rive droite et celle des Atrébates sur la rive gauche et qu'il existait un gué qui permettait de franchir le fleuve, celui-ci, issu d'un banc calcaire carbonifère peu épais, légèrement oblique était le point de convergence les différentes voies de liaison. On aurait donné à cette endroit sur lequel était née une agglomération, le nom de "Petite porte d'eau" qui aurait donné en langue germanique d'alors "Dornic", Doornik étant la traduction actuelle en néerlandais du nom de la cité.  

La question reste donc posée, la ville de Tournai existait-elle avant la conquête de la Gaule par les Romains.

Dans "Histoire de Tournai et du Tournésis", paru en 1840, un ouvrage de Chotin, licencié en droit et Juge de Paix, dans l'oeuvre de l'historien Paul Rolland, dans une étude publiée par Isabelle Glorieux en 2009 et dans un livre publié en 2012 par Yves Coutant, on aborde les origines légendaires de Tournai. 

Résumons dans les grandes lignes la fondation de la cité basée sur les écrits d'un moine historien de l'abbaye de Saint-Martin qui répondrait au nom d'Hériman dont une copie intitulée "Vraies chroniques de Tournai" est datée de 1420. Hérinam a vécu au XIIe siècle. 

Voici la légende de la fondation de Tournai.

Tournai, ville royale, aurait été bâtie par les Romains, en l'an 609 avant Jésus-Christ, durant la dixième année du règne de Tarquin l'Ancien (cinquième des sept rois légendaires de la Rome Antique, premier roi d'origine étrusque). Créée 143 ans après la fondation de Rome, on appela cette cité, "Seconde Rome" ou "Petite Rome". Selon la description qui est faite, la ville était entourée de hauts remparts et se caractérisait comme un endroit agréable à vivre, entouré de près, de bois et de vergers. On la considère même comme une seconde résidence pour les notables qui souhaitaient quitter Rome. Après la mort de Tarquin, sous le règne de son successeur, Servius Tullius, fils de Publius et d'Octavia, une esclave de l'épouse de Tarquin, un empereur qui avait accédé au pouvoir en 579 avant J.C, la cité fut élevée au rang des 125 villes tributaires de Rome. Refusant de payer le tribut qui pesait sur elle, elle fut totalement anéantie après un dur combat. 

Relevée par la suite et en raison de sa rebéllion au pouvoir, elle fut appelée "Hostilia" (Hostile). Sans qu'on ne découvre la raison, elle fut à nouveau détruite, cela se passait au temps où Axtaxerxes (465-424 avant J.C) régnait sur la Perse. Les survivants du massacre revinrent plus tard pour édifier une cité fortifiée qu'ils appelèrent "Nerve" ou "Nervia". Il y a lieu de ne pas faire de confusion, ce nom n'a aucun rapport avec le peuple des Nerviens. Cette dernière cité resta en paix jusqu'à la conquête de la Gaule par Jules César (101-44 avant J.C.). Le roi de cette cité avait pour nom Turnus. Nerve refusa de se soumettre à César et fut prise et détruite. L'endroit resta en ruine pendant plus de quatre-vingt ans,Tournai fut réédifiée durant la seconde moitié du règne de Néron, en l'an 24 de notre ère, Tornacum était née, elle recevra le titre de municipe en l'an 50. A noter que Jacques De Backer date sa fondation de l'an 50 de notre ère, évoquant le passage de l'empereur Claude se rendant à Boulogne-sur-Mer (Gesoriacum) en l'an 43. 

De cette époque d'avant la conquête de la Gaule, il n'existe aucun écrit, aucune trace n'a été découverte dans le sous-sol, cela ne veut rien dire car, il y a peu, on se moquait encore de ceux qui évoquaient l'existence d'une cathédrale de l'an mil. Lors des travaux entrepris au début du présent siècle, on a retrouvé les vestiges de celle-ci en dessous du transept ! Retrouvera-t-on un jour ceux de Nervia ?

Voilà ce que nous enseigne ce moine de l'abbaye de Saint-Martin, un récit écrit au Moyen-Age, une époque où le merveilleux se mêlait bien souvent à la réalité. 

Bozière a probablement eu connaissance de ces textes mais il ne partage pas cette vision en déclarant : "Quelques-uns, par crédulité ou par amour du merveilleux, ou peut-être aussi dans l'intention préconçue de fournir des titres d'illustration à leur patrie, ont entouré son berceau de fables ridicules (sic)... les historiens contemporains ne rapportent-ils ces fictions que pour en démontrer l'absurdité. Et c'est là qu'il commet une confusion en déclarant : "puisqu'il ne se voyait point de ville en Belgique, avant la domination romaine, Tournai ne pouvait pas être la capitale des Nerviens, comme l'ont avancé plusieurs auteurs. D'ailleurs Tournai dépendant de la Ménapie, ne pouvait être la capitale de la Nervie".

Seconde Rome, petite Rome, Hostilia, Nerve, Turnaco, Turnacum, Tornacum, Tournay ou Tournai que ces noms ne vous fassent pas... tourner la tête. 

Si ce couple de Français me fait le plaisir de me lire, il aura trouvé une ébauche de réponse à une question posée en 2005 !

(sources : "Histoire de Tournai et du Tournésis", depuis les textes les plus reculés jusqu'à nos jours, ouvrage d'A.G. Chotin édité en 1840 par Massart et Janssens, imprimeur-libraire - "Tournai, Ancien et Moderne" ouvrage de A.F.J Bozière paru aux édition Delmée en 1864, réédité par les éditions Culture et Civilisation en 1974 - "Des origines de Tournai", étude de Jacques De Backer parue dans le N°79 de la revue trimestrielle de l'asbl Pasquier Grenier 2004 - "Les Vraies Chronique de Tournai" ouvrage d'Yves Coutant paru dans la collection Tournai - Art et Histoire en 2012, autre ouvrage à consulter : "Histoire de Tournai" par Paul Rolland paru en 1956 et "Tournai, une ville fondée par un soldat de Tullus Hostilius ? A propos des origines légendaires de la cité des cinq clochers" par Isabelle Glorieux dans Archives et Manuscrits précieux tournaisiens paru en 2009.).

(S.T. décembre 2012)

Commentaires

Bonsoir Serge,
Merci pour cette page d'histoire, je sens que tu es passionné par ta ville et tu as bien raison.
Tu le partages c'est encore mieux.
En effet, c'est dommage qu'on ne sache pas donner une date précise.
Bonne soirée, mes amitiés.

Écrit par : Mousse | 12/12/2012

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.