06 déc.
2012

Tournai : la fête de Saint-Nicolas d'antan

La Saint-Nicolas d'antan

Certains qualifieront l'époque dont je vais vous entretenir de préhistoire, ils penseront que je suis un survivant, le membre d'une espèce devenue à ce point rare qu'il faudrait probablement la protéger. Je vous le dit tout net, je ne suis pas Mathusalem !

En effet, je vais vous parler des fêtes de Saint-Nicolas de ma jeunesse pas si lointaine. Le bond dans le temps représente à peine une cinquantaine d'années, cela ne remonte donc pas au déluge et pourtant...

La ville de Tournai se redressait à peine après une sombre période de cinq ans marquée par la seconde guerre mondiale. Dans tous les quartiers, dans toutes les rues, il y avait encore des terrains vagues, derniers témoins du cataclysme qui s'était abattu sur la ville une décennie plus tôt.

Il n'y avait pas encore de zones commerciales à la périphérie de la ville à Froyennes ou aux Bastions, il n'y avait pas encore ces débauches de lumières, ces néons clignotants, multicolores, ces sonos tonitruantes.  Il y avait une vie simple, encore rythmée par le calendrier, les saisons, la météorologie... On aimait faire la fête et on attendait toujours celle-ci avec impatience, mais jamais on n'aurait voulu accélerer le temps, on ne changeait même pas l'heure pour d'hypothétiques raisons d'économies.

Le début du mois de novembre était entièrement consacré au souvenir, celui des défunts lors de la fête de la Toussaint, celui de ceux qui donnèrent leur vie pour que nous vivions libres, le 11 novembre, fête de l'Armistice. Vers le 15 novembre, les vitrines des magasins annonçaient la fête de Saint-Nicolas. Les Tournaisiens se rappelleront le magasin de jouets Ménart situé dans la rue des Chapeliers qui, le jeudi après-midi, invitait Saint-Nicolas. On y voyait une file d'enfants attendre devant le trône, certains faisant les fanfarons, d'autres n'ayant pas l'air rassuré. C'est qu'on leur avait dit que, chaque fois qu'ils avaient dérogé aux règles de sagesse, Père Fouettard, l'homme armé d'un martinet, avait inscrit ce fait dans un grand livre. Les enfants étaient parfois aussi angoissés que d'actuels administrateurs de société au moment de la publication du bilan annuel !

Au cours de ces jours de novembre, à la maison, on rédigeait la lettre à Saint-Nicolas, de sa plus belle écriture, on jurait avoir été très sage ou on promettait de l'être à nouveau et on lui demandait le jouet désiré. Il faut bien dire que c'était un travail "légèrement" dirigé par la mère en fonction du budget que la famille pourrait consacrer.

Le 5 décembre au soir, les enfants allaient se coucher un tantinet énervés à l'idée de découvrir les cadeaux tant attendus, le lendemain matin. Ils avaient placé au pied de la cheminée un petit panier en osier contenant une carotte et un navet afin de réconforter le pauvre âne qui portait la hotte chargée de présents. On n'osait même pas imaginer le grand saint à la barbe blanche et au costume rouge brodé d'or déambulait de toits en toits et s'introduire par la cheminée pour déposer les jouets ?

A peine étaient-ils endormis ou feignaient-ils l'être que les parents apportaient les paquets enrubannés auprès de l'âtre qui sommeillait. 

Au petit matin, l'enfant bondissait du lit pour courir à la salle à manger et là, devant ses yeux émerveillés, il découvrait les petits soldats de plomb, la poupée aux longs cheveux blonds, le petit train en bois ou électriques, les jeux de construction, les livres à colorier et bien d'autres jouets. Les parents avaient aussi mis un panier avec des oranges, des pommes ou des mandarines, fruits de saison qu'on dégustait pour la première fois de l'année, véritable symbole de cette fête de Saint-Nicolas.

Quelques traces de dents (qu'on ignorait être familiales) prouvaient que l'âne s'était restauré avant de reprendre la route. 

Les jeux allaient occuper les longues soirées d'hiver, car on avait, à cette époque, la notion de valeurs qui nous permettaient de comprendre la chance qu'on avait d'avoir eu la visite du Saint patron des écoliers. On nous disait que des courées à Saint-Piat ou à Saint-Jean étaient exclues de son parcours parce que les parents étaient trop pauvres pour le faire venir. 

Que représente encore la fête de Saint-Nicolas à notre époque ?

Il y a une vingtaine d'années, travaillant au sein d'un organisme financier, avec quelques collègues, nous avions mis sur pied, lors de la dernière semaine de novembre, une fête de Saint-Nicolas à l'intention des enfants du personnel. Ils étaient plus de deux cents à venir assister, à la Maison de la Culture, à un spectacle de variétés, à la venue de Saint-Nicolas et à la remise de cadeaux. Leurs parents n'étaient pas les moins ravis d'y participer car ils y retrouvaient, le temps d'une demi journée, leurs souvenirs de jeunesse. Joie des retrouvailles et émotion de l'instant étaient au rendez-vous. Hélas, la fusion intervenue avec un grand groupe international a sonné la mort de cette initiative, les financiers et administrateurs de société de notre époque n'ont probablement jamais connu la période heureuse de l'enfance ou alors ils l'ont oubliée, leurs plus beaux cadeaux étant les somptueux bénéfices à se partager à la fin de l'année. Rentabilité à outrance que de crimes commet-on en ton nom ! 

Aujourd'hui, partout dans la ville, la Saint-Nicolas est mise en vitrine dès le lendemain de la fête d'Haloween. Jeux lasers, consoles vidéos, l'électronique apprend désormais aux enfants à tuer des ennemis, des "aliens", des envahisseurs, Ils ne développent plus l'imagination fertile de cet âge mais uniquement les réflexes "pavloviens" et procurent inconsciemment la joie de... tuer. Ne faut-il pas y rechercher les raisons de l'augmentation de la violence dans les écoles et ailleurs ? les adultes d'aujourd'hui ont tué l'innocence de l'enfance et, en même temps, ils leur arrive de manifester contre l'utilisation d'enfants soldats dans certains pays étrangers. Comprenne vraiment qui pourra !

Désormais, vers la fin novembre, Saint-Nicolas a déjà disparu des vitrines pour laisser place à la féérie de Noël. Les marchés de Noël se multiplient et ouvrent leurs portes avant même que sa fête soit passée, laissant ainsi supposer le peu d'importance qu'on attache encore à cette fête pour les enfants. Tout cela au nom du "Marché", des bénéfices à engranger ou, dans le grand brassage multi-culturel qui est désormais le nôtre, pour ne pas déplaire aux personnes pour qui la Saint-Nicolas ne représente rien !

(S.T. décembre 2012)



12:29 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, saint-nicolas, fêtes |

Les commentaires sont fermés.