10 déc.
2012

Tournai : ce jour-là, le 10 avril 1985

Les catastrophes survenues à Tournai que nous avons évoquées jusqu'à présent n'ont heureusement jamais fait de victime. En effet, lors de l'explosion du restaurant chinois à la rue des Maux en 1966, de l'incendie spectaculaire du Tournai Shopping en 1980, de l'explosion de la rue Garnier en 1984, de celle de la rue Albert Asou en 1987 ou encore de l'incendie de l'entreprise Unisac en 1995, si les dégâts furent considérables et se chiffrèrent à plusieurs dizaines de millions de l'époque, si quelques personnes furent légèrement blessées ou traumtisées, jamais on n'avait dénombré de décès.

Par une belle soirée de printemps, à quelques jours des fêtes pascales 

Il n'en est pas de même malheureusement pour la catastrophe survenue le mercredi 10 avril 1985.

Il est un peu plus de 19h, ce soir-là, au carrefour du Viaduc. Entre le pont de chemin de fer et le boulevard Delwart se trouve une station-service. Derrière celle-ci, une cuve contient 15.000 litres de LPG, un gaz maintenu à l'état liquide. Les gérants de la station ignorent que, déjà à cet instant, une soupape est défaillante et laisse échapper le gaz liquide qui se transforme immédiatement en un élément gazeux en raison de la température ambiante.

Le gaz s'accumule et la nappe se dirige vers la voirie située entre le pont du chemin de fer et le carrefour, elle stagne au ras du sol et ne s'élève pas à plus d'un mètre du sol.

Deux agents de la police communale passent justement à cet endroit, l'un est en service, l'autre non. Ils remarquent que quelque chose d'anormal se passe au niveau de la cuve et font immédiatement évacuer les automobilistes qui se trouvent en attente pour emprunter le carrefour. Ceux-ci vont se précipiter en direction de la clinique Notre-Dame située de l'autre côté du boulevard. 

Sous le pont du chemin de fer se trouvent deux véhicules, les conducteurs constatent que leur moteur s'est éteint brutalement, ils ne comprennent pas qu'ils vient de s'asphixier par manque d'oxygène. Voyant des personnes courir et d'autres faire de grands gestes, ils quittent à leur tour leur voiture. L'un prend la bonne direction, il fuit vers la chaussée d'Audenarde, mais un couple accompagné de leur jeune fille font le choix de partir vers le carrefour. Il traverse la nappe de gaz au moment même où celui-ci s'enflamme. Les vêtements en feu, l'homme, un ingénieur d'origine burundaise et sa fille de 16 ans parviendront à rejoindre le boulevard et s'écroulent. La dame transformée en torche s'effondre sur l'asphalte et tente de ramper vers les siens. 

A 19h14, la centrale d'incendie des pompiers de Tournai située à la rue Perdue reçoit les premiers appels, rapidement plusieurs camions et ambulances se rendent sur les lieux. On évacue les trois victimes vers la clinique Notre-Dame toute proche. Brûlée à plus de 80% sur tout le corps, la dame ne survivra pas à ces blessures tandis que son mari et sa fille atteints à plus de 60% sont transférés au Centre des grands brûlés de Loverval. On soigne également l'automobiliste qui a fait le bon choix pour fuir, il est légèrement blessé mais surtout extrêmement choqué. 

Pendant ce temps, la citerne s'est transformée en une véritable torchère et la flamme monte à plus d'une vingtaine de mètres, la chaleur produit par le foyer irradie à une centaine de mètres à la ronde. Les hommes du feu sont confrontés à une situation délicate, il faut éteindre les cinq véhicules en feusur la chaussée et surtout refroidir au maximum la cuve pour maintenir une combustion simple et éviter d'atteindre le coefficient de détente qui déclencherait une dramatique explosion. C'est ce que vont réussir les pompiers, lorsque le gaz aura totalement brûlé, tout risque sera écarté. 

Les flammes ont léché le talus de chemin de fer, la circulation des trains a été arrêtée car les responsables de la gare, toute proche, craignent une déformation des voies en raison de l'importante chaleur dégagée. Il n'en est finalement rien mais une cabine à haute-tension a souffert de l'incendie tout comme un relais de la R.T.T. (régie des Télégraphes et Téléphones) privant de communications les abonnés dépendant d'elle. 

Venant du quai Sakahrov, je me souviens avoir vu passer une ambulance et de nombreux véhicules du service incendie toutes sirènes hurlantes, sans jamais imaginer qu'une catastrophe venait d'avoir lieu quelques centaines de mètres de l'endroit où je me trouvais. Débouchant sur le boulevard Delwart, je vis tout d'abord cette importante colonne de fumée tantôt blanche, tantôt noire s'élevant en tournoyant au-dessus d'un mur de flammes. Police et gendarmerie ayant interdit toute circulation en direction de la gare, je distinguais d'où j'étais, des carcasses de véhicules dont les pneus brûlaient encore. Des voisins me dirent avoir vu des ambulances se dirigeaient vers les urgences de la clinique Notre-Dame. On imaginait le pire !

Ce drame aurait-il pu être évité ?

Selon les experts mandatés pour l'enquête, il y avait moyen d'éviter l'ampleur qu'a prise ce sinistre par une bonne connaissance des installations de la réserve de gaz. Malheureusement, l'accès à la profession n'était, à l'époque, pas suffisamment réglementée et la bonne volonté du gérant n'a pas suffit. Il a tout essayé pour stopper le fuite mais ignorait qu'une vanne placée à proximité aurait interrompu l'arrivée de gaz. L'installation était en ordre et avait été vérifiée deux ans auparavant.

Un lourd bilan humain.

Une dame d'une quarantaine d'années est décédée, son mari et sa fille conserveront à jamais des séquelles physiques et psychologiques, ils resteront des mois à l'hôpital pour reconstituer les tissus abimés par le feu. La vision des cinq véhicules détruits par le feu amenait en mémoire les catastrophes de Los Alfaques en Espagne et de Saint-Amand les Eaux. 

Cela aurait pu être pire !

Imaginons que la fuite de gaz ce soit produite entre 16 et 17h, en pleine heure de pointe, au moment où des dizaines de véhicules, de piétons, de cyclistes attendent pour traverser le carrefour. Deux écoles se trouvent à proximité, l'école primaire du Château et le Lycée Royal (aujourd'hui Lycée Campin), de nombreux automobilistes attendaient, chaque soir, les enfants à proximité du carrefour, de part et d'autre du boulevard.

Au moment de l'incendie, un train est passé au-dessus de la torchère !

L'efficacité des hommes du feu a plus que probablement sauvé d'autres vies si on imagine l'explosion de la cuve et les projections qui se seraient produites. 

Le réflexe des deux policiers communaux intervenant avec beaucoup de sang-froid a permis à des personnes de se mettre en sécurité avant que la cuve ne prenne feu.

On a donc eu beaucoup de chance en ce qui concerne l'instant à laquel s'est produit ce néanmoins tragique fait divers mais la situation a aussi été gérée avec énormément de professionnalisme par les divers intervenants. 

La station Gulf a par la suite été rasée, un rond-point a été réalisé et à cet endroit se trouve désormais l'entrée du parking du complexe cinématographique Imagix. 

(sources : éditions du "Courrier de l'Escaut" et du "Nord-Eclair" d'avril 1985 et souvenirs personnels).

(S.T. décembre 2012)

09:36 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, viaduc, incendie, gaz liquide, catastrophe, pompiers |

Commentaires

Après une semaine de damnation...avec ma connexion Wi-Fi..
.me voilà pour te souhaiter une bonne journée....merci pour vos encouragements
amitiée de kalyna

Écrit par : kalyna7 | 14/12/2012

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Bonsoir Serge,

De par ma profession et par la proximité de l'incendie par rapport à mon lieu de travail, notre "Golf" fut un des tout premiers véhicules sur place. Me précipitant hors de la voiture, à hauteur du carrefour du Viaduc, sur le trottoir au "virage côté "Pont et Bd des Nerviens" ce que je vis, me glaça d'horreur ... malgré la chaleur très intense du feu. J'ai des photos que je te transférerai.
Cordialement. -- Jacques

Écrit par : jacques DCK | 14/12/2012

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