04 déc.
2012

Tournai : contes et légendes

Le 1er décembre marque non seulement l'arrivée de l'hiver météorologique mais aussi l'apparition des jours les plus courts de l'année. Au siècle dernier alors que télévision, home-cinéma et internet n'existaient pas, les longues soirées hivernales étaient, plus qu'à l'accoutumée, propices à de grands échanges oraux entre les divers membres de la famille autour d'un bon feu qui crépitait dans la cheminée. Souvent, durant ces réunions familiales, on évoquait les différents faits ou informations recueillis par les uns et les autres, au cours de la journée qui s'achevait, parfois aussi, on contait aux enfants des histoires extraordinaires, des contes et des légendes. Les lueurs provenant des flammes dansantes dans l'âtre, le craquement sinistre des bûches et le vent qui venait siffler dans la cheminée plantaient involontairement un décor approprié à ces narrations. 

Derrière ces histoires contées par un grand'père ou une grand'mère qui excellaient dans cet exercice, il y avait toujours une morale : "malheur à celui qui s'écartait du droit chemin, il devenait alors la proie des sorcières, lutins, farfadets qui sortaient la nuit venue et peuplaient de cauchemars le sommeil des enfants qui n'avaient pas été sages".  

La mémoire collective conserve ces récits à la fois merveilleux et angoissants au point que Jean Luc Dubart (dont l'Optimiste a déjà dressé le portrait au sein du blog) les a rassemblés, en 2005, sous le titre de "Contes et légendes du pays hennuyer".

Un autre auteur tounaisien, Walter Ravez, s'est penché sur ces récits qui mêlent imagination et superstitions populaires, il leur a consacré un chapitre dans son ouvrage "Le folklore de Tournai et du Tournaisis" paru en 1949.

Qui n'a pas entendu, au moins une fois dans sa vie, parler de sorcières, d'animaux doués de paroles, de loup-garous ou de revenants. La fête d'Haloween apparue dans nos régions à l'aube du vingt et unième siècle n'est que la transposition de cet inconscient collectif, notre génération n'a absolument rien inventé.

On n'entend plus guère parler de "Marie-Galouse", cette vilaine sorcière dont on menaçait les enfants qui ne faisaient pas preuve de sagesse. ""Marie-Galouse va venir te prendre, si tu n'es pas sage". Cette seule évocation avait le don de ramener la plupart (mais pas tous) à de meilleures dispositions. 

Dans le village de Calonne, situé entre Chercq et Antoing, c'était "l'diabel d'ieau", le diable d'eau, qui venait terroriser les habitants. Mi-homme, mi-poisson, il vivait sur les rives de l'Escaut, tapi dans les roseaux et y attirait ses victimes. Certains "roctiers" (ouvrier des carrières), ces hommes durs au labeur, se vantaient parfois de ne pas avoir peur du diabel d'ieau, peut-être souhaitaient-ils simplement provoquer l'admiration de jeunes filles à marier !

Sur le même territoire, on trouvait le "parc à sorchères" (le parc à sorcières), un terrain broussailleux qui s'étendait vers la chaussée de Saint-Amand où durant chaque nuit de samedi à dimanche, à minuit, les sorcières se donnaient rendez-vous pour le sabbat après avoir enfourché un "ramon", (un balai). Certains rentrant tard le soir (ou tôt le matin, c'est selon) racontaient qu'ils avaient été témoins de faits étranges à cet endroit et semaient la panique parmi les habitants les plus crédules. Probablement avaient-ils, au cours de la soirée, ingurgité trop de bières ou de "petites gouttes" et ne pouvaient-ils plus faire la distinction entre rêve et réalité ou alors, était-ce l'excuse toute trouvée pour empêcher leur épouse de les accueillir un peu trop brutalement comme cela était souvent le cas aux retours de beuveries. Ellezelles possède son "marais à chorchiles", et l'est du pays ses "tchans à makroles ou macrales". 

A Gaurain, on attribuait aux "lumerottes", les feux follets, des pouvoirs malfaisants. Comme on disait alors et comme nous le rapporte Walter Ravez: "l'lumerotte, ch'est eine mauvaisse gins qui s'pourmène de nuit et qui cache à faire du mal"  (le feu follet, c'est une mauvaise personne qui se promène durant la nuit et cherche à faire du mal). On rapportait également que le feu follet dansait à l'endroit où une personne était enterrée. Ce qui n'est pas tout à fait faux puisqu'il s'agit d'une flamme légère et fugitive produite parfois par le gaz s'échappant d'un corps en décomposition. Dans le village, le lieu-dit "Marais du Flaqu'gnies" avait la réputation d'être habité par des lutins rouges, aux yeux flamboyants, qui avaient l'habitude, lors de certaines nuits d'hiver, de danser dans les chaumières mal famées ou dans la profondeur des bois. Ils rodaient dans la campagne quand la lune était couverte et leur feu démoniaque trouait l'obscurité, épiant une victime. 

Chaque région a ses légendes mais les conteurs se font rares. Certains d'entre vous se rappelleront peut-être ces histoires qu'on leur contait le soir à l'écrienne lors des longues soirées d'hiver !

(S.T. décembre 2012)

Commentaires

Bonsoir Serge,
Un beau billet et de beaux souvenirs.
La vie était plus dure, mais plus facile à vivre.
On n'enviait pas tout ce que l'on a aujourd’hui, beaucoup trop. Il n'y avait pas grand-chose.
Je trouve que tout va trop vite, on n'apprécie plus rien.
Je me souviens de ces soirées, il n'y a pas encore si longtemps comme tout va si vite, on a l'impression que nous sommes déjà de vieux !
Je rigole, sur les 40 dernières années que de changements, hélas pas positifs.
La TV, le PC, tout cela empêche la conversation, on vit avec le virtuel.
On a 10.000 amis sur Facebook, les gens sont heureux avec cela pas moi, je suis contre tous ces réseaux. Il n'y a rien de vrai dans tout cela.
C'était bien mieux avant sans être vieux jeu.
C'était la famille, les amis.
les fêtes avaient un sens, bref, il est loin ce temps.
J'ai connu les sorcières et tout ce qui fait peur aux gosses.
Les soirées au coin du feu, c'était du bonheur, tout simple et bien mieux.
On reste zen !
Passe une agréable soirée, mes amitiés.

Écrit par : Mousse | 04/12/2012

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.