28 nov.
2012

09:46

Tournai :la construction a le vent en poupe !

Avant de céder son fauteuil mayoral, le 3 décembre prochain, le bourgmestre de Tournai a tiré, devant la presse, un bilan des douze années passées à la tête de la cité des cinq clochers. On a notamment appris que son souhait le plus cher était de voir la population de la ville augmenter et il a ainsi cité le chiffre de 72.000 habitants à l'horizon 2020. Pour rappel, on dénombre actuellement un tout petit moins que 70.000 habitants.

Les nouveaux venus, parmi lesquels les Français ne seront certainement pas les moins nombreux, trouveront largement à (bien) se loger puisque des projets immobiliers de qualité fleurissent aux quatre coins de la cité de natale de Clovis. Un notaire m'annonçait dernièrement que dans les quatre prochaines années, environ neuf cents logements seront mis en vente ou en location sur le territoire de la ville.

Deux projets ambitieux viennent de démarrer. L'un se situe entre la rue As-Poids et la place de Lille, l'autre en face du jardin de la Reine. 

Depuis quelques jours, des tracteurs évacuent des tonnes de terre et de gravats de terrains situés à l'arrière de l'église Sainte-Marguerite. On va édifier, en cet endroit, un parking sur deux étages et transformer l'ancien hôtel à l'enseigne des "Armes de Tournai" ainsi que l'ancienne cure en appartements de standing. L'église elle-même vient d'être vendue à un promoteur qui souhaite y aménager là aussi des appartements  avec vue unique sur la cité tout en réservant le rez-de-chaussé à une destination plus culturelle. Espérons qu'au cours de ce chantier ne disparaîtra pas la cartouche "La fuite en Egypte", redécouverte il y a peu de temps et qui avait disparu sous un recouvrement probablement après la seconde guerre mondiale. Les défenseurs du patrimoine tournaisien peuvent, en effet, émettre logiquement certaines craintes car le promoteur n'est autre que celui qui a procédé à la restauration de la façade du 10 rue des Maux, l'ancienne "grange aux dîmes" de l'abbaye de Saint-Martin, au cours du laquelle le sablage a fait disparaître les dorures qui recouvraient les inscriptions des cartouches ainsi que la polychromie qui identifiait les armes de l'abbaye et de l'abbé constructeur. Tout cela probablement, une fois de plus, au nom de la rentabilité financière, ce terme à la mode qui nous a plongé dans la situation économique que nous connaissons ! On n'a pas le droit de gaspiller le riche patrimoine tournaisien conservé par nos ancêtres et de s'ériger en juge de ce qui doit être conservé ou peut disparaître. 

Les Tournaisiens amoureux de leur passé doivent également se presser s'ils veulent garder un souvenir de ce fugace "Casino" dont l'Optimiste vous a déja parlé. Depuis cette semaine, un puissant engin est occupé à attaquer la façade située à l'angle du boulevard Léopold et de l'avenue de Troyes. A la place s'élèvera un bâtiment de trente-trois appartements de très haut standing, au sein d'un écrin de verdure. Le rez-de-chaussée do nouvel immeuble sera occupé par une société de banque-assurance, une fiduciaire et une société immobilière. Une quinzaine d'emplacements de parking seront mis à la disposition de leur clientèle.

Dans la rue des Fougères, proche de la chaussée de Saint-Amand, la phase 1 de la résidence "la Renardière" se termine. Les fondations de la deuxième phase ont débuté. Là aussi quelques dizaines d'appartements confortables seront bientôt mis en vente.

Les appartements érigés sur le domaine de l'ancien Hôpital militaire de Bongnies, à la rue Allard l'Olivier, sont pratiquement terminés, certains ont déjà trouvé preneur.

Au boulevard du roi Albert, à l'emplacement d'une ancienne maison d'accueil pour personnes âgées, une petite résidence est également en construction. 

Dans la rue Jean Cousin, les travaux d'édification d'une importante résidence de plusieur dizaines de logements se poursuivent tandis que sur la plaine des Manoeuvres, face à l'avenue Montgoméry, la première phase de "la Corne Saint-Martin", autre projet de plusieurs dizaines d'appartements ayant la particularité d'être passifs évolue rapidement.

Des demandes de permis de bâtir ont été introduites ces dernières semaines à l'Administration Communale concernant la création d'appartements aux étages de l'ancien immeuble de la "Vierge Noire" à l'angle du piétonnier et de la rue de la Tête d'Or ainsi que pour la transformatione en une trentaine d'appartements de l'ancienne usine Allard sur le quai des Salines. 

On attend le début des travaux de démolition des anciens bâtiments du "Courrier de l'Escaut" situés à l'angle de la rue du Curé Notre-Dame et de l'Hôpital Notre-Dame, appartements de grand confort au pied de la cathédrale, un lieu très prisé par les amoureux de Tournai. 

Le "Centre de Tourisme" sur la place Paul Emile Janson n'en finit pas... d'en finir. Son inauguration a été maintes fois repoussée, il semble, comme nous vous l'avons déjà dit, que ce chantier souffre d'une mauvaise coordination.

La rénovation complète des façades du piétonnier sera probablement terminée pour la Noël. Les puristes constateront qu'on y a fait du beau sans respecter le caractère historique, c'est souvent le danger quand un projet est confié à une firme étrangère qui ne (re)connaît pas le caractère du lieu ou s'en moque éperdument. Sur les pas de porte, des grandes pierres bleues ont été collées sur des trumeaux faussement reconstitués et les corniches à corbeaux ont disparu au profit de corniches d'une grande simplicité. Pratiquement toutes les vitrines ont été ramenées au bord de la voirie créant une uniformité discutable. Le caractère tournaisien des maisons a disparu, probablement au nom d'une rentabilité financière et d'une enveloppe qu'il ne fallait pas dépasser. 

On est toujours sans nouvelle du devenir du chancre que constitue l'ancien cinéma Palace où des appartements devraient se trouver au-dessus d'un rez commercial. Actuellement le terrain vague sert de lieu de stockage pour la firme Galère chargée des travaux de rénovations des rues dans le cadre du projet cathédral. On attend aussi le début de la construction d'un immeuble dans la rue de l'Arbalète à destination de kots pour étudiants. On n'évoque plus de l'installation de l'école Saint-Luc dans le bâtiment des Anciens Prêtres et des Archives de l'Etat à la place de l'Evêché et place Paul Emile Janson. L'affaire suit-elle son cours ou un nouveau rebondissement est-il à prévoir? La direction de l'école des Frères située dans la rue des Choraux, en face d'un des bâtiments pressentis, a démenti par presse interposée que leurs bâtiments étaient à vendre et que Saint-Luc y installerait des auditoires !

Au Becquerelle, l'important chantier de construction du siège d'Ideta, d'une trentaine d'appartements et de deux crèches avance rapidement, les fondations ont été réalisées, le rez-de-chaussée est en cours d'édification, un des bâtiments est déjà totalement sorti de terre. 

A la rue Paul Pastur, l'édification d'appartements se poursuit, le gros-oeuvre se termine. 

A l'avenue de Maire, la construction de l'école "le Petit Colysée" est en cours, les fondations sont terminées, on entame les murs du rez-de-chaussée. 

Un tout nouveau quartier a poussé comme un champignon à Warchin, à proximité de la chaussée de Bruxelles, plusieurs dizaines de maison ont déjà trouvé acquéreur, d'autres sont encore en construction.

Il nous reste à évoquer l'important chantier de rénovation de la cathédrale Notre-Dame entamé depuis déjà une décennie. Après la stabilisation de la tour Brunin et la restauration de la nef romane, voici que se profile une nouvelle phase, celle qui concernera les clochers et le transept. Dans quelques semaines débuteront les travaux de préparation de cette délicate opération puisqu'elle concernera un chantier se déroulant jusqu'à une altitude de 83 mètres. Il y a lieu de poser les échafaudages qui ceintureront l'ensemble, de créer un plancher qui servira de base aux ouvriers, de prévoir les moyens nécessaires pour hisser le matériel tout là-haut, de fermer le tout pour des questions de confort et de sécurité pour les ouvriers. A l'intérieur de l'édifice, on va totalement isoler la nef romane qui sera la seule partie encore accessible pour les visites et les offices. L'entrée du Trésor se fera comme durant la période de fermeture au début des années deux mille par la rue des Chapeliers. La durée de la préparation est d'environ six mois, celle de la rénovation est estimée à plus ou moins six ans. 

(S.T Novembre 2012)

26 nov.
2012

11:04

Tournai : les festivités de décembre

Le dernier mois de l'année est aussi le plus festif, l'ambiance des fêtes de fin d'année y est omniprésente. 

Du samedi 1er au lundi 31 : Grand'Place "Le village de Noël" chalets de gourmandises et d'artisanat de fêtes - Visite du Père Noël, animations diverses, patinoire, manèges pour enfants, groupes musicaux. Un village féérique !

Dimanche 2, Esplechin, salle la Bascule, à partir de 10h, "Marché de Noël" du club des Jeunes de la Pérotte.

Mardi 4, auditoire du Séminaire, 13h45, "Ode à la couleur" conférence d'Eveline Legrand dans le cadre de Connaissance et Vie d'aujourd'hui. 

Jeudi 6, Maison de la Culture : "Les cathédrales gothiques, de fascinants géants" conférence par Donatienne Blanjean, historienne de l'Art dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 6, Maison de la Culture, 17 et 20h, "Route 66" conférence sur la mythique route des Etats-unis par Marc Poiret, dans le cadre du cycle "Exploration du Monde"

Vendredi 7, Mourcourt, Home les Blés d'Or, 17h, "Marché de Noël".

Vendredi 7, Salle la Fenêtre, 20h, "84, Charing Cross Road,", pièce de Hélène Hanff avec Laetitia Reva et Philippe Bombled. . 

Vendredi 7, samedi 8, dimanche 9, Carmel de Kain : "Marché de Noël artisanal".

Vendredi 7, église Saint-Jacques, 20h00, "Concert pour trois pianos et orchestre" organisé par le Rotary Tournai 3 Lys au profit de projets locaux, avec les pianistes Sofia Vasheruk, 1ere lauréate du Concours international André Dumortier 2010, Andrey Nesterenko, lauréat de prix internationaux en Russie, au Danemark et aux Pays-Bas, Philippe Gérard, chef permanent de l'orchestre de chambre "La Chapelle Musicale de Tournai", orchestre qui les accompagnera dans des oeuvres de Schubert, Ravel, Bach, Rachmaninov, Mozart...

Samedi 8, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h : "En trois lettres" spectacle pour jeune public à partir de 6 ans. 

Samedi 8, Salle La Fenêtre, 20h : "Les Misters des Voix Picardes" concert à capella de chansons populaires, tristes et affligeantes par un groupe déjanté, la bonne humeur est de rigueur !

Samedi 8, Stade Luc Varenne, 20h : Récital de Bruno Brel, "L'héritage et la descendance".

Samedi 8, Templeuve, église Saint-Etienne, 20h, "Concert de Noël" par l'Orchestre à Cordes du Conservatoire de Tournai et l'ensemble des Cadets, sous la direction de Christiane Diricq, Anaïs Meurist, élève organiste et le cours de formation théâtrale de Nathalie Wargnies. Concert au profit de Solidarité Afghanistan Tournaisis. 

Dimanche 9, Esplechin, église Saint-Martin " Concert de Sainte-Cécile" de la Royale Fanfare les Gais Amis.

Dimanche 9, Maisons Romanes, 16h, "Noël à travers les siècles", concert par l'ensemble à voix égales "Vocalis" sous la direction de Sabine Godon.

Dimanche 9, salle du Forum, 15h30, " L'carnaval", comédie patoisante par la Relève Saint-Eloi.

Mardi 11, Maison de la Culture, salle Jean Noté, 20h, "Ecole de cirque de Palestine". 

Mercredi 12, Séminaire, 17h30, Concert de Noël par l'Académie Saint-Grégoire.

Mercredi 12, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 20h, "The Wild Party", une plongée dans le New-York des années trente avec Benoit Verhaert et un quartet de jazz. 

Jeudi 13, Maison de la Culture : "La Franc-Maçonnerie sous le regard chrétien", conférence par Gabriel Ringlet, prêtre, écrivain, ancien recteur de l'UCL, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible du Hainaut. 

Vendredi 14, Samedi 15 et dimanche 16 Halle-aux-Draps "Marché de Noël" organisé par les commerçants de la Grand'Place.

Vendredi 14, Samedi 15 et dimanche 16, Marquain : "Marché de Noël".

Samedi 15, Froyennes, Foyer Saint-Eloi : "Marché de Noël".

Samedi 15, Ecole du Château "Marche des illuminations" organisée par Mont-Marche, circuits de 7 et 12 km à la découverte de la cité des cinq clochers illuminée et de 10 et 20 km vers le Mont Saint-Aubert. 

Samedi 15, Grand'Place, 16h, Le Conservatoire de Tournai et la gestion Centre-Ville présentent : "les Tubas de Noël" dirigés par Thierry Cuvelier

Samedi 15, salle La Fenêtre, 20h, Improvisation "Cabaret de Noël"

Dimanche 16, Masure 14, de 11 à 19h, "Marché de Noël";

Dimanche 16, Maisons Romanes, 16h, "Concert de Noël" par le trio "Natividad", Coline Dutilleul (voix et percussions), Anne Bernard (viole de Gambe ) et Kamal Abdul-Malak (guitare).

Dimanche 16, Musée de la Tapisserie, 16h, "Quatuor Carducci " de Grande Bretagne, concert organisé dans le cadre du 11e Festival européen des quatuors à cordes "Les Voix Intimes". 

Dimanche 16, Maison de la Culture, 17h30, traditionnel "Concert Viennois" par l'Orchestre de Douai et le ténor J.P. Furlan, une organisation de la Confrérie des Cinq Clochers au profit de l'enfance déshéritée du Tournaisis. 

Mercredi 19, Centre de la Marionnette, 18h, "Scènes à Noël - Le Père Noël, montreur de marionnettes".

Jeudi 20, Maison de la Culture, "Naissance et Apogée de l'Acropole d'Athènes" conférence par Catherine Courtois, historienne de l'Art dans le cadre de l'Université du Temps disponible du Hainaut.

Vendredi 21, Chercq, Fours à Chaux, 21h, "La der des ders" , l'enterrement du monde dans un compte-rebours final s'arrêtant...à minuit. 

Vendredi 21 au 6 janvier, Esplanade du Conseil de l'Europe, Cirque Franco-Canadien dans sa "Féérie de Noël". 

Samedi 22, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, "Kilo d'plomb, kilo d'plumes" spectacle familial par la Compagnie Pan !

Samedi 22 (16h30 et 18h) et Dimanche 23 (16h30 et 18h), Centre de la Marionnette : "Scènes à Noël - Le Père Noël, montreur de marionnettes". 

Samedi 22, église de Kain la Tombe, 20h, "Gospel de Noël" par S(w)ing in Gospel Choir, dirigé par Philippe Stichelbout

Dimanche 23, Willemeau, 9h30, "marche des coquilles" à la découverte du village, parcours de 7km, une organisation du Cercle d'Histoire de la Vallée du Rieu de Barges. 

Vendredi 28, Maison de la Culture, salle Frank Lucas, 16h, "Amour et jambe cassée" par la Cie de la Casquette, spectacle pour jeunes dès 7 ans. 


Expositions :

Jusqu'au 2 décembre "Frank Fischer et Dominique Bordenave" à la Rasson Art Gallery, rue De Rasse.

Jusqu'au 9 décembre, "CorpuS" exposition collective à l'espace "L'Art est Création", Bd Léopold.

Jusqu'au 23 décembre, Maison de la Culture : "Roger Dudant et Pierre Debatty".

Jusqu'au 23 décembre, Maison de la Culture, Espace bis : "Super Cagibi", collectif d'édition et d'impression scérigraphique de Lille. 

Jusqu'au 14 avril 2013, Musée d'Histoire et des Arts décoratifs (dit Musée de la Porcelaine), rue Saint-Martin "Regard sur les faïences fines de Tournai: le don Cosyns". 

24 nov.
2012

09:16

Tournai : expressions tournaisiennes (200)

Bé ahais... vous avez bin li... nous ov'là d'jà au luméreo deux chints, je n'pinseos pos mes gins vous écrire dins no patois aussi lommint

Vous m'avez bin souvint dit ou acore écrit que l'saim'di ch'éteot ein attinte comme ein cat après eine soris, qu'à l'fin de l'sémaine, on pouveot ainsin ortrouver ses rachènes.

Deux chints artiques su les mille deux chint nonante treos qui seont jusqu'asteur parus, neon, neon vous avez bin vu, n'avez pos la berlue.On peut dire que j'n'ai pos chômé et, j'deos vous l'avouer, bin souvint, j'ai ramé. Hureus'mint que j'ai toudis été bin intouré. On peut dire qu'avec Edmeond et Fifinne, Albert, Edgard et Irma, j'ai rincontré eine masse de riches colas. Ch'est grâce à ces muses que j'vous amuse. 

Tins l'dernière in date, j'viens jusse d'l'apprinte, j'sus assez infarfouillé pou vous l'raqueonter

A pus d'soixante ans, Albert i-s'a mis à l'conduite, l'théorique i-l'a passé deux feos mais pou l'pratique, malgré qu'i-a fallu vingt-chinq ans et chinq moniteurs, i-a été orfusé pa l'examinateur. Et bin que l'dernière feos m'n'heomme i-parteot à l'ortraite, i-n'li a même pos fait eine fleur, i-li a dit : "j'pinse que ch'est à causse d'vous que j'sus asteur pris du coeur". 

Adeon, i-a acaté eine pétite auteo sans permis et i-l'a mis pa d'vant s'maseon pindant ein meos et d'mi. Comme i-dit :

"I-feaut aller tout à s'n'aisse, ch'est pos la peine qu'on se tresse, asteur que l'auteo elle est là, bé... j'ai d'jà fait ein grand pas". 

Huit jours après, i-a pris s'corache à deux mains et... i-est meonté d'dins. I-a appuyé su l'démarreur et i-a mis s'clignoteur et puis i-a tout arrêté et, à s'maseon, i-est rintré.

"Feaut pos vouloir aller trop vite, on deot bin intégrer les règles de l'conduite". I-a fallu presqu'eine semaine pou li orcommincher.

I-a mis l'moteur in route, i-a fait ein beond et i-a été jusqu'à deux chint mètes de s'maseon.

J'li ai dit : "Mo bé quelle affaire, on peut dire qu'à t'n'âche t'as ichi fait ein bieau voyache".  

Ch'est alors qui m'a d'mindé d'aller l'aider pou faire ein d'mi tour su l'chaussée.

"Tant qui n'a pos d'voiture i-a pas d'problème, mais j'panique quand j'in veos arriver eine dizaine. J'areos pos du partir, l'prumière feos, à l'heure de pointe" qui m'a dit l'annochint, mi, je veux bin mais ch'éteot ein diminche et i-éteot à peine nuef heures au matin. 

Hier, j'l'ai vu meonter dins s'petit bolide, et j'ai vu qu'i-aveot l'air livide.

"M'mamère elle m'a d'mindé d'aller à la cinse querre des oués et du lait pasqu'elle deot faire des coucoubaques pou les infants de m'soeur qui veont v'nir deîner, j'n'ai pos pus orfuser, te n'viendreos po ave mi pou que j'soiche rasseuré";

"Bé qui soit, à propeos, t'as d'jà payé t'n'assurince ?" j'li ai d'mindé cha pa prudince.

Et nous ov'là partis vers l'cinse du côté d'Ere et, croyez me, on a bin eu de l'misère.

Quand l'feu i-est dev'nu oranche à l'Porte Saint-Martin, i-a tout à n'ein queop oblié qui aveot ein frein, j'ai intindu des queops d'klaxeon et des gins berler et ch'est là qu'i-m'a dit : "Vingt milliards, les gins i-seont bin débaltés aujord'hui". J'aveos acore l'pépète quand on est passé in face d'Mulette et j'aveos l'impressieon d'minquer d'air in face du cabaret de l'Porte d'Ere. Quand l'cinsier i-nous a vu arriver, i-nous a dit : 'cré vingt dié, on est motorisé". I-areos mieux fait de s'taire, l'bouseu d'Ere, j'n'aveos pos invie d'plaisanter acore ein p'tit peu j'li orfeseos l'portrait. J'deos vous dire que quand j'ai l'pépète, je n'sus pos à printe ave des pincettes. 

Pou orvenir, tout d'leonque du qu'min, vu l' peu d'plache qu'i-aveot dins s'machin, j'aveos l'crucheon de lait et eine douzaine d'oués su mes gu'noux jusqu'au moumint m'n'heomme i-a appuyé su l'frein comme ein fou. 

"Si j'aveos pris l'fésan j'areos eu d'riches dégâts à m'n'auteo". I-n'a pos vu m'mareonne dins quel état elle se trouveot !

Quand on est arrivé s'maseon, s'mamère m'a ravisé et m'a dit, :

"Mo bé fieu, t'es ichi afulé, te n'as jamais pinsé à acater eine machine à lessiver, sortir ave eine parelle mareonne, ch'est pos très distingué pou ein heomme. Et l'lait et les oués duqu'i-seont ?"

"Ichi, pou faire vos coucoubaques, i-vous reste à ortorte m'pantaleon".

Asteur, i-veut apprinte à rintrer s'n'auteo au garache, bé j'li souhaite bin du corache, j'vas li moutrer commint i-feaut rintré mais quand cha s'ra pou l'sortir j'li dirai que j'sus occupé, ch'est ein véritape dinger publique, l'impêcher d'rouler ch'est ein acte civique !

Cha fait deux chints luméreos mes gins que j'vous raqueonte des carabistoules mais i-a à l'feos des cosses vraies parmi mes cacoules

(lexique : li : lu / l'luméreo : le numéro / lommint : longtemps / ein cat : un chat / eine soris : une souris / les rachènes : les racines / les artiques : les articles / jusqu'asteur : jusqu'à maintenant / ein colas : un niais, un innocent / jusse : juste / infarfouillé : embarrassé / raqueonter : raconter / l'ortraite : la retraite / adeon : donc / pas d'vant : devant / aller tout à s'n'aisse : aller tout à son aise / l'corache : le courage / l'maseon : la maison / orcommincher : recommencer / ein beond : un bond / l'annochint : l'innocent / nuef : neuf / l'cinse : la cense, la ferme / querre : chercher / des oués : des oeufs / des coucoubaques : des crèpes / l'deîner : le dîner / orfuser : refuser / tout à n'ein queop : tout à coup, soudainement / oblié : oublié / des queops : des coups / berler : crier / débaltés : exaspérés, énervés / avoir l'pépète : avoir peur / Mulette : nom du cimetière du Sud à Tournai / tout d'leonque : tout au long / le qu'min ou l'quémin : le chemin / l'plache : la place / ein crucheon : une petite cruche /  les gu'noux : les genoux / l'moumint : le moment / l'fésan : le faisan / l'mareonne : le pantalon, la culotte / raviser : regarder / fieu : fils / afulé : mal habillé / acater : acheter / moutrer : montrer / véritape : véritable / des carabistoules : des sornettes, des calembredaines, des histoires sans importance / des cosses : des choses / des cacoules : des mensonges ).

(S.T. novembre 2012)


09:16 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

22 nov.
2012

09:20

Tournai : ce jour-là, le 27 septembre 1987

Un quartier paisible mis en émoi !

La nuit du 26 au 27 septembre 1987 était celle du passage à l'heure d'hiver. Si à trois heures du matin, il faut retarder les pendules, réveils et horloges en les faisant revenir sur 2h, c'est bien souvent le lendemain matin que cette annuelle corvée est réalisée par la plupart d'entre nous. On peut ainsi réellement dormir une heure de plus.

Tout était donc calme dans le quartier Saint-Piat, il y avait bien peu de personnes dans les rues à cette heure matinale d'un week-end si on excepte les quelques fidèles qui partaient pour les premiers offices du jour.  

Vers 8h, une terrible déflagration fit sursauter ceux qui étaient encore au lit et secoua les immeubles du quartier. Réveillés en sursaut, les habitants ignoraient encore que l'origine de celle-ci était une explosion qui venait de se produire au bas de la rue Albert Asou.

La rue Albert Asou, une rue d'ordinaire tranquille, aux maisons bourgeoises, bordée de petits arbres, relie le palais de justice à la rue Sainte-Catherine et à l'avenue des Etats-Unis débouchant face à "l'école de la Jeune Fille" qui occupe les bâtiments de l'ancien hospice de vieillards. 

A l'arrivée des premiers secours, le spectacle est dantesque, la rue est jonchée de mille débris, des véhicules en stationnement de part et d'autre sont détruits ou gravement endommagés, les habitants en état de choc sont sur leur porte bien souvent encore en peignoirs ou pyjama, certaines personnes courent pour porter secours, un nuage de poussières a envahi les environs. 

On constate qu'il ne reste plus qu'un mont de gravats à la place des deux garages qui jouxtent le numéro 7 de cette artère. Au milieu d'un enchevêtrement de briques, de poutres et de tuiles, les pompiers vont avoir leur attention attirée par une bonbonne de gaz propane, totalement givrée, d'où s'échappe encore un peu de gaz. Dans l'habitation, où vit un couple avec deux enfants en bas-âge, ils découvrent le père et l'ainé des garçons profondément choqués tandis que la mère et le plus jeunes des enfants doivent être emmenés en clinique afin de soigner des brûlures. On apprendra rapidement que l'état du garçonnet de quatre ans ayant soudainement empiré, il avait été nécessaire de le transférer à l'hôpital Bruggman à Bruxelles. 

L'onde de choc s'est transmise dans toute la rue Asou tout en diminuant d'intensité et également vers la rue Sainte-Catherine où l'arrière de quelques bâtiments voisins ont été touchés. On va ainsi dénombrer une quarantaine d'immeubles et plusieurs véhicules ayant subi des dégâts plus ou moins importants. Face au lieu de l'explosion, une maison a eu un châssis complètement arraché et c'est le rideau qui a amorti la projection de débris vers l'intérieur, une imprimerie a vu sa chambre noire totalement chamboulée.

Dans un rayon de plus d'une centaine de mètres, les vitres ont volé en éclats, des tuiles sont tombées, des cheminés ont été ébranlées et présentent des fissures. 

Le bourgmestre Raoul Van Spitael venus sur les lieux a fait appeler des ouvriers communaux pour déblayer la rue tandis que le Procureur du Roi accompagné de son greffier diligente une enquête pour découvrir les causes. Les services d'Igeho venus sur place vont rapidement confirmer que la dsitribution de gaz n'était pas à l'origine de l'explosion. 

Que s'était-il passé ?

L'occupante de la maison avait accompagné le plus jeune de ses fils à la toilette enclavée dans le garage, à l'arrière du bâtiment. En ouvrant la porte de communication, du gaz s'échappant d'une des bonbonnes stockées au fond du garage s'est probablement répandu dans la maison. Une étincelle électrique en provenance d'un interrupteur qu'on allume, d'un frigo qui se met en marche ou de la lessiveuse a probablement été l'élément déclencheur. 

Durant la nuit de dimanche à lundi, une entreprise tournaisienne entreprit de démolir les pans de mur de l'immeuble sinistré qui menaçaient de s'effondrer. 

A Sait-Piat la chance est là...

Voici un vieux dicton tournaisien qui a été vérifié car avec le recul on se dit qu'on aurait pu vivre une véritable tragédie. Qu'on en juge !

Ainsi dans une maison où la propriétaire fut légèrement blessée à la tête par un éclat de verre, le lit où dormait une fillette fut projeté dans la pièce voisine dont la cloison fut défoncée. La lourde porte du garage soufflée par l'explosion se fracassa de l'autre côté de la rue, arrêtée par un véhicule qui fut totalement détruit. L'explosion n'a pas été suivie, comme c'est souvent le cas, par un incendie, les pompiers durent simplement éteindre quelques petits foyers. Un riverain venait juste de sortir sa voiture du garage attenant à celui qui a été pulvérisé, si du gaz avait pénétré dans ce lieu mitoyen qui a, lui aussi, été détruit, la simple mise en marche du moteur aurait pu être à l'origine du sinistre, le conducteur étant alors pris dans l'effondrement du bâtiment. A cette heure matinale, il n'y avait pas de passants sur le trottoir !

Quelques jours plus tard, on apprit, avec soulagement, que l'état de la jeune victime évoluait favorablement.

Les dégâts matériels furent estimés à plus d'une douzaine de millions de francs belges mais la population fut longtemps choquée par ce fait divers se rappelant celui survenu trois ans auparavant à la rue Garnier dont nous vous avons parlé. 

(sources : journaux locaux "Courrier de l'Escaut" et Nord-Eclair" des 28 et 29 septembre, souvenirs personnels m'étant rendu chez des amis qui habitaient la rue)

19 nov.
2012

14:29

Tournai : Le saint qui domine Tournai !

A Tournai, dans l'inconscient populaire, ce saint n'a pas la renommée de ses compères Piat ou Eleuthère pourtant il a donné son nom à une colline qui domine la cité scaldéenne : le Mont Saint-Aubert. 

Aubert (mort en 669) était évêque de Cambrai durant le VIIe siècle et la tradition nous enseigne qu'un jour il vint prier en haut du mont qui veille sur la cité des cinq clochers. Il fut ainsi à l'origine de ce pélerinage qu'accomplissent les Tournaisiens depuis des siècles. Vénéré en ce lieu, le village prit le nom de Mont-Saint-Aubert. On y érigea d'abord une humble chapelle dédiée à la Vierge où la population vint prier la Vierge, Saint-Aubert et par la suite la Sainte Trinité. C'est pourquoi on appelle aussi cette élévation, le Mont de la Trinité

Chacun sait que le Moyen-Age fut une époque marquée par le mysticisme et c'est de ce moment que date la coutume des "flagellans", une secte composée de fanatiques qui souhaitaient obtenir la miséricorde de Dieu pour les débauchés qui alors étaient nombreux suite au relâchement des moeurs. Ils étaient vêtus d'un caleçon et d'une longue chemise de lin serrée à la ceinture, coiffé d'un chapeau noir et avançaient, pieds nus, en se flagellant le dos. Partant de la Grand'Place de Tournai, ils gravissaient le Mont tout en s'infligeant des coups de fouet. A partir de 1349, ils furent rejoints par des habitants venus des villages environnants, portants bannières, croix et cierges. Ensemble, ils gagnaient le sommet du Mont pour écouter les homélies prononcées par des religieux. 

Les pélerinages se poursuivirent à travers le temps. Les fidèles venaient prier pour leurs défunts morts durant l'année et s'arrêtaient aux sept stations du Chemin de Croix érigées tout le long de la route, entre le village de Kain et Mont-Saint-Aubert. Des familles venaient également y faire dire une messe à l'intention d'un trépassé, dans la huitaine du décès.

Voici que nous conte Walter Ravez à ce sujet :

La famille se rassemblait dans la pièce qui avait servi de mortuaire. Au moment du départ (pour le pélerinage), un des proches parents mettait en croix deux petits morceaux de bois; il empruntait le passage qu'avait pris le cercueil pour sortir de la maison et jetait devant lui la croix en disant : "Va, nous te suivons". Dans la croyance populaire, l'âme du défunt précédait donc le groupe familial et portait elle-même sa croix. Et l'on se rendait ainsi, à pied, jusqu'à l'église du Mont où on commençait une neuvaine pour le repos du trépassé. On déjeunait ensuite avec des pains chauds et l'on faisait le tour des cabarets où coulait la bière blanche.

Il était aussi de coutume que les membres de la famille, arrivant au pied de la montagne, prennent une pierre avant de le gravir, ils ne jetaient leur charge qu'à la fin du voyage expiatoire, les pélerins s'imaginaient avoir porté le mort sur le dos.

A partir du XIXe siècle, les pélerinages perdirent peu à peu leur côté profondément religieux et se transformèrent en une tradition plus festive organisée le lundi de Pâques, le jour où les Tournaisiens se rendaient au Mont avec un bâton. Tradition qui se perpétue puisque la marche à bâton draîne chaque année des milliers de marcheurs venus de la région, de Flandres et de France. 

Ordinairement représenté en Belgique accompagné d'un âne chargé de deux paniers remplis et portant au cou une bourse destinée à récolter l'argent des livraisons, Saint-Aubert est devenu le patron des boulangers. Une confrérie tournaisienne de patrons boulangers et pâtissiers a fait du Mont sont lieu de rencontre annuelle.

Depuis 2008, à la mi-juillet, le village du Mont-Saint-Aubert juché tout là haut à... 147 mètres d'altitude organise la Fête du Pain. C'est à l'initiative d'une de ses habitantes, Monique Willocq, fille du dernier bourgmestre du lieu avant la fusion des communes de 1976 et le rattachement du village à Tournai, que cette fête a vu le jour. Elle s'entoura des conseils de Pierre Pollet, qui assure le volet technique de nombreuses festivités en Belgique et dans le Nord de la France. 

Deux ans plus tard, en juillet 2010, la Fête du Pain attira plus de 7.000 visiteurs au sein d'un village qui compte à peine 700 âmes. Si le pain, produit de base de l'alimentation, en est l'élément principal, les organisateurs ont étendu l'activité aux produits artisanaux et régionaux de bouche (fromage, chocolat, pâtisseries...). Les temps forts de la journée sont : le petit déjeuner paysan, la messe en picard, le marché artisanal, le bal campagnard et le feu d'artifice. 

L'asbl local "Les leongs tchus" redistribue les bénéfices générés par cette journée au profit d'enfants malades ou différents. 

le jour où l'évêque Aubert vint prier, il y a près de quatorze siècles, imaginait-il qu'il serait depuis lors l'objet d'une telle dévotion. 

(sources : " le Folklore de Tournai et du Tournaisis" de Walter Ravez paru aux éditions Casterman en novembre 1975 et recherches personnelles). 

(S.T. novembre 2012)

17 nov.
2012

09:10

Tournai : expressions tournaisiennes (199)

Ecole, vous avez dit école ? 

Je n'sais pos si ch'est l'même chez beauqueop, mais mi, m'moral, ave l'temps, i-in a pris ein queop et quand j'ai ravisé les photeos de Jacques, m'n'amisse consacrées su s'blog de Warchin-Varcinium à l'armistice, in veyant l'peu d'gins au monumint aux morts, je m'sus d'mindé quoisqu'à l'école on appreneot acore.  

J'ai wardé, au feond de m'coeur, l'raminvrance des ainnées qui ont marqué m'n'infance.

Ch'est in bandes joyeusses qu'on parteot à l'école jeuant, tout l'leong du qu'min, à marpes dins les rigoles. In arrivant dins l'cour de récréatieon ou bin sous l'préaux, on commincheot à jeuer à l'balle ou alors on batt'lieot mais quand l'cloque elle se metteot à seonner, ch'est tout d'suite qu'on alleot s'ranger. In silence, ave nos cache-poussières, près d'nos bancs, on attindeot, tout dreot, et l'maîte su l'estrade, près du tabléeau, nous diseot ave ein sourire qu'on pouveot s'assir. 

Les bancs n'éteot'ent pus d'prumière jeonesse, i-aveot'ent du in supporter des paires de fesses. On y preneot nos lifes et nos cahiers, orcouverts d'ein papier bleu, pa l'mamère, au début d'l'ainnée. On trimpeot s'pleume dins l'incrier et on s'metteot à calligraphier. Des bieaux jambages, des lettes bin reondes, eine belle écriture dont on n'aveot pas heonte. Faire des pattes de mouques, ch'éteot hors de questieon si te vouleos éviter eine belle punitieon. L'maîte passeot inter les bancs, pindant l'dictée, lisant à voix haute, l'texte à copier et s'ortourneot à l'feos brutal'mint pou vir si te n'copieos pos su t'visin. Malheur aux ceusses qu'i-éteotent pris, ein coup d'latte su les deogts ch'éteot l'prix. 

Su les murs peints in gris pindeotent les cartes de géographie, i-aveot l'Belgique, l'Congo et même l'cours de l'Esquéaut. Nous orwettiant de s'n'air bienveillant, dins s'cadre, le roi Baudouin éteot acore tout seu comme ein tchien. I-est vrai qu'à c'temps-là, i-n'aveot pos 'cor rincontrer Fabiola. On appreneot l'histoire et la géographie pou connaître l'vie d'nos inciens et les coins d'no bieau pays. On saveot qu'au Borinache i-aveot des mines, des métallos à Liège et des carrières à Lessines, on répéteot toudis l'même cancheonne, ch'éteot eine vibrante Brabançonne, on découvreot l'forêt des Ardennes et la Flandre ave ses grandes plaines. On saveot dusqu'on trouveot du gibier, dusqu'on cultiveot des biétrapes et du blé. 

Le onze du meos d'novimpe, on rindeot hommache aux gins qu'i-éteot'ent morts pou la patrie et qui aveot'ent combattu les ceusses qui vouleot'ent asservir no pays. La liberté cha n'a pas d'prix et, pour elle, beauqueop on fait deon d'leu vie. Nous eautes quand on éteot p'tits, on pinseot qu'on s'in rappel'reot toudis.

A l'fin d'l'ainnée, l'pus bieau des cadéeaux, ch'éteot d'orchevoir ein véleo, on grimpeot alors l'meont de l'Ternité in s'prenant pou Charly Gaul, Bahamontes ou bin Bobet. Pindant les vacances, on jeueot su l'plaine ou bin on alleot péquer des épinoques à Froyennes. Les parints n'éteot'ent pos riches, on éteot acore su l'bord de l'misère, on s'orleveot seul'mint de l'tourminte de la guerre. On s'serveot de s'n'imaginatieon pou créer des chintaines de jeux et ave presque rien, i-falleot vir comme on éteot hureux. 

Asteur tout i-a bin cangé grâce à ce qu'on appelle... l'progrès !

Tous les jours, on conduit l'infant à l'école in auteo, d'peur qui soiche inl'vé ou qui prenne freod. On s'démène, on est in rache pasqu'i-a toudis des imbouteillaches, avec les tous arrêts et les démaraches, on n'veot pos qu'on polue tout l'ruache. Pou que l'infant n'fait pos dix mètes à pied, on arrête l'voiture in plein mitan de l'chaussée, on l' print tout à s'n'aisse in alleumant ses feux d'détresse. I-a pus d'cache-poussière, on n'se met pus in rang, on rinte dins l'classe à l'feos attifés comme des fouans. Tatouaches, mareonnes trouées, tiêtes ébouriffées, pus t'es laid pus te creos faire d'l'effet. Pou l'reste ch'est fini, on apprind pus l'calligraphie, du momint que te sais écrire, sans faute, "j'te kiffe grave", bé t'as tout appris. Ave cha on est hureux, on rit, on est fier, on s'creot sorti de l'caisse de Jupiler (pardeon de l'cuisse de Jupiter).

I-a bin lommint que l'maîte i-a compris qu'i-est ein grand danger si i-va s'pourméner parmi tous ces zouaves dins les rangées. L'latte elle est définitiv'mint abandonnée pou n'pos s'ortrouver pa d'vant tribunal et s'faire condamner. "I-feaut protéger les infants des tortionnaires que seont les grands", si ch'est des psychiatres qu'i-ont trouvé cha, à m'mote que ch'est des riches colas

On n'conneot pus l'histoire et l'géographie, comme Capri, ch'est fini et cha n'sert à rien d'savoir ce qu'est l'Borinache, on n'te d'minderas pos cha pou t'inscrire au chômache. On d'vreot officialiser dins l'programme asteur, eine sort d'charte du parfait glandeur, quoisque te deos faire pou ête payé sans jamais devoir aller ouvrer. 

Pou avoir la paix, les parints prennent fait et cause pou les rejeteons et si i-vienne'tent s'plainte du maîte, on va li foute ein j'teon. 

On va in faire eine génératieon d'baudets, d'assistés mais vous voirez i-d'a l'ein ou l'eaute qui va savoir in profiter, i-va ichi tertous les dresser, les asservir et les manipuler, i-n'feaudra pos v'nir s'plainte et berler, on ara récolté ce qu'on a semé.

 

(lexique : beauqueop : beaucoup / ein queop : un coup / warder : garder, conserver / l'raminvrance : le souvenir / l'quémin ou le qu'min : le chemin / jeuer à marpes : jouer aux billes aussi appelés marbres / batt'lier : se bagarrer, se battre / l'cloque : la cloche / dreot : droit / jeonesse : jeunesse / l'mamère : la mère / l'pleume : la plume / faire des pattes de mouque : écrire de façon peu lisible / vir : voir / l'visin : le voisin / aux ceusses : à ceux / les deogts : les doigts / Esquéaut : Escaut / orwettiant : regardant / ein tchien : un chien / les inciens : les anciens / eine cancheonne : une chanson / dusque : où / les biétrapes : les betteraves / novimpe : novembre / ein hommache : un hommage / toudis : toujours / l'meont de l'ternité : le mont de la Trinité, autre appelation du Mont Saint-Aubert / péquer : pécher / des épinoques : des épinoches / des chintaines : des centaines / cangé : changé / on est in rache : on est en rage, en colère / l'ruache : populairement le quartier / in plein mitan : au beau milieu / tout à s'n'aisse : tout à son aise / attifés : mal habillés / des fouans : des taupes, ici s'entend dans le sens de personnes mal soignées / les mareonnes : les pantalons / lommint : longtemps / s'pourméner : se promener / colas : crétins / l'chômache : le chômage).


(S.T. novembre 2012)





09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

15 nov.
2012

09:00

Tournai : le salon "Tournai la Page"

Lors de ce week-end des 17 et 18 novembre 2012, les Amis de Tournai nous convient à leur traditionnel salon "Tournai la Page" qui en est à sa dix-huitième édition. C'est, en effet, en 1995 qu'est née cette initiative de consacrer un week-end entier au livre pluraliste : micro-édition, édition alternative, texte-image, texte-son, édition artisanale et d'art, édition régionale et patrimoniale.

A l'instar des grandes villes que sont Anvers, Bruxelles ou Paris, la cité des cinq clochers s'est dotée d'un salon faisant la part belle aux maisons d'édition régionales et aux auteurs de Wallonie et du Nord de la France.

Dans le cadre prestigieux de la Halle-aux-Draps, ayant pour marraine Annie Rak (voir l'article que nous lui avons consacré) et pour parrain François Van Dorpe, le programme de ces rencontres littéraires est alléchant puisque le samedi, après les discours officiels marquant l'inauguration sur le coup de midi, de 15h30 à 16h30, le public pourra assister à "Lhom", une lecture animée d'une pièce d'Emanuelle Della Piane, par le Centre de la Marionnette de Tournai, suivie, grâce à Gérard Boutet, l'invité d'honneur, par la reconstitution d'un mariage Huguenot basé sur son livre "Les mariés de Tournai".

Le dimanche, le salon sera ouvert dès 10h et, comme la veille, de nombreux auteurs y dédicaceront leurs oeuvres, des éditeurs, libraires, bouquinistes vous proposeront leurs collections. A 15h30, Unimuse nous convie au "Café des Poètes" où seront proposées des lectures de textes d'écrivains emprisonnés. A 16h30, Annie Rak et la Roulotte Théâtrale nous présenteront "Moneuse", lecture-spectacle, sur un texte de Roland Thibeau.

Avant de fermer définitivement les portes de cette édition 2012, il sera procédé à la remise des prix du Concours de la Nouvelle Historique et du Concours organisé par les Ecrivains Publics.

Pour agrémenter votre visite, sachez que ces mêmes Ecrivains Publics organisent leur concours "Quiz" ainsi qu'un atelier d'écriture. Apprenez également que vous pourrez tout savoir sur le brigand "Moneuse" grâce à une exposition de documents, d'archives et de livres prêtés par ses descendants, qu'une exposition de photos des éditions Noir Dessin, de dessins et peintures de Michel Provost et une présentation/exposition de Liliane Godat consacrée aux "Vols et larcins en forêt entre 1834 et 1838" complètent le programme, mis sur pied par Annick Veys et les Amis de Tournai, un salon ayant pour thème cette année "Brigands ou rebelles". 

Le salon connaîtra des prolongements, le jeudi 15 novembre, à la Maison de la Laïcité où les éditions MeMograMes présenteront les ouvrages de Marcel Voisin, Monique Mahieu, et Charles Suzanne/Georges Sand, le vendredi 16, à 20h30, au Conservatoire de Musique, place Reine Astrid, où Gérard Boutet et ses comparses présenteront "La nuit des Chauffeurs" et le samedi 17, à la Librairie Decallonne, sur la Grand'Place, où sont organisées des rencontres avec les auteurs Gérard Boutet (10h), Jean Claude Ponçon (11h) et Bobette Jouret (15h). 

(S.T. novembre 2012)

13 nov.
2012

09:56

Tournai : les chantiers se résorbent !

L'approche de l'hiver apporte son traditionnel coup de frein à l'ouverture de nouveaux chantiers même si ceux en cours sont encore nombreux au coeur de la cité des cinq clochers.

Les travaux entrepris depuis le printemps dans le quartier Saint-Brice aux alentours de la place Clovis semblent terminés.

L'avenue des Etats-Unis est ouverte à la circulation depuis la Toussaint, on y a refait l'égouttage, créé une bande centrale pavée pour les bus, asphalté les voies pour les voitures, rénové les trottoirs. Dans le prolongement d'un carrefour des Résistants dont le revêtement a été entièrement refait dernièrement, voici une entrée de ville désormais accueillante. 

Dans les rues des Puits l'Eau et de la Tête d'Or, les ouvertures béantes destinées à recevoir les abribus font actuellement l'objet de travaux, on y élève d'énormes pierres, sortes de menhirs modernes et on repave les abords. Il était temps car certaines bordures placées il y a quelques mois déjà étaient descendues dans l'excavation probablement poussées par un véhicule dont le conducteur était distrait. Simple constatation, la lourdeur visuelle de ces petits édicules qui réduisent le trottoir à une peau de chagrin et vont compliquer la circulation des personnes handicapées en chaise roulante. 

Dans le piétonnier de la Croix du Centre, le chantier de rénovation des façades se poursuit, quelques pas de portes sont encore à habiller et les commerçants pourront alors songer à installer leurs décorations pour les fêtes de fin d'année. On a également commencé à placer le mobilier urbain mais le nouvel éclairage fait toujours défaut. L'immeuble de la Vierge Noire (pour ne pas dire l'ancien immeuble du Ministère des Finances) est toujours caché par les échafaudages et toiles placées pour la restauration de la façade. Concernant cet immeuble, une demande de permis de bâtir à été introduite pour la réalisation d'appartements au-dessus du rez-de chaussée commercial. 

La rue de Paris est toujours interdite à la circulation automobile. Comme nous l'avons déjà signalé, sur foi d'une information parue dans la presse locale, on attendrait un arrêté concernant une modification des règles de circulation, faudra-t-il patienter jusqu'à ce que la nouvelle majorité constituée après les élections du 14 octobre dernier prenne en main la gestion de la cité pour la voir enfin ouverte ?

A la place Paul Emile Janson, on attend également l'ouverture du nouveau Centre de Tourisme dont les travaux ont débuté il y a trois ans et ont pris du retard en raison de la faillite de l'entreprise chargée de les réaliser, si les travaux de peinture se terminent, il reste à installer le mobilier, on attend Saint-Nicolas ou le Père Noël pour la livraison ! 

Plus rien ne bouge à la cathédrale Notre-Dame, la rénovation des clochers annoncée comme prochaine en juin se fait attendre, problème de subsides ou d'entreprise(s) soumissionnaire(s) ?

Un chantier qui progresse bien, par contre, est celui de la place de l'Evêché et de la rue du Four Chapitre, les délais semblent respecter. Le pavage de la place a débuter et si les conditions météorologiques le permettent, tout devrait être terminé fin mars. Une fois les travaux achevés, il n'y aura plus de possibilité de stationner au pied de la cathédrale, une joie pour les touristes qui pourront désormais photographier le prestigieux monument sans les parasites anachroniques que représentent les véhicules garés à proximité immédiate mais une énorme déception teintée de colère pour ceux et celles qui ne peuvent se passer de leur voiture et veulent toujours se rendre au plus près de leur commerce ou de leur lieu de travail. Notre société est ainsi faite qu'elle n'encourage plus la marche à pied et risque, bientôt, de faire de nous des générations d'impotents.

Depuis trois semaines, les trottoirs du boulevard Léopold entre le rond-point de l'Europe et le Porte de Lille ont été ouverts pour la pose d'un câble, depuis cette semaine, ce chantier a atteint le boulevard des Frères Rimbaut, le long de l'esplanade du Conseil de l'Europe tandis que les travaux de remplacement des raccordements en plomb par la Wallone des Eaux concernent en ce moment la rue Galterie Saint-Jean, une partie du quartier du Vert Bocage et l'avenue Minjean

Il y a près d'un mois qu'ont débuté les travaux à l'avenue de Troyes, le long du jardin de la Reine, ceux-ci nécessitent une déviation pour les automobilistes souhaitant quitter la ville par le rond-point de l'Europe. Afin de rénover l'égouttage, une large tranchée a été ouverte, d'énormes conduites de béton ont été déposées sur le bord de celle-ci, mais depuis lors plus rien ne semble bouger et les feuilles des arbres recouvrent peu à peu la cicatrice ainsi créée d'un magnifique tapis d'or et d'ocre. A une époque où on compte tant de personnes sans emploi, il est difficle d'imaginer qu'on puisse ainsi traîner quant à la réalisation de chantiers aussi importants ?

On n'est pas au bout de nos peine car le "projet cathédral" prévoit encore les rénovations de la rue des Orfèvres située entre la Grand'Place et la place de l'Evêché, des rues de Courtrai, du Curé Notre-Dame, de l'Hôpital Notre-Dame, de l'Arbalète et de la place Paul Emile Janson. On est sans nouvelles du chantier de démolition de l'ancien immeuble du Courrier de l'Escaut afin d'y construire des appartements, de la construction d'une résidence à l'emplacement de l'ancien cinéma Multiscope Palace, de kots pour étudiants à la rue de l'Arbalète, de l'achat des immeubles des Archives de l'Etat et des Anciens Prêtres par Saint-Luc, autant de dossiers importants pour la revitalisation du coeur de la ville et le dynamisme de son commerce. 

Demain est un autre jour !

(S.T novembre 2012)

09:56 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, travaux, chantiers, rénovation, projet cathédral |

11 nov.
2012

09:00

Tournai : La grande Fête du Cirque 2012

Le public tournaisien, friand d'arts circassiens, attendaient, avec impatience, sa troisième "Grande Fête du Cirque", car dans une ville par où sont passés les plus grands chapiteaux européens, dans une cité qui a acquis ses lettres de noblesse avec la Piste aux Espoirs, le cirque est, pour la population, plus qu'ailleurs, l'endroit magique qu'il faut absolument visiter. 

Présent lors de la soirée d'ouverture, ce jeudi 8 novembre, je peux vous avouer qu'une fois encore le très nombreux public s'est retiré enchanté par la qualité du spectacle présenté. 

Le programme intitulé cette année "Surprises" en a réellement surpris plus d'un jusque dans sa présentation puisque que Monsieur Loyal n'était autre qu'Emmanuel Horwood, un passionné de cirque enghiennois, véritable homme orchestre de ce rendez-vous annuel. 

Pendant toute l'année, cet homme qu'on pourrait croire né parmi les gens du voyage s'en va à la rencontre de ces artistes qui se produisent sous les plus grands chapiteaux itinérants et les engagent pour les représentations de Namur,Tournai et à partir de cette année, Charleroi. Ce qui l'a émerveillé durant l'été, il nous donne à voir durant l'hiver. 

L'enchantement est total dès l'arrivée sous le chapiteau italien, rouge et jaune, loué à Londres et qui comporte deux mille sièges "baquets" extrêmement confortables, un confort augmenté par le chauffage de l'immense tente, un confort qui fait oublié ces travées de banquettes en bois qui ont parfois raison du dos si le spectacle est trop long. Il y a également les jeux de lumière, l'orchestre qui a pris place au-dessus de l'entrée des artistes, il ya le pop-corn, l'odeur des gaufres provenant de la roulotte installée dans l'avant-tente (véritable salon d'accueil), il y a la piste et sa sciure, bref, il y a... cette ambiance qu'on ne découvre nulle part ailleurs.

Et puis, il y a le les numéros qui vont se succéder durant deux heures. Des prestations prodigieuses signées Elisa Triberi, une contorsionniste italienne qui nous donnait mal à aux articulations, Jefferson Weber, un brésilien qui s'envole tout là-haut sur sa bicyclette, Mathieu, le clown français qui interviendra régulièrement avec des gags qui déclencheront les rires des enfants très nombreux en cette première soirée (pourtant il y avait école le lendemain), une réprésentante de la dynastie Folco faisant évoluer, avec grâce, un élephant de plusieurs tonnes, le suisse Louis Knie junior et sa cavalerie composée de chevaux noirs et blancs, les quatre motards brésiliens dans un époustoufflant numéro de "boule de la mort", le trio humoristique suisse, les Starbugs, adeptes du hip-hop et des gags visuels, Alessio Fochesato, ses perroquets et perruches qui survoleront les spectateurs dans un ballet aérien multicolore, cet acrobate venu des pays de l'Est avec un numéro tout en équilibre et force...

Un régal pour les connaisseurs, une découverte pour certains. 

Je m'en voudrais d'oublier de vous signaler que parmi l'équipe initiatrice de cette féérie, on retrouve le tournaisien Jean Yves Lenglez, qui tel Obélix, est tombé dedans quand il était petit, pas dans le chaudron de potion magique mais bien dans le monde merveilleux du cirque traditionnel, celui qui fait rêver ! Le plus beau témoignage vint au moment de quitter le chapiteau, car même si certains étaient fatigués, tous les enfants avaient des étoiles dans les yeux !

Deux représentations ont encore lieu ce dimanche 11 novembre à 14h et 17h30, Esplanade du Conseil de l'Europe (plaine des Manoeuvres)

(S.T. Novembre 2012)


10 nov.
2012

09:03

Tournai : expressions tournaisiennes (198)

Ein heomme in or !

Ravisez bin mes derniers artiques, mes gins, et vous allez vir qu'i-a bin lommint d'jà que j'vous ai parlé d'Emeond et Fifinne, nos deux amisses de l'rue Montifaut. Cha f'seot pus d'deux meos que je n'les aveos pus rincontrés. 

Ceulle sémaine, au Carrefour de Froyennes, l'paufe Edmeond i-n'aveot pos l'air in forme. 

L'veyant ainsin, tout ortouné, j'li ai d'mindé si i-n'éteot pos malate.

- Neon, mais ch'est tout comme, cha fait eine meos que j'vas chez l'dintiste. J'aveos attrapé eine rache d'dints, le lindi de l'braderie, à l'karmesse in mingeant des boules à l'graisse. Fifinne elle m'aveot dit que ch'éteot pasqu'i-aveot teop d'chuque pa d'sus, j'ai bu treos Tournay et cha n'a pos passé. J'ai pris rindez-vous chez l'dintiste, i-aveot bin vingt ans que j'n'aveos pos été l'vir.

"Mo bé, te l'as seûrmint trouvé cangé ?"

- Je n'sais pos pourquoi mais li simbleot bin s'rapp'ler d'mi, "ah, ch'est vous" qui m'a dit et i-n'aveot pos l'air bénaisse de m'vir pa d'vant li. L'prumière feos, Fifinne éteot v'nue ave mi mais quand elle a été dins l'salle d'attinte et qu'elle a intindu l'bruit de l'fraiseuse, elle est dev'nue toute blanque, elle in aveot perdu s'lanque et elle a sorti in disant, pindant que t'es ichi, j'vas aller vir pou les fleurs au cim'tière, j'vas printe des pomponettes et des bruyères. T'as bieau dire mais i-n'a pos mieux comme incourag'mint, j'aveos oblié que cha alleot ête l'Toussaint.

L'dintiste i-est arrivé : "Ch'est à vo tour" qui m'a dit, et i-na même pos souri. 

- In intrant dins l'salle des tortures, j'ai vu, au plein mitan de l'plache, ein fauteul comme pou les astronautes, j'éteos à peine couché que pou l'avoir pus facile i-m'a meonté tout douch'mint, i-a pos à dire, cha commincheot bin.

"I-feaut ouvère vo bouque qui m'a dit... pus grande, je n'veos même pos vos dints. Dusque vous avez mau, dins l'feond, bé cha va pos ête facile, on va toudis faire eine radiographie".

- I-m'a mis eine plaque dins m'bouque et j'ai vu m'dint apparaîte su ein écran.

"Mo bé, elle est morte jusqu'à l'rachène, va falloir l'inl'ver !"

"Ah beon, adeon j'orviens l'sémaine qui vient", j'éteos d'jà fin contint.

"Neon, j'vas vous faire eine piqûre et j'vas procéder à l'extractieon"

J'ai sinti des gouttes qui commincheot'ent à couler su m'freont.

I-a approché eine grosse séringue et i-a m'dit : "j'vas faire l'piqûre".

Cha a été pus fort que mi, cha a été comme ein réflexe, j'ai serré m'bouque et j'ai mordu s'n'index.

"faites attintieon eine milette, j'ai failli piquer dins vo louette"

L'troisième tintative fut l'beonne pou que m'bajote infin elle s'indeorme.

Ave s'pince i-a comminché à jeuer ave l'molaire, i-saqueot, i-souffleot, i-aveot bin de l'misère. 

"Elle tient acore bin mais j'vas finir pa l'avoir, vous n'pouvez pos rester ainsin jusqu'au soir".

I-arlocheot m'tiête dins tous les sens, j'ai failli perte connissance.

Crac ! 

"Ah, elle est infin partie" que j'li ai dit.

""neon, elle a cassé au ras de l'gincive, on n'est pos sorti d'l'auberche"

J'ai cru que j'alleos morir, su s'fauteul je m'sinteos partir, j'ai pinsé aux fleurs que Fifinne elle éteot in train d'comminder pou mette su l' teombe de s'moneonque René et je m'sus dit qu'elle pouveot pétête d'jà in printe eine pou mi, je m'sinteos tout flaubi, j'éteos vraimint mal parti.

"Vingt milliards, ch' a été du sport... j'l'ai eu dur pou l'avoir déhors" qui a berlé l'dintiste, tout cru d'quieaud, in m'moutrant l'dernier morcieau. I-a eté obligé d'mette treos points d'suture pou orfermer l'large blessure.

"L'sémaine qui vient, on va ortirer les points et on ravisera les eautes dints. In attindant, cha fait chint euros... vous payez tout d' suite ou à l'fin du meos ?"

"Sévices compris" que j'li ai dit mais i-n'deveot pos aimer les plaisanteries.

Quand j'sus ortourné à m'maseon à chinq heures et d'mi, j'aveos l'impressieon que m'tiête éteot tout indormie, je n'saveos pos sortir ein meot et Fifinne n'arrêteot pos.

"Ov'là ein mauvais momint d'passer, te deos acore ortourner, combin d'feos", j'li répondeos in f'sant des signes ave mes deogts.

Ch'est bin malhureux que j'ai pinsé que m'feimme n'a pos deux ou treos dints à inl'ver, j'areos été fin tranquille pou l'reste d'l'ainnée. Elle n'areot pus su berteonner et, comme j'diseos à Arthur, m'visin, m'maseon areot infin orsimbler à l'incien Carmel de Kain.

"Et asteur, t'as fini tes visites, te n'deos pus aller" que (quand j'ai pu in placher eine) j'li ai d'mindé. 

Bé neon, neon, i-a pris les empreintes au matin pou mette des fausses dints. Comme asteur, pou m'n'épargne, j'orchois moinse d'ein pour chint, bé ch'est chez l'dinstiste que j'vas faire mes investiss'mints. J'vas pétête mette des dints in or, comme cha m'feimme, elle pourra dire à ses amisses, sans mintir, que j'sus eine heomme de valeur !

(lexique : artiques : articles / lommint : longtemps / les amisses : les amis / l'paufe : le pauvre / ainsin : ainsi / eine rache de dints : une rage de dents / l'chuque : le sucre / seûrmint : sûrement / cangé : changé / blanque : blanche / eu plein mitan : au beau milieu / ouvère : ouvrir / l'bouque : la bouche / dusque : où / avoir du mau : avoir mal / l'rachène : la racine / adeon : donc / commincher : commencer / serré : fermé / ein milette : une miette, un tout petit peu / l'bajote : la joue / jeuer : jouer / l'auberche : l'auberge / flaubi : affaibli / berler : crier / quieaud : chaud / moutrer : montrer / les eautes : les autres / l'meos : le mois / les deogts : les doigts / berteonner : râler, grommeler, murmurer / placher : placer / pétête : peut-être)

S.T. novembre 2012 

09:03 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |