03 déc.
2012

Tournai : Etienne Boussemart ou le souci du détail !

La galerie de portraits du blog "Visite Virtuelle de Tournai" s'enrichit de celui d'un Tournaisien bien connu des touristes qui visitent la cité des cinq clochers.

Pour vous le présenter, j'ai décidé de reprendre à mon compte ces paroles d'une chanson de Serge Lama : "Il est mon maître, il est mon ami", en effet, à de nombreuses occasions, j'ai eu la chance de croiser la route d'Etienne Boussemart, historien local et membre de l'association des Guides de Tournai.

Alerte octogénaire, Etienne Boussemart est né durant l'entre-deux guerre et a effectué toute sa carrière professionnelle à la défunte R.T.T. (Régie du Télégraphe et du Téléphone) devenue depuis Belgacom. 

Amoureux de sa ville, il publie régulièrement des études dans la presse locale, défenseur de son folklore, il réalise la critique des spectacles de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon et des petits cabarets. Il est également l'auteur de l'ouvrage "Les Messiaen, passions de photographes" (aujourd'hui épuisé), d'une plaquette sur les Vendéens, de rubriques dans la revue Hainaut Tourisme. Nombreux sont ceux qui ont assisté à ses conférences notamment sur les abbayes ou  le beffroi. 

Nos premières rencontres datent déjà de quelques décennies, nous étions souvent assis, côte à côte, sur la banc de presse situé dans la tribune du club de football de la rue des Sports, la Royale Union Sportive Tournaisienne, club, hélas, aujourd'hui disparu. En qualité de correspondant de presse, si Etienne y fut présent, durant quarante années, lors de chaque rencontre disputée à domicile, il ne manquait pas non plus les matches disputés en déplacement accompagnant son ami Willy Frappez. Rédigeant un compte-rendu fidèle destiné aux lecteurs du "Courrier de l'Escaut, lui qui avait joué au football (même au sein de l'équipe corporative de la Banque de Bruxelles ce que beaucoup ignorent) savait trouver les justes mots, les expressions précises pour traduire non seulement les faits de match mais aussi l'ambiance qui régnait autour du terrain. Il y prenait toujours garde mais son attachement pour les Rouge et Vert pointait bien souvent dans sa rubrique tout comme celui de son confrère Gilbert Devray, un ancien membre de la police communale, reconverti lui aussi en correspondant de  presse pour le journal "Le Peuple".

La passion qui est la mienne pour l'histoire de notre cité m'a permis de le rencontrer à d'autres reprises, loin des terrains de sport. Je me souviens notamment d'un visite faite, un dimanche matin, en sa compagnie à l'Athénée Royal. En un peu plus de deux heures, j'en ai appris beaucoup plus sur ce lieu que durant toute la durée des études secondaires que j'y avais effectuées. L'histoire du bâtiment fondé par les Jésuites, la visite de la chapelle qui fut un temps transformée en salle de sport avant de devenir un lieu plus culturel pour l'organisation d'expositions, conférences ou concerts, la cour et son préau à colonnes, le long mur du couloir d'entrée où figure un palmares des noms des premiers prix malheureusement arrêté au début des années septante, les caves qui furent transformées durant la seconde guerre mondiale en abris souterrains où prenaient place les élèves et voisins du quartier lors des bombardements... tout nous fut expliqué avec le souci du détail. Jamais une visite organisée par Etienne Boussemart ne donne une impression de survol mais satisfait toujours la curiosité des participants. C'est le respect du Guide pour ses visiteurs.  

Les bâtiments remarquables de Tournai, les entreprises aujourd'hui disparues comme l'imprimerie Desclée, les lieux historiques sont passés à la moulinette par ce passionné et, lorsqu'en 2009, les Ecrivains Publics soutinrent le projet des habitants du plus vieux quartier de Tournai, pour la rédaction des "Mémoires du Quartier Saint-Piat", c'est tout naturellement à lui qu'ils s'adressèrent pour rédiger le cadre historique. En début 2012, on le vit aussi participer à l'une ou l'autre réunion du groupe du faubourg de Lille pour encourager le projet des "Mémoires du faubourg de Lille" ouvrage paru en septembre de cette année. 

Ainsi dans le n°69 de la revue trimestrielle éditée par l'asbl Pasquier Grenier, l'Optimiste a retrouvé une étude qu'Etienne a réalisée sur un bâtiment bien connu des Tournaisiens, celui qui porte l'enseigne "Aux Trois Pommes d'Orange" situé à proximité du beffroi. Ce travail, comme à son habitude, très fouillé a été résumé par Louis Donat Casterman et, à mon tour, je vais le condenser.

Après avoir été restaurant, le bâtiment actuel a pris l'appellation "Au Charles", mais tout le monde le désigne encore sous son nom le plus connu qui fut le sien pendant des siècles. L'immeuble actuel a été reconstruit durant les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, les bombardements allemands ayant rasé celui qui s'élevait précédemment au Vieux Marché aux Poteries, dans l'axe de la rue Saint-Martin. 

A l'origine, c'était un bâtiment probablement accolé aux arches qui permettaient de rejoindre la halle des Consaux toute proche (sur l'actuelle place Reine Astrid). Un acte du 23 décembre 1558 nous apprend que l'honorable homme Gilles Hulland vend à Jacques de Laourtre, marchand épicier, la maison où il vit depuis quarante ans tenant d'un côté à l'abbaye de Saint-Martin et aussi, par derrière, à la halle et auditoire des doyens et sous-doyens de la Ville. D'abord commerce d'épices, on y adjoindra par la suite d'autres produits et notamment les oranges, des fruits qui apparurent lors de la présence espagnole entre 1521 et 1667.

Le 9 septembre 1761, l'immeuble devient propriété de la Chambre de Commerce de Tournai. En 1764, cette institution, créée avec l'autorisation de Louis XIV, vint installer son siège social dans le bâtiment. L'ancienne façade fut démolie et la nouvelle fit apparaître un balcon de fer forgé portant l'effigie de Charles de Lorraines, gouverneur des Pays-Bas. 

Lors de la Révolution française, un sieur Cadran s'y installa mais la loi du 4 ventôse de l'an IX transmit la demeure aux Hospices. C'est ainsi que le bureau de Bienfaisance en devint le propriétaire, par voie de justice, le 21 mars 1802. Il devait normalement être affecté aux pauvres mais le Tribunal de Commerce, jusqu'alors situé à la rue des Orfèvres vint s'y installer et y resta durant trois quart de siècle. En 1880, le bureau de Bienfaisance offrit l'immeuble aux responsables de la crèche ouverte à la rue Haigne devenue trop petite car de plus en plus de femmes, issues des familles les plus modestes, allaient travailler dans l'industrie en plein essor économique et lui confiaient les enfants en bas-âge.

A cette époque, on voulut rendre aux façades de la ville leur authenticité et l'architecte Jules Wibaux réalisa, en 1916, le projet de restauration. Après le premier conflit mondial, la crèche déménagea à la rue Dame Odile et le 18 avril 1933, l'immeuble fut vendu aux brasseurs pipaisiens, Alfred et Amédée Dubuisson. Ceux-ci chargèrent l'architecte Eugène Rucq de la réhabilitation du lieu. Les "Trois Pommes d'Orange" devint un des établissements les plus beaux et les plus chics de la ville, où de nombreuses sociétés établirent le siège de leurs réunions. De ce lieu fort prisé par la bourgeoisie tournaisienne, le 16 mai 1940, il ne resta plus que des murs calcinés. A la fin des années quarante, pour ne pas retrouver l'immeuble au beau milieu du nouveau carrefour du beffroi, on décida de le reconstruire une vingtaine de mètres plus loin, à son emplacement actuel.

Voilà un condensé du travail réalisé par Etienne Boussemart, un homme curieux de tout qui tente de toujours en savoir davantage quel que soit l'effort intellectuel ou... physique demandé et qui nous offre un travail fouillé. Des histoires comme celle qui vient d'être contée, on en trouve régulièrement dans le Courrier de l'Escaut sous sa signature. Voici tout simplement pourquoi : "il est mon maître, il est mon ami".  

Pour mettre un visage, sachez que sa photo (l'homme au casque rouge) est sur la page d'accueil du site de l'association des Guides de Tournai (www.guidestournai.be/)

(sources : article sur "les Trois Pommes d'Orange" paru, en avril 2002, dans le n°69 de la revue trimestrielle de l'asbl Pasquier Grenier et souvenirs personnels). 

(S.T. décembre 2012)

Commentaires

Merci pour ce bel hommage mérité, Serge ! Moi aussi,j'aime beaucoup cet homme intelligent, discret, aimable et éminemment amoureux de sa ville. Le maître et l'ami se ressemblent étrangement...

Écrit par : Caroline JESSON | 05/12/2012

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