05 nov.
2012

Tournai : la millième du Cabaret !

Au cours des cinq représentations consacrées à la millième prestation du Cabaret Wallon, près de quatre mille Tournaisiens et Tournaisiennes, le plus souvent des habitués, auront eu, une fois encore, le plaisir d'applaudir leurs chansonniers. Ce ne serait même pas exagéré que d'utiliser le mot "bonheur" car, durant plus de quatre heures, les spectateurs laissèrent au vestiaire, les tracas et les petits malheurs .

En plus de cent ans d'existence (c'est en 1907 que le Cabaret Wallon a été fondé), la vénérable institution a volé de succès en succès, elle a fait la renommée de la ville mais a connu également des moments difficiles. En 1994 éclata un conflit des générations qui l'a pratiquement amenée au bord de l'implosion. La disparition de certains piliers et les divergences d'opinions, du Temple de la chanson, ont failli avoir raison.

Mais le Cabaret n'est pas mort et il chante encore, grâce à l'opiniatreté de Jean Pierre, Philippe et René, des jeunes lauréats du Concours Prayez ont fait leur entrée, apportant un sang neuf et de brillantes idées. 

A la veille de cette tant attendue millième, ses membres ont, à nouveau, été plongés dans la peine, des fatals problèmes de santé leur ont ravi Rudy Sainlez. Le plus bel hommage qu'on puisse rendre à l'artiste disparu est que, malgré l'immense tristesse, le spectacle continue.

Fêter la millième, le pari a été tenu, une prestation entre cabaret traditionnel et revue. 

Pour la première partie, le décor s'ouvre sur la salle où se tiennent les réunions hebdomadaires de ces fins observateurs de la société et de ses travers. Pendant que le pianiste se chauffe les mains, les compères arrivent un par un. Pour établir le programme, Paul Wacheul, le secrétaire, va avoir bien de la misère, car il n'est pas toujours facile de museler cette bande de joyeux drilles, il nous le chantera. Chacun y va de sa réflexion, ébauche une chanson, apporte des solutions jusqu'au moment de l'arrivée d'un inattendu invité, Jean Pierre Winberg, directeur et fondateur de No Télé. Alors pour notre plus grand plaisir, tout va s'enchaîner, sur un écran vont revivre les anciens du Cabaret : Jean Leclercq, Marcel Roland, Albert Coens, Edmond Roberte, Eloi Baudimont... ils sont tous là par la magie de la télé. On ne sait plus où donner de la tête dans la salle, de la scène à l'écran, c'est un spectacle total, assiste-t-on à un show télévisé ou à une réunion improvisée. 

Lorsqu'on aborde la seconde partie, les artistes portent leur habituel costume gris. Après "L'journal canté" qui fait la place belle à l'actualité, chacun va y aller de son monologue ou de sa chanson, comme il le fait d'habitude sur le ponton. On passe ainsi de l'émotion aux sourires, du silence casi religieux aux rires. Pourtant, une ombre plane par dessus tout, Rudy Sainlez, à ne pas douter, est présent parmi nous. Lorsque par l'intermédiaire de l'écran, il fait son apparition, tous ont la gorge serrée par l'émotion. Quand du "Bob" la dernière note s'est envolée, tous dans la salle ou sur scène sont restés figés et pour permettre une lente transition, Philippe Desmet interprète des "Variations musicales", les airs sur lesquels il a écrit ses chansons. Scène et salle sont en communion, quelques larmes, chez beaucoup, brouillent un instant la vision. Mais, "The show must go on", à nouveau ces mots résonnent, c'est Vincent Brackelaere qui, avec "Débordemints" nous parle des inondations qui ont transformé en piscine la cave de sa maison. Dans le genre chansons qui ne sont pas tristes, on a retenu de Pierre Vanden Broeck "J'areos voulu ête ein artisse" et la chanson "Bredene" de Jean Marc Foucart, à la gloire des nudistes qui fut elle aussi un régal, un vrai délice. On a pas eu le temps de dire "ouf" que Jean Pierre Verbeke avec son "Grand plucache" nous invite à sa grande bouffe et quand Bernard Clément nous parle de sa "Petite affaire", les dames imaginent tout à fait autre chose qu'une petite cuiller. Avec "Belle", sur des paroles de Rudy Sainlez et de Géry Derasse, sur l'air de la comédie musicale Notre-Dame de Paris, c'est à notre cathédrale que Dany Batteeuw rend hommage avec le choeur des membres de la Compagnie. Pour se souvenir de tous ceux qui les ont précédés, la chanson "L'cabaret d'in heaut" est une composition de Jean Michel Carpentier. Je m'en voudrais d'oublier des amis, Pascal Winberg et Jean Michel Carpentier avec "Ouvert l'cassis", Christian Bridoux, un autre humoriste, l'homme qui dit ne pas aimer "L'saucisse" et présente de Rudy Sainlez, de la boucherie le plus beau des tableaux avec la chanson "Ah, cha ch'est mutiau", Claude Delonville, le poète du Cabaret avec "Bisous pour un millième", une ode écrite par lui-même ou encore le Président Michel Derache qui, avec "Jules et Hugo", nous raconte qu'il est devenu grand'père de jumeaux. 

A la fin, salle et scène ont repris "Mon coeur est rouge et blanc" et "Les Tournaisiens sont là", des hymnes que, dans nos chaumières, on chantera encore longtemps. 

On pouvait faire confiance à ces véritables artistes, la millième a encore été un feu d'artifice, je sais, aujourd'hui, l'article de l'Optimiste est, vous l'admettrez, quelque peu intimiste, mais quand on l'aime, comme moi, et qu'on évoque, jour après jour, sa ville de Tournai, on ne peut passer sous silence ses plus célèbres chantres que sont les membres du Cabaret. 

Remontant mon col en sortant de la Maison de la Culture et rejoignant, dans la nuit pluvieuse, ma voiture, j'eus encore une pensée pour ceux qui nous ont également quittés cette année : Bernard Dubois, Annette Ponthieu et Jean Michel Semet, trois Amis du Cabaret, trois collaborateurs dévoués.  

(S.T novembre 2012)


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