31 oct.
2012

09:05

Tournai : une voix tournaisienne sur Vivacité !

Elle est LA voix des émissions dialectales programmées par Vivacité et part à la rencontre des amateurs de ces langues de chez nous, chaque lundi entre 20 et 23h, avec "Hainaut Rachènes" (mot qui signifie "racines" dans nos régions). Des soirées consacrées au patois du Pays de Charleroi, de Mons-La Louvière et du Borinage et de la Wallonie Picarde. Un moment de pur bonheur pour ceux et celles qui aiment retrouver leurs racines, le patois de leurs parents ou de leurs aïeux.  

Elle, c'est Annie Rak, originaire de Tournai où elle est née en 1952 et où elle passa sa jeunesse à la rue Charles Mauroy dans le quartier du faubourg de Lille. Elle consacra d'ailleurs, en ce mois d'octobre, un temps d'antenne à Caroline Jesson, représentante des Ecrivains Publics de Wallonie picarde pour la présentation des "Mémoires" écrites par les habitants d'un des plus anciens faubourgs de Tournai, porte ouverte sur la campagne. 

Depuis longtemps, cette licenciée en Droit à l'UCL voue une passion pour le théâtre et fut récompensée par un premier prix en Art dramatique et déclamation au Conservatoire de Mons.

Entrée à la RTBf en 1979, aux studios de Mons, qu'on appelait encore à l'époque "Radio-Hainaut", elle eut très vite l'envie de faire connaître les poètes et romanciers de la Communauté française grâce à son émission "façon d'écrire, façon de parler". Désormais, au sein de l'institution de la place Anne Charlotte de Lorraine, elle est à la fois productrice et animatrice.

La qualité de ses émissions tout comme la finesse de sa plume lui ont permis de recevoir de nombreuses récompenses comme le "Prix de la création radiophonique de la SCAD" en 2000, le "Prix de la littérature picarde" en 2003 ou encore le "Prix des langues régionales de la Communauté française" (dans la catégorie réalisation audio-visuelle) pour le mise en ondes de "Martine à l'cinse", une oeuvre de Marcel Marlier et Gilbert Delahaye, traduite par Bruno Delmotte. Ce prix honorait un quatuor d'auteurs tournaisiens !

Annie Rak est également auteur d'une pièce écrite en français "J'attends un enfant et vous..." et d'une nouvelle intitulée "Le dernier voyage". On lui doit aussi un ouvrage en patois : "L'curé bataille".

La défense de la langue patoisante l'a tout naturellement amenée à faire partie du "Conseil des langues régionales Endogènes" et, en 2006, de la "Commission du Patrimoine Oral et Immatériel" où elle retrouve un autre tournaisien, Jacky Legge. 

Lors des soirées dialectales consacrées au patois de Wallonie picarde, on y retrouve bien souvent comme invité, Bruno Delmotte, chantre du patois tournaisien, animateur à la Maison de la Culture de Tournai (voir l'article que l'Optimiste lui a consacré) et des interventions du "bourguémette" Pierre Vanden Broecke, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien présentant, sous forme humoristique, l'actualité de la cité des cinq clochers. 

En dehors de l'antenne, Annie Rak est également directrice, auteur et comédienne à la Roulotte théâtrale d'Elouges où, les 23, 24 et 25 novembre 2012, elle jouera dans le spectacle "Les trois coups vont encore frapper" de Bobette Jouret. On l'a vue également dans de nombreuses pièces au théâtre de l'Ancre à Charleroi et à la Maison de la Culture de Mons.

Je me rappelle la première fois que je fus interviewé par elle, c'était dans les locaux de l'agence de la Société Générale de Banque sur la Grand'Place de Tournai dans le cadre de l'Opération 48.81.00, cela ne date pas d'hier, c'était au début des années quatre-vingt !

En septembre 2012, Annie Rak a été tentée par une participation au concours Prayez organisé par le Cabaret Wallon Tournaisien, elle y fut primée dans la catégorie "Poèmes". 

Poète, écrivain, scénariste de théâtre, productrice de radio, présentatrice, défenseur de notre parler, Annie Rak a été, judicieusement, choisie par Annick Veys et les Amis de Tournai pour être la marraine du prochain salon "Tournai la Page" qui se déroulera les 17 et 18 novembre 2012 en la Halle-aux-Draps de Tournai. 

(S.T. octobre 2012)

 


29 oct.
2012

09:10

Tournai : les festivités de novembre.

Embarras du choix en ce mois de novembre. Concerts, conférences, créations, expositions, improvisations, salons, spectacles, théâtre, il y en a pour tous les goûts, il ne vous reste qu'à choisir !


Vendredi 2, samedi 3, et dimanche 4  Tournai Expo : "Salon de l'Antiquité, de la Brocante et de la Collection".

Vendredi 2, 20h, samedi 3, 20h, et dimanche 4, 16h, Maison de la Culture, salle Jean Noté : "Ov'là l'Millième" Grand Cabaret de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien.

Mardi 6, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté : "Hors-la-loi" pièce de Régis Duqué et Jérôme Nayer avec Fanny Hanciaux, Yasmine Laassal, Eno Krejanker, Hervé Piron et François de Saint-Georges.

Jeudi 8, Maison de la Culture, conférence : "Les plantes médicinales, une longue histoire toujours d'actualité" par Pierre Duez, professeur à l'ULB dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 8, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté : "L'éveil du printemps" pièce de Frank Wedekind adaptée par Jacques Dedecker avec Guy Pion, Béatrix Férauge, Delphine Bibet, Réhad Benhsaine, Claire Beugnies, Julien Debroeyer, Agathe Dértrieux, Vincent Doms...

Jeudi 8, vendredi 9, samedi 10 et dimanche 11, sous le vaste chapiteau dressé sur l'esplanade du Conseil de l'Europe : "Surprises" - Troisième Grande Fête du Cirque de Tournai

Samedi 10,  "Passé, présent et futur du bassin carrier à Tournai" visite en car organisée par l'Association des Guides (renseignements : Office du Tourisme de Tournai). 

Samedi 10, 20h, Maison de la Culture, salle Frank Lucas : concert "Kiss and Drive", projet pop folk de l'artiste italienne Elisabetta Spada.

Samedi 10, 20h, salle La Fenêtre, rue des Campeaux : Concerts de Gaëtano et de Gilles.

Samedi 10 et dimanche 11, Tournai-Expo : "Animaux Expo", salon animalier avec exposition, animation diverses, spectacles pour enfants. 

Jeudi 15, Maison de la Culture, conférence : "Les évolutions dans les pays arabes - premiers essais d'évaluation" par Amine Ait-Chaalal, professeur à l'UCL, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible. 

Jeudi 15, 20h, et samedi 17, 16h, Maison de la Culture, salle Jean Noté : "Cendrillon" de Joël Pommerat et la Compagnie Louis Brouillard.

Vendredi 16, 20h, Eglise Saint-Quentin, concert "Jean Sébastien Bach" avec Mathilde Sevrin (soprano) et Nathalie Conreur (flûtiste), une organisation de la Chapelle Musicale de Tournai. 

Samedi 17, 20h, salle la Fenêtre : "Improvisations - Souffleurs de Mots".

Samedi 17 et dimanche 18, de 10 à 19h, Halle aux Draps, salon du livre et de l'édition "Tournai la Page" sur le thème de "Brigands ou Rebelles" (marraine : Annie Rak - parrain : François Van Dorpe), une organisation des Amis de Tournai.

Jeudi 22, Maison de la Culture, conférence : "Compostelle, Chemin de rencontres" par Michèle et Jean Meuris, reporters- conférenciers.

Samedi 24, 20h, salle la Fenêtre, "les Nouvelles de l'Espace", avec Anne Simon, Dominique Watrin,  Loulou Godet... accueillent le journaliste Philippe Dutilleul et passent l'actualité à la moulinette !

Samedi 24, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté : "Modern Dance", chorégraphie de Johanne Saunier avec également Ine Claes et Sabine Molenaar, une création dans le cadre du Next Festival.

Dimanche 25, de 9 à 18h, Halle-aux-Draps, "Tournai Toys", 14ème salon du jouet organisé par les Amis de Tournai.

Dimanche 25, 16h, Musée de la Tapisserie, concert "Le quatuor Aviv (Israël)" dans le cadre du 11e festival européen des Quatuors à Cordes "les Voix Intimes" de Tournai.

Dimanche 25, salle Chez Nous, rue Général Piron, "L'Carnaval", comédie patoisante de Jules Bastide par la Relève Saint-Eloi.

Dimanche 25, 19h, église Saint-Jacques : "Gospel for life", les choristes accompagnent Didier Likeng au profit de l'Action Damien.

Jeudi 29, Maison de la Culture, conférence :  "L'indexation des salaires, un mal belge" par Robert Plasman, professeur à l'ULB, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible. 

Jeudi 29 et vendredi 30, 20h, Maison de la Culture, salle Jean Noté " Mamma Médéa" pièce de Tom Lanoye, traduite en français par Alain Van Crutgen, mise en scène par Christophe Sermet.  

Vendredi 30, 20h, salle La Fenêtre, concerts live de Strograss et Zaprem.


Expositions :

jusqu'au 4. "L'Art dans la Ville" (voir programme d'octobre). 

à partir du  23/11, Maison de la Culture : "Super Cagibi" collectif d'édition et d'impression sérigraphique de Lille.

Ce programme est suxsceptible d'ajouts ou de modifications. 

27 oct.
2012

09:05

Tournai : expressions tournaisiennes (196)

Morte saiseon.

D'puis treos ou quate jours, on n'peut pus dire que l'thermomète i-soiche acore à l'fiête, ceulle sémaine, l'automne a fait eine rapide apparitieon, pou n'pos avoir freod, on a ralleumé l'cauffage à no maseon. 

Pa l'ferniête, j'orwette les neuaches gris et bas qui simblent jeuer ave l'cime des grands arpes. Su les branques, les fouèles gaunies s'accroche'tent acore, pou un bref momint, à l'vie, comme pou vouloir proleonger un été qui, d'puis lommint, hélas, est fini. Arlochées pa les nombreuses rafales vient infin l'instant fatal, alors, dins leu belle rope d'or, elles se laichent importées su l'aile du vint du Nord, libérées de toutes les contraintes, elles meontent et elles déquintent, elles virevole'tent hureuses dins l'air et, final'mint, pou morir, orgagnent l'tierre. 

Pa d'vant m'maseon, l'mauviar cache à provisieons, l'agache va querre des geauques dins l'gardin d'ein visin et vient les intierrer au pied d'mes sapins. Je sus bin seûr qu'au prochain printemps, elle ne va pos in ortrouver la mitan. Béteôt, l'petite masinque va orvenir picorer l'boule d'graisse dins l'filet que j'vas mette pinte aux branques du cérisier. Les dernières fleurs seont fânées, l'gardin a d'jà comminché à s'orposer. 

L'osieau qui cache ainsin après s'nourriture, ch'est pou mis ein messache de l'nature, cha m'permet de n'pos oblier qui a aussi des gins qui n'ont pos à minger. Des paufes pou qui l'hiver ramène dins s'cabas l'misère. Si pou nous eautes, i-nous fait pinser aux fiêtes, pou beauqueop ch'n'est pos tout rôsses et violettes

Ainsi, au début du meos, dins l'quartier Saint-Piat, j'ai vu des chintaines de gins cacher après des vêt'mints, cha m'a rappelé que dins m'n jeone temps j'aveos li Zola, mais je n'pinseos pos, à m'n âche, acore vife de parels cas. Au vingt et unième sièque, i-n'ara pus d'guerre, pus d' malhureux, pus d' misère, l'ceu qui nous a fait acroire des parelles, i-éteot leon d'ête ein devin ou bin Madame Solel. 

Pou l'écolomie, après des années d'fiêtes ov'là qu'arrife l'temps de l'disette, on est tertous égaux Walleons et Flamints pa d'vant l'crisse et s'cortèche d'licinciemints. Pou les ouverriers flamints et walleons comminchent aussi l'morte saiseon. 

Tertous on a peur d'l'avenir et ne sait pos c'qu'on va dev'nir, on d'vreot comme les fourmiches préparer nos proviseons, garder l'argint pou faire face à l'désolatieon, courber l'deos pou laicher passer l'pus greos. Tins... Ch'est ce que j'diseos ceulle sémaine à l'file de l'vielle Philomène.

"Ch'est pos avec c'que j'orchois du chômache que j'vas mette des liards in plache, pou nous les malhureux, i-n'a pos d'Beon Dieu".

On a pos eu l'occasieon d'prolonger l'conversatieon car elle aveot rindez-vous à l'agince de voyaches pou querre ses réservatieons. A l'Toussaint, pindant les dix jours de vacances, l'file de Philomène et s'famile part dins l'Midi d'la France". Pou mi cha m'est égal, après tout, mes gins, elle part au pays des cigales !

L'pus leongue nuit d'l'ainnée.

N'obliez pos mes gins que ceulle nuit chi vous allez pouvoir dormir eine heure in puque. Ch'est l'seul momint dins les douze meos qu'eine heure dure chint vingt minutes pasque à treos heures au matin, i-vous feaudra orculer vos aiwilles pou les ormette sur deux heures. Mi j'truèfe qu'on devreot commincher pa abandeonner s'cafouillache, ch'est pos naturel mais acore eine feos ch'est toudis pou s'faire des liards. Mi j'attinds qu'on m'apporte l'preuve qu'on gagne pus d'liards qu'on in perd in jouant ave l'nature. In intindant, ch'est l'verdi au soir que j'cange mes horloches et l'réveil-matin, on l'cangera diminche au soir, i-s'ra toudis temps d'pinser à l'ouvrache.

N'obliez pos neon pus mes gins que ch'est les Grands Cabarets de l'Royale Compagnie, ceulle sémaine et verdi, saim'di et diminche prochain. Si vous aimez les éboulaches de rire, laichez vous faire, allez acouter nos cancheonniers, cha va vous faire oblier vos peines et vos tracas. 

(lexique : ceulle : cette / freod : froid / ralleumé : rallumé / j'orwette : je regarde / les neuaches : les nuages / jeuer : jouer / les arpes : les arbres / les branques : les branches / les fouèles gaunies : les feuilles jaunies / lommint : longtemps / arlochées : secouées / l'rope : la robe / se laicher : se laisser / déquintent : descendent / l'mauviar : le merle / l'agache : la pie / querre : chercher / des geauques : des noix / l'gardin : le jardin / ein visin : un voisin / bin seûr : bien sûr / la mitan : la moitié / béteôt : bientôt / l'masinque : la mésange / pinte : pendre / les paufes : les pauvres / l'cabas : le sac à provisions / ch'n'est pos tout rôsses ni violettes : ce n'est pas très agréable / l'meos : le mois / des chintaines : des centaines / m'n âche : mon âge / vife : vivre / parel : pareil / l'ceu : celui / acroire : croire / leon : loin / l'écolomie : l'économie / tertous : tous / les fourmiches : les fourmis / l'deos : le dos / des liards : de l'argent / in puque : de plus / les aiwilles : les aiguilles / ein cafouillache : un tripotage / l'verdi : le vendredi / l'horloche : l'horloge / toudis : toujours / l'ouvrache : l'ouvrage, le travail / éboulaches de rires : écroulements de rire / acouter : écouter / les cancheonniers : les chansonniers ).

(S.T. Octobre 2012)

09:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

25 oct.
2012

14:16

Tournai : Rudy Sainlez, un humoriste nous a quittés.

"Quand on a de l'humour à donner en partage pour égayer les jours, dissiper les nuages, quand on a de l'humour et qu'on est un artiste, on veut que chaque jour soit un peu moins triste". Rudy Sainlez, le chansonnier de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien maniait l'humour avec finesse même si les propos pouvaient paraître, de prime abord, parfois un peu lestes.

Rudy est né, le 20 février 1953, à Esplechin, village frontalier rattaché à Tournai lors de la fusion des communes de 1976. D'un contact facile, il aimait aller vers les gens. Au sein du village, on le vit animateur d'une radio locale mais aussi chroniqueur dans la revue du "Petit Perroteur", publication de la maison de jeunes "la Pérotte" dans laquelle son don d'observation et son sens inné de l'humour le révéla au public. 

Quand on habite à deux pas de la frontière française, il est peut-être naturel qu'on songe pour sa carrière à devenir douanier. Rudy endossa donc le costume kaki des "gabelous". Par la suite, il réorienta sa carrière et passa dans le monde de la finance en devenant employé à la CGER (la défunte Caisse Générale d'Epargne et de Retraite) à Bruxelles. Ceux qui, durant vingt ans, partagèrent avec lui ses trajets ferroviaires quotidiens se souviennent des mémorables parties de plaisir dont il était bien souvent l'instigateur. 

Amoureux du patois, il participa tout naturellement à l'annuel Concours Prayez organisé par le Cabaret Wallon Tournaisien. En 1979, à l'âge de 16 ans, il fut primé dans la catégorie "monologues" en obtenant un second prix pour sa "Leceon d'poésie". Il fera un retour en force en 1985 où il obtiendra un premier prix, toujours en catégorie "monologues", avec "L'fraudeur et l'perroquet" et un second prix, en catégorie "chansons", avec "Complainte de l'feimme de ménache". En 1988, il sera à nouveau récompensé d'un premier prix, en catégorie "monologues", avec "L'mouque et l'crochet" (la mouche et le crochet) et d'un second prix avec "Eloche du sommet", en catégorie "chansons". En 1989, la chanson sur un sujet imposé "I n'a pus d'bile à s'faire" lui permet d'obtenir un nouveau premier prix. Il reviendra, une dernière fois, en 1993 pour obtenir un troisième prix avec le monologue au sujet imposé "Ch'est toudis pire et jamais mieux".

A la fin de 1993, le Cabaret Wallon Tournaisien est dans la tourmente, certains pensent même assister à ses derniers jours, la lutte entre les anciens et les modernes est âpre. Le grand Cabaret du 23 octobre 1994 risque bien d'être le dernier surtout que, quelques mois plus tard, cette véritable institution tournaisienne, créée en 1907, perd un de ses monuments, Eloi Baudimont nous quitte le 1er février 1995. Le 30 juin 1996, la gazette "Les Infants d'Tournai" sort son dernier numéro et en novembre de la même année, le Président Lucien Jardez, ardent défenseur du patois et de la tradition, claque la porte, il était membre depuis 1943, rédacteur en chef de la gazette depuis 1958 et président depuis 1963. Chez les Tournaisiens, le choc est immense mais tel le phénix renaissant de ses cendres, le Cabaret Wallon Tournaisien va retrouver une nouvelle jeunesse, grâce à ces mousquetaires entrés comme aspirants en février 1995, Freddy Dequesne, Géry Derasse, Pierre Vanden Broecke et... Rudy Sainlez, tous admis à titre définitif en février 1996. 

Le Cabaret a inscrit Rudy sous le matricule 83 dans une liste qui ne compte qu'à peine une centaine de membres en cent et cinq années d'existence. 

Le talent de Rudy va le placer parmi les humoristes les plus appréciés de la compagnie. Des "initiations au patois" au "Kamasutra d'Froidmont" en passant par "Les penn'tières", "L'bob", "Cha va valser", "Belle" ou encore "L'invers du décor", ses apparitions sur le ponton déclenchent des salves de rires et ses "cancheonnes" (chansons) sont très souvent bissées. 

Bon vivant, épicurien, Rudy Sainlez ne laisse personne indifférent. Attaché à ses racines, dans son village, il est le Président de la Royale Fanfare Saint-Martin. A ce titre, le 17 juin 2012, déjà miné par la maladie, il avait tenu à être présent lors du concert que celle-ci donnait sur la Grand'Place de Tournai. C'est la dernière fois que j'eus l'occasion de le rencontrer. Rudy, qui avait fait une dernière apparition sur le ponton du cabaret en mars dernier, moment emprunt à la fois d'émotion et de rires qui restera gravé dans la mémoire de ceux qui assistèrent à cette soirée, s'est éteint le mardi 16 octobre 2012. Il avait 59 ans.

La petite église Saint-Martin d'Esplechin fut bien trop petite pour accueillir ceux et celles qui souhaitèrent lui adresser un dernier au-revoir, le lundi 22 octobre.

Sur l'air de "La langue de chez nous" d'Yves Duteil, Rudy Sainlez avait composé un hommage à "No patois" :

"No patois, no langache / I-féaut vir comme i-a l'tour / Pou donner de l'saveur / A tous les calembours / Pou donner des couleurs / A tous les faits du jour / Et nous ortourner l'coeur / Quand ç qu'i-parle d'amour / ..... Et des scèn's de ménache / Jusqu'au d'bout des labours / Qu'i-a mis s'n habit d'foutache / Ou s'tenue des grands jours / I-n'est pos là d'vieusir / No langache, no patois / Tant qu'on pourra cor dire / Qu'les Tournaisiens...seont là. 

Première et dernière strophes de cette magnifique ode au parler de chez nous !

"Dans une époque de crise, de morosité et de tristesse, ceux qui, avec talent, nous font rire avec des textes emprunts de finesse ne devraient jamais partir, encore moins mourir. Ils sont les baladins qui mettent notre coeur en émoi, les derniers gardiens de notre bon vieux patois, on a toujours dans l'oreille leurs ritounelles, ces airs qui nous les font paraître éternels". 

(S.T. octobre 2012) 

 

 

22 oct.
2012

09:00

Tournai, ce jour-là, le 16 avril 1995

En cette année 1995, la fête de Pâques se situe à la mi-avril. Le dimanche 16, vers 6h15, le tocsin retentit en ville. La centrale 100 située, à l'époque, à la rue Perdue, dans la caserne des pompiers, vient de recevoir trois appels, presque simultanément. Le premier émane de la centrale de détection incendie de l'usine Unisac située à l'avenue de Maire, à l'angle formé avec la rue Lefebvre-Caters, le second provient d'un ouvrier présent sur le site, le troisième d'un riverain levé aux aurores en cette matinée dominicale. 

A l'arrivée des premiers pompiers sur place, quelques minutes plus tard, le magasin du vaste bâtiment est déjà la proie de flammes gigantesques. Les hommes du feu, sous les ordres du commandant Francis Léchevin, comprennent rapidement qu'il serait vain de vouloir s'attaquer, directement, à cet énorme brasier, leur tâche prioritaire consistera donc à protéger, au mieux, le bâtiment administratif et un local qui contient des produits hautement inflammables et toxiques. 

Un élément va leur prêter main forte, le vent souffle légèrement du Nord-Ouest vers le Sud-Est et empêche le sinistre d'atteindre ce local ce qui aurait pu engendré des dégagments toxiques mettant en danger la santé des habitants du quartier de la drève de Maire (comme on l'appelle à Tournai). Le feu est avant tout alimenté par du carton, du papier et du polyéthilène. La combustion de ces matières, principalement fabriquées à base de carbone, dégage une fumée irritante mais non toxique. C'est l'unique raison pour laquelle, les pompiers conseillent aux habitants de l'avenue de Maire et des rues avoisinantes de rester calfeutrés chez eux.

Rapidement le bâtiment est dévenu un énorme brasier. Depuis la rue du Casino, située face à l'usine, de l'autre côté de l'avenue, les curieux découvrent un impressionnant mur de flammes hautes de plusieurs mètres. La chaleur dégagée par le sinistre est à ce point importante que des maisons situées de l'autres côté de la (pourtant large) rue Lefebvre Caters ont vu leurs peintures des boiseries brûlées comme par un chalumeau et leurs double-vitrages fissurés. 

L'ampleur du sinistre a nécessité la fermeture de l'axe routier allant du rond-point de l'Europe vers Froyennes, les véhicules sont déviés par les quais ou par la rue Saint-Eleuthère, toutefois, la circulation n'est pas fortement entravée en ce matin de Pâques, la plupart des habitants faisant la grasse matinée et ignorant probablement ce qui se passait pas loin de chez eux. 

Les pompiers tournaisiens ont fait appel à leurs collègues de Mouscron et de Leuze-en-Hainaut ainsi qu'à la Protection Civile de Ghlin. Une vingtaine de véhicules et une soixantaine d'hommes sont à pied d'oeuvre. Les hommes de la Protection Civile vont tirer une ligne de tuyaux à fort débit, longue de plusieurs centaines de mètres, pour rejoindre l'Escaut qui coule derrière les installations d'Unisac.

Autre avantage météorologique non négligeable, le temps est clair et cela permet à l'immense et épaisse colonne de fumée noire de ne pas stagner dans le voisinage, elle monte en volutes et s'étend en une écharpe sombre qui survole une partie du centre-ville pour se dissiper, peu à peu, au-delà des villages de Saint-Maur et de Wez-Velvain, allant, par endroits, jusqu'à obscurcir le jour naissant. Présent, durant la matinée, sur la place de Saint-Maur, je vis des centaines de "noirets", petites parcelles de suie ou de papier en combustion, tomber comme une neige noirâtre.

Déversant des tonnes d'eau, les hommes du feu se rendent peu à peu maîtres du sinistre, vers 11h30, soit un peu plus de cinq heures après les premiers appels, le feu est contenu, le risque d'extension s'amenuise. Il faudra néanmoins arroser les ruines fumantes de ce bâtiment de cent mètres de long, trente-cinq de large et dix de hauteur, jusqu'au milieu de la journée de lundi. La police lève l'interdiction de circuler, peu avant midi, la nouvelle s'est répandue en ville, les curieux sont de plus en plus nombreux.

Se déroulant un dimanche de Pâques, l'incendie n'a, heureusement, fait aucune victime parmi les cinq ouvriers chargés de la maintenance de la chaîne d'extrusion située à l'opposé du lieu de départ du feu.

L'usine Unisac fait partie du groupe allemand Schoeller qui l'avait rachetée, en décembre 1991, à l'U.C.B. (Union Chimique Belge). Le groupe a des implantations en Allemagne, Autriche, France, Suisse et également à Gand. A Tournai, l'usine compte quatre unités de production : une activité en continu, l'extrusion, mais aussi la confection de sacs poubelles, une sacherie et un département impression. C'est la totalité du stock de papier de cette dernière qui est parti en fumée. Suite à la dernière restructuration qui avait eu lieu quelques mois auparavant, en septembre 1994, il restait encore 155 personnes sur les 194 occupées précédemment. 

L'enquête va débuter dès le lendemain et, très rapidement, l'affaire est mise à l'instruction (le mercredi 19 avril). L'expert désigné par le parquet a relevé de nombreux indices qui donnent à penser que l'origine du sinistre était loin de paraître accidentelle. Aucun élément sur place ne pouvait avoir spontanément provoqué une combustion. Le feu semblait avoir été bouté à l'intérieur du bâtiment et à proximité de son point de départ, il a été découvert une petite porte donnant dans rue Lefebvre Caters ouverte, alors que normalement celle-ci est toujours fermée. Si une personne était à l'origine de la mise à feu, elle devait connaître parfaitement le bâtiment. 

Vengeance d'un membre du personnel licencié quelques mois plus tôt, fraude à l'assurance ou début de liquidation de l'unité tournaisienne, le tribunal allait devoir examiner les raisons de ce gigantesque feu qui rappela bien de mauvais souvenirs aux pompiers car, c'était également le week-end de Pâques de l'année 1980, quinze ans plus tôt que le Tournai-Shopping avait été détruit par un incendie spectaculaire (fait divers dont l'Optimiste vous a déjà parlé).

Le 27 janiver 2000, alors que le tribunal venait de conclure que les affaires précédentes étaient probablement des fraudes à l'assurance, un nouvel incendie éclata, cette fois, trois ouvriers furent légèrement intoxiqués en portant secours à un des leurs resté dans le local où avait démarré le feu.

Ce nouveau fait divers sonna le glas de l'entreprise tournaisienne, l'usine Unisac fut mise en liquidation, Tournai perdait un de ses fleurons dans le domaine de l'industrie du papier, une aventure qui avait débuté, juste après la seconde guerre mondiale, avec le Monobloc dont l'usine était située à la chaussée de Lille. Rachetée par les Papeteries de Genval, elle allait donner naissance à Unisac qui s'installa à l'avenue de Maire à la fin des années soixante. 

(sources : journaux "Le Courrier de l'Escaut" et "Nord-Eclair" d'avril 1995, de janvier 2000 et souvenirs personnels)

(S.T. octobre 2012)

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, unisac, monobloc, groupe schoeller, incendie, sinistre, pompiers |

19 oct.
2012

16:58

Tournai : expressions tournaisiennes (195)

Ch'est bal au Consel Communal !

Vous qui me lisez d'puis lommint, vous l'avez ormarqué, mes gins, dins tous mes artiques, j'sus total'mint apolitique. Du rouche au bleu et du vert au gaune, i-a partout des brafes gins, des malins et à l'feos des annochints. J'orgrette qu'eine cosse, ch'est qu'on n'peut pos voter in horizontal, qu'on est toudis obligé d'rester vertical, on prindreot ainsin les trinte nuef les pus capables pou nous diriger et on s'reot certain d'avoir eine équipe de qualité.

Ein qui est toudis in foufielle, ch'est Edmeond, cha fait six meos qui parle d'z'électieons. Ave Fifinne, diminche, pindant tout l'soirée, i-ont ravisé No Télé, i-n'falleot surtout pos les déringer, i-aveotent même décroché. 

"Asteur tout i-va canger" qui m'a dit quand j'l'ai rincontré. Mi j'laisse d'abord les gins ouvrer et après j'peux les juger. Ein nouvieau rameon rameonne toudis bin.

In tout cas, ch'a été in deux temps treos mouv'mints, i-veont toudis pus vite pou former eine majorité qu'au gouvernemint. 

J'ai pinsé qui z'éteotent d'jà d'accord bin avant l'z'électieons mais Edmeond i-creot acore dur comme fier que ch'est à l'électeur qu'orvient l'décisieon.

Pou fiêter ceulle victoire des nouvieaux édiles on va pétête faire ein bal à l'Hôtel de Ville.

Ch'est tout au moinse ce qu'j'ai rêvé et j'vas ichi tout vous raqueonter.  

In plein mitan d'l'Enclos Saint-Martin, l'Hôtel de Ville s'a mis su s'trinte et ein, l'maseon communale brille de mille feux, ch'est l'soirée des gins hureux. Aujourd'hui, pos d'cris, pos d'bacchanale, ch'n'est pos consel communal, l'nouvelle majorité, elle a ouvère l'bal.

Dins l'cour, i-na pos eine grosse auteo, ch'est nouvieau, tertous seont v'nus in "Polo". L'nouvieau bourguémette i-a dit, ch'est la crisse, j'vas serrer la vis, cha prind moins d'plache les p'tites carettes ainsin su no parking gratuit on sara pus in mette. 

Jusse avant que n'comminche l'bal, l'fièfe elle meonte dins l'salle. Jean Mi s'occupe de l'soneo et du micreo, comme animateur, ave William Chapman, nos édiles ont tiré ein fameux luméreo. ch'est ein animateur qui va vous faire attraper les p'tites heures. Vincent, à s'costume, apporte eine dernière touche, i-orserre comme i-feaut s'cravatte rouche, feaut dire que cha n'va pos beauqueop l'canger, i-porte d'jà l'même d'puis d'z'années au Cabaret. Rita n'est pos 'core rintrée, elle parle ave deux malhureux qui, pa d'vant l'hôtel de Ville, battent l'pavé, Présidinte du CPAS de no cité, Rita est aussi, ein peu, l'patreonne des causses désespérées. 

Marie-Christine vient d'arriver, pou l'soirée elle réserve seûrmint des surprisses car elle a pris avec elle s'boite à... malice. Tarek, li, i-a pris s'n'apparel photeo et les a tertous alignés su l'grand escalier mais pourquoi qu'au momint où l'pétit ozieau alleot sortir i-a cru beon d'berler sans rire : "respirez... n'respirez pus... respirez" ! Sylvie, elle est arrivée in r'tard, elle a dit pou s'escuser : "J'sais bin, ch'est débile mais, pa habitude, j'ai acore été mette l'auteo près de l'plache de Lille". 

Ein couple d'p'tits vieux cacheot après leur échevine demindant partout "vous n'avez pos vu Ludivine, on voudreot savoir si après l'hiver, on va acore aller pourméner eine journée à la mer" !

Michel, li, i-n'est jamais arrivé, i-a tourné pindant pus d'deux heures pou trouver à parquer, comme, quand i-éteot échevin pou mette s'n'auteo i-n'deveot pos s'faire de bile, i-n'a jamais pinsé que ch'éteot aussi difficile de garer dins no ville. 

Pierre i-a dit : "In référence au neom que j'porte, est-ce que j'peux, eine dernière feos, passer l'porte, on li a répeondu que ch'éteot normal que li aussi i-éteot invité au... Bal".

Tout de vert vêtue, l'pétite écoleo, elle est arrivée in véleo, (n'riez pos, mes gins, ch'n'est pos biête quand on veut protéger no planète). Pou ête seûre de l'ortrouver après l'bal, elle a été l'mette dins l'buréeau du secrétaire communal et ave l'drache qu'i-aveot cait, bé i-deot avoir ein riche l'bédoule su l'parquet. 

Jean Louis plaideot pou qu'on jeue surtout des slows, Benoit buveot un jus d'tomate, Albert aveot préféré rester dins ses pénates, Robert qui siroteot ein verre de jus d'l'vigne n'pouveot pos s'impêcher d'raviser l'qualité du buffet tandis que Philippe li diseot "ch'est biête hein... ti, Robert, ch'est t'préneom et mi ch'est m'neom". Pou ein peu, on les areot pris pour les Dupont-Dupond. Jacques i-n'etot pos arrivé, je l'dis pou de vrai. Geoffroy i-n'a pos osé orwettier les invités, i-n'deveot pos avoir peur de s'faire huer !

Hélène et Jean Marie commincheotent l'apprintissache de Xavier, l'maîte i-éteot dev'nu l'élève. Monique n'éteot pos 'cor arrivée, elle aveot fait ein détour pa chez l'boulanger, depuis qu'elle fait l'fiête au Mont Saint-Aubert, i-li feaut s'pain quotidien. 

Au moumint où Rudy i-a fait s'n'intrée, j'ai vu l'foule s'lever et... m'feimme m'a arloché in m'disant, "i-est siept heures au matin, dins deux heures feaut aller à l'Enclos Saint-Martin, j'vas t'anneoncher eine beonne nouvelle, on n'a pus d'sacs poubelles, i-in a dix gratuits qu'on a payé, on n'va pas ichi les laicher". 

J'li ai répeondu : "Mo bé, ch'est vraimint m'printe pou ein imbécile, j'orviens jusse asteur de l'Hôtel de Ville". 

(lexique : lommint : longtemps / artiques : articles / gaune : jaune / annochints : innocents / eine cosse : une chose / toudis : toujours / in foufielle : dans tous ses états / ravisé : regardé / ein rameon : un balai, ici l'expression signifie "tout nouveau, tout beau" / fier : fer / pétête : peut-être / raqueonter : raconter / in plein mitan : au beau milieu / l'bourguémette : le bourgmestre, le maire / à l'plache : à la place / l'fièfe : la fièvre / luméreo : numéro / beauqueop : beaucoup / canger : changer / causses : causes / seûre : sûre / l'drache : l'averse / caire : tomber / l'bédoule : la boue / l'maîte : le maître, l'instituteur / moumint : moment / arlocher : secouer / anneoncher : annoncer / laicher : laisser / printe : prendre).

(S.T. octobre 2012) 

16:58 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

17 oct.
2012

09:15

Tournai : le stationnement, éternel débat.

La voiture, cette indispensable "compagne" de l'Homme.

"L'Homme est un animal bipède doué de raison", voici une affirmation qui perd peu à peu de sa valeur et pourrait tout aussi bien être remplacée par "l'Homme est un animal doué de jambes dont il a oublié l'usage au profit de celui, inconsidéré, de la voiture". Le piéton a bien failli être une espèce en voie de disparition, il a fallu la montée vertigineuse du prix des carburants pour redorer un tantinet son blason. Dire qu'il y a des personnes qui prennent leur voiture pour faire un peu plus de cent mètres et aller acheter un paquet de cigarettes, signe extérieur de richesse ou... manque de sagesse! 

La voiture est entrée dans notre vie, il y a une centaine d'années mais c'est surtout après la seconde guerre mondiale qu'elle a commencé à devenir un symbole, celui de l'aisanse financière, de la liberté de déplacement, de la réussite sociale. Elle a envahi notre vie quotidienne et s'est même multipliée au sein des couples. Dans quelques années, nos routes seront totalement saturées au point que la Déesse automobile risque de faire de nous des " voyageurs immobiles" !

La voiture, cette plaie du portefeuille.

La voiture est aussi devenue la vache à lait de l'Etat. TVA à l'achat du véhicule, taxe de mise en circulation, taxe de roulage, taxe sur l'assurance, taxe sur le carburant, TVA sur les entretiens et réparations, procès verbaux pour non respect du code de la route, taxe sur l'auto-radio, péages sur certaines autoroutes... Il fallait, à nos dirigeants, faire preuve de beaucoup d'imagination pour encore trouver une nouvelle solution. Il était inimaginable qu'on recule, il fallait à nouveau frapper d'une taxe, les propriétaires de véhicules. 

Nécessité fait loi, il ne fut donc pas difficile pour eux de se dire que, puisqu'on ne pouvait plus taxer le véhicule qui roule, il fallait obliger les automobilistes à payer lorsqu'ils veulent s'arrêter ailleurs que dans leur garage privé.

La voiture, un engin qu'il faut garer.

A Tournai, comme dans toutes les autres cités de Belgique, le stationnement est devenu problématique.

L'enseignement supérieur non universitaire attire de nombreux étudiants étrangers, on constate même parfois qu'ils sont majoritaires dans certaines spécialités. Ils arrivent le lundi au début de la matinée en provenance d'autres provinces ou de départements français, parfois lointains, et "abandonnent" leurs véhicules le long d'un trottoir ou sur un parking pour toute la durée de la semaine.

De nombreux Tournaisiens, qu'ils soient citadins ou ruraux, sont aussi des navetteurs et utilisent le train pour se rendre quotidiennement à Bruxelles, Mons ou Namur parquant leur véhicule aux abords de la gare, depuis tôt le matin jusqu'à tard le soir, voitures ventouses dans le quartier, privant les riverains d'un endroit pour stationner.  

Si les bus et les trains déversent chaque jour leurs lots d'élèves fréquentant les nombreuses écoles primaires ou secondaires de la cité des cinq clochers, ouvriers et employés se rendent à leur lieu de travail en voiture, un véhicule qui trouvera place dans une rue proche jusqu'à la fin de la journée. 

Venir en ville pour y faire du lèche-vitrine ou pour des achats s'apparente avant tout à un parcours du combattant afin de trouver une place disponible. 

Dès les années septante, les responsables de grandes surfaces établies au pied des cinq clochers (Sarma, GB, Unic...) ont compris le problème car même leurs parkings en surface ou souterrains étaient déjà envahis par des véhicules ventouses. Ils ont donc décidé de s'installer à la périphérie créant les zones commerciales de Froyennes ou des Bastions. Ce transfert des activités au-delà des boulevards de ceinture a provoqué, à l'époque, une levée de boucliers de la part des petits commerçants du centre-ville qui craignaient voir la clientèle déserter celui-ci. Trente ans plus tard, si des cellules commerciales ferment en ville, c'est plus à cause de la crise et aux travaux qui s'éternisent qu'à la présence des méga-centres commerciaux aux portes de la cité.

La voiture, sources d'impositions nouvelles

En perpétuelle recherche d'entrées nouvelles pour les finances communales, les édiles ont donc pris exemple sur des villes voisines et réglementé le stationnement au moyen d'horodateurs, voraces machines dévorant notre monnaie. En alimentant cet ogre de malheur, vous aviez le droit de laisser votre véhicule à la même place pour une heure. Si l'horaire était dépassé et si un agent de la police communale le constatait, vous étiez verbalisé. Avouons que c'était quand même rare.

Le Président de l'Association des Commerçants de l'époque se déclara fermement opposé à ce système, trouvant anormal qu'une personne qui quittait son véhicule pour se rendre dans un commerce de proximité doive payer une somme qui s'ajoutait au ticket de caisse. C'était, selon lui, une décision négative pour le commerce tournaisien et son maintien en ville, c'était aussi pousser les acheteurs à se rendre à l'extérieur où les vastes parkings sont gratuits.

Quelques années plus tard, touché par le virus de la politique, il se présenta aux élections pour défendre ses convictions. Elu échevin, il s'empressa d'élaborer et mettre en oeuvre un nouveau règlement de stationnement, tel Clovis, brûlant ce qu'il avait adoré, adorant ce qu'il avait brûlé ! On dota alors l'hyper-centre de places payantes contrôlées par un service privé. Relevons que si à Lille, le parking est gratuit les samedis et dimanches, ce n'est pas le cas à Tournai, les agents constateurs se promenant par les rues de la cité, six jours sur sept, entre neuf et dix-sept heures.

Le stationnement payant possède en lui, un effet pervers, il repousse les véhicules à la frontière avec celui qui est gratuit. Que cela ne tienne, on décida de transformer ces rues en zones bleues où le stationnement gratuit est autorisé pour une durée maximale de deux heures et on élargit, bien évidemment, la promenade des agents verbalisateurs.

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Entre la zone bleue de deux heures et la ceinture des boulevards, il restait des emplacements qui furent rapidement encombrés par les voitures ventouses, on eut vite fait de les transformer en zone bleue d'une durée de quatre heures et désormais nos verbalisateurs se promènent des tours Marvis au jardin de la Reine, de la gare à la plaine. 

On rejeta ainsi le stationnement totalement gratuit et illimité au-delà des boulevards sur des parkings pris d'assaut le lundi matin par les étudiants et inaccessibles pour le quidam qui souhaite faire un tour en ville. 

Compte-tenu que les récents accords entre le France et la Belgique en ce qui concerne les délits de roulage commis par des sujets en dehors de leurs frontières se limitent aux excès de vitesse et au non respect des feux rouges, il n'est pas rare de voir des véhicules immatriculés à l'étranger afficher autant de papillons que de jours durant lesquels le véhicule est resté stationné au même endroit. Le Tournaisien doit payer, l'étranger passe à travers des mailles du filet, il y a là une discrimination qui pourrait être portée en justice. La loi européenne condamne tout discrimination entre les habitants de la Communauté !

Ce système, avouons-le, basé sur des rentrées d'argent n'a pas résolu tous les problèmes. On voit de nombreux véhicules stationner sur les trottoirs, aux coins de rues, sur les passages pour piétons, dans le sens contraire de la marche (ce qui est interdit par le code de la route), le plus souvent en toute impunité car les employés de la firme chargée de la gestion du parking n'ont pas autorité pour sanctionner ces délits qui relèvent de la police ou parce que cela se passe principalement le dimanche, jour où les effectifs policiers réduits à leur plus simple expression ne permettent pas de s'attaquer à pareils comportements.

Qu'on le veuille ou non, on va vers une légère réduction du nombre de places de stationnement au centre-ville, l'aménagement du quartier cathédral amène progressivement une diminution des emplacements disponibles, il suffit de comparer la situation des quais avant et après leur aménagement. Désormais, les étudiants fréquentant l'école Jeanne d'Arc sont obligés de stationner, en masse, à hauteur du jardin de la Reine, de part et d'autre de la route, parfois jusqu'au quai Donat Casterman, ce qui n'était pas le cas avant le début des travaux de rénovation, désormais également, le nombre de places disponibles a diminué d'une ou deux unités dans la rue des Choraux, dans la rue Dame Odile ou sur le quai du Marché aux Poissons. Qu'en sera-t-il de la place de l'Evêché ? Après sa transformation va-t-on à nouveau la destiner à un stationnement massif de véhicules ventouses comme cela était le cas auparavant ? Qu'en sera-t-il de la rue des Puits l'Eau où on a planté des arbres ? Qu'en sera-t-il également de la place Paul Emile Janson appelée à devenir un lieu de promenade ? Va-t-on la défigurer en y laissant subsister un stationnement sauvage comme c'est le cas actuellement ? Permettra-t-on encore le stationnement des deux côtés d'une rue de Courtrai qui sera, elle aussi, partagée entre automobilistes et piétons ? Transformer de magnifiques voiries en lieux de parking n'est-ce point en contradiction avec la notion d'esthétisme qu'on veut redonner à une ville pour attirer le tourisme ?

Nous sommes à la croisée des chemins, allons-nous faire de la cité des cinq clochers, une ville accueillante où il fait bon promener, découvrir les vitrines des magasins, admirer les beautés architecturales, les monuments et les parcs ou allons-nous, une fois encore, sacrifier notre environnement rénové pour satisfaire ceux et celles pour qui faire un seul mètre à pied est une action digne d'un autre âge, eux qui souhaiteraient déposer leurs enfants à la porte de la classe, entrer dans un restaurant, acheter leurs commissions, ou regarder les étalages sans pratiquement quitter leur voiture. 

Personnellement, j'ai trouvé une solution, je flâne à pied par rues et ruelles, c'est bon pour la santé, cela empêche mes jambes de s'atrophier, mon corps de s'empâter et me fait faire de sérieuses économies au moment le carburant est hors de prix.

(S.T. octobre 2012)

15 oct.
2012

09:19

Tournai : de nouveaux chantiers ont débuté !

Il est temps de faire le point sur les chantiers, depuis notre dernier rendez-vous datant du 5 septembre, ils ont progressé et c'est tant mieux, l'inverse eut été une très mauvaise nouvelle. l'Optimiste a donc affronté les averses automnales pour faire le tour des chantiers. A pied, c'est une longue promenade !

Commençons par quatre bonnes nouvelles :

la rue Perdue a été réouverte à la circulation ce mercredi 10 octobre. Rappelons qu'elle était fermée depuis trois ans. Les ouvriers de la firme Dherte terminent les abords et accès au parking souterrain qui y a été construit sur deux étages, les aménagements du parking, proprement dit, seront ensuite réalisés par les futurs gestionnaires, la firme City Parking. La pose de l'éclairage, de la signalisation, des barrières, de l'aération, et la délimitation des 120 emplacements... tout cela devra encore être effectué avant l'ouverture qui aura probablement lieu à la fin de cette année.

L'avenue des Etats-Unis a été entièrement refaite, on y a réalisé un nouvel égouttage, placé de nouveaux pavés, créé une bande centrale réservée à la circulation des bus et de nouveaux trottoirs. Il reste à effectuer le marquage au sol avant la réouverture à la circulation probablement à la fin du mois d'octobre.

La pose d'un nouveau revêtement hydrocarboné a été réalisée suivant le planning établi, entre le 27 septembre et le 2 octobre, au rond-point des Résistants, mieux connu sous le nom de "haricot de la Dorcas" par les Tournaisiens. Là aussi, il reste à peaufiner le marquage au sol mais la circulation y a été rétablie. 

Le rue des Choraux est réouverte à la circulation depuis ce mercredi 11 octobre, cette rue est à sens unique et celui-ci a été inversé, il permet la remontée vers la Grand'Place. Il s'agit d'une zone à espace partagé et en raison des nombreux étudiants qui fréquentent l'école des Frères, les automobilistes devront avoir le pied léger sur l'accélérateur. 

les chantiers en cours ou qui débutent :

La rue des Orfèvres a vu, elle aussi, son sens de circulation inversé pour permettre aux véhicules venant de la rue des Choraux de regagner le forum tournaisien car ce mercredi 11 octobre ont débuté, dans le prolongement de ceux de la place de l'Evêché (entamés le 18 septembre), les travaux de rénovation de la rue du Four Chapitre. Les pavés ont été enlevés. Suivant l'expérience de la durée des autres travaux, on peut estimer que le chantier s'étalera probablement jusqu'au printemps.

On termine le dallage de la rue des Fossés à la jonction avec la rue de Courtrai.

Sur la place Paul Emile Janson, on aperçoit le bout du tunnel dans l'aménagement du nouveau Centre de Tourisme, un outil extraordinaire dont l'accouchement fut extrêmement long et laborieux, les travaux ayant pris plus d'un an de retard en raison de la faillite d'une des entreprises chargées du gros oeuvre mais aussi d'une organisation de chantier que certains n'hésitent pas à qualifier de déficiente. Les peintres ont pris possession des lieux, dès qu'ils auront fini, il faudra encore placer le mobilier et les décorations. Peut-être son ouverture sera-t-elle le cadeau de Noël des Tournaisiens ?

Dans le piétonnier de la Croix du Centre, presque toutes les façades ont été rénovées, certains propriétaires n'ont cependant pas cru bon profiter de l'aubaine que constituait pour eux, en terme de coût, cette rénovation. Une fois, le piétonnier réalisé, l'un ou l'autre bâtiment risque de dénoter dans l'ensemble ainsi rafraîchi. Les ouvriers sont occupés à terminer le "pas de porte" des commerces, le chantier devrait être terminé, sans aléas, pour la fin du mois de novembre. Le bâtiment connu jadis sous le nom de "la Vierge Noire", où furent installés, par la suite, le magasin "Unic" et le Ministère des Finances disparaît derrière un échafaudage habillé d'immenses toiles, la rénovation de cette façade progresse. 

La jonction de trottoir entre la Naïade et la rue des Puits l'Eau est en cours d'achèvement, le chantier se terminera vers le 17 octobre. Par contre, le trou béant qui existe près de l'arrêt d'autobus dans le sens Dôme-Saint-Brice n'a toujours pas fait l'objet de finitions de la part du TEC, maître de l'ouvrage, et les herbes folles commencent à l'envahir, heureusement que l'automne est là, elles n'auront pas le temps de pousser. Celui de la rue de la Tête d'Or est aussi dans le même état et personne ne semble se soucier du danger que représentent pour les piétons (notamment les personnes âgées ou moins valides) "ces queues de chantier". 

Terminée depuis de nombreuses semaines, la rue de Paris n'est toujours pas ouverte à la circulation, d'énormes pierres en interdisent toujours l'accès. Selon la presse locale, on attend, paraît-il, la signature d'un "règlement complémentaire de circulation". Celui-ci semble avoir été plus vite signé pour la rue des Choraux et la rue des Fossés ouvertes rapidement. 

Le trou ouvert en plein milieu de l'important carrefour du beffroi sera prochainement rebouché.

La rue Duquesnoy a été interdite à la circulation durant quelques semaines, il s'agit d'un axe de sortie de ville pour les automobilistes voulant se rendre vers les chaussée de Frasnes et de Renaix, une déviation a été mise en place par la rue de l'Athénée et l'avenue des Frères Haghe.  Depuis cette semaine, le chantier se déplace, on poursuit l'ouverture des tranchées vers le rond-point de Saint-Brice, rendant ce carrefour difficile pour la circulation surtout au niveau du croisement des véhicules. Les interdictions de stationner laissent augurer le début de ces mêmes travaux dans la rue de Pont à partir du 15 octobre.

La pose d'impétrants et l'ouverture de trous au milieu de la voirie rendent difficile la circulation à l'avenue Henri Paris. Une déviation est mise en place mais est peu respectée par les automobilistes qui utilisent le parking comme voie de passage !

L'avenue de Troyes a été livrée, le 10 octobre, aux engins de chantier, dépavée le long du jardin de la Reine, on va y refaire l'égouttage et y aménager, comme à d'autres endroits en ville, l'arrêt de bus fort fréquenté par les étudiants. Voirie située sur un axe de sortie de ville, on peut y prévoir de nombreux embouteillages aux heures de pointe malgrè la déviation mise en place qui dirige tous les véhicules se rendant vers Froyennes, Roubaix et Courtrai par le quai Donat Casterman et la Borgnette ou par le boulevard Léopold via l'arrière des bâtiments de l'ancienne distribution d'eau, l'autre sens de circulation restant provisoirement ouvert. Le chantier est prévu pour une durée de 200 jours ouvrables, ce qui paraît relativement important pour ce bout de voirie d'une longueur d'à peine deux cent mètres !

On avait enlevé les "vire à droite" et d'autres éléments de sécurité au rond point de l'Europe pour faciliter le passage des coureurs du Tour de France, le 2 juillet. Promesse semblait avoir été faite pour remettre le carrefour en état au début du mois de septembre, si on en croit la presse locale. Ce travail est du ressort exclusif du SPw et chacun constate que son agenda est rarement respecté, il suffit de voir les éternelles prolongations de chantiers sur nos routes pour être édifié (E42 à Hautrage, N25 à Corroy le Grand, E19 au pont de Nivelles) ! La sécurité des usagers n'est probablement pas la principale priorité de certains fonctionnaires publics ou leurs plannings sont vraiment mal estimés. 

Depuis une semaine, on a raboté l'asphalte de l'avenue Montgomery et de la chaussée de Douai, entre le carrefour de la porte Saint-Martin et la ruelle Desprets, dans le courant de la semaine du 15 au 19 octobre, si les conditions météorologiques le permettent, on procédéra à la pose du nouveau revêtement. Durant ce temps, la circulation sera déviée par la chaussée de Willemeau et le chemin Vert. Il serait nécessaire que ce chantier soit terminé pour les fêtes de la Toussaint, une des entrées du cimetière du Sud se trouvant sur cet axe en réfection.

Durant quelques jours, l'allée latérale du boulevard Lalaing a été interdite à la circulation à partir de la rue André Hennebicq, en cause, la pose de canalisations relative aux travaux de construction du nouveau centre hospitalier régional (le CHWAPi). Des tranchées sont actuellement creusées face au site de l'hôpital militaire De Bongnie.

La pose d'impétrants au printemps dernier au Chemin Willems avait eu pour résultat de défoncer les trottoirs et de les rendre dangereux pour les piétons (certains en ont fait la triste expérience). Depuis cette semaine, une firme pose un nouveau filet d'eau et des pavés auto-bloquants colorés sur les trottoirs. Ce chantier devrait durer quelques semaines.

Notons encore que les habitants de l'avenue des Bouleaux ont une tranchée à la place du trottoir et que ceux qui ont l'habitude de passer par le quai des Vicinaux pour rejoindre la ville en évitant le carrefour du Viaduc, fortement encombré aux heures de pointe, voient leur progression ralentie par un passage alterné réglé par un feu en raison de travaux de pose d'une canalisation de gaz. Sur le quai Donat Casterman, depuis des mois des tuyaux sont en attente de pose entre le pont des Roulages et le pont Delwart. 

Les chantiers de construction influent parfois sur la circulation, c'est le cas de celui de la construction du siège d'Idéta à l'angle du quai Saint-Brice et du Becquerelle, le quai est interdit aux automobilistes pour de longs mois. C'est le cas également de celui de la construction de l'école du "Petit Colysée" à l'angle de l'avenue de Maire et de la rue Edouard Valcke où il est impératif d'anticiper la sortie de camions.

Piétons, cyclistes ou automobilistes qui doivent traverser la ville des cinq clochers souffrent depuis de long mois, mais la patience est mère de toute les vertus. Tout au plus peut-on espérer que les décideurs, les responsables des bureaux d'architecture ou de chantiers, les maîtres d'oeuvre soient conscients de ce qu'ils font endurer à une population tournaisienne qui commence sérieusement à trouver le temps long !

(S.T. octobre 2012)

13 oct.
2012

09:00

Tournai : expression tournaisienne (194)

Ein riche colas.

Albert, ch'est vraimint ein beon fieu, toudis prêt à v'nir in aide aux malhureux, hélas, te li f'reos acroire qu'in plein jour i-fait noir. J'l'ai rincontré au début de l'sémaine po leon du gardin d'la Reine. Veyant des ouverriers, pou mi ch'éteot des gardéniers, in train d'coper ein arpe, eine sorte d'lilas, i-s'a, bin seûr, demindé ce qu'on feseot là.

"Te n'as pos lu l'gazette, t'areos su qu'on va raser l'gardin et rimblayer l'étang pou après mette l'Pont des Treos", i-faudreot quand même t'instruire, m'n'amisse Dédé i-l'saveot, ch'est li qu'i-est v'nu me l'dire !

I-n'a vraimint pos eu l'air surpris pa ceulle informatieon, tout jusse i-m'a fait ceulle réflexieon :

"Ah ch'est cha qu'on n'veot pus d'glaines dins les allées du gardin d'la Reine"

Veyant que l'pisseon mordeot à l'hameceon, j'ai poussé l'boucheon ein p'tit queop pus leon :

"Cha fait ein meos que les coqs et les glaines i-n'seont pus là, on est v'nu les querre pou les mette à Pairi Daiza. Là-vas, chaque ainnée, on reconstitue ein coin du meonte in perditieon et l'an prochain ch'est des Polders flamints qu'on va faire l'reconstitutieon. On va aménager eine veille cinse, mette deux ou treos glaines, ein pourchéau, des vaques, ein tor, des bédeos et ein tas d'feumier"

"Te pinses que cha va attirer l'meonte ?"

"Bé ahais, les infants i-veont aller là pou vir ein cinsier et s'famile, ch'est eine espèce in voie d'disparitieon comme les gins qui ont ouvré dins les mines d'carbeon et les ceusses qui ouèfent acore dins l'sidérurgie. Même si à l'feos on n'voudreot pus qu'on soiche des frères, feaut s'in faire eine raiseon, on a tertous nos misères, flamints et walleons".

Albert i-éteot tout pinseu.

"D'jà que l'cabaret de m'quartier i-a serré s'porte pasqu'i-n'aveot pus ein bleu tchien. Les gins, au soir, i-restent à leu maseon à causse de l'insécurité. A l'feos, te t'in vas pou boire eine pinte et t'orviens tout poqué. Jusse à côté, l'magasin i-est vide, l'marchand d'toubaque i-a pris s'n'ortraite i-a deux meos".

"Cha ch'est biête pasque'ave l'différince de prix inter la France et la Belgique, on veot asteur arriver des caravanes intières d'gins du Nord et du Pas de Calais venus faire leu provisieon".

Bin seûr, on n'a parlé des électieons. Albert m'a avoué qui n'saveot pos 'cor pou qui voter. Ch'est normal, tertous li ont fait d'belles promesses et comme i-creot tout ce qu'on li dit, i-s'ortrouèfe au même point qu'mi. Mi j'ne creos pus aux promesses, pou eusses, i-n'a que les jeteons d'présince qui les intéressent, les participatieons aux intercommunales et aux asbl à vocatieon qu'on dit sociale. L'définse du portefuèle d'un politicien passe bin souvint avant les attintes du citoyen. Bref, on la copé là, valeot mieux !

Albert i-a cangé d'conversatieon.

"Quoisqu'i-s'passe à l'plache de l'Evêché, on a ortiré tous les pavés, et d'puis ein meos, partout, on fait des treos ,"

Là, j'vous l'avoue, l'boucheon, j'l'ai poussé acore pus leon, j'pinseos que cha n'alleot pos marcher, bé, acore eine feos, i-a tout avalé.

"Bé comme Saint-Luc i-va racater l' bâtimint des inciens Prêtres et l'bibliothèque, ch'est la qu'on va mette l'Tour Michelin (ahais, j'éteos in train de l'gonfler fameus'mint), i-z'attintent après l'béteon pou commincher les fondatieons".

""Et Monseigneur Harpigny, i-n'a rien dit" qui m'a fait l'ahuri.

"Ah neon, i-est même bénaisse, ainsin quand i-ara l'prochain synode du diocèse, i-va pouvoir l'louer pou i-loger tous les curés invités, quoi d'pus normal à l'porte d'l'cathédrale"

"Bé, ch'est jamais possipe, dis hardimint, on est arringé, on ara tout vu et... Mossieu Demotte i-n'a rien fait".

"Si fait, i-a fait offrir à l'évêque, au dernier étache, ein appartemint quate étoiles pou mieux vir, l'heure au bieffreo et les clochers de l'cathédrale".

J'commincheos tout douchett'mint à n'pus savoir quoi li raqueonter quand on a vu passer ein bus articulé.

"Milliards, ein bus ainsin pou treos pelés et ein teondus qui veont à Toufflers et si cha cait à Templeuve, i-s'reont tertous déquindus";

"I-n'feaut pos que te t'imballes, ch'est tout à fait normal"

"Ahais, te trouèfe normal ein parel briscadache, au prix du fuel ch'est vraimint dammache"

"I-part à vide jusqu'à l'frontière mais là i-imbarque tous les réfugiés français qui quittent leu pays pou écapper au massacre"

"Au massacre d'quoi ?"

"Bé.. de leus écolomies, i-n'ont qu'eine pétite malette, mais elle contient bramint d'galette. I-veont acater, ichi, leu maseon, des actieons et eine auteo et veont orpartir à zéreo".

"Be si ave tout cha i-veont orpartir à zéreo, mi cha fait lommint que j'vis à moins chinq.. Mo, moins chinq, bé i-va ête l'heure pou m'bus, l'ov'là qu'i-arrife, mo bé ch'est eine vielle riquette, i-feaut dire que mi j'n'ai qu'eine cabusette et des porieons dins m'musette".

J'n'ai pos voulu l'laicher partir sans li dire eine dernière craque :

"I-paraît que Sarkozy, i-cache à acater eine maseon à Tournai, i-pourreot même s'installer à l'incien Casino"

I-m'a ravisé et i-m'dit : 

"Bé ch'est les ceusses du Cabaret Walleon qui veont ête bénaisses, Rudy et Sarkozy, cha s'ra nos nouvieaux Jojo et Nénesse".

(lexique : colas : niais / fieu : forme picarde de garçon, ein beon fieu signifie un bon garçon / acroire : croire / pos leon : pas loin / des gardéniers : des jardiniers / coper : couper / ein arpe : ein arbre / bin seûr : bien sûr / les glaines : les poules / l'pisseon : le poisson / ein p'tit queop : un petit coup, ici un petit peu plus loin / querre : chercher / Là-vas : là-bas / eine cinse : une ferme / ein pouchéau : un cochon, un porc / des vaques : des vaches / ein tor : un taureau : des bédeos : des moutons / du feumier : du fumier / l'meonte : le monde / ouvrer : travailler / l'carbeon : le charbon / les ceusses : ceux / pinseu : pensif / serré : fermé / ein tchien : un chien  / poqué : plein de coups / l'toubaque : le tabac / asteur : maintenant, provient de "à cette heure" / tertous : tous / l'portefuèle : le portefeuille / cangé : changé / ortiré : retiré / des treos : des trous / racater : racheter / bénaisse : content / possipe : possible / ein étache : un étage / l'bieffreo : le beffroi / tout douchett'mint : tout doucement, à la mine de rien / raqueonter : raconter / si cha cait : si cela tombe / l'briscadache : le gaspillage / dammache : dommage / les écolomies : les économies / bramint : beaucoup / lommint : longtemps / eine cabusettte : une laitue / les porieons : les poireaux / eine craque : une calembredaine / ravisé : regardé / Jojo et Nénesse : duo comiques célèbres des revues du Cabaret Wallon, rôles tenus par Marcel Roland et Lucien Jardez, ils occupaient l'avant-scène pendant les changements de décors. Personnages populaires appréciés par la public, ils représentaient deux titis Tournaisiens liés par l'amitié mais aux idées et aux réactions totalement différentes).

(S.T. octobre 2012)

09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

11 oct.
2012

10:00

Tournai : des projets qui font débat (3)

Quand souffle un vent de révolte !

Autre sujet sensible au phénomène nimby, l'éolien. Depuis les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, tout comme la population allemande, une large majorité de la population belge souhaite sortir à moyen terme du nucléaire. Les récentes découvertes de fissures dans les cuves de Doel et Tihange confortent les adversaires de cette énergie non polluante en terme de rejet de CO et respectueuse de l'environnement, dans leur crainte d'une catastrophe qui ne surviendrait plus à des milliers de kilomètres de chez eux mais juste à leur porte et ferait plus que probablement de très nombreuses victimes et des dizaines, voire des centaines de milliers d'irradiés.

pour compenser la fermeture des centrales, il est grand temps de développer des sources alternatives d'énergie et la production éolienne est une de celles-ci. Interrogez les gens, ils sont presque tous favorables à la construction de ces grands moulins sauf... si on a décidé d'ériger ceux-ci dans leur paysage familier. "Not in my back yard, pas dans mon jardin"

Des éoliennes se dressent depuis deux ans dans notre ciel à la limite de Tournai, Antoing et Brunehaut. Les riverains de Saint-Maur remarquent que le bruit est parfois perceptible, surtout le nuit, ce qui empêche certains de dormir avec la fenêtre ouverte, le mouvement giratoire peut parfois déranger et l'impact sur le paysage demande un certain temps d'adaptation. 

Une société privée souhaitait installer de nouveaux moulins à proximité de la frontière française sur le territoire d'Esplechin. Une première réunion d'information a réuni de nombreux habitants du village venus faire part de leurs craintes en terme de nuisances particulièrement les émissions sonores. Curieusement, ce sont les habitants des villages français bordant la frontière qui se montrèrent, le maire à leur tête, les plus virulents à l'égard du projet. Même si les éoliennes étaient implantées sur le territoire belge, à une distance raisonnable de la frontière, il n'était pas question de dénaturer leur site, ceci engendrant la dévaluation de leurs biens immobiliers. Cette contestation a rebondi le lundi 8 octobre 2012 lors d'une conférence de presse organisée par le collectif "Vent de raison" qui milite pour l'adoption par le Région Wallonne d'un cadre légal contraignant en matière d'éoliennes. Une nouvelle fois, un représentant politique français y tint des propos peu amènes, certainement indignes d'un élu de la Nation surtout lorsqu'il se trouve à l'étranger et se permet de critiquer ouvertement le pays qui l'accueille. Cet homme à la mémoire courte, il devrait savoir que son gouvernement n'a pas fait tant de "chichis" lors de l'implantation de la centrale nucléaire de Chooz dans une appendice enclavée en Belgique et que les responsables de celle-ci ne daignent même pas informer la population au-delà de la frontière des incidents qui y surviennent. Eternelle arrogance d'une importante minorité de personens habitant l'Hexagone. 

C'est donc avec intérêt que j'ai découvert un commentaire écrit par Mr. Raphaël Ledru de Roucourt paru dans le Courrier de l'Escaut daté du mercredi 10 octobre 2012, voici ce qu'il dit :

"au nom du progrès, nous avons accepté que le pays soit crucifié par l'un des réseaux autoroutiers les plus denses du monde, nous avons accepté de voir nos campagnes hérissées d'un horizon à l'autre de pylônes haute tension, de tours de refroidissement des centrales (nucléaires), de châteaux d'eau, des cheminées des usines chimiques et métallurgiques. Nous avons accepté les monstrueux enchevêtrements des tuyauteries de l'industrie, les éventrations des carrières, les châssis à molette des mines, les terrils et toutes leurs nuisances. Avec le temps, au nom du patrimoine, certains ont même trouvé cela beau. Et soudain, au nom du charme bucolique rompu de notre petit paysage privé, nous vouons les éoliennes aux gémonies. Sommes nous inconscients au point de croire que la biométhanisation de nos épluchures de patates et quelques turbines hydroélectriques sur la Meuse suffiront demain à faire tourner notre lave-vaisselle et notre écran plat ? En attendant l'avènement (encore lointain) de l'énergie à l'hydrogène, gardons-nous d'effeuiller la grande marguerite. Après tout, elle n'est pas si moche" !

Je comprends et partage certaines revendications tout à fait légitime des opposants dont celui de la distance entre une éolienne et l'habitation la plus proche, elle est ridiculement courte dans notre région (350 mètres) en raison de la densité de population. Si on devait appliquer chez nous les mesures préconisées au niveau international, on devrait porter cette distance à 1.500 mètres. Entre gens intelligents et responsables, il doit quand même avoir moyen de se situer entre ces deux distances même si on doit rester plus proche des 350 que des 1500.

En attendant, sensibles aux arguments développés par les habitants, les autorités communales tournaisiennes ont déclaré être opposées aux implantations d'Esplechin.

Tiens, à propos, il est bizarre que l'implantation d'un pylône pour la téléphonie mobile ne déclenche pas une aussi importante mobilisation, les ondes émises par celui-ci sont, peut-être, plus nocives que les pales d'un moulin qui tournent avec le vent. Sachez qu'on cache certaines de ces infrastructures, au coeur des villes, dans de fausses cheminées ou dans des clochers d'église arrosant de quelques centaines d'euros les propriétaires !

Même si on a beaucoup de mal à l'admettre, il faut cependant comprendre que derrière l'implantation d'éoliennes, il y a, comme toujours, tout un système économique qui s'est mis en place englobant l'ingénierie, la construction, l'édification et la gestion des parcs. Le fait d'interdire, du jour au lendemain, les futurs projets mettrait tout un pan de l'économie en faillite, ce qui est peu souhaitable en période de crise. Il existe d'autres alternatives peu polluantes, l'isolation des habitations couplée à la pose de panneaux photovoltaïques, l'obligation formelle de constructions de maisons passives, le remplacement de toutes les chaudières par de nouvelles plus performantes, l'utilisation de pompes à chaleur où cela est possible et, principalement, l'utilisation rationnelle de l'énergie par la chasse au gaspillage actuel. 

Le vent qui souffle sur les campagnes tournaisiennes joue avec les hautes demoiselles emportant, indifférent, sur son aile le murmure des récriminations de ceux qui préféreront peut-être, dans un futur plus ou moins proche, s'éclairer à la bougie, renoncer à la télévision et à internet, utiliser le papier carbone à la place du photocopieur, moudre le café au moulin en bois et se couper la barbe avec un rasoir mécanique !

(S.T. octobre 2012) 

10:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, éoliennes, opposants, vent de raison, saint-maur |