17 oct.
2012

Tournai : le stationnement, éternel débat.

La voiture, cette indispensable "compagne" de l'Homme.

"L'Homme est un animal bipède doué de raison", voici une affirmation qui perd peu à peu de sa valeur et pourrait tout aussi bien être remplacée par "l'Homme est un animal doué de jambes dont il a oublié l'usage au profit de celui, inconsidéré, de la voiture". Le piéton a bien failli être une espèce en voie de disparition, il a fallu la montée vertigineuse du prix des carburants pour redorer un tantinet son blason. Dire qu'il y a des personnes qui prennent leur voiture pour faire un peu plus de cent mètres et aller acheter un paquet de cigarettes, signe extérieur de richesse ou... manque de sagesse! 

La voiture est entrée dans notre vie, il y a une centaine d'années mais c'est surtout après la seconde guerre mondiale qu'elle a commencé à devenir un symbole, celui de l'aisanse financière, de la liberté de déplacement, de la réussite sociale. Elle a envahi notre vie quotidienne et s'est même multipliée au sein des couples. Dans quelques années, nos routes seront totalement saturées au point que la Déesse automobile risque de faire de nous des " voyageurs immobiles" !

La voiture, cette plaie du portefeuille.

La voiture est aussi devenue la vache à lait de l'Etat. TVA à l'achat du véhicule, taxe de mise en circulation, taxe de roulage, taxe sur l'assurance, taxe sur le carburant, TVA sur les entretiens et réparations, procès verbaux pour non respect du code de la route, taxe sur l'auto-radio, péages sur certaines autoroutes... Il fallait, à nos dirigeants, faire preuve de beaucoup d'imagination pour encore trouver une nouvelle solution. Il était inimaginable qu'on recule, il fallait à nouveau frapper d'une taxe, les propriétaires de véhicules. 

Nécessité fait loi, il ne fut donc pas difficile pour eux de se dire que, puisqu'on ne pouvait plus taxer le véhicule qui roule, il fallait obliger les automobilistes à payer lorsqu'ils veulent s'arrêter ailleurs que dans leur garage privé.

La voiture, un engin qu'il faut garer.

A Tournai, comme dans toutes les autres cités de Belgique, le stationnement est devenu problématique.

L'enseignement supérieur non universitaire attire de nombreux étudiants étrangers, on constate même parfois qu'ils sont majoritaires dans certaines spécialités. Ils arrivent le lundi au début de la matinée en provenance d'autres provinces ou de départements français, parfois lointains, et "abandonnent" leurs véhicules le long d'un trottoir ou sur un parking pour toute la durée de la semaine.

De nombreux Tournaisiens, qu'ils soient citadins ou ruraux, sont aussi des navetteurs et utilisent le train pour se rendre quotidiennement à Bruxelles, Mons ou Namur parquant leur véhicule aux abords de la gare, depuis tôt le matin jusqu'à tard le soir, voitures ventouses dans le quartier, privant les riverains d'un endroit pour stationner.  

Si les bus et les trains déversent chaque jour leurs lots d'élèves fréquentant les nombreuses écoles primaires ou secondaires de la cité des cinq clochers, ouvriers et employés se rendent à leur lieu de travail en voiture, un véhicule qui trouvera place dans une rue proche jusqu'à la fin de la journée. 

Venir en ville pour y faire du lèche-vitrine ou pour des achats s'apparente avant tout à un parcours du combattant afin de trouver une place disponible. 

Dès les années septante, les responsables de grandes surfaces établies au pied des cinq clochers (Sarma, GB, Unic...) ont compris le problème car même leurs parkings en surface ou souterrains étaient déjà envahis par des véhicules ventouses. Ils ont donc décidé de s'installer à la périphérie créant les zones commerciales de Froyennes ou des Bastions. Ce transfert des activités au-delà des boulevards de ceinture a provoqué, à l'époque, une levée de boucliers de la part des petits commerçants du centre-ville qui craignaient voir la clientèle déserter celui-ci. Trente ans plus tard, si des cellules commerciales ferment en ville, c'est plus à cause de la crise et aux travaux qui s'éternisent qu'à la présence des méga-centres commerciaux aux portes de la cité.

La voiture, sources d'impositions nouvelles

En perpétuelle recherche d'entrées nouvelles pour les finances communales, les édiles ont donc pris exemple sur des villes voisines et réglementé le stationnement au moyen d'horodateurs, voraces machines dévorant notre monnaie. En alimentant cet ogre de malheur, vous aviez le droit de laisser votre véhicule à la même place pour une heure. Si l'horaire était dépassé et si un agent de la police communale le constatait, vous étiez verbalisé. Avouons que c'était quand même rare.

Le Président de l'Association des Commerçants de l'époque se déclara fermement opposé à ce système, trouvant anormal qu'une personne qui quittait son véhicule pour se rendre dans un commerce de proximité doive payer une somme qui s'ajoutait au ticket de caisse. C'était, selon lui, une décision négative pour le commerce tournaisien et son maintien en ville, c'était aussi pousser les acheteurs à se rendre à l'extérieur où les vastes parkings sont gratuits.

Quelques années plus tard, touché par le virus de la politique, il se présenta aux élections pour défendre ses convictions. Elu échevin, il s'empressa d'élaborer et mettre en oeuvre un nouveau règlement de stationnement, tel Clovis, brûlant ce qu'il avait adoré, adorant ce qu'il avait brûlé ! On dota alors l'hyper-centre de places payantes contrôlées par un service privé. Relevons que si à Lille, le parking est gratuit les samedis et dimanches, ce n'est pas le cas à Tournai, les agents constateurs se promenant par les rues de la cité, six jours sur sept, entre neuf et dix-sept heures.

Le stationnement payant possède en lui, un effet pervers, il repousse les véhicules à la frontière avec celui qui est gratuit. Que cela ne tienne, on décida de transformer ces rues en zones bleues où le stationnement gratuit est autorisé pour une durée maximale de deux heures et on élargit, bien évidemment, la promenade des agents verbalisateurs.

Pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Entre la zone bleue de deux heures et la ceinture des boulevards, il restait des emplacements qui furent rapidement encombrés par les voitures ventouses, on eut vite fait de les transformer en zone bleue d'une durée de quatre heures et désormais nos verbalisateurs se promènent des tours Marvis au jardin de la Reine, de la gare à la plaine. 

On rejeta ainsi le stationnement totalement gratuit et illimité au-delà des boulevards sur des parkings pris d'assaut le lundi matin par les étudiants et inaccessibles pour le quidam qui souhaite faire un tour en ville. 

Compte-tenu que les récents accords entre le France et la Belgique en ce qui concerne les délits de roulage commis par des sujets en dehors de leurs frontières se limitent aux excès de vitesse et au non respect des feux rouges, il n'est pas rare de voir des véhicules immatriculés à l'étranger afficher autant de papillons que de jours durant lesquels le véhicule est resté stationné au même endroit. Le Tournaisien doit payer, l'étranger passe à travers des mailles du filet, il y a là une discrimination qui pourrait être portée en justice. La loi européenne condamne tout discrimination entre les habitants de la Communauté !

Ce système, avouons-le, basé sur des rentrées d'argent n'a pas résolu tous les problèmes. On voit de nombreux véhicules stationner sur les trottoirs, aux coins de rues, sur les passages pour piétons, dans le sens contraire de la marche (ce qui est interdit par le code de la route), le plus souvent en toute impunité car les employés de la firme chargée de la gestion du parking n'ont pas autorité pour sanctionner ces délits qui relèvent de la police ou parce que cela se passe principalement le dimanche, jour où les effectifs policiers réduits à leur plus simple expression ne permettent pas de s'attaquer à pareils comportements.

Qu'on le veuille ou non, on va vers une légère réduction du nombre de places de stationnement au centre-ville, l'aménagement du quartier cathédral amène progressivement une diminution des emplacements disponibles, il suffit de comparer la situation des quais avant et après leur aménagement. Désormais, les étudiants fréquentant l'école Jeanne d'Arc sont obligés de stationner, en masse, à hauteur du jardin de la Reine, de part et d'autre de la route, parfois jusqu'au quai Donat Casterman, ce qui n'était pas le cas avant le début des travaux de rénovation, désormais également, le nombre de places disponibles a diminué d'une ou deux unités dans la rue des Choraux, dans la rue Dame Odile ou sur le quai du Marché aux Poissons. Qu'en sera-t-il de la place de l'Evêché ? Après sa transformation va-t-on à nouveau la destiner à un stationnement massif de véhicules ventouses comme cela était le cas auparavant ? Qu'en sera-t-il de la rue des Puits l'Eau où on a planté des arbres ? Qu'en sera-t-il également de la place Paul Emile Janson appelée à devenir un lieu de promenade ? Va-t-on la défigurer en y laissant subsister un stationnement sauvage comme c'est le cas actuellement ? Permettra-t-on encore le stationnement des deux côtés d'une rue de Courtrai qui sera, elle aussi, partagée entre automobilistes et piétons ? Transformer de magnifiques voiries en lieux de parking n'est-ce point en contradiction avec la notion d'esthétisme qu'on veut redonner à une ville pour attirer le tourisme ?

Nous sommes à la croisée des chemins, allons-nous faire de la cité des cinq clochers, une ville accueillante où il fait bon promener, découvrir les vitrines des magasins, admirer les beautés architecturales, les monuments et les parcs ou allons-nous, une fois encore, sacrifier notre environnement rénové pour satisfaire ceux et celles pour qui faire un seul mètre à pied est une action digne d'un autre âge, eux qui souhaiteraient déposer leurs enfants à la porte de la classe, entrer dans un restaurant, acheter leurs commissions, ou regarder les étalages sans pratiquement quitter leur voiture. 

Personnellement, j'ai trouvé une solution, je flâne à pied par rues et ruelles, c'est bon pour la santé, cela empêche mes jambes de s'atrophier, mon corps de s'empâter et me fait faire de sérieuses économies au moment le carburant est hors de prix.

(S.T. octobre 2012)

Commentaires

oui mais quand on habite pas les grandes ou moyennes villes et que l'on est obligés de pendre sa voiture pour un raison impérieuse , on est obligé de passer devant ces maudites " tirelires"

elles ont aussi un impact négatif sur le commerce que les clients fuient au profit des "villages de supermarchés et de marque diverses)

Écrit par : TooTsie | 19/10/2012

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