11 oct.
2012

Tournai : des projets qui font débat (3)

Quand souffle un vent de révolte !

Autre sujet sensible au phénomène nimby, l'éolien. Depuis les catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima, tout comme la population allemande, une large majorité de la population belge souhaite sortir à moyen terme du nucléaire. Les récentes découvertes de fissures dans les cuves de Doel et Tihange confortent les adversaires de cette énergie non polluante en terme de rejet de CO et respectueuse de l'environnement, dans leur crainte d'une catastrophe qui ne surviendrait plus à des milliers de kilomètres de chez eux mais juste à leur porte et ferait plus que probablement de très nombreuses victimes et des dizaines, voire des centaines de milliers d'irradiés.

pour compenser la fermeture des centrales, il est grand temps de développer des sources alternatives d'énergie et la production éolienne est une de celles-ci. Interrogez les gens, ils sont presque tous favorables à la construction de ces grands moulins sauf... si on a décidé d'ériger ceux-ci dans leur paysage familier. "Not in my back yard, pas dans mon jardin"

Des éoliennes se dressent depuis deux ans dans notre ciel à la limite de Tournai, Antoing et Brunehaut. Les riverains de Saint-Maur remarquent que le bruit est parfois perceptible, surtout le nuit, ce qui empêche certains de dormir avec la fenêtre ouverte, le mouvement giratoire peut parfois déranger et l'impact sur le paysage demande un certain temps d'adaptation. 

Une société privée souhaitait installer de nouveaux moulins à proximité de la frontière française sur le territoire d'Esplechin. Une première réunion d'information a réuni de nombreux habitants du village venus faire part de leurs craintes en terme de nuisances particulièrement les émissions sonores. Curieusement, ce sont les habitants des villages français bordant la frontière qui se montrèrent, le maire à leur tête, les plus virulents à l'égard du projet. Même si les éoliennes étaient implantées sur le territoire belge, à une distance raisonnable de la frontière, il n'était pas question de dénaturer leur site, ceci engendrant la dévaluation de leurs biens immobiliers. Cette contestation a rebondi le lundi 8 octobre 2012 lors d'une conférence de presse organisée par le collectif "Vent de raison" qui milite pour l'adoption par le Région Wallonne d'un cadre légal contraignant en matière d'éoliennes. Une nouvelle fois, un représentant politique français y tint des propos peu amènes, certainement indignes d'un élu de la Nation surtout lorsqu'il se trouve à l'étranger et se permet de critiquer ouvertement le pays qui l'accueille. Cet homme à la mémoire courte, il devrait savoir que son gouvernement n'a pas fait tant de "chichis" lors de l'implantation de la centrale nucléaire de Chooz dans une appendice enclavée en Belgique et que les responsables de celle-ci ne daignent même pas informer la population au-delà de la frontière des incidents qui y surviennent. Eternelle arrogance d'une importante minorité de personens habitant l'Hexagone. 

C'est donc avec intérêt que j'ai découvert un commentaire écrit par Mr. Raphaël Ledru de Roucourt paru dans le Courrier de l'Escaut daté du mercredi 10 octobre 2012, voici ce qu'il dit :

"au nom du progrès, nous avons accepté que le pays soit crucifié par l'un des réseaux autoroutiers les plus denses du monde, nous avons accepté de voir nos campagnes hérissées d'un horizon à l'autre de pylônes haute tension, de tours de refroidissement des centrales (nucléaires), de châteaux d'eau, des cheminées des usines chimiques et métallurgiques. Nous avons accepté les monstrueux enchevêtrements des tuyauteries de l'industrie, les éventrations des carrières, les châssis à molette des mines, les terrils et toutes leurs nuisances. Avec le temps, au nom du patrimoine, certains ont même trouvé cela beau. Et soudain, au nom du charme bucolique rompu de notre petit paysage privé, nous vouons les éoliennes aux gémonies. Sommes nous inconscients au point de croire que la biométhanisation de nos épluchures de patates et quelques turbines hydroélectriques sur la Meuse suffiront demain à faire tourner notre lave-vaisselle et notre écran plat ? En attendant l'avènement (encore lointain) de l'énergie à l'hydrogène, gardons-nous d'effeuiller la grande marguerite. Après tout, elle n'est pas si moche" !

Je comprends et partage certaines revendications tout à fait légitime des opposants dont celui de la distance entre une éolienne et l'habitation la plus proche, elle est ridiculement courte dans notre région (350 mètres) en raison de la densité de population. Si on devait appliquer chez nous les mesures préconisées au niveau international, on devrait porter cette distance à 1.500 mètres. Entre gens intelligents et responsables, il doit quand même avoir moyen de se situer entre ces deux distances même si on doit rester plus proche des 350 que des 1500.

En attendant, sensibles aux arguments développés par les habitants, les autorités communales tournaisiennes ont déclaré être opposées aux implantations d'Esplechin.

Tiens, à propos, il est bizarre que l'implantation d'un pylône pour la téléphonie mobile ne déclenche pas une aussi importante mobilisation, les ondes émises par celui-ci sont, peut-être, plus nocives que les pales d'un moulin qui tournent avec le vent. Sachez qu'on cache certaines de ces infrastructures, au coeur des villes, dans de fausses cheminées ou dans des clochers d'église arrosant de quelques centaines d'euros les propriétaires !

Même si on a beaucoup de mal à l'admettre, il faut cependant comprendre que derrière l'implantation d'éoliennes, il y a, comme toujours, tout un système économique qui s'est mis en place englobant l'ingénierie, la construction, l'édification et la gestion des parcs. Le fait d'interdire, du jour au lendemain, les futurs projets mettrait tout un pan de l'économie en faillite, ce qui est peu souhaitable en période de crise. Il existe d'autres alternatives peu polluantes, l'isolation des habitations couplée à la pose de panneaux photovoltaïques, l'obligation formelle de constructions de maisons passives, le remplacement de toutes les chaudières par de nouvelles plus performantes, l'utilisation de pompes à chaleur où cela est possible et, principalement, l'utilisation rationnelle de l'énergie par la chasse au gaspillage actuel. 

Le vent qui souffle sur les campagnes tournaisiennes joue avec les hautes demoiselles emportant, indifférent, sur son aile le murmure des récriminations de ceux qui préféreront peut-être, dans un futur plus ou moins proche, s'éclairer à la bougie, renoncer à la télévision et à internet, utiliser le papier carbone à la place du photocopieur, moudre le café au moulin en bois et se couper la barbe avec un rasoir mécanique !

(S.T. octobre 2012) 

10:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, éoliennes, opposants, vent de raison, saint-maur |

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