10 oct.
2012

Tournai : des projets qui font débat (2)

Où on reparle du Pont des Trous !

Un autre projet qui fait débat en cet automne 2012 est l'avenir du Pont des Trous et du tracé de l'Escaut dans sa traversée de la ville. La vieille porte d'eau, une des plus anciennes d'Europe du Nord, érigée à la fin du XIIIe siècle (1380-1400) a vu couler beaucoup d'eau sous ses arches et fait, malheureusement, depuis quelques années couler beaucoup d'encre.

Il y a quelques semaines, les défenseurs de ce précieux témoin de l'histoire de notre cité avaient vu naître l'espoir puisque le gouvernement français semblait mettre un frein à la liaison Seine-Nord, la situation économique résultant de la crise de 2007 resserrant les nombreux budgets alloués aux grands projets de liaisons, "on va pouvoir souffler un peu" pensèrent-ils !

Cette annonce d'abandon provisoire du projet par les français n'a pas ému les Voies Hydrauliques de notre région qui poursuivent, imperturbablement, le projet de mise à gabarit de l'Escaut pour des bateaux de classe Va, soit 2.200 tonnes. Le 29 septembre, on apprenait que le bureau d'ingénierie Greisch associé au bureau ANMA avaient été désignés afin d'établir les plans concernant la traversée de Tournai. Ces deux bureaux ne sont pas inconnus dans la cité des cinq clochers puisque le premier est à l'origine du nouveau commissariat de police de la rue Becquerelle et le second s'occupe actuellement de la revitalisation du quartier cathédral. 

Etude technique, esquisses, étude d'incidence, demande de permis d'urbanisme, attribution du permis et adjudication précèderont le début d'un gigantesque chantier qui concernera non seulement le Pont des Trous mais aussi la rectification de la courbe prenant naissance au Pont à Pont et l'élargissement de ce dernier. Il faudra aussi revoir les capacités des autres ponts tournaisiens et moderniser les barrages des écluses de Kain et d'Hérinnes. Avant le début effectif des travaux, on peut estimer à une douzaine de mois le temps nécessaire pour ces différentes phases. 

Ainsi, après la rénovation des quais (teminée en 2011), celle en cours pour de nombreuses années encore de la cathédrale Notre-Dame (débutée en 2000), la (trop) lente transformation du quartier cathédral (débutée fin 2009), la rénovation de l'ilôt Cherquefosse (toujours en projet), voici qu'à l'horizon 2013-2014 se profile un nouveau chantier d'importance. Une réalisation vitale pour les milieux économiques car le transport de marchandises ne cesse de croître, le bureau du plan évoquant une augmentation de 68% dans les vingt prochaines années. Nos routes ne peuvent déjà plus supporter ce charroi incessant de camions et ce type de transport augmente sérieusement le risque d'accidents et la pollution tout en détruisant, peu à peu, le réseau routier (il suffit de lire les faits divers dans la presse quotidienne ou d'emprunter nos autoroutes pour être conforté dans cette affirmation). La dorsale wallonne pour le transport par eau devient donc une nécessité mais nous pensons également que le développement de l'offre de transport par rail ne devrait pas être négligé, la SNCB ayant pris un trop grand retard par rapport aux pays voisins. 

Une autre vision du problème.

Rudy Demotte, probablement le futur bourgmestre empêché de la cité des cinq clochers, a livré récemment sa vision de ce nouveau chantier. Il n'est nullement question de détruire le Pont des Trous, l'ouvrage le plus visité et le plus photographié avec la cathédrale Notre-Dame par les touristes venus des quatre coins de la planète. Il est également hors de question de créer une déviation du fleuve qui marquerait le centre-ville d'une cicatrice, détruirait l'habitat des quais et replongerait Tournai au rang des villes sinistrées. Pour lui, la raison la plus sage est d'envisager d'écarter les tours, de part et d'autre, pour élargir le pont et permettre le passage de bateaux de 11,40 m et de 110 m de long. Déjà en 1947, le vieux pont avait été en partie dénaturé. Lui qui n'était déjà plus équipé de sa toiture couvrant les arches au 14e siècle, lui qui avait vu ses mêmes arches détruites par les bombardements, fut réhaussé de plus de deux mètres grâce aux techniques de l'époque. Avec les moyens actuels, l'élargissement du pont qui garderait ainsi son rythme architectural serait possible. Les puristes, les défenseurs de notre patrimoine renieront très certainement cette solution car ce serait "travestir" l'histoire et faire du "faux vieux". Ce projet risque donc d'encore faire débat et d'apporter son lot de pétitions aux responsables communaux et régionaux. 

La plus grande crainte des Tournaisiens est que le transport de marchandises par des péniches de 2.200 tonnes ne soit qu'une étape vers des convois de 4.000 tonnes (sachant que le canal Albert pourrait accueillir des convois de 9.000 tonnes), l'élargissement du Pont des Trous ne serait alors qu'une solution transitoire et le débat concernant sa conservation se reposerait inévitablement dans deux ou trois décennies, nos hommes politiques ayant par la passé prouvé avoir souvent une vision limitée à la durée de leur(s) mandat(s) (cfr : la solution de l'alternat défendue par Raoul Van Spitael en 1976). Les riverains des quais verront-ils un jour des capitaines au long cours les saluer de la main à hauteur du deuxième ou troisième étage de leur maison ou appartement, crainte évoquée par la représentante Ecolo, Marie-Christine Lefebvre, lors d'un débat télévisé sur la RTBf, le 9 octobre ? Avec la mégalomanie galopante de certains (notamment des patrons de multinationales soucieux d'une rentabilité à outrance et de la défense du portefeuille de leurs actionnaires toujours plus gourmands) tout est possible ! Tout le monde sait qu'en cette période de crise, le chantage à l'emploi est une sorte d'arme de destruction massive des illusions entretenues par ceux qui souhaitent sauvegarder un environnement de plus en plus menacé.

Tournai s'apprête donc à vivre un nouveau gros chantier et ses habitants se demandent, si un jour, ils pourront, à nouveau, flâner tranquillement dans une ville ayant retrouvé un visage serein, sans se heurter à une barrière Héras, sans devoir marcher dans la boue, sans devoir fermer les yeux à la belle saison en raison de la poussière soulevée par les engins de chantier, sans devoir chercher des itinéraires alternatifs en raison des rues fermées pour la durée des travaux ! Pour ces promenades, ce n'est pas demain la veille, il coulera encore beaucoup d'eau sous les ponts de la cité des cinq clochers avant que celle ne présente son plus beau visage, propose ses plus beaux atours dans un écrin exempt de tranchées et de monts de terre.

(S.T. octobre 2012) 


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