09 oct.
2012

Tournai : des projets qui font débat ! (1)

Notre époque actuelle est marquée par d'innombrables et parfois interminables débats car, contrairement à ce qui se passait il y une soixantaine d'années, lors de la reconstruction de Tournai, chaque projet doit maintenant être soumis à l'approbation d'une quantité d'instances communales et régionales ainsi qu'à l'information de la population voisine des travaux à effectuer. Pouvoir donner son avis est ce qu'on appelle la démocratie. La définition de ce mot permet de bien le comprendre et d'éviter de le galvauder.

Démocratie : régime politique dans lequel le peuple exerce sa souveraineté lui-même sans l'intermédiaire d'une organe représentatif. On parle dans ce cas de démocratie directe. Le peuple peut cependant se faire représenter par des personnes élues par lui, on parle alors de démocratie représentative. C'est le régime qui est sensé prévaloir dans notre constitution.

Depuis quelques années, la consultation du peuple se heurte à un phénomène "Nimby" (de l'expression anglaise "not in my back yard" c'est-à-dire "pas dans mon jardin"). Appliqué à la lettre ce syndrome peut, à lui seul, bloquer tout projet uniquement présenté aux populations pour avis. A ce phénomène s'ajoute les groupes de pression, associations de citoyens partageant la même vision quant à la réalisation d'un projet ou... défendant des intérêts personnels. 

La ville de Tournai n'échappe pas au problème, de très nombreux projets présentés ces dernières années sont au point mort en raison de la réaction des voisins peu soucieux de voir leur environnement détruit.

La dalle de la discorde.

Le plus ancien est probablement celui de la dalle de compostage que l'Intercommunale Ipalle veut édifier sur le territoire de Templeuve dans une zone verte de prairies et de bosquets. La levée de boucliers des habitants du coin n'a pas tardée. Les arguments qu'ils soulèvent sont les suivants : le compostage dégage des odeurs nauséabondes, l'immense hangar va détruire le site paysager, le charroi des camions amenant la matière première sera important sur une étroite voirie non prévue pour un tel passage régulier, d'autres ont aussi évoqué le bruit généré par l'entreprise. Pétitions et dépôts de plaintes auprès de la région Wallonne ont jusqu'à présent retardé la mise en oeuvre de cette installation. L'Optimiste a visité le centre d'incinération de Thumaide où pareille dalle est en activité depuis des années. Il est vrai que sous le hangar l'odeur n'est pas celle d'un grand maître parfumeur mais pour autant que le produit en décomposition ne reste pas à l'air libre, plus on s'éloigne du bâtiment moins l'odeur est perceptible, il est vrai également que le transport routier des déchets verts risque de générer des embarras de circulation sur cette voirie à deux bandes qu'il serait alors souhaitable d'aménager pour la sécurité de ceux qui l'empruntent, il est vrai enfin que l'arrivée et le déchargement des camions ne sont pas silencieux. 

Ce qui est en jeu dans ce bras de fer, c'est le saccage d'un endroit encore bucolique (et ils ne sont plus si nombreux avec l'extension continuelle des zones d'activité économique), c'est la tranquillité des riverains qui ont construit leurs habitations, il y a quelques dizaines d'années, dans un endroit qu'ils pensaient être à l'abri de toutes dégradations visuelles, sonores et olfactives. C'est l'éternel équilibre entre le bien-être des habitants et la création d'emplois et les économies d'énergie (la dalle de Templeuve permettant d'accueillir les déchets verts de l'ouest du Hainaut et de réduire ainsi le transport et son coût jusqu'à Ath ou Thumaide).

Un observateur neutre préconiserait qu'on recherche un autre terrain dans la région pour la réalisation du projet mais il semble que ses promoteurs, vexés d'une telle levée de boucliers, s'acharnent pour obtenir raison et gain de cause. Ce sera là et nulle part ailleurs !

La cité malvenue.

Dans le même village de Templeuve, un terrain de deux hectares enclavé entre les rues de Tournai, Camille Dépinoy et Herbo a fait l'objet d'un projet de constructions de cinquante maisons sociales par la société Le Logis Tournaisiens. A proximité de ce terrain existent des maisons et villas, propriétés de personnes (venues parfois de France) qui ont fait le choix de s'exiler à la campagne pour bénéficier d'une qualité de vie qu'on ne trouve plus en ville. Là aussi ce projet a soulevé des craintes parfois exagérées et, pour un observateur neutre, on ne peut faire la part des choses entre la peur de l'arrivée de certains locataires (la peur de l'inconnu) et le soucis de conserver son univers pour soi comme si on n'était habitué à un paysage et qu'on ne souhaite vraiment pas qu'il change (l'égoïsme). 

Ce dossier a fait lui aussi l'objet d'une pétition forte de plus de deux cents signatures et les raisons évoquées par les signataires sont, avouons-le, pour le moins maladroites. Lié à celui de la dalle de compostage, il leur donne l'impression que Templeuve va devenir un "village poubelle"! Ces propos, probablement sortis de leur contexte, sont alors insultants pour les allocataires sociaux qui y trouveront un logis et ressemblent à un rejet pur et simple des plus pauvres que notre société génère. Les signataires s'en défendent avec des arguments qui ne manquent malheureusement pas de vérité même si ceux-ci sont très mal exprimés. 

A Tournai, tout le monde loue la mission accomplie par le Logis Tournaisien, une société de logements sociaux saine qui ne s'est jamais distinguée comme beaucoup d'autres l'ont fait, en Wallonie, dans des affaires retentissantes, une société qui entretient ses habitations et les propose parfois à la vente pour ses locataires. Le Logis Tournaisien gère un parc immobilier situé dans des cités relativement tranquilles au Maroc, au Vingt-Quatre Août, au Vert Bocage ou du Beau-Séjour, toutefois les nombreux faits divers qui ont porté les feux de l'actualité sur d'autres lieux de résidence tournaisiens ne plaident pas totalement en la faveur de quartiers peu fortunés sans histoires (vandalisme, bagarres, destructions de véhicules, deal de drogues dures, expéditions punitives, incendies...).

Lors d'une récente réunion tenue en l'Hôtel de Ville de Tournai, la presse nous révèle que les personnes concernées ont, quelque peu, pris conscience de la portée de leurs propos et du choc qu'ils ont provoqué. Je vous avoue que j'ai bondi face à certaines affirmations, telle "laisser moi bronzer à l'aise" parues dans la presse locale, affirmation d'un égoïsme scandaleux ou propos fallacieux comme si on avait peur de mettre l'accent sur la principale crainte éveillée par cette construction en constatant que les gestionnaires de la société de logements sociaux sont souvent confrontés à l'obligation légales d'heberger certaines personnes qui sont très loin d'être des anges (mais qui ont sans doute de bons "avocats") et que celles-ci risquent de briser la quiétude du quartier et d'y développer l'insécurité. Ne s'agirait-il pas tout simplement d'une traduction de cette peur d'exportation d'une certaine insécurité qui existe en ville, un fléau qu'on ne parvient malheureusement plus à juguler.

Le village de Templeuve est devenu un cas d'école pour ceux qui continuent à croire en la démocratie et les réactions démontrent que la population souhaite désormais attirer l'attention des responsables de projets sur les conséquences qui sont, par eux, soit sous-estimées, soit volontairement ignorées.

(S.T. octobre 2012)

 

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