24 sept.
2012

Tournai : artistes peu à peu tombés dans l'oubli.

Le fait de feuilleter d'anciennes éditions de journaux à la recherches d'éléments historiques précis permet bien souvent de découvrir d'autres informations ignorées. La rubrique nécrologique s'avère être, à ce sujet, une petite mine d'or pour qui veut prendre la peine de la lire.

Afin de réaliser la rétrospective des évènements survenus tout au long des années du XXe siècle, j'ai consulté, une à une, toutes les éditions des journaux locaux, principalement celles du "Courrier de l'Escaut".

Dans son édition du 21 juin 1907, un article annonce le décès de Léon Herbo et on apprend ainsi qu'on "estime à plus d'un millier le nombre de portraits de magistrats, de bourgmestres, d'officiers, de présidents de société, peints par lui, sans compter quelques travaux historiques. Son activité étant proverbiale : parti un jour à Renaix afin d'y exécuter un portrait, il n'est rentré à Bruxelles qu'après en avoir peint quatre-vingt".

Léon Herbo était né à Templeuve, village rattaché à Tournai lors de la fusion des communes du 1er janvier 1977, le 7 octobre 1850, lors de sa formation à l'Académie des Beaux-Arts de Tournai, il bénéficia des conseils avisés de deux maîtres, Léonce Legendre et Joseph Stallaert. Il poursuivit ensuite ses études à l'Académie de Bruxelles. Après un voyage d'étude en France, Italie et Allemagne réalisé grâce à la bourse obtenue avec d'autres artistes en partage du Prix de Rome, non attribué, il revint à Bruxelles où il fonda le cercle l'Essor et en devint le président. Portraitiste, on lui doit également des oeuvres comme "Psyché" et "Dans l'atelier" qu'on peut découvrir au Musée des Beaux Arts de Tournai, "Moine en prière" au musée de Courtrai ou encore "Premier soupçon" au musée de Pragues. On estime après de 1.500 le nombre de portraits qu'il a réalisé. Choisi pour décorer la salle des mariages de l'Hôtel de Ville de la cité des cinq clochers, il ne put réaliser que l'esquisse de son "Entrée de Charles-Quint à Tournai n 1531", la mort survint et l'emporta à Ixelles, le 19 juin 1907. 

Le 9 décembre 1939, le journal parle du décès de Jean Leroy survenu la veille, une petite phrase ressemblant à une critique de son oeuvre nous apprend que "le souffle de la mort a passé dans sa petite maison blanche, cubique, comme l'était trop devenue par bien des côtés sa peinture".

Jean Leroy est mort jeune, il n'avait pas encore 44 ans. Il était né à Péruwelz, le 24 février 1896. Il effectua des études primaires à Tournai et puis à La Louvière mais revint s'installer définitivement dans la cité scaldéenne en 1910. Il entama sa formation artistique à l'Académie des Beaux-Arts sous la direction de Louis Pion. En 1916, il épouse la fille du décorateur froyennois Pollet. Avec son beau-père, il va participer à la décoration de la gare de Tournai. En 1920, il s'installera comme décorateur et peintre en bâtiment. Il réalisera les décors de théâtre pour le Palace, le théâtre communal de la rue Perdue et pour la salle de Stambruges. En 1925, liquidant ses affaires, il quitte Tournai pour Paris, où il s'installe aux Buttes-Chaumont, mais sa fille étant malade, il revient à peine trois mois plus tard à Tournai. Sans le sou, pour survivre, il exerce diverses professions : manutentionnaire dans une laiterie, volontaire pompier, organisateur de la bibliothèque de la Maison du Peuple, décorateur pour l'église de Bléharies, il réalisera aussi un Chemin de croix pour une église française. En 1930, avec son ami Georges Grard, De Korte et d'autres, il fonde le Salon du Printemps pour promouvoir la peinture et la sculpture, celui-ci sera organisé durant cinq ans. Il va se spécialiser dans le portrait et on lui doit ainsi ceux du "Docteur Fiévet", du "Pianiste André Dumortier", de "Madame Watteaux" ou des oeuvres comme "Ouvriers cordonniers", "La soupe populaire", "Vieillards jouant aux cartes", "Femme assise de profil", "Femme allaitant", "Femme dormant". Dans ses différentes démarches, il ne sera pas soutenu par l'édilité tournaisienne. "Nul n'est prophète en son pays" est une formule qui peut le définir. A partir de 1935, sa peinture va radicalement changer, compositions hardies, voire osées, personnages aux corps déformés, aux jambes distordues et aux bras démesurément longs, tableaux aux couleurs dissonantes  : "Les mangeurs", "L'Antoiniste", "Grand nu couché", "Les baigneurs"... Le musée des Beaux-Arts de Tournai possède deux oeuvres : "Nu de dos" (un fusain) et "Auto-portrait". 

Le "Courrier de l'Escaut", dans son édition du 31 janvier 1962, évoque le décès de Lucien Dasselborne, on peut notamment y lire : "depuis plusieurs années, Dasselborne ne gravait plus, ses yeux ne supportant plus l'effort qu'exige le trait précis sur le cuivre. Il avait cependant beaucoup gravé depuis le jour où Allard l'Olivier l'avait poussé vers cette technique"

Lucien Dasselborne était né à Louvroil, le 13 avril 1873. Il était le peintre des paysages, sites urbains et des fleurs. Il aimait particulièrement la lumière de Tournai où il était venu s'établir et ne manquait pas de peindre des arbres, des clochers, des parcs avec les tons nuancés des impressionnistes. Le Musée des Beaux-Arts de sa ville d'adoption possède de nombreuses oeuvres : "Maison au bord de l'eau", "Le vieux pont", "Bouquet de fleurs", "Tournai en ruines, rue du Cygne", "Le parc". Jusqu'en 1950, L'artiste possédait son atelier principal dans la capitale française et exposait, tous les ans, au Salon des artistes français. Il réalisa également de nombreuses gravures. Il succéda à Jules Pollet en 1941 en qualité de président du Cercle artistique tournaisien. Son héritage artistique fait de peintures et de gravures est réparti entre Tournai, la France et l'Amérique. 

Trois artistes, tombés peu à peu dans l'oubli, ont été ressuscités au détour d'une page d'un journal. D'autres le seront encore dans le présent blog.

(sources : journal "le Courrier de l'Escaut" éditions de 1907, 1939, 1962 et "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle " de Gaston Lefebvre, ouvrage édité en 1990 par la société d'Archéologie industrielle de Tournai).

(S.T. septembre 2012)

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