31 août
2012

10:16

Tournai : les festivités de septembre

La saison des festivals a pris fin, peu à peu chapiteaux et sonos vont disparaître du paysage visuel et auditif pour laisser place à la saison culturelle qui débutera dans quelques semaines avec la reprise des activités de la Maison de la Culture, de la salle la Fenêtre. En attendant, le mois de septembre est traditionnellement un mois de fêtes dont la "kermesse" est le point d'orgue.


Samedi 1er : Froyennes, Foyer Saint-Eloi, de 10 à 18h : "Grand marché aux Puces".

Samedi 1er et dimanche 2 : Tournai : divers lieux : Festival " Les Inattendues" (voir article du 24.8).

Dimanche 2 : cathédrale Notre-Dame, 17h00, concert d'orgues par Etienne Walhain, organiste de la cathédrale.

Dimanche 2 septembre : Templeuve "Fête à la Vie", jogging, animations diverses, au profit de la lutte contre la maladie dite des "os de verre". 

Vendredi 7, samedi 8 et dimanche 9 septembre : Templeuve, "Gymkhana des Bins Contins", avec l'accordéoniste Princesse Erika, démo de danse country par New Legend, baptêmes en montgolfières...

Samedi 8 : Hôtel Cathédrale, salle Gahylle, "Du Marché au Charbon à la place Paul Emile Janson", présentation de ce lieu historique de la ville par Nicole Demaret, conservatrice du Musée de Folklore et les Guides de Tournai.

Samedi 8 : kiosque du parc communal, 20h00, "concert de la kermesse" par la Royale harmonie des Volontaires Pompiers Tournaisiens.

Samedi 8 et dimanche 9 : "24e Journées du Patrimoine" sur le thème des grandes figures de Wallonie (article de présentation sur le blog en date du lundi 3 septembre).

Du samedi 8 au dimanche 30 septembre, esplanade du Conseil de l'Europe : "Foire aux Manèges"

Dimanche 9 : rue de l'Yser, "la Braderie des Enfants".

Dimanche 9 : 15h00, "Grande Procession historique de Tournai".

lundi 10 : en ville, de 8 à 18h, "Grande Braderie traditionelle".

Jeudi 13 : Maison de la Culture, en matinée et en soirée : "Les Naxis, aux confins de la Chine", présenté par Patrick Mathé dans le cadre du cycle de conférences "Exploration du Monde".

Jeudi 13 : Saint-Paul, "L'itinéraire de vie" témoignage de Tim Guenard.

Vendredi 14, samedi 15 et dimanche 16 : Saint-Maur, "Fêtes du village" avec soirée années 80 et 90, soirée Top 50, envol de montgolfières.

Vendredi 14, samedi 15 et dimanche 16 : rue As-Pois, "40e anniversaire de Masure 14", exposition "Masure d'hier et d'aujourd'hui", récital des "Encuicuineuses", jam session, concert "d'Arsène Lupunk Trio", barbecue, spectacle familial. 

Samedi 15, cathédrale Notre-Dame, 20h00, concert par le Belgian Brass et le carillonneur Frank Deleu.

Mardi 18 : Athénée Royal Jules Bara, 20h00, "Les réseaux sociaux et leurs dangers" conférence par Olivier Bogaert, commissaire à la Fédéral Computer Crime Unit.

Vendredi 21 : Chapelle des Lépreux, 18h00, présentation du livre "Mémoires du faubourg de Lille", un ouvrage, abondamment illustré, écrit par des habitants du quartier avec la collaboration des Ecrivains Publics. Exposition de photos et diaporama, les samedi et dimanche.

Samedi 22 septembre : place Reine Astrid, sous chapiteau "5e festival Jazz et Manouche" avec Smooth Band, Jazzy Strings, Swinging Partout, une organisation du Rotary Tournai Haut Escaut. 

Samedi 22 et dimanche 23 : salle La Fenêtre,  "L'appel du large" par Etienne Van der Belen.

Jeudi 27 : Grand'Place, dès 10h, "Kids Festival", animations diverses pour les enfants, promenades en poney, circuit de l'Apper, mini-ferme, grimages, manèges, "Ecole des Fans" et tour de chant de Chantal Goya pour clôturer la journée.

Dimanche 30 : à 10h00, face à l'hospice Deleplanque, "Circulez, il n'y a rien à voir dans le quartier Saint-Piat", promenade-découverte du plus vieux quartier de Tournai conduite par Jacky Legge.

Dimanche 30 : Maison de la Culture, 16h00, le "Quatuor Zemlinski" dans le cadre du Festival des Voix Intimes de Tournai. 

dimanche 30 : arrivée de l'ultime étape du Circuit Franco-Belge Mons-Tournai, épreuve cycliste pour coureurs professionnels. 


Entre le 1er et le 30 septembre : "Les XIes Tournaisiades" (jeux traditionnels tournaisiens)

Samedi 1 et lundi 3 : "traditionnel jeu de boules à la platine" sur cinq bourloires à Tournai, Kain, Ere et Chercq.

Samedi 8 et dimanche 9, sous chapiteau à l'Esplanade de l'Europe " Tournoi de jeu de boules carreaulé"

Samedi 22 et dimanche 23, Halle-aux-Draps " Tournoi de Jeu de Fer de la Ville".

Les Tournaisiades, ce sont aussi des jeux de l'esprit, du Tir à l'arc, du Javelot, de l'Arbalète, de la Balle pelote, du Billard, du Jeu de "trou madame" et un rallye ballon.


Expositions : 

Maison de la Culture, du 08.09 au 07.10, le photographe Bernard Bay expose ses oeuvres sur le thème du "monde du travail".

Musée des Beaux-Arts : poursuite de l'exposition "101 chefs-d'oeuvres de Manet à Dürher".


Cet agenda est susceptible d'ajouts ou de modifications, à consulter donc régulièrement. 

27 août
2012

09:15

Tournai : ce jour-là, le 22 octobre 1984

Un décor paisible.

Il existe à l'ombre des cinq clochers, comme partout ailleurs, des rues tranquilles, des lieux de résidence, sans activité commerciale, encore moins industrielle, des oasis de calme au centre-ville. Parmi celles-ci, la rue Garnier relie la place Reine Astrid à la rue de la Tête d'Or. Dans les années quatre-vingt, la sérénité qui y règne n'est dérangée que par le passage de piétons qui y trouvent un raccourci pour se rendre au GB ou au piétonnier de la Croix de Centre ou d'automobilistes qui veulent éviter le carrefour du beffroi déjà bien encombré aux heures de pointe.

Depuis le restaurant les Trois Pommes d'Orange, situé à l'angle de la rue du Parc, jusqu'en face de la rue de la Loucherie, une rangée de coquettes maisons aux façades blanches composées d'un rez-de-chaussée et d'un étage mansardé, datant du début des années cinquante, abritent, pour la plupart, des personnes du troisième âge. Elles sont construites en retrait de la voirie, séparées de celle-ci par un large trottoir et une pelouse. Tout y est propre, un lieu d'habitation presque idyllique se dresse à deux pas de la vénérable cathédrale Notre-Dame. 

Un fait divers.

La belle ordonnance des lieux et son calme vont être profondément bouleversés en ce matin du lundi 22 octobre 1984. Vers 7h15, une formidable explosion retentit, elle secoue tout le quartier réveillant probablement à plusieurs centaines de mètres à la ronde ceux qui avaient peut-être songé flâner au lit. La maison située au n° 4 de la rue Garnier vient de voler en éclats. Elle a été littéralement soulevée avant de s'effondrer dans un fracas. Un habitant de la place Reine Astrid, un pompier qui n'est pas en service, se précipite. On sait que deux personnes vivent dans cet immeuble dont il ne reste plus qu'un mont de gravats : Mgr Thomas, Vicaire-Général à la cathédrale, âgé de 75 ans et sa soeur Marie Louise, 78 ans. Notre secouriste saute dans le trou qui remplace la maison et parvient à extraire la vielle dame. Celle-ci, bien que profondément choquée, est saine et sauve, elle a la présence d'esprit de signaler aux pompiers et à la police arrivés rapidement sur les lieux qu'elle était seule au moment de l'explosion, son frère étant parti célébrer la messe à la cathédrale, environ une demi-heure plus tôt. Prévenu, celui-ci revient et, également choqué après la découverte des lieux du sinistre, est transporté à l'Hôpital en compagnie de sa soeur. 

Les pompiers sont appelés dans la maison voisine où un début d'incendie a été provoqué dans la cave. Des étagères et une importante collection de vieilles bouteilles de vin vont souffrir des effets de cette flamme qui est arrivée de l'extérieur, trouvant probablement son origine dans l'embrasement d'une poche de gaz. 

D'un côté, l'onde de choc est venue buter sur l'étranglement de la rue Garnier à hauteur du croisement avec la rue de la Loucherie, de l'autre, elle a débouché sur la place Reine Astrid secouant avec violence fortement portes et fenêtres de la Salle des Concert au point que le concierge du conservatoire, sentant le bâtiment vibrer, pense qu'une des chaudières de l'établissement vient d'exploser. 

Les habitants du quartier se sont précipités, de nombreuses habitations ont subi des dégâts, ainsi la maison d'une antiquaire située dans la rue du Parc adjacente a été traversée par le souffle de l'explosion, toutes les vitres sont cassées, de précieux objets de collections, de magnifiques pièces de porcelaine ont été jetées bas et brisées. Toutes les habitations allant du n°2 au n°10 sont touchées, les volets ont été comme forcés, portes et vitres ont éclaté, il en est de même pour les maisons situées à l'arrière, dans la rue de la Wallonie.

Une enquête approfondie.

il ne viendrait à l'idée de personne de nier qu'on se trouve devant une explosion de gaz, mais l'enquête va devoir déteminer l'origine de celle-ci. Se trouve-t-elle à l'intérieur de l'habitation ? Quel est l'élément qui a pu la déclencher ? 

Mademoiselle Thomas a pu donner quelques renseignements à ce sujet avant son évacuation vers l'hôpital. C'est au moment de se lever, alors qu'elle tirait sur le cordon pour allumer la lumière qu'elle a été projetée par l'explosion. Par chance, elle va être protégée par un pan de toit et on la retrouvera sur les gravats entre le mur mitoyen et le toit. 

Durant les deux jours qui vont suivre, les ouvriers communaux et ceux d'une entreprise tournaisienne spécialisée dans le déblaiement vont enlever tout ce qui encombre la rue interdite à la circulation. On va découvrir qu'une taque en fonte  a été projetée à près de 150 mètres, on va également se rendre compte que le réseau d'égouttage a fortement souffert de l'évènement. les enquêteurs arrivés sur place vont faire une première constatation, les dalles en ciment du trottoir ont été soulevées et éjectées et que la maison, comme c'est souvent le cas lorsque l'origine de l'explosion réside à l'intérieur, n'a pas été coupée en deux. Un autre élément pose question : Mgr Thomas s'est levé une demi-heure avant l'explosion, a lui aussi allumé la lumière et rien ne s'est passé. Il faudrait une rupture importante d'une canalisation de l'habitation pour provoquer un tel sinistre. 

La cause du sinistre

Certains habitants de la rue Garnier vont révéler la présence d'une odeur de gaz quelques jours avant les faits. 

Le troisième jour de l'enquête, une découverte importante va être effectuée, une canalisation de transport de gaz naturel située sous le trottoir, face à la maison sinistrée est fissurée, celle-ci a été détériorée suite à un affaissement de terrain qui l'a mise ne porte-à-faux. Il faut savoir que depuis plus d'un mois des pluies abondantes s'abattent sur la région et le sous-sol a été miné par les infiltrations d'eau dans le remblai sur lequel a été rebâtie la rue Garnier. Une épaisseur de sable sur laquelle sont posées les dalles du trottoir a formé une couche imperméable empêchant ainsi le gaz de se répandre en surface. Celui-ci a donc trouvé un autre chemin et s'est introduit dans les caves des immeubles situés en face de la fissure. Quand la chaudière au fuel s'est mise en marche, l'explosion a eu lieu, le gaz enflammé a été chassé dans les égouts projetant dans les airs la plaque d'une bouche distante d'une vingtaine de mètres du lieu de l'explosion, c'est elle qu'on a retrouvé à plus de cent cinquante mètres. 

Dans l'attente des résultats de l'enquête et des réparations, durant de nombreux jours, les habitations du quartier vont être privées de gaz et d'électricité, les assurances estiment le montant des dégâts à plus de cinquante millions de francs de l'époque (envion 1.240.000 euros), la maison sinistrée et probablement celle qui la touche devront être reconstruites, des vitres, des portes, des toitures, une voirie devront subir d'importantes réparations. Les chiffres sont précis, mais on ne pourra néanmoins jamais estimer le traumatisme subi par les personnes qui vécurent ce moment, le 22 octobre 1984.

Ce fait divers aurait pu générer un véritable drame, car dès 7h30, nombreux étaient les étudiants, les travailleurs et ensuite les ménagères qui empruntaient cette rue pour se rendre à l'école, au bureau ou dans la grande surface de la rue de la Tête d'Or.  

(sources : journaux "Nord-Eclair" et "Courrier de l'Escaut" des 22 au 31 octobre 1984).

(S.T. août 2012)

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, explosion, fait divers, rue garnier, mgr thomas, gazometre |

25 août
2012

09:05

Tournai : expressions tournaisiennes (188)

Ch'est seûr et certain, i-va s'passer eine séquoi !

Je l'sins arriver comme l'soris sint d'leon l'naque du fromache, ch'est pétête ce qu'on appelle l'espérieince ou l'privilèche d'l'âche. Je n'sus pourtant pos ein devin et n'queomptez pos su mi, mes gins, pou vous dire vo n'avenir mais... ce que j'ressins j'vas quand même vous l'dire.

A m'mote que, dins l'meonte, asteur, tout s'imballe et de l'télé j'ai même l'esquite d'raviser l'journal. Combin d'infants veont aujord'hui morir d'faim, combin d'pays in Europe demindent d'l'argint. Combin d'morts i-feaudra acore su les campus pou qu'in Amérique on ortirent les armes à tous ces gugusses. I-a des pays qui foutent in l'air ein dictateur pou s'impresser d'instaurer... ein régime d'terreur. I-a des malhureux qui pinsent trouver chez nous ein Eldorado et qui finisse'tent leu vie, in Méditerranée, au feond d'l'ieau. I-a des gins qui n'eont pus d'maseon et pou n'pos ête dins l'rue préféreot'ent ête in priseon. On blesse des parints pou les voler et on inlève des infants pou les violer. Les ceusses qui ont d'l'argint i-n'veul'tent pos payer les impôts et vife'tent ainsin su no deos. 

Et on n'est pos beauqueop mieux loti dins no tout p'tit pays. Les cuves de nos cintrales nucléaires, i-nous deonnent bin des misères, on a trouvé, après quarante ans, des déféauts d'fabricatieons qui pourreotent bin provoquer, ein bieau jour, eine esplosieon et trinsformer nos camps et nos villes in ein désert comme à Tchernobyl. Contraint et forché, on a serré l'boutique atomique et asteur on risque d'manquer d'élestrique.

J'in parleos ceulle sémaine ave Edmeond, i-m'a dit : "M'comarate, je n'veos là rien d'beon, si jamais i-fait bin freod pindant l'hiver, on risque de s'ortrouver sans courant et sans leumière, mi j'ai pris mes précautieons, m'feimme et mi on a d'jà pinsé à des solutieons. Nous, si on peut dire, on a de l'sanche, on a connu la guerre, mais tous les jeones d'asteur, eusses, i-veont vife l'misère. On va tout d'abord laicher l'couverture cauffante d'Fifinne, là dusqu'elle est dins l'armoire d'l'arrière cuisine, comme feseot'ent, dins l'temps, nos mamères, on mettra cauffer deux briques dins l'four de l'cuisinière. Fifinne, elle a comminché à tricoter des bonnets d'laine, au magasin, on a eu chinquante pelotes au prix d'dix, ch'est eine aubaine. On a racaté ein vieux stock d'candelles à mossieu l'curé, i-les aveot d'puis dix ans et n'saveot pos les écouler. I-m'a dit, vous savez, Edmeond, asteur, les gins, i-rintrent dins l'églisse ave d'jà l'bougie à leu main, ch'est comme si i-alleotent au restaurant ave leu picotin. In puque, ch'est des bougies d'neuvaines, on d'a ainsin pou des sémaines. M'visin i-a mis ein WC élestrique, ch'est pos mal in temps normal mais à c'momint-là i-va seûrmint orgretter l'vielle toilette à pédales. Edgard et Irma i-ont mis ein parlopheone, pindant l'panne, feaudra berler s'neom chaque feos qu'on seonne : "Irma, ch'est mi Edmeond, vins m'ouvère j'sus à l'porte de t'maseon".

Tout cha, chest bieau que j'li ai dit mais i-n'a pos qu'cha dins l'vie.

"Ch'est vrai, mais, eine feos l'meos d'novimpe, on n'va pus orwettier l'télé, au contraire, on va passer ses soirées à s'cultiver, pasqu'i-est temps qu'on fasse marcher no tiête si on n'veut pos morir biête. I-n'est même pos dit qu'ein jour pou m'distractieon, Fifinne elle ne va pos ichi m'jeuer l'ile de la Tintatieon. In attindant, mi j'va lire tout Zola et Fifinne, Robinson Crusoé, cha s'reot bin l'diape qu'on n'truèfe pos là des idées pou s'débrouiller".

"Ahais, i-a pos que l'télé, i-feaut acore minger !".

"Là i-a pos d'imbarras, je n'sus pos ein colas, j'ai rintré m'provisieon d' penn'tières et j'ai mis chinq chints porieons in tierre; dins m'gardin, j'ai aussi des navieaux et on a stérilisé deux chints peots d'hariqueots, Fifinne elle fait, tous les jours, des confitures et j'ai mis ein coq et siept poules dins m'patûre. Je n'vas pos ête in déroute, j'ai aussi ein paire de p'tites gouttes. Te peux v'nir vir, ch'est pos des cacoules, mi pindant l'hiver, j'ai d'quoi faire des ratatoules. Ahais... cha m'fait pinser, j'deos acore d'minder à Fifinne d'acater des spaghetti et des ravioli quand on va aller faire nos commissieons, à Froyennes, jeudi. Te l'veos l'Optimiste, si on n'a pus d'élestrique, nous eautes on va vife in mode économique".

Après cha, i-a comminché à m'deonner des idées, ov'là ce qui m'a raqueonté.

"A t'plache, j'arrête d'aller su l'ordinateur, j'sais bin que t'y passes des heures, c'machin-là, cha n'sert qu'à inveyer des carabistoules ou bin à orchevoir des horreurs. Ave t'feimme, pou éviter l'freod, bin vêtus, (autermint que les photeos d'files que t'as seûrmint d'jà orchues), va in ville t'pourméner, va chez des amisses, va jeuer aux cartes, ch'est bin pus gai que d'passer l'après-deîner assis pa d'vant l'télé. Quoi ? Te n'voudreos pos râter ein épisode des "Feux de l'Amour", bé... quand, au printemps, l'courant i-s'ra orvenu t'orprindras l'cours, t'aras rien perdu, même si ch'est deux chints épisodes pus leon, pasque l'feuilleteon d'puis toudis in tourne in reond, rincontres et séparatieons, bé i-d'a acore pos mal in prévisieon".  

Après avoir intindu les propeos du gugusse, j'éteos, j'deos vous l'avouer, mes gins, fin réhusse. Ch'est alors que j'ai appris que l'diesel i-aveot atteint le verdi 24 août, ein prix record, j'aveos l'moral dins les cauchettes, ceulle feos, de l'dépréssieon j'éteos su l'bord. L'causse qu'on veut nous fait acroire ch'est l'Iran, l'euro, ein ouragan ou bin la Libye, j'pinse puteôt que tout cha, ch'est d'fameux alibis, ch'est pou nous eautes payer pus tcher les carburants et inrichir eine riche bande d'albrans. 

Ch'est seûr et certain, i-va béteôt, s'passer eine séquoi, mais, j'n'sais pos acore , mes gins, vous dire quoi !

(lexique : seûr : sûr / eine séquoi : quelque chose / l'soris : la souris / d'leon : de loin / l'naque : l'odeur, le parfum / pétête : peut-être / l'espérieince : l'expérience / l'âche : l'âge / queompter : compter / à m'mote : selon moi, à mon idée / l'meonte : le monde / avoir l'esquite : avoir peur / raviser : regarder / combin : combien / aujord'huy : aujourd'huy / des malhureux : des malheureux / l'maseon : la maison / les ceusses : ceux / beauqueop : beaucoup / forché : forcé / serrer : fermer / l'élestrique : l'électricité / m'comarate : mon camarade / l'leumière : la lumière / l'sanche : la chance / les jeones d'asteur : la jeunesse actuelle / vife : vivre / laicher : laisser / cauffante : chauffante / dusqu'elle est : où elle se trouve / cauffer : chaufffer / commincher : commencer / chinquante : cinquante / les candelles : les chandelles / l'visin : le voisin / novimpe : novembre / orwettier : regarder / l'diape : le diable / ein colas : un niais, un innocent / les penn'tières : les pommes de terre / les porieons : les poireaux / les navieaux : les navets / les hariqueots : les haricots / des cacoules : des mensonges / acater : acheter / raqueonter : raconter / à t'plache : à ta place / inveyer : envoyer / des carabistoules : des blagues / orchevoir : recevoir / autermint : autrement / les files : les filles / seûrmint : sûrement / pourméner : promener / pa d'vant : devant / ête fin réhusse : être las, fatigué / l'verdi : le vendredi / les cauchettes : les chaussettes / ceulle feos : cette fois / l'causse : la cause / acroire : croire / acore : encore)

(S.T. août 2012)

09:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

20 août
2012

09:15

Tournai : "les Inattendues"

Les "Inattendues", sous ce titre inattendu se cachent des rencontres entre la Musique et la Philosophie qui se dérouleront du vendredi 31 août au dimanche 2 septembre dans la cité des cinq clochers, des spectacles totalement inédits, créés pour cette occasion particulière, proposés dans sept lieux riches en histoire, sept témoins du patrimoine de la ville de Tournai.

La musique sous toute ses formes aura un rendez-vous inattendu avec la philosophie dans un esprit de tolérance et de convivialité. Un large public est invité à ce tête à tête considéré comme improbable.

L'ouverture de ce troisième évènement du mois d'août avec les "Rencontre internationales d'orgue" et une oeuvre décentralisée du Festival Wallonie Bruxelles aura lieu le vendredi 31 août en la Halle-aux-Draps, le public sera ensuite emmené par huit musiciens marocains, la "Parade Daqqa de Marakkech" vers la cathédrale Notre-Dame pour le concert d'ouverture, "Les pélerinages de l'âme", interprété par l'ensemble Hespérion XXI dirigé par Jordi Savall, chants de pélerinage du IXe au XIVe siècle joué par des instruments anciens au cours d'un dialogue avec le philosophe Luc Ferry.


Le samedi 1er septembre, à 9h, en la Halle-aux-Draps, le philosophe Pascal Chabot tentera de répondre à cette vaste question : "A quoi sert la philosophie ?". 

A 10h30, dans la cour de l'Evêché, une rencontre intitulée "La révolution de l'amour", un entretien avec Luc Ferry, des illustrations musicales par le pianiste Dmytro Sukhovienko (extraits d'oeuvre de Rameau et 6e prélude de Chopin), animé par Martin Legros

A 13h00, le journal télévisé de No télé sera retransmis depuis le même lieu et ouvrira une large page à l'évènement.

A 15h00, cour de l'Evêché, "Il était une fois Pythagore", concert philosophique avec Heinz Wismann, philosophe et comédien et le pianiste Karol Beffa.

A 18h00, cour de l'Evêché, "La petite musique des écrivains", concert littéraire avec Pascal Chabot et Frank Pierobon, philosophes, Marie-Christine Barrault, lectrice, Martine Reyners, soprano et Dmytro Sukhovienko, pianiste. De Verlaine à Sartre ou Marguerite Duras, des textes ou correspondances d'écrivains sur la musique classique ou moderne. 

A 20h00, en la cathédrale Notre-Dame, concert de l'eurométropole Tournai, Lille, Kortrijk "L'homme armé" avec l'ensemble vocal Odace, l'ensemble vocal et choeur parlé du Conservatoire de Tournai, Altra Voce, le violoncelliste Jean Paul Dessy, Daniel Buron et Christian Chuffart à la trompette, Louis Descamps à la contrebasse, le Quatuor à cordes Tana, Simon Drachman et Stéphane Letot aux percussions, Etienne Walhain à l'orgue, Charles Michiels à la direction musicale, dans une scénographie du Tournaisien Mr Zo. Une messe pour la Paix adaptée d'une mélodie française profane populaire à la Renaissance, un spectacle musical et parlé spécialement créé pour le festival.

A 22h30, en la Halle-aux-Draps, "La musique de l'amour et l'amour de la musique" sur le concept d'un café-philo, Frank Pierobon fait interagir musiciens et participants sur un thème choisi... un verre à la main.

A 23h00, au Fours à chaux Saint-André, "Daqqa de Marrakech", huit musiciens vêtus de djellabas chantent aux rythme des percussions jusqu'à entrer en transe.  


Le dimanche 2 septembre, à 9h00, en la Halle-aux-Draps, André Azoulay, Président de la Fondation des trois cultures et des trois religion à Séville, évoquera, au cours d'une petit déjeuner à la marocaine, en compagnie d'un des sages de la culture arabo-andalouse, "Maroc, terre de cohabitation des religions". 

A 10h30, dans la cour de l'Evêché, la nouvelle société basée sur les technologies sera le sujet du philosophe Michel Serres dans "Petite Poucette, une génération mutante", l'illustration musicale sera apportée par le pianiste Karol Beffa et ses improvisations sur le thème abordé.

A 12h00, en la Halle-aux-Draps, "Raoul Vaneigem et Franz Schubert, la rencontre de deux indignés", une rencontre entre un penseur révolutionnaire, deux musiciens et une comédienne qui exprime l'essence émotionnelle de chaque lied de Schubert. Le penseur Raoul Vaneigem sera accompagné par le baryton tournaisien, Michel Jakobiec, la pianiste Julie Delbart et la lectrice, Marie-Christine Barrault

A 13h00, toujours dans le cadre prestigieux de la Halle-aux-Draps, en hommage à Platon, les philosophes Pascal Chabot, Martin Legros, Frank Pierobon et la comédienne Marie-Christine Barrault présenteront "Ivresses" avec une tentative de réponse à la question suivante : "Les ivresses sont-elles enthousiasmes des sens ou décadence dionysiaque ?"

A 15h00, au centre de la Marionnette, rue Saint-Martin, représentation du spectacle "Ali au pays des Merveilles", un conte féérique tout en musique, dans la médina de Marrakech, l'amour impossible d'une princesse avec le soleil. 

A 15h00 également, dans la cour de l'Evêché, cinq religieux et penseurs échangeront leurs convictions et leurs visions concernant les grandes interrogations et affrontements de notre époque au cours de "Guerre et Paix des religions et des cultures". Avez André Azoulay, modérateur, Guy Harpigny, Evêque du diocède de Tournai, Haïm Korsia, Grand rabbin, Fatima Elassooudi, Présidente de l'association soufie "Les Amis de l'Islam", Hassan Houdan, Président de l'association islamique et culturelle du Tournaisis, Luc Ferry, philosophe. L'illustration musicale permettre d'entendre Françoise Atlan, chant arabo-andalou, accompagnée de musiciens et chanteurs.

A 17h30, en la cathédrale Notre-Dame, concert d'orgues, "Orphéus" par Etienne Walhain, avec des oeuvres de Jean Sébastien Bach, Franz Liszt, César Frank.

A 19h00, sur la Grand'Place" "Âada Gnawa Parade", quatre danseurs, un maâlem marocain et dix musiiens présente une parade gwana, un rituel entre réel et surréel. 

A 20h00, en la Halle-aux-Draps, la clôture des "Inattendues" aura lieu au cours d'un concert de musique et sagesse arabo-andalouses et berbères, "L'esprit de Cordoue" avec Françoise Atlan et Khalid Izri au chant, Fouad Didi au violon, Bijane Chemirami aux percussions, la parade Gwana, la Daqqa de Marrakech et André Azoulay en maître de cérémonie. 

Il va sans dire qu'à ce festival "les Inattendues", un large public est espéré et attendu, un "pass" permet l'accession à pratiquement tous les spectacles !

(S.T. août 2012)

18 août
2012

08:57

Tournai : expressions tournaisiennes (187)

Ch'est l'fin du meonte !

D'puis quelques ainnées, no beonne vielle tierre, i-a pos à dire, comminche vraimint à tourner à l'invers, i-a, à peine, ein meos d'ichi on greloteot et ov'là qu'asteur i-fait eine caleur de seot. 

J'aveos rêvé d'ein ciel tout bleu, ave des p'tits neuaches dusque l'solel i-areot pu jeuer à cache-cache, j'aveos imaginé ein vint leuger qui areot queuru dins mes ch'feux ébouriffés. Je m'veyeos d'jà rétindu dins ein fauteul, acoutant jusqu'à bin tard, l'cant d'eine masinque, d'un rotleot, l'cri d'eine arondielle ou d'ein mauviar. Au mitan de l'pelouse, su eine tape, à côté d'mi, ein verre d'ieau bin fraîque ou ein jus d'fruit. Pos d'alcool, acore moinse de l'bière, pasque quand te beos ein verre, après t'in sues treos m'a toudis dit m'mamère. Ahais mes gins, j'aveos rêvé qu'on alleot, infin, avoir l'été, un ciel d'azur et vingt-chinq degrés !

Bé ahais, j'ai été servi, quand j'vas déhors, bé j'sus cuit. Pou mi qui n'aime pos l'caleur, l'température qu'on a asteur, bé ch'est ein veritape malheur. Chaque matin, à huit heures, j'vas à la boîte à lettes pou aller querre l'courrier du facteur et printe aussi m'gazette. In rintrant à m'maseon, j'sus déjà à mitan asseommé pa l'solel qui vient à peine de s'lever. Après cha, ch'est l'pus bieau momint quand j'passe dins l'salle de bain, j'restereos bin là toute l'journée mais j'nai pos l'temps, m'n'artique su m'blog i-deot ête incodé. 

Ov'là d'jà l'heure d'préparer l'deîner, m'feimme elle deminde quoisqu'on fait, si on met l'four in marche pou cuire ein rôti, avec quarante degrés dins l'cuisine, on direot qu'on ouèfe dins eine aciérie. A force d'minger des plats freods et des salates, j'ai prévenu m'docteur, j'vas finir par caire malate. Après, on va vife dins l'noir, pindant tout l'après-deîner jusqu'au soir car les battantes on deot les serrer pou impêcher l'caleur d'rintrer. Hier, j'deveos aller chez l'coiffeur quand j'sus meonter dins m'carette j'ai cru ête dins ein auto-cuiseur et quand, in mettant l'auteo in route, ein bip a retentit, j'in pinsé "cha i-est... j'sus asteur cuit" !

In parlant d'climatisatieon, i-feaut bin faire attintieon, t'as des gins qui veont l'régler sur eine timpérature d'vingt degrés, mais quand te sors, au solel, ch'est l'double que te deos incaisser, gare alors au choc thermique, t'est beon pou l'breongile ou les romatiques. Quand j'sors de m'n'auteo, m'quémisse elle colle à m'deos et j'sus tell'mint trimpé qu'à peine rintré j'deos m'canger

Quand l'soir i-cait et que le solel i-va s'coucher, on ouvère les ferniêtes et on met les moustiquaires pou n'pos laicher rintrer les sales biêtes car si t'es piqué pa ein picreon, te passes l'nuit au clair pou de beon.

Hier, total'mint épuisé pa l'caleur, je m'sus indormi vers dix heures et dins les bras d'Morphée, eine feos acore j'ai rêvé.

J'ai rêvé d'eine leongue soirée d'hiver quand l'vint d'bisse chuffièle et que l'feu dins l'quémeinée ronfielle, quand déhors, l'freod vient blanquir l'gardin et que l'caf'tière feume douch'mint à portée de t'main. Su mes gu'noux, j'ai laiché caire m'gazette pou acouter l'cancheonne du vint dins l'rulette, pindant que l'cat i-dort dins s'panier, m'feimme tricote eine paire de bonnets. Demain, dins l'neiche, on ira marcher, bin couverts pou n'pos ête ingélé. Du freod on sait toudis s'protéger mais de l'caleur te peux toudis essayer.

Mi j'pinse à tous ces gins qui dins leu pays, à causse de l'caleur, combattent les incendies. I-ont tout perdu ein quelques heures, leu maseon, les biêtes et leu labeur. Ch'est des p'tites gins et asteur i-n'ont pus rien. J'ai vu aussi des paufes parints cacher après des infants inl'ver pa ein glich'mint d'terrain, j'ai vu après eine tornade, des millers d'gins su les toits pou éviter l'noyade,  partout, su no planète, j'ai vu l'météo in furie, l'temps qui s'démeonte comme si c'éteot l'comminch'mint de l'fin du meonte.

(lexique : comminche : commence / caleur : chaleur / neuaches : nuages / jeuer : jouer / leuger : léger / queurir : courir / rétindu : allongé / acoutant : écoutant / eine masinque : une mésange / un rotleot : un roitelet / eine arondielle : une hirondelle / ein mauviar : un merle / au mitan : au milieu / eine tape : une table / acore moinse : encore moins / m'mamère : ma mère / asteur : maintenant / véritape : véritable /  aller querre : aller chercher / l'artique : l'article / on ouèfe : on travaille / caire : tomber / vife : vivre / les battantes : les volets / serrer : fermer / m'carette : ma voiture / l'breongile : la bronchite / les romatiques : les rhumatismes / m'quémisse : ma chemise / canger : changer / ein picreon : un moustique / l'vint d'bisse chuffièle : la bise (le vent du Nord) souffle / ronfielle : ronfle / l'quémeinée : la cheminée / balqnquir : blanchir / feumer : fumer / les gu'noux : les genoux / l'cancheonne : la chanson / l'rulette : la ruelle / l'cat : le chat / ingélé : gelé, transi / l'freod : le froid / toudis : toujours / cacher après : chercher après) 

(S.T. août 2012)

08:57 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

15 août
2012

09:10

Tournai : les rendez-vous des mélomanes

En juillet, Hélène Ségara, Jean Pierre Mader, Grand Jojo et les fritkots, Lou Deprijck, Axelle Red, Lââm, la Grande Sophie, Jean Louis Aubert, Gérald de Palmas et Thomas Dutronc ont été les têtes d'affiches des différents podiums qui ont attiré la toute grande foule sur la Grand'Place ou sur l'Esplanade du Conseil de l'Europe.

Les mois d'août et septembre seront eux consacrés aux mélomanes, aux amateurs de musique classique.

Il y aura tout d'abord le "7e Festival international d'orgue" de Tournai mis sur pied par les organisateurs de "Musique à la cathédrale" (l'asbl MusiCa).

Celui-ci débutera, ce dimanche 19 à 18h, avec Juan de la Rubia, organiste de la "Sagrada Familia" de Barcelone qui interprétera des oeuvres de Liszt, Bach et Vierne.

Il se poursuivra le dimanche 26 août, à 18h, avec Vincent Dubois, lauréat de plusieurs prix prestigieux, également dans des oeuvres de Liszt.

Le dimanche 2 septembre, à 17h30, c'est un des organisateurs, le titulaire des orgues de la cathédrale Notre-Dame de Tournai, Etienne Walhain qui jouera le poème symphonique "Orphéus", transcrit pour l'orgue par Jean Guillou. 

Le 15 septembre, on pourra écouter un concert inédit pour cuivres, percussions et carillon par le Belgian Brass sous la direction de Manu Mellaerts accompagnant Frank Deleu, carillonneur du beffroi de Bruges. 

Enfin le 6 octobre, le concert de clôture sera interprété par les solistes du Collegium Vocale Gent et Philippe Herreweghe dans "Israelis Brunnlein" de J.H. Schein. 


Dans le cadre du "Festival de Wallonie-Bruxelles", la cathédrale Notre-Dame accueillera, le vendredi 31 août, à 21h, "Les pélerinages de l'âme" (musiques des abbayes, des couvents, de la cour, des maisons féodales, du peuple et des nomades du désert...) par la formation Hespérion XXI, sous la direction de Jordi Savali. Formée en 1974, cet ensemble se consacre à l'interprétation et à la revalorisation de certains aspects du répertoire musical hispanique et européen antérieur à 1800. La soirée sera introduite par le philosophe Luc Ferry

Ce concert est intégré au Festival "Les Inattendues" qui se déroulera les 31 août, 1 et 2 septembre et dont nous vous parlerons bientôt. 

13 août
2012

09:10

Tournai : les "paroisses" du XVe siècle (2)

Organisation des paroisses

Nous l'avons dit, le XVe siècle est religieux, il ne connaît pas la crise des vocations, il n'y a pas de pénurie de prêtres. 

La paroisse est dirigée par le spirituel et le temporel. A la tête se trouve le curé (celui qui prend soin des âmes). Il est choisi par le chapitre de la cathédrale et reçoit ses pouvoirs de l'évêque. Le curé se doit de présider les offices de nuit et de jour des dimanches, des jours de fêtes religieuses et de présider l'Eucharistie. Il est secondé par des chapelains, comme le nom l'indique, ceux-ci desservent principalement des chapelles privées de familles, de confréries ou de corporations. Le nombre de ceux-ci varie d'une paroisse à l'autre suivant son importance, on en comptait jusqu'à dix à Saint-Brice ou à Saint-Piat et trois seulement à Sainte-Marguerite. Dans la hiérarchie spirituelle de la paroisse, on trouve ensuite les clercs, outre le fait de chanter au lutrin, ils sont aussi chargés de la préparation des offices en veillant à l'ornementation des autels, à l'entretien des luminaires, ils sont responsables de la sonnerie des cloches et également chargés de creuser les tombes dans le cimetière qui, bien souvent, entoure l'église. Enfin, il y a les dames d'autels chargées de l'entretien du linge d'église et, durant la journée, de recevoir les fidèles qui apportent des offrandes pouvant prendre la forme d'argent, de nourriture, de vêtements...

La gestion financière de la paroisse est assurée par l'assemblée des "bonnes gens" qui désigne, chaque année, quatre paroissiens : deux gliseurs et deux pauvriseurs. Les premiers officient comme le feraient des membres actuels des Fabriques d'église, c'est-à-dire qu'il leur appartient de gérer les finances de l'église, de veiller à son entretien, de faire effectuer les réparations nécessaires, de pourvoir aux besoins du culte... Les seconds tiennent le rôle dévolu désormais aux membres de l'entraide paroissiale, ils s'occupent de la bienfaisance. Ces deux catégories présentent un bilan à l'assemblée des "bonnes gens", chaque année, le jour de la Saint-Jean. Les comptes approuvés sont alors transcrits et déposés dans la trésorerie de la paroisse, ils vont constituer les archives. Si actuellement, le pouvoir communal a un droit de regard sur la gestion des Fabriques d'église et si le bourgmestre en est désigné comme membre d'office (fonction qu'il n'exerce que très rarement), au XVe siècle, l'autorité communale doit aussi ratifier l'élection des gliseurs et pauvriseurs et leur donner procuration pour gérer la paroisse durant une année. Ces deux fonctions sont loin d'être symboliques, les personnes ainsi désignées sont les comptables de la paroisse, tout comme les actuels fabriciens, ils perçoivent les recettes, paient les dépenses, se chargent de l'ornementation de l'église, distribuent vivres et vêtements, visitent les personnes dans le besoin afin de leur remettre le jeton de plomb, appelé l'enseigne, leur donnant droit aux distributions de bienfaisance. 

A cette époque, les recettes proviennent principalement du produit des collectes effectuées durant les offices, de dons, d'offrandes de pélerins, les célébrations de messes pour une intention particulière et de la location du drap qui recouvre le défunt au jour de ses funérailles. Bien souvent, en fin de vie, de nombreuses personnes léguaient à la paroisse des sommes importantes pour s'assurer du repos de leur âme. Les dépenses concernent les différentes réparations et réfections de l'édifice religieux, le salaire du personnel d'église, les achats de cierges pour les dévotions et pour l'éclairage, l'achat de peintures et de sculptures auprès d'artistes ou artisans locaux. Tous les travaux importants doivent faire l'objet d'une communication préalable à l'assemblée des "bonnes gens" réunie spécialement pour la circonstance. 

La vie de la paroisse.

Toutes les églises sont entourées d'un cimetière, appelé âtre, planté d'arbres, munis de bancs où il n'est pas rare de voir des passants se reposer et des même des enfants jouer, l'endroit respirant la quiétude. On accède à l'église par un porche, parfois situé directement sous le clocher comme à Sainte-Marguerite, Saint-Jacques, Saint-Brice ou Saint-Jean Baptiste. Aux murs sont accrochés des seaux en cuir bouilli, les seaux de la ville servent lorsqu'un incendie éclate dans une maison de la paroisse, ils permettent à des personnes faisant une chaîne de prendre l'eau dans le puits le plus proche et de la porter jusqu'au lieu où sévit le feu. Les maisons étant souvent en bois, les rues étroites, le feu était, pour ces raisons, redouté et dès qu'il éclatait en un lieu, c'est la solidarité des habitants qui se manifestait. 

Dans le clocher se trouve la cloche qu'on actionne à partir de l'entrée au moyen d'une corde, elle sonne pour appeler les fidèles aux offices, pour rythmer les différents moments de la journée, pour annoncer un baptême, un mariage ou des funérailles. Elle rythme finalement chaque instant de la vie de la paroisse et personne, comme c'est parfois le cas aujourd'hui, n'aurait le mauvais goût d'intervenir pour la faire taire sous prétexte de conserver sa tranquilité. Le porche franchi, les visiteurs arrivent dans la nef qui a alors de multiples usages, tout d'abord lieu de participation à l'office ou lieu de recueillement individuel mais aussi endroit de rencontres, parfois bruyantes, des paroissiens. C'est dans la nef qu'on trouve la "chaise préchoire", siège légèrement surélevé par rapport à l'assemblée à partir duquel le pasteur enseignait les articles de la foi. Plus tard, on verra apparaître la "chaire à précher" ou "chaire de vérité", un endroit plus impressionnant pour les petites gens, le curé s'adressant à eux d'en haut, les dominant, les scrutant parfois, sa voix portée par l'écho de la nef ayant quelque chose de surnaturel. 

La population qui compose la paroisse est en toute grand majorité illettrée, c'est une raison pour laquelle le curé tout comme le magistrat ou le précepteur est admiré car il possède le savoir. Le curé disait sa messe en latin, langue totalement inconnue des fidèles. il est bon de se souvenir qu'il y a, à peine, quelques décennies, le curé, le notaire et l'instituteur étaient encore respectés au sein de la société, principalement dans les villages, car ils représentaient la connaissance.

Le jour de la "dédicace" de l'église (celle-ci a été dédicacée à un Saint dont elle porte le nom), les paroissiens organisent une procession dans les rues qui entourent l'église, on promène les statues, les reliquaires et le Saint-Sacrement, des jeunes filles représentant des scènes de l'ancien ou du nouveau Testament, des ménestrels accompagnent le cortège. La dédicace sera à l'origine du mot "ducasse" qui est encore actuellement la fête d'un quartier même si, désormais, peu de processions parcourent encore ses rues.

A l'entrée de la nef, se dresse la "table des pauvres" ou "table du Saint-Esprit". Elle est réservée à la distribution des vivres au plus démunis par les pauvriseurs. Notons qu'actuellement, dans les paroisses de Tournai, de telles distributions de nourritures et parfois de vêtements existent à nouveau, la crise que nous connaissons depuis près de dix ans ayant paupérisé une partie de la population. Dans la plupart des églises, les nefs du XVe siècle sont pourvues de chapelles érigées par les confréries.

Le choeur est le domaine exclusif des membres du clergé, il est d'ailleurs séparé de la nef par un jubé ou par une barrière. Au centre de celui-ci, le maître-autel rappelle la table du sacrifice. Le curé ( le mot prêtre est inconnu à cet époque, on utilise plutôt celui de pasteur) officie, le dos tourné à l'assemblée, ce n'est, en effet, que depuis le concile Vatican II de 1962-1963 que l'officiant fait face aux fidèles.

L'enseignement de l'Evangile se fait oralement, les participants aux offices ne sachant ni lire, ni écrire. Aux grandes occasions, il est l'objet de représentations vivantes, probable héritage des "mystères" du Moyen-Age joués sur les parvis des églises. A la Noël, on recouvre la nef de paille et une jeune femme personnifiant la Vierge tient un enfant dans les bras, c'est la la représentation de la"gésine de Notre-Dame", (la gésine désignant une femme sur le point d'accoucher). Le jour de l'Epiphanie, le "jeu des Rois" rappelle la visite des rois mages à Hérode, à la Pentecôte, une colombe en bois doré descend de la voûte..., ces tableaux vivants accompagnent chaque fête religieuse.

Il faut se remémorer les conditions de vie de l'époque pour comprendre cet attachement de tout un quartier à la vie de sa paroisse. l'Eglise, riche et puissante, était considérée comme le refuge par une population pauvre et peu instruite, elle était le carrefour des rencontres des habitants en jouant un rôle social important, elle aidait les plus pauvres et apportait l'espoir à tous. Inconstestée, elle était pourtant à un tournant de sa longue histoire qui avait débuté quinze siècles plus tôt puisque le Schisme et, par la suite, la Réforme pointaient déjà à l'horizon. Un siècle plus tard, elle devra face aux destructions perpétrées par les "iconoclastes" et, plus tard encore, elle sera confrontée au siècle des Lumières... A Tournai, six églises construites au moyen-âge passèrent les siècles et trois furent détruites, des paroisses apparurent dans les faubourgs après la destruction des remparts et l'exode des habitants de la ville vers la proche campagne... La vie paroissiale allait, progressivement, être modifiée, une transformation qui va s'accélerer, surtout à la fin du XXe siècle, en raison de la la crise des vocations, du délaissement de la pratique religieuse par beaucoup et, malheureusement, des trop nombreuses affaires qui secouèrent les bases de l'église catholiques et ébranlèrent la confiance des fidèles envers le clergé !

Désormais, un curé est en charge de plusieurs paroisses et les offices ne sont parfois plus célébrés tous les dimanches et encore moins les jours de semaine. 

(sources : Article basé sur une étude du chanoine Jean Dumoulin (1925-2012) publiée en 1993 dans le livre "Les Grands Siècles de Tournai", édité à l'occasion du 20e anniversaire des Guides de Tournai, dans la collection Art et Histoire).

 


11 août
2012

09:33

Tournai : expressions tournaisiennes (186)

I-a pos d'seots métiers...

Dins no ville, on peut pourméner l'nez in l'air pou admirer les bieautés d'nos clotiers ou, pou n'pos caire dins les treos ou marcher dins ein brin d'tchien, on peut toudis raviser l'bout d'ses sorlets. Les feimmes orwettent les vitrines des magasins, les mindieux surveillent ce que vous mettez dins leu main. Mi, j'cache après l'pétit détal, les cosses pos banales et aujord'hui, j'vous l'dis, j'sus, à l'feos, bin surpris.

Ainsin, bin souvint, j'rinconte ein heomme qui ravise toudis où i-met ses pieds, ein astiqueot qu'i-marche tout douch'mint ave l'tiête baissée, au point que je n'creos pos avoir vu eine seule feos s'visache et que, si vous me l'demindez, je n'sareos vraimint pos vous dire s'n'âche. Au début, j'pinseos qu'i-aveot l'esquite d's'ortrouver les quate fers in l'air, qui aveot l'douloureuse raminvrance d'avoir valser à tierre, mais neon, ch'est pou ramasser les pièches d'argint qui seont tombées d'vos poches, mes gins. Au soir, quand i-rinte à s'maseon, i-queompte les fruits de s'moisseon, i-a fait, su l'après-deîner, pus d'chinq kilomètes à pied et i-a tout au puque soixante cents dins s'saclet

Li, ch'est l'ramasseu d'pièches perdues.

I-in a ein eaute qu'on veot sortir à l'fin de l'journée quand les gars d'City-Parking ont fini d'surveiller. Dès qu'chinq heure a seonné au bieffreo, i-fait tout l'tour de l'ville à véleo. I-s'arrête tous les chint mètes, comme par hasard toudis près d'un parcmète. Avant d'glicher, tout à l'douche, dins l'sébile, s'main, i-orwette tout autour de li si i-a des gins, si te l'ravises, i-ormeonte su s'véleo et s'éloigne, ein peu, du bandit manchot. L'machine qui régule l'stationn'mint d'nos auteos, bé pou li, cha s'appelle tout simplemint l' Lotteo. Li aussi quand i-rinte à s'maseon, i-queompte les fruits de l'moisson, i-n'fait pos l'Tour de France, mais prélève s'part su nos finances.

Li, ch'est l'ramasseu des machines à sous.

Qui n'conneot pos l'pétit Joseph à Tournai, tertous l'ont seûr'mint ein jour rincontré. Les jours de plein solel ou bin de noirglache, i-est toudis su no Grand'Plache. D'pus lommint, m'feimme et mi, inter nous, on l'aveot baptisé simplemint "p'tit sou". Ch'est pas c'meot là qu'i-interpelleot les gins, tout in tindant, à l'va vite, s'main. L'gars i-n'est pos aussi seot qui n'in a l'air, i-est même assez malin in affaires. I-a quate ou chinq ans, d'quelques cents i-s'continteot, asteur quand nous veot i-réclame d'office deux eureos. "Anniversaire, Mossieu, anniversaire m'dame", bé comme li a dit m'feimme, i-a asteur s'anniversaire deux feos dins l'semaine. 

Li, ch'est l'quêteu de l'Grand'Plache.

I-a aussi l'bonheomme toudis rétindu su s'banc, qu'on pourreot l'appelé l'quervassin au banc dormant ave ein leongue barpe noire qui n'a jamais fait l'connisance d'ein rasoir. S'jupeon et s'mareonne n'ont jamais vu l'teinturier, i-n'deveot pos ête eine relatieon d'René Godet. Quand on l'veot dins l'rue Royale ou su les quais, i-est toudis dins les bras d'Morphée. Et si l'spectaque n'est pos bieau à vir, j'vous dis pos l'naque, ch'est acore pire. I-n'imbête jamais perseonne, mais tertous ont l'pépète du bonheomme. 

Li, ch'est l'imache de l'déchéance d'ein heomme. 

I-a aussi l'potieau d'cabaret, l'ceu que, dins les cafés, t'intinds berler. I-beot s'prumière pinte à l'ouverture et on deot l'ruer à l'cour à l'fermeture. L'cabaretier i-a fini pa l'oblier tell'mint i-fait partie du meublier. L'café, ch'est s'prumière et seule maseon, i-est là durant les "quate saiseons". Ave li, l'patreon i-fait des affaires car i-est honnête et paie toudis ses verres. je l'dis heaut et fort et n'me deonner pos tort, ein heomme ainsin qui aime bin l'bière i-devreot ête nommé actionnaire à vie chez Jupiler. 

Li, ch'est l'quervassin d'service, l'bière ch'est s'vice.

J'vous dit mes gins, i-n'a pos d'seots métiers, ch'est vrai, mais vous allez m'deonner raiseon, quand j'vous déclare qui-in a qui ont d'dreôles d'occupatieons. 

Mais, tous les verdis au matin, je n'sareos pos l'râter, j'veos l'vielle Marceline qui habite pos leon des Ursulines. Eine brouche, eine raclette et deux ou trois séeaux, l'brafe feimme fait s'rang à grandes ieaux. "Faire s'rang", mes gins, vous devez l'savoir, à Tournai, cha veut dire faire l'trottoir, mais i-n'feaut pos ichi vous méprinte, j'vas expliquer, vous aller comprinte, cha fait pus d'soixante ainnées et jamais elle ne l'a oblié, ch'est eine obligatieon légale, ch'est dins l'réglemint communal, qu'on soiche propriétaire ou tout simplemint locataire, on deot nettier s'trottoir et intretenir les avaloirs. Quand elle me veot, elle me dit : "M'mamère elle m'a toudis dit, fais le au saveon noir, te saras mieux l'ravoir"". A l'feos, je m'dis que si tous les Tournisiens éteotent comme ceulle vielle file, cha d'viendreot ein plaisi d'pourméner dins no ville. Asteur te deos éviter les frites à l'mayonnaisse ou bin l'crotte d'ein tchien qui a été à s'n'aisse, dins l'pidoulache te deos marcher, sans oblier les éternelles canettes qui risquent de t'faire bourler. "Moutre mi ton trottoitr et j'te dirais qui tu es", ch'est eine amisse qui m'a dit, ceulle sémaine, à m'maseon et il a raiseon. 

Quand te s'ras à Mulette, Marceline, i-n'f'ra pus aussi prope près des Ursulines.   

(lexique : pourméner : promener / les clotiers : les clochers / caire : tomber / ein brin d'tchien : une déjection canine / raviser : regarder / les sorlets : les souliers / orwettent : regardent / les mindieux : les mendiants / les cosses : les choses / à l'feos : parfois / ein astiqueot : un asticot, individu bizarre / l'âche : l'âge / avoir l'esquite : avoir peur / l'raminvrance : le souvenir / des pièches : des pièces / queompter : compter / l'après-deîner : l'après midi / tout au puque : tout au plus / l'saclet : la bourse, une aumonière / l'bieffreo : le beffroi / glicher : glisser / tout à l'douche : tout à la douce, discrètement / tertous : tous / l'noirglache : le verglas / lommint : longtemps / à l'va vite : en vitesse / seot : sot, naïf/ l'quervassin : l'ivrogne / eine barpe : une barbe / l'connissance : la connaissance / ein jupeon : en tournaisien désigne un veston / eine mareonne : un pantalon / l'spectaque : le spectacle / l'naque : l'odeur, l'arôme / avoir l'pépète : avoir peur / l'potieau d'cabaret : le pilier de bar / berler : crier, hurler / l'ruer : le jeter / l'meublier : le mobilier : verdi : vendredi / pos leon : pas loin / eine brouche : une brosse / un séeau : un seau / à grandes ieaux : à grandes eaux / nettier : nettoyer / ceulle vielle file : cette vieille fille / tournisien : tournaisien / l'pidoulache : endroit empli de saleté / oblier : oublier / Moutrer : montrer / Mulette : nom donné au cimetière du Sud à Tournai, voir atricle à ce sujet / prope : propre)

(S.T. août 2012). 

09:33 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

08 août
2012

14:56

Tournai : les "paroisses" du XVe siècle.

Les flèches d'argent pointées vers le firmament

Ce qui frappe très certainement le visiteur étranger lors de sa première venue à Tournai, en plus des cinq flèches de la cathédrale Notre-Dame et celle du beffroi voisin, ce sont les très nombreux clochers qui dressent leurs silhouettes effilées vers le ciel. Ce fut la première vision qu'eut Victor Hugo lors de sa venue dans la ville en août 1837 (voir l'article paru à ce sujet dans le présent blog) et qui lui fit déclarer que cette magnifique ville devait probablement son nom à ces dizaines de tours visibles des quatre coins de l'horizon. 

En ce XXIe siècle, le nombre de clochers s'est, quelque peu, restreint mais avec Saint-Quentin, Saint Jacques, Saint-Piat, Saint-Brice, Saint-Jean Baptiste, Saint-Lazare, Notre-Dame Auxiliatrice, le Sacré-Coeur, Saint-Antoine, Saint-Paul, lieux de culte catholiques toujours fréquentés par des fidèles, Sainte-Marguerite, Sainte Marie-Madeleine, édifices désaffectés, Saint-Nicolas cédée au culte orthodoxe et les chapelles des très nombreuses communautés religieuses parfois disparues (Pères Rédemptoristes, Clarisses, Jésuites de l'Athénée, ancienne léproserie du Val d'Orcq, chapelle du séminaire, Choiseul, Notre-Dame de Grâce...), on peut toujours ressentir cette impression qui gagna le grand romancier français lors de sa découverte du panorama de la cité scaldéenne.  

Au XVe siècle.

Si à notre époque, les églises sont les références d'un quartier (quartier du Château, quartier Saint-Piat, quartier Saint-Jean...), ce n'était pas le cas au moyen-âge, une période qui s'étend entre l'an 500, au moment du baptême de Clovis, jusqu'à l'an 1500, quelques années après la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb (1492). C'est l'époque de la christianisation de l'Europe occidentale sous la papauté de Rome, celle des croisades, de la prédominance du spirituel sur le temporel, de la fondation des monastères, des moines historiens, c'est une période durant laquelle l'évangélisation joue également un rôle prépondérant dans le développement de l'écriture qui va remplacer peu à peu la transmission orale, une expansion considérable avant que n'éclate le Grand Schisme entre 1377 et 1417.

Au XVe siècle, la notion de quartier d'une ville n'existait pas, on parlait avant tout de paroisses.

Elles étaient neuf sur la rive gauche de l'Escaut dépendant de l'Evêque de Tournai :

Notre-Dame, dont l'église était accolée au versant nord de la nef romane de la cathédrale, du côté de l'actuelle place Paul Emile Janson, elle fut démolie à l'issue de la seconde guerre mondiale,

Saint-Pierre, située à l'emplacement de l'actuelle place portant le même nom, à une centaine de mètres de la cathédrale, elle fut vendue et démolie dans la première partie du XIXe siècle,

Saint-Nicaise qui se trouvait en haut de la rue actuelle portant le même nom, construite au début du XIIIe siècle et démolie en 1770,

Sainte-Catherine qui s'élevait aux environs de la porte de Valencienne, une église et un quartier rasé lors de l'édification de la citadelle à l'époque de Louis XIV,

Sainte-Marguerite, construite au début du XIVe siècle, désacralisée il y a une quarantaine d'années, livrée aux pigeons et aux intempéries, ses bâtiments sont désormais laissés à l'abandon et se dégradent dangereusement tout comme ceux de Sainte-Marie-Madeleine, contruite au XIIIe siècle et définitivement fermée en 1964.

Saint-Quentin qui se dresse sur le forum tournaisien et qui a repris la fonction de l'église Notre-Dame,

Saint-Jacques, lieu de passage obligé des pélérins de Compostelle venus du Nord de la Belgique et de la Hollande,

Saint-Piat construite à partir du XIIe siècle, qui se dresse au sein d'un des quartiers les plus populaire de Tournai.

Trois paroisses étaient situées sur la rive droite du fleuve et dépendaient alors de l'Evêque de Cambrai :

Saint-Nicolas érigée dans le quartier du Brulle, aujourd'hui appelé quartier du Château, en souvenir de la forteresse qu'y fit construire Henri VIII lors de la courte occupation anglaise,

Saint-Brice, qui se dresse à côté du lieu où fut découvert le tombeau de Childéric, roi des Francs saliens, père de Clovis,

Saint-Jean Baptiste, église alors située dans le quartier des chauffours.

On dénombrait donc douze paroisses pour une ville qui devait compter un peu moins de 20.000 habitants, un nombre ayant fluctué au fil du temps, des périodes de richesse ou de récession, des épidémies ou des guerres.

On vivait alors dans une société religieuse et la religion rythmait la vie du peuple, de la naissance à la mort. Les professions (bouchers, tanneurs, orfèvres, foulons, brasseurs...) avaient bien souvent leur propre chapelle où était toujours célébrée la fête du saint patron de la corporation. Les gens d'une paroisse veillaient sur leur église et, pour son entretien ou son embellissement, faisaient des dons modestes ou importants en fonction de leur position sociale. Il y a encore une cinquantaine d'années, lors de l'office dominical, on effectuait toujours deux collectes (ou quêtes), l'une pour les besoins de la paroisse, l'autre pour les chaises, tradition héritée de cette époque lointaine où le population participait aux achats pour meubler le lieu de culte. Les personnes les plus fortunées faisaient un don important et "achetaient" leur chaise. Elles y faisaient gravées leur nom (signifiant la propriété) sur une plaquette de cuivre fixée en haut du prie-Dieu, gare alors au distrait qui s'y était installé, il y était délogé sans autre forme de procès. La noblesse avait bien souvent des places réservées dans le choeur.

(à suivre)

06 août
2012

12:17

Tournai : ce jour-là, le 22 juin 1988

En ce début de matinée du 22 juin 1988, profitant de la fraîcheur, mon épouse était occupée à soigner et arroser quelques plantes au fond du jardin. Soudain, vers 8h30, elle perçut une sorte de détonation. Dans un premier temps, elle songea à la présence d'un de ces canons au carbure qu'un fermier place régulièrement dans un champs proche de la rue des Mottes. Mais la détonation fut rapidement suivie d'autres, il ne s'agissait plus du système censé effrayer les oiseaux mais bien de rafales d'armes automatiques en provenance de la rue Saint-Eleuthère toute proche. Que se passait-il donc pas loin de notre domicile ?

A environ quatre cents mètres à vol d'oiseau, face au carrefour formé avec l'avenue de la Ramée, se trouve alors un bureau de poste fort prisé par les nombreux habitants du quartier, notamment de la résidence Carbonnelle (en raison d'une restructuration interne décidée par la direction de la Poste et devant amenée des économies, celui-ci a été fermé au début des années 2000).

Vers 8h30, un fourgon "blindé" de la Poste, de couleur rouge, s'arrête devant la façade, au volant de celui-ci le chauffeur patiente, à l'intérieur, deux hommes sont chargés de transférer les fonds. A peine le véhicule a-t-il marqué l'arrêt que, d'une voiture, surgit un homme portant un treillis militaire, le visage masqué par une cagoule noire, il braque un fusil vers le chauffeur. Il commence à tirer en direction du fourgon tandis qu'un complice jette, par une ouverture qu'il a brisé à coup de crosse, deux grenades offensives. Le braquage a débuté depuis quelques instants que, prévenus par des témoins de la scène, des voitures de police, sirènes hurlantes, apparaissent au bout de la longue rue. Les trois hommes jurent et se replient vers une Audi de couleur or immatriculée en Belgique. Celle-ci démarre en direction de Froyennes. De loin, de motards de la police ont vu le véhicule partir en trombe et se lance à sa poursuite mais, malheureusement, en raison de la circulation assez dense à cette heure de pointe, ils perdent sa trace au carrefour formé avec la chaussée de Lannoy. Il est probable que les gangsters ont rejoint l'autoroute située à moins de deux kilomètres.

Police et ambulances sont maintenant sur place, portes et fenêtres du voisinage s'ouvrent, la plupart des témoins avaient eu la bonne réaction de se protéger, de ne pas offrir une cible à ces malfrats très déterminés. Une dame se relève, elle conduisait son petit-fils à l'école Saint-Michel, située presqu'en face du lieu de cette attaque violente. Couchée derrière une voiture en stationnement, protégeant l'enfant, elle a tout entendu sans voir la scène. 

Sur place, les enquêteurs retrouvent cinquante-quatre douilles de 7,62 et 5.56, ils relèvent également la présence de 61 impacts de balles dans la carrosserie du fourgon. Il n'a pas de doute, ce sont bien des armes de guerre qui ont été utilisées par des individus décidés à tuer pour se procurer l'argent contenu dans le fourgon. Peu importe la vie d'un homme pour ce genre d'individus qui n'ont ni foi, ni loi, ils sont prêt à tuer ceux qui se mettent, volontairement ou involontairement, en travers de leur chemin !

L'habitacle du chauffeur dont la vitre a été attaquée à coups de crosse a résisté, l'homme est avant tout choqué, par contre, à l'intérieur du camion, des projectiles ont percé la tôle blindée (mais probablement pas suffisamment en fonction des moyens utilisés), une grenade a fait explosion, un des deux hommes est brûlé aux jambes, l'autres est plus gravement atteint et devra être transporté à la clinique universitaire de Gand en raison d'une blessure à l'oeil qui risque de lui faire perdre la vue. Une de deux grenades introduites dans le fourgon n'a pas explosé et on découvre qu'elle est munie de centaines de billes appelées à se disperser lors de l'explosion, stratagème utilisé pour tuer les victimes. 

A l'intérieur du bureau, la perceptrice a tout entendu, elle attendait le passage du fourgon pour conduire son enfant à l'école. Durant la matinée, le hold-up fera une troisième victime indirecte, un inspecteur des Postes venus sur les lieux du drame, victime d'un malaise cardiaque, conscient de la gravité de la situation. 

Car, avec le recul, les témoins et les enquêteurs constatèrent qu'on était peut-être passé à côté d'un véritable bain de sang. Quelques minutes plus tôt, en effet, plus de 200 élèves de maternelle et de primaire étaient dans la cour de récréation située à front de rue et des parents amenaient encore des retardataires. Un peu plus tard, comme c'était le cas chaque matin, il y aurait déjà eu des clients attendant sur le trottoir l'ouverture du bureau et des personnes, à l'arrêt du bus devant les amener au complexe commercial de Froyennes dont les premiers magasins ouvraient alors à 9h.

Les enquêteurs ont une idée précise des armes utilisées, outre les deux grenades offensives, les douilles proviennent d'un fusil d'assaut tirant en automatique et d'un F.A.L, fusil plus léger, qui tire au coup par coup ou en rafales (six étuis de calibre 7,62 ont été retrouvés sur place). On retrouve également un projectile de 10mm, chemise en laiton et tête en acier au carbone de tungstène. La conclusion s'impose, il s'agit d'un fait de grand banditisme, de gens qui se donnent les moyens pour arriver à leur but, voler un maximum d'argent pour se payer une vie facile mais aussi des malfrats... qui étaient probablement mal informés puisque le fourgon ne transportait, ce jour-là, que 70.000 fb (soit à peine 1.750 euros) en pièces de monnaie. 

Par la suite, l'enquête a permis de relier cette attaque à celles perpétrées un peu partout en Belgique, à cette époque, par une bande organisée qui sera par la suite identifiée. Elle était dirigée par un certain Patrick Haemers. A l'époque, on ne sait pas encore grand chose sur cet homme. Il est né en 1952, dans une famille aisée, beau gosse au physique de jeune premier, il fréquente les filles à papa, "bimbos" et "lolitas" qu'on retrouve à l'affut d'un chevalier servant dans les discothèques huppées de Bruxelles, Knokke ou d'endroits branchés à l'étranger. Chacun sait que, depuis toujours, le milieu de la nuit a toujours été étroitement lié à celui de la drogue et Patrick Haemers s'en est approché. A l'âge de 25 ans, il sera arrêté et condamné pour une affaire de viol. La prison pour lui aurait pu être un moment de réflexion,  il y avait deux voies qui se traçaient à lui : la prise de conscience salutaire ou la déchéance fatale. Il choisit la deuxième option. A sa libération, en compagnie d'un complice connu derrière les murs de la prison, il monte, ni plus, ni moins, l'attaque d'un tri postal où il prend une vingtaine d'employés en otage. Le butin emporté, à cette occasion, est légèrement inférieur à 250.000 euros. Suivront ensuite les attaques de fourgons de la Poste, de plus en plus violentes dont l'une se soldera par la mort de deux agents des postes à Verviers. 

Le nom de Patrick Haemers sera également lié à "l'affaire Vanden Boyenants". En compagnie de complices, il enlèvera, en janvier 1989, l'ancien Premier Ministre et Ministre de la Défense. Il le détiendra, avec des complices, dans une villa du Touquet en France avant de le libérer, après paiement d'une rançon, aux abords de la gare de Tournai, le 13 février. Arrêté au Brésil, en mai de la même année, et rapatrié en Belgique, il se pendra dans sa cellule de la prison de Forest, avant que ne débute son procès, emportant avec lui les secrets, d'une vie de quarante ans, durant laquelle, il a tué et meurtri de nombreux belges.

On n'en saura jamais plus sur cette journée du 22 juin 1988 qui reste gravée dans les mémoires de tous ceux qui la vécurent.

(S.T. août 2012)