27 août
2012

Tournai : ce jour-là, le 22 octobre 1984

Un décor paisible.

Il existe à l'ombre des cinq clochers, comme partout ailleurs, des rues tranquilles, des lieux de résidence, sans activité commerciale, encore moins industrielle, des oasis de calme au centre-ville. Parmi celles-ci, la rue Garnier relie la place Reine Astrid à la rue de la Tête d'Or. Dans les années quatre-vingt, la sérénité qui y règne n'est dérangée que par le passage de piétons qui y trouvent un raccourci pour se rendre au GB ou au piétonnier de la Croix de Centre ou d'automobilistes qui veulent éviter le carrefour du beffroi déjà bien encombré aux heures de pointe.

Depuis le restaurant les Trois Pommes d'Orange, situé à l'angle de la rue du Parc, jusqu'en face de la rue de la Loucherie, une rangée de coquettes maisons aux façades blanches composées d'un rez-de-chaussée et d'un étage mansardé, datant du début des années cinquante, abritent, pour la plupart, des personnes du troisième âge. Elles sont construites en retrait de la voirie, séparées de celle-ci par un large trottoir et une pelouse. Tout y est propre, un lieu d'habitation presque idyllique se dresse à deux pas de la vénérable cathédrale Notre-Dame. 

Un fait divers.

La belle ordonnance des lieux et son calme vont être profondément bouleversés en ce matin du lundi 22 octobre 1984. Vers 7h15, une formidable explosion retentit, elle secoue tout le quartier réveillant probablement à plusieurs centaines de mètres à la ronde ceux qui avaient peut-être songé flâner au lit. La maison située au n° 4 de la rue Garnier vient de voler en éclats. Elle a été littéralement soulevée avant de s'effondrer dans un fracas. Un habitant de la place Reine Astrid, un pompier qui n'est pas en service, se précipite. On sait que deux personnes vivent dans cet immeuble dont il ne reste plus qu'un mont de gravats : Mgr Thomas, Vicaire-Général à la cathédrale, âgé de 75 ans et sa soeur Marie Louise, 78 ans. Notre secouriste saute dans le trou qui remplace la maison et parvient à extraire la vielle dame. Celle-ci, bien que profondément choquée, est saine et sauve, elle a la présence d'esprit de signaler aux pompiers et à la police arrivés rapidement sur les lieux qu'elle était seule au moment de l'explosion, son frère étant parti célébrer la messe à la cathédrale, environ une demi-heure plus tôt. Prévenu, celui-ci revient et, également choqué après la découverte des lieux du sinistre, est transporté à l'Hôpital en compagnie de sa soeur. 

Les pompiers sont appelés dans la maison voisine où un début d'incendie a été provoqué dans la cave. Des étagères et une importante collection de vieilles bouteilles de vin vont souffrir des effets de cette flamme qui est arrivée de l'extérieur, trouvant probablement son origine dans l'embrasement d'une poche de gaz. 

D'un côté, l'onde de choc est venue buter sur l'étranglement de la rue Garnier à hauteur du croisement avec la rue de la Loucherie, de l'autre, elle a débouché sur la place Reine Astrid secouant avec violence fortement portes et fenêtres de la Salle des Concert au point que le concierge du conservatoire, sentant le bâtiment vibrer, pense qu'une des chaudières de l'établissement vient d'exploser. 

Les habitants du quartier se sont précipités, de nombreuses habitations ont subi des dégâts, ainsi la maison d'une antiquaire située dans la rue du Parc adjacente a été traversée par le souffle de l'explosion, toutes les vitres sont cassées, de précieux objets de collections, de magnifiques pièces de porcelaine ont été jetées bas et brisées. Toutes les habitations allant du n°2 au n°10 sont touchées, les volets ont été comme forcés, portes et vitres ont éclaté, il en est de même pour les maisons situées à l'arrière, dans la rue de la Wallonie.

Une enquête approfondie.

il ne viendrait à l'idée de personne de nier qu'on se trouve devant une explosion de gaz, mais l'enquête va devoir déteminer l'origine de celle-ci. Se trouve-t-elle à l'intérieur de l'habitation ? Quel est l'élément qui a pu la déclencher ? 

Mademoiselle Thomas a pu donner quelques renseignements à ce sujet avant son évacuation vers l'hôpital. C'est au moment de se lever, alors qu'elle tirait sur le cordon pour allumer la lumière qu'elle a été projetée par l'explosion. Par chance, elle va être protégée par un pan de toit et on la retrouvera sur les gravats entre le mur mitoyen et le toit. 

Durant les deux jours qui vont suivre, les ouvriers communaux et ceux d'une entreprise tournaisienne spécialisée dans le déblaiement vont enlever tout ce qui encombre la rue interdite à la circulation. On va découvrir qu'une taque en fonte  a été projetée à près de 150 mètres, on va également se rendre compte que le réseau d'égouttage a fortement souffert de l'évènement. les enquêteurs arrivés sur place vont faire une première constatation, les dalles en ciment du trottoir ont été soulevées et éjectées et que la maison, comme c'est souvent le cas lorsque l'origine de l'explosion réside à l'intérieur, n'a pas été coupée en deux. Un autre élément pose question : Mgr Thomas s'est levé une demi-heure avant l'explosion, a lui aussi allumé la lumière et rien ne s'est passé. Il faudrait une rupture importante d'une canalisation de l'habitation pour provoquer un tel sinistre. 

La cause du sinistre

Certains habitants de la rue Garnier vont révéler la présence d'une odeur de gaz quelques jours avant les faits. 

Le troisième jour de l'enquête, une découverte importante va être effectuée, une canalisation de transport de gaz naturel située sous le trottoir, face à la maison sinistrée est fissurée, celle-ci a été détériorée suite à un affaissement de terrain qui l'a mise ne porte-à-faux. Il faut savoir que depuis plus d'un mois des pluies abondantes s'abattent sur la région et le sous-sol a été miné par les infiltrations d'eau dans le remblai sur lequel a été rebâtie la rue Garnier. Une épaisseur de sable sur laquelle sont posées les dalles du trottoir a formé une couche imperméable empêchant ainsi le gaz de se répandre en surface. Celui-ci a donc trouvé un autre chemin et s'est introduit dans les caves des immeubles situés en face de la fissure. Quand la chaudière au fuel s'est mise en marche, l'explosion a eu lieu, le gaz enflammé a été chassé dans les égouts projetant dans les airs la plaque d'une bouche distante d'une vingtaine de mètres du lieu de l'explosion, c'est elle qu'on a retrouvé à plus de cent cinquante mètres. 

Dans l'attente des résultats de l'enquête et des réparations, durant de nombreux jours, les habitations du quartier vont être privées de gaz et d'électricité, les assurances estiment le montant des dégâts à plus de cinquante millions de francs de l'époque (envion 1.240.000 euros), la maison sinistrée et probablement celle qui la touche devront être reconstruites, des vitres, des portes, des toitures, une voirie devront subir d'importantes réparations. Les chiffres sont précis, mais on ne pourra néanmoins jamais estimer le traumatisme subi par les personnes qui vécurent ce moment, le 22 octobre 1984.

Ce fait divers aurait pu générer un véritable drame, car dès 7h30, nombreux étaient les étudiants, les travailleurs et ensuite les ménagères qui empruntaient cette rue pour se rendre à l'école, au bureau ou dans la grande surface de la rue de la Tête d'Or.  

(sources : journaux "Nord-Eclair" et "Courrier de l'Escaut" des 22 au 31 octobre 1984).

(S.T. août 2012)

09:15 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, explosion, fait divers, rue garnier, mgr thomas, gazometre |

Commentaires

Serge,
J'ai lu avec intérêt cette relation des faits qui m'a rappelé pas mal de souvenirs. Via ton adresse e-mail personnelle, je te transmets quelques photos des lieux, étant de service sur les lieux peu après l'explosion.
Cordialement. -- Jacques

Écrit par : jacques DCK | 27/08/2012

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