31 juil.
2012

09:35

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (10)

Dernière balade en Wallonie picarde, de la frontière française au pied du Mont de l'Enclus.

Entre Mouscron et Tournai, l'entité d'Estaimpuis s'étend sur 31,7 km2 et compte un peu plus de 10.000 habitants suite au regroupement en 1977 des communes d'Estaimbourg, Leers-Nord et Néchin. Sa traduction néerlandaise nous renseigne sur l'origine du nom de la commune, "Steenput", signifie "puits de pierre", y-en avait-il un à cet endroit jadis ? Une autre source apporte une autre origine. La Tournaisienne Yvonne Coinne effectue depuis longtemps des recherches sur les salines et les mines de fer de la région, (elle a d'ailleurs publié récemment une étude fort fouillée sur le sel),  elle a aussi étudié le bronze fait en partie d'étain ou de cuivre. On peut dès lors s'interroger, existait-il, en ce lieu, un filon, "un puits d'étain", expression qui désignerait une mine d'étain ? 

Sur son territoire, deux châteaux vont attirer notre attention. A Néchin, village frontalier, voisin de Toufflers (France), les ruines de celui de la Royère nous font découvrir le dernier château de plaine de notre région datant du moyen-âge. Il a été classé monument historique après la seconde guerre mondiale et on attribue la construction de son enceinte principale à Philippe le Bel qui l'aurait fait ériger, au XIVe siècle, à l'époque des guerres entre la France et la Flandre.

Le second est situé dans le village voisin d'Estaimbourg, le château de Bourgogne se trouve sur la place de ce petit village. Construction en briques et pierre, il est entouré de douves. Avant la fusion des communes de 1977, il fut la dernière maison communale du lieu, désormais il a été transformé en salles de réception et de banquets, au centre d'un domaine récréatif de 14 hectares avec son étang, rendez-vous incontournable des pêcheurs, son mini-golf, ses aires pour la pratique de la pétanque, ses allées ombragées pour la promenade, il est l'endroit choisi par les habitants de la région pour passer une journée de détente.

Amoureux de promenades, vous ne manquerez pas de vous balader, à pied ou à bicyclette, le long du canal de l'Espierre, creusé au début du XIXe siècle pour relier la Deûle à l'Escaut et permettre aux baquets chargés de charbon d'aller approvisionner les industries textiles qui fleurissaient alors dans cette région franco-belge. La "Maison du Canal", à Leers-Nord, est celle d'un ancien éclusier transformée en halte nautique pour les petits bateaux de plaisance qui naviguent à nouveau sur le cours d'eau depuis sa réouverture. Là, attablés autour d'un verre, on évoquera très certainement les "satcheux", un dur labeur exercé par des hommes, des femmes et des enfants qui halaient les bâteaux, à pied, tout le long de la berge, sur plus de huit kilomètres de distance. Chaque année, en septembre, la "confrérie des Satcheux" organise des festivités sur ce canal que vous pouvez aussi parcourir en pédalo.

L'entité voisine de Pecq, entre Estaimpuis et Tournai, s'étend sur 39,3 km2 et compte près de 5.000 habitants. Elle regroupe les anciennes communes d'Esquelmes, Hérinnes, Obigies et Warcoing situées de part et d'autre de l'Escaut qui coule paisiblement dans une campagne rectiligne. Elle est jumelée depuis 2004 avec la commune française de Manéglise dans le département de la Seine-Maritime. 

Le village d'Esquelmes est plus connu dans le Nord de la France par la présence d'une méga-discothèque, le long de la chaussée de Courtrai, qui attire des milliers de jeunes chaque week-end que par son église Saint-Eleuthère, en style roman du XIe siècle, située presque sur la rive du fleuve et qui est probablement parmi les plus anciennes de Belgique. On raconte qu'elle a été édifiée à l'emplacement d'un ancien temple datant du temps où les druides représentés la spiritualité mêlée à la magie dans un e vie proche de la nature. Son autel rappelle d'ailleurs une table de sacrifice de cette époque. Esquelmes avec moins de cent habitants était, avant la fusion des communes, un des plus petits villages de Belgique. 

De l'autre côté de l'Escaut, le village d'Obigies se prélasse sur les premiers contreforts du Mont-Saint-Aubert. Chaque année, en mai, il est envahi par des milliers de visiteurs venus à la "Fête du Géranium", un vaste marché coloré où le amateurs de jardinage peuvent acquérir différentes espèces de cette fleur décorative de l'ordre des géraniales. Les horticulteurs décorent l'église Saint-Amand, édifice religieux de style néo-roman, bâti au milieu du XIXe sièce sur des plans de l'architecte tournaisien Bruyenne, de dizaines de compositions florales et l'ornent d'un grand tapis de fleurs. Au 15 août, le village vit au son de sa "Fête des Jeunes" connues au-delà de nos frontières. Née en 1981, elle amène chaque année, plusieurs dizaines de milliers de spectateurs (certaines soirées on peut dénombrer pas loin de 10.000 personnes) venus danser sur la musique de DJ's internationaux et applaudir les stars de la chanson. Adamo, Dave, les Charlots, Frédéric François, Demis Roussos, Michel Fugain, Patricia Kaas, Franck Michaël, Hélène Ségara, Michèle Thorr et bien d'autres ont eu l'occasion, depuis trente ans, de se produire sur la méga-scène d'une des plus grandes discothèques à ciel ouvert de Belgique. 

Le village d'Hérines est connu dans de nombreux pays grâce à son ambassadeur, le Brass Band, sous la direction de son chef Edouard Elekan. Cette formation de grande qualité musicale se produit en effet un peu partout en Belgique mais aussi en France, Allemagne, Hollande, Angleterre ou au Grand Duché de Luxembourg. 

Il nous reste à évoque l'entité rurale de Celles située entre le Mont Saint-Aubert et le Mont de l'Enclus. Elle s'étend sur 67 km2 et compte près de 5.600 habitants depuis qu'elle regroupe les villages d'Escanaffles, Molenbaix, Popuelles, Pottes et Velaines. Au film du temps, cette région est devenu la résidence principale de personnes souhaitant vivre au calme de la campagne.

Popuelles, village de moins de 200 habitants, pourrait ainsi couler des heures paisibles au milieu de de champs de blé ondulant sous la brise légère et de prairies verdoyantes où paissent des vaches, où broutent des moutons, où le bruit d'un tracteur rompt parfois le silence, toutefois, chaque année, à la fin du mois de juin, y est organisé une fête dont les vachettes landaises sont les vedettes principales au même titre que les jeux inter-villages et le bal populaire, pendant trois jours des centaines de visiteurs viendront partager ce paysage bucolique, avant-goût de vacances toutes proches.

L'origine de la commune agricole de Pottes remonte très loin dans le temps. Elle se trouvait le long de la voie romaine qui reliait Audenaerde à Tournai.

Voici terminée notre découverte de la Wallonie picarde, comme vous pouvez le constater l'endroit est loin d'être un désert situé aux confins du Hainaut. Sites enchanteurs, Histoire, gastronomie, fêtes et folklore, il y a tant à découvrir, tant d'agréables moments à partager qu'on peut y venir régulièrement. 

(S.T. juillet 2012).

 

 


30 juil.
2012

09:25

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (9)

Une enclave de Wallonie entre Flandre et France.

Le mois de juillet touche à sa fin, voici déjà notre huitième et avant-dernière balade en Wallonie picarde.

Après avoir été nous balader aux confins orientaux de la région, cette fois, au départ de Tournai, nous mettons le cap plein ouest pour rejoindre une parcelle de terre wallonne enclavée entre Flandre et France, la région de Comines-Warneton, rattachée à la la province du Hainaut et à la Wallonie lors du grand marchandage concernant le rattachement des Fourons au Limbourg (comme dans une cour de récréation de l'enseignement primaire pour ne pas dire maternel, nos ministres d'alors qui n'avaient rien à envier à certains hommes politiques d'aujourd'hui, ont, un jour, décidé pour soi-disant sauver la paix communautaire : "je te donne cela mais tu me rends ceci", triste gestion politique d'un pays où il n'est finalement pas étonnant d'avoir vu la naissance du surréalisme).

La ville de Comines fusionnée avec celle de Warneton (Komen-Waasten en flamand) est une commune à facilités, séparée de la France par un pont jeté sur la Lys. Nous nous y rendons par Mouscron et les villes flamandes de Menin et de Wervick. Regroupant aussi les villages de Houtem, Ploegsteert (et son hameau du Bizet) et Bas-Warneton, la nouvelle entité ainsi créée s'étend sur 61 km2 et compte environ 18.000 habitants dont une majorité de néerlandophones. L'entente entre la population flamande et francophone est excellente, preuve que les "vrais" belges peuvent s'entendre malgré les différences de langue et de mentalité au grand dam de quelques extrémistes qui veulent asseoir leur popularité et surtout se faire élire, par soif de pouvoir et des avantages qui lui sont liés, en créant des dissensions et en semant la discorde là où il n'y en a pas.

Lors du premier conflit mondial, ce petit coin de Wallonie picarde fut le théâtre d'âpres combats qui firent près de 11.500 victimes parmi les troupes britanniques. Depuis lors, de nombreux cimetières anglais et un "Mémorial britannique" inauguré en 1931 dans le village de Ploegsteert commémorent le sacrifice de jeunes sujets de sa Majestée. Ouvrage circulaire composé de colonnes et gardé par deux imposants lions de pierre, le mémorial possède des murs où sont gravés les noms des 11.417 victimes mortes sur le champ de bataille. Ce haut lieu du souvenir est parcouru annuellement par des centaines de visiteurs anglais qui effectuent le pélerinage "In Flander's Fields". Le 11 novembre, un "jogging du souvenir" y est organisé. 

Outre le souvenir de ces héros, Comines cultive également celui de ses rubaniers. La ville se targue, à juste titre, d'avoir été en 1900, la capitale mondiale du ruban. Un musée permet de revivre ce savoir-faire local. Comines avait longtemps vécu de l'industrie drapière qui fit sa prospérité mais qui est disparu au moment du Traité d'Utrecht en 1712. Par la suite, un flamand du nom de Philippe Havyn y installa un métier pour la confection de rubans. De par la qualité de ses ouvriers, cette activité connut un formidable essor et on alla jusqu'à compter 3.500 métiers au début du XXe siècle. Cette industrie fut malheureusement totalement ravagée lors de la destruction de la ville durant la première guerre mondiale. Désormais, on ne compte plus que 250 métiers modernes. Au "Musée de la Rubannerie", les métiers anciens maintenus en état de fonctionner par des bénévoles qui travaillèrent dans le secteur vous permettront de découvrir la confection de ces rubans qui firent la renommée de la cité. 

Autre particularité de Comines, on y skie tous les jours de l'année, non en raison de la présence d'un micro-climat glacial mais bien au centre de ski et de snowboard "Ice Mountain", un complexe qui possède deux pistes couvertes, l'une de 210 mètres de longueur et 30 mètres de largeur réservée aux skieurs chevronnés et une autre pour les débutants et les enfants. La "station" est équipée d'un tire-fesse et de tapis roulants pour amener descendeurs et slalomeurs en haut des pistes. L'enneigement moyen est compris entre 40 et 60 centimètres et la température varie entre -4° et -6°.

A Comines ten Brielen se dresse le moulin exploité jadis par la famille Soete. Le "Moulin Soete", en bois monté sur pivot, haut de trois étages, a été classé en 1978 et continue à moudre les céréales et à produire de la farine. On peut le visiter du 1er mai au 30 septembre. 

On ne peut évoquer Ploegsteert sans parler d'un de ses enfants connus dans les milieux sportifs, enfant, le coureur cycliste professionnel Frank Vandenbroucke (né en 1974) y demeurait à l'auberge tenue sur la place du village par ses parents. Fils de Jean-Jacques et neveu de Jean-Luc, deux coureurs cyclistes, il remporta sa première course à l'âge de 16 ans. Un an plus tard, il devint champion de Belgique des débutants et ensuite des juniors. Il remporta la médaille de bronze au championnat du monde des juniors. Passé professionnel en 1993, il allait remporter durant sa trop courte carrière : Paris-Bruxelles, le Grand Prix de Plouay, le Grand Prix de la Marseillaise, Gand-Wevelgem, le Tour d'Autriche, Paris-Nice, Liège-Bastogne-Liège... Il croisera malheureusement le chemin d'un de ses docteurs miracles qui polluent le sport qui dopent les hommes comme on le fait, hélas aussi, pour les chevaux de course, il connaîtra alors une longue et pénible descente aux enfers jusqu'à sa mort, dans une chambre d'hôtel, lors de vacances au Sénégal, en octobre 2009... il était âgé de 34 ans. 

Le 3e dimanche de juillet, Comines fête la Sainte-Anne par un grand cortège folklorique et carnavalesque auquel prennent part les géants des environs dont Simon le rubanier et Luc le marmouset, c'est la "Fête des Marmousets", ces jeunes apprentis rubaniers chargés d'alimenter les métiers à tisser.

A Comines, le second dimanche d'octobre se déroule "la Fête des Louches", un cortège se forme et traverse le pont pour se retrouver en France dans la communes soeur de Comines France. Là, du haut du balcon de la mairie, des "louches", qu'on dit porte-bonheur, sont lancées dans le public qui se presse au pied de l'édifice municipal. 

A Warneton, le 1er samedi de décembre, une date proche de la fête de Saint-Nicolas, c'est "la fête des Mountches", qui rappelle ces petits moines de Warneton qui, jadis, parcouraient la région à dos d'âne en distribuant des friandises et des pains. Une fête familiale marquée par un cortège de petits moines blancs qui précèdent Saint-Nicolas monté sur un cheval lançant des oranges dans la foule. Après le brûlage d'un mountche sur la place autour duquel enfants et parents déguisés au moyen d'une cape et capuchon blanc font un rondeau au son des fanfares locales, des petites figurines représentant les héros de la fête sont jetées du haut du balcon de l'Hôtel de Ville. 

Pour gagner du temps, on peut revenir vers la cité des cinq clochers en prenant l'autoroute jusqu'à Courtrai et ensuite jusqu'à Froyennes. 

Voici un nouvel itinéraire qui vous pemettra de découvrir un autre coin de la Wallonie picarde.

(S.T. juillet 2012)


28 juil.
2012

10:03

Tournai : expressions tournaisiennes (184)

Coqs in stock !

Orvenant à m'maseon, hier au soir, pa l'rue de l'Madeleine, su l' passache pou piéteons, in face du gardin d'la Reine, j'ai du deonner un queop d'frein pou laicher passer eine poule et ses poussins. Ahais, in plein mitan de no ville on rincontre à l'feos parels volatiles. 

Dins les gardins du Casino (j'dis cha pou faire bin pasque ch'est puteôt ein terrain vague), i-a d'puis bramint d'temps des dizaines de coqs, inciens habitants du parc situé in face. De l'rache que les gins veneot'ent les déposer, i-aveot là ein coq et six poules au mète carré. Parmi eusses, I-d'aveot ein pus malin que l'z'eautes et ein bieau jour i-a réuni tout l'basse-cour. 

"Ichi, ch'est pus possipe, ch'est l'surpopulatieon, i-s'reot pétête temps d'pinser à l'émigratieon" et c'est ainsin qu'eine nuit, pou n'pos s'faire ormarquer, in bande organisée, sans faire de bruit, les coqs ont dévolé. L'traversée de l'avenue de Troyes ne fut pos facile et i-a failli avoir ein véritape massacre parmi les volatiles. Tous les phares des auteos, cha les rindeot loleos et i-feseotent des beonds à chaque feos qu'i-aveot ein queop d'klaxeon. 

Mais, après avoir franchi l'périlleux passache, i-seont infin arrivés sans dammaches, l'nouvieau meonde, l'tierre promise elle éteot là et i-cantèrent tertous à tue-tiête quand l'prumier leur donna le "la". Ichi, i-pouveot'ent berler et caqueter tout à leu n'aisse, dins les ruines de l'incien "Paradise", i-éteot'ent fin bénaisses

Ainsin nos volatiles coulèrent des jours fin tranquilles, jusqu'au matin du deux juillet où on a vu arriver des ouverriers, pou l'arrivée du Tour de France, on a meonté des tentes, on a mis des tonnieaux et des cayères et les coqs qui aveotent l'pépète seont partis s'mucher à l'arrière. 

In face, dins l'gardin d'la Reine, les ceusses qui éteot'ent restés, i-n'ont pos été dérangés, même quand l'caravane publicitaire elle a passé, i-n'd'a pos ein qui s'a inquiété. On les veyeot continuer leu petites implettes, aller au bas de l'résidince Roi Solel cacher après les milettes. Pasqu'i-feaut dire que les habitants du coin seont partagés, si eine mitan adore les intente canter, in pinsant ainsin ête au villache, les eautes i-n'arrêtent pos d'berteonner, surtout quand i-feaut acore aller à l'ouvrache. 

Pou in finir eine feos pou toutes ave ces volatiles, les habitants ont demindé l'arbitrache de l'Ville, mais cha a été l'désolatieon quand Ludivine a dit qu'elle n'aveot pos d'solutieon. Les coqs ch'est comme les indiens qu'elle a déclaré, à chaque feos qu'on vient les inlever, i-a toudis des gins pou in ramener.

In attindant, les poules et coqs continuent à s'amouracher, à peondre et à couver. Dins ein meos, l'nouvelle génératieon va fournir ein fameux batailleon, et on pourreot bin les vir aller coloniser le terrain à l'abandeon du "P'tit Colysée". Les poules seont tell'mint biêtes que j'espère qu'on n'mettra pos dins leu p'tite tiête que si i-feont acore à peine chint mètes, i-veont vir eine maseonnette ave eine leumière toudis allumée où des sortes d'congénères ouèftent pou l'bien d'l'humanité. . 

(lexique : orvenant : revenant / gardin : jardin / bramint : beaucoup / parmi eusses, : parmi eux / se faire ormarquer : se faire remarquer / véritape : véritable / ein queop : un coup / dammaches : dommages / tertous : tous / berler : crier, hurler / bénaisses : contents / ein ouverrier : un ouvrier / des cayères : des chaises / avoir l'pépète : avoir peur / s'mucher : se cacher / les ceusses : ceux / cacher : chercher / les milettes : les miettes / eine mitan : une moitié / intente : entendre / berteonner : râler / toudis : toujours / ein meos : un mois / vir : voir / du verbe ouvrer : travailler).

 (S.T. juillet 2012)

10:03 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

27 juil.
2012

09:10

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (8)

Septième balade en Wallonie picarde, tout le long de la frontière française.

Cette septième escapade en Wallonie picarde sera très courte et nous resterons en permanence à moins de quinze kilomètres de distance de la cité des cinq clochers.

Par la chaussée de Valenciennes qui relie Tournai à la ville nordiste en passant par Saint-Amand-les-Eaux, nous nous dirigeons vers l'entité frontalière de Brunehaut. Le nom de cete commune est apparu lors de la fusion de 1977 au moment du regroupement des communes de Bléharies, Laplaigne, Rongy, Guignies, Hollain, Howardries, Lesdain, Jollain-Merlin et Wez-Velvain. Son territoire s'étend sur 46 km2 et sa population s'élève à environ 8.000 habitants. L'entité de Brunehaut est jumelée avec les villes françaises de Sallenelle et Amfreville situées dans le Calvados et Aubigny-en-Artois dans le Pas-de-Calais.

C'est un monolithe situé à la croisée des chemins reliant Bléharies à Jollain et Hollain à Lesdain, "la pierre Brunehaut" qui donna son nom à l'entité. Ce mégalithe de grès se dresse au milieu des champs. D'un poids de plus de 20 tonnes, il mesure plus de 4 mètres de haut et est enterré de deux mètres dans le sol, ce qui lui fait une hauteur totale de plus de 6m25. Sans l'aide d'une puissante grue, ce menhir ne pourrait être soulevé sans...potion magique !

A Bléharies, on ne manquera pas de visiter l'église Saint-Aybert et d'admirer la maison communale située à proximité, ces deux bâtiments ont été érigés sur des plans d'Henri Lacoste, un architecte dont la biographie est déjà parue sur le blog.

Avant d'arriver à Bléharies, nous avons traversé le village d'Hollain connu dans toute l'Europe pour son "Artifoire" (la foire aux artisans) qui se déroule chaque année durant les jours qui précèdent ou suivent le 21 juillet. Pendant cet évènement qui attire des milliers de visiteurs, la place Verte est occupée par une cinquantaine d'artisans qui, en activité, montre tout leur savoir-faire dans les domaines les plus divers (sculpteurs sur bois, dentellière, souffleurs de verre, tailleurs de pierre, artisans du cuir, graveurs sur verre ou sur bois...). On y trouve également des producteurs de produits de bouche, une exposition de peintres, photographes et dessinateurs locaux, on peut même y déguster, à l'ombre d'un chapiteau ou sous les frondaisons des arbres, les bières artisanales de la brasserie de Brunehaut. Quelques manèges sont le rendez-vous incontournable des enfants. Chaque année, une région du monde est mise à l'honneur, elle y amène ses artisans, son folklore, ses danses, ses chants et ses produits régionaux. En 2012, la Galice (Espagne) a succédé à l'Ombrie (Italie) en 2011, à Varna (Bulgarie) en 2010 ou à la Lettonie en 2009. 

Originaire d'Hollain, le dessinateur Serdu (de son vrai nom Serge Duhayon), professeur durant quarante années en arts plastiques, croque l'actualité depuis plus de cinquante ans et ses dessins ou caricatures humoristiques ont été publiés dans presque tous les journaux et hebdomadaires belges (Pourquoi pas, le Vif l'Express, Télé-Pro, la Dernière Heure ou Trends Tendance). Ce qu'on sait peut-être moins de lui, c'est qu'il est non seulement un des fondateurs de l'Artifoire mais aussi de l'APPER (l'Association de Parents pour la Protection des Enfants sur les Routes), une action initiée après la mort de sa fille ainée âgée de deux ans et demi fauchée sur un trottoir par un automobiliste. Serdu participe chaque année à l'Artifoire d'Hollain, son village, et réalise les portraits des visiteurs qui veulent bien garder la pose pendant quelques minutes. 

Nous quittons Hollain et empruntons une petite route qui serpente dans les pépinières pour parvenir à Lesdain, village qui peut s'enorgueillir du titre de "premier centre wallon de la pépinière de pleine terre" et dont un autre produit a aussi fait la réputation : la fraise. Pourtant à l'époque romaine sont nom de "Landain" désignait une lande, une terre inculte couverte de bruyères située à l'orée d'une forêt. C'est en 1830, à l'époque de la naissance de la Belgique, que les agriculteurs locaux commencèrent à y cultiver des plantes et vingt ans plus tard y entamèrent la culture des arbres fruitiers. Actuellement, le "groupement des pépiniéristes de Lesdain" compte une vingtaine de membres produisant non seulement la célèbre fraise mais aussi les arbres ornementaux et fruitiers. Un circuit pédestre long de six kilomètres vous permettra de parcourir ces étendues d'essences différentes. Chaque année, en septembre, le groupement organise la "Fête de la Rose", une occasion de partir à la découverte du village, de son église néo-romane entièrement fleurie, de ses expositions de roses et de fleurs et d'effectuer une visite des pépinières en petit train touristique ou en chariot. 

Jollain-Merlin résulte d'un ancienne fusion de deux villages appartenant à un même seigneur. En mai y est organisée la "Marche des Fraises".

En quittant Bléharies et en longeant la frontière française, après la traversée d'un bois qui se parent de milliers de jonquilles au printemps, nous parvenons dans le tout petit village d'Howardries, quelques familles y résident autour de l'église Sainte-Marie-Madeleine. Chaque année, en mars, le village est envahi par des milliers de marcheurs venus participer à la "Marche des Jonquilles", un évènement qui connaît une importante notoriété parmi les adeptes du premier sport auquel l'homme peut participer tout naturellement. Pas très loin de l'église coule l'Elnon, un petit ruisseau qui détermine la frontière entre la France et la Belgique, endroit privilégié des fraudeurs au temps où les douaniers pourchassaient encore ceux qui "passaient" de l'alcool, du tabac et autres produits dont le prix était plus avantageux sur l'autre territoire. Le petit village possède aussi l'ancien château et le mausolée des Comtes du Chastel de la Howardries.

En le quittant, nous nous dirigeons vers La Glanerie, autre village frontalier qui jouxte celui de Mouchin en France, là aussi c'est l'Elnon qui représente la ligne de démarcation entre les deux pays. La Glanerie fait partie de l'entité de Rumes. 

Rumes, situé à environ dix kilomètres au sud de Tournai, s'étend sur 23,7 km2 et compte près de 5.000 habitants en regroupant le villages de Taintignies et de La Glanerie. On nomme Rumes, "le village des Machons" (maçons) tant la réputation de ses habitants était grande en matière de savoir-faire en construction de bâtiments. Souvent ouvriers frontaliers, ils ont bâti autant de maisons dans le Tournaisis que dans le Nord de la France. Il y a quelques années, le village s'est doté d'un géant et l'a tout simplement représenté sous les traits de "Gaston, l'machon", celui-ci participe à de nombreux cortèges et cavalcades en Belgique mais aussi en France. Lors de la seconde guerre mondiale, Rumes a été déclaré "premier village belge libéré", en effet, le 2 septembre 1944, à La Glanerie, c'est en franchissant le petit pont sur l'Elnon que le premier motocycliste américain a fait une brève incursion sur le territoire belge, le lendemain les troupes américaines entraient dans le pays et libéraient Rumes avant de se diriger vers Tournai. Depuis 2009, à proximité de l'endroit où il est entré, au carrefour de la route menant à Howardries, un motard de l'armée américaine, oeuvre du sculpteur Eric Dupon de Haringue, semble scruter les alentours pour s'assurer que tout est calme. 

Sur ce même site de l'Elnon, se tient à la mi-août, "la Fête de la Moisson à l'ancienne", durant laquelle hommes, chevaux, anciens tracteurs et ancêtres des batteuses modernes transportent les visiteurs quelques décénnies en arrière et rappellent qu'à cette époque d'avant la mécanisation à outrance, c'était un moment de vie important du village, le point d'orgue d'une saison de culture, auquel tout le monde participait.

Quelques semaines plus tard, à la fin du mois de septembre, Rumes organise la "Fiête d'el Penn'tière d'ichi" (la fête de la pomme de terre de chez nous) au cours de laquelle on peut déguster des plats à base de cette tubercule, assister au cortège carnavalesque emmené par Gaston, l'Machon, participer à un souper campagnard et à un bal champêtre et visiter l'église Saint-Pierre, de style néo-roman, reconstruite en 1784, appartenant jadis à l'abbaye de Saint-Amand, dont le choeur gothique conservé, abrite le "mausolée des comtes de Beauffort", seigneurs du lieu, un des membre ayant été le conseiller de Charles-Quint. 

En reprenant la Nationale venant de Douai et Orchies en France, nous regagnons la cité des cinq clochers après cette brève mais enrichissante balade dans ce petit coin de Wallonie picarde.

(je remercie Jacqueline D. et Jean Luc D. pour des précisions reçues en ce qui concerne une info erronée)

(S.T. juillet 2012)

25 juil.
2012

09:10

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (7)

Sixième balade en Wallonie picarde, de la "cité princière" au "pays des iguanodons". 

Notre balade nous emmène, tout d'abord, à une dizaine de kilomètres à l'est de Leuze-en-Hainaut, à la découverte de Beloeil aussi appelée la "cité princière".

La commune s'étend sur 61,5km2 et compte un peu plus de 13.700 habitants. Elle regroupe, depuis 1977, les villages d'Aubechies, Basècles, Ellignies-Sainte-Anne, Grandglise, Quevaucamps, Rameignies, Stambruges, Thumaide et Wadelincourt. La cité est jumelée avec Crosne en France, Schotten et Bogen en Allemagne, Maybole en Ecosse, Arco et Rocella Jonica en Italie, Ozymek en Pologne et Tymarov en Tchéquie.

Beloeil doit son titre de cité princière à la présence en son centre du château des Princes de Ligne, propriété de cette famille depuis le XIVe siècle, érigé au milieu d'un parc de 25 hectares. D'abord forteresse médiévale, l'édifice est devenu par la suite un château de plaisance. Demeure princière, plans d'eau et parc à la française font un ensemble qui peut lui valoir le titre de petit Versailles à la belge. Lors de sa visite, vous pourrez admirer du mobilier datant des XVI et XVIIe siècles, une bibliothèque riche de plus de 20.000 ouvrages, des tableaux représentants les membres de la famille princière...

Au printemps, les différentes salles, l'imposante montée d'escalier et les plus petits salons s'ornent d'Amarillys dans de prestigieuses compositions florales. Pendant neuf jours, le château est métamorphosé par des dizaines de créations, de bouquets, aux couleurs vives et changeantes exhalant des senteurs spécifiques. 

Une fois par an, au mois d'août, du parc s'envolent les notes de la "Nuit musicale", un évènement qui attire des milliers de visiteurs. Sept scènes réparties dans le domaine sur lesquelles évoluent trois cents musiciens vous font la surprise d'un concert, d'une interprétation en solo, de quelques chants, au détour d'un chemin, sous une frondaison, au bord d'un plan d'eau. Dédiée chaque année à un compositeur, la nocturne se termine en apothéose dans un somptueux feu d'artifice.

Pas bien loin de Beloeil, le village d'Aubechies vous propose la visite de son "Archéosite", parc archéologique à ciel ouvert, transportant les visiteurs bien au-delà du début de notre ère. Le parcours où sont reconstituées les structures préhistoriques, protohistoriques et gallo-romaines, vous permettra de circuler du néolithique à l'âge de bronze et de fer par la reconstitution fidèle, non seulement de l'habitat de nos ancêtres mais également au travers du travail réalisé par des figurants en costumes d'époque. Une villa gallo-romaine, un temple, une nécropole, une péniche gallo-romaine, un atelier de taille de silex, un grenier à grains, l'atelier du bronzier, la forge sont parmi beaucoup d'autres des points qui jalonneront votre itinéraire dans le parc. Des démonstrations de ce savoir-faire ancestral complètent votre visite.

Le village de Quevaucamps, aussi appelé la "cité des Bonnetiers", fut d'abord un village d'extraction de la pierre. A l'extinction de cette activité, vers le milieu du XIXe siècle, l'activité bonnetière a pris le relais, on a compté jusqu'à 150 bonneteries au milieu du XXe siècle qui procurait de l'emploi à près de 1.500 personnes. Il n'en reste désormais plus que deux en activité. Le rappel de ce riche passé industriel est présent au "Musée de la Bonneterie", établi depuis 1988 dans les bâtiments de l'ancienne gare. 

Commune voisine, Basècles, est appelé, par ses habitants, "l'pus bieau des villaches" (le plus beau des villages, comme quoi on n'est jamais mieux servi que par soi-même). Elle possède son "Musée de la Pierre et du Marbre", situé sur la Grand'Place. Il rappelle le travail des carriers, tourneurs, polisseurs, chaufourniers... autant d'emplois qui ont fait la richesse locale. Si on ne peut le comparer à ceux de Binche, de Malmédy ou d'Alost, le "carnaval de Basècles", remis à l'honneur en 1980, par le groupe des "crocheux à l'tonne" attire chaque année des milliers de spectateurs venus de Wallonie picarde, de la région montoise et du Nord de la France voisin. Dans une série d'articles consacrés aux jeux populaires dans le Tournaisis, j'ai déjà évoqué le crossage (ou crochage), je vous invite à vous y référer. 

Stambruges, situé au sud de Beloeil et à l'est de Quevaucamps, est un village de maisons de pierre régroupées autour de l'église Saint-Servais (érigée en 1831) possédant la particularité de présenter un clocher à bulbe, extrêmement rare dans nos régions. Inscrite au patrimoine majeur de Wallonie, la "Mer de Sable" est une réserve naturelle de landes séches, de tourbières et de bruyères, elle a jadis pris la place d'un étang de 40 hectares désormais asséché. Le nom de Stambruges signifie "étang des bruyères". Lieux de promenade, les entités de Stambruges et de Grandglise sont à moitié couvertes par la forêt.

Aux confins orientaux de la Wallonie picarde, la commune frontalière de Bernissart s'étend sur 43,1 km2 et compte environ 11.700 habitants par le regroupement des villages de Blaton, Harchies, Pommeroeul et Ville-Pommeroeul. Tout comme à Aubechies (et voilà sans doute la raison pour laquelle nous avons groupé les deux entités de Beloeil et Bernissart), les amateurs d'archéologie ne seront pas déçus. On appelle Bernissart, la "cité des iguanodons" depuis qu'en 1878, au fond de la fosse Sainte-Barbe, des mineurs ont découvert un véritable cimetière de ces dinosaures herbivores vivant à l'époque du crétacé. Pas moins de trente squelettes furent mis à jour à plus de trois cent mètres de profondeur. Bernissart possède un musée de géologie, justement nommé "Musée de l'iguanodon", où on peut voir, outre des minéraux et des fossiles, ces gigantesques animaux dont le squelette a été reconstitué. 

A proximité de la fosse Sainte-Barbe, on découvre les vestiges d'un bâtiment autrefois appelé "la machine à feu". Celle-ci servait à pomper l'eau qui envahissait les galeries des mines. C'est un édifice impressionnant, haut de 14 mètres, aux murs d'une épaisseur d'un mètre, racheté en 2005 par l'administration communale bernissartoise et dont la visite a été intégrée aux circuits qui sillonnent le Parc naturel des plaines de l'Escaut. La machine à feu est un des derniers témoignages de l'activité minière de cette région jouxtant le Borinage, elle appartenait à la compagnie des Mines d'Anzin (dans le Nord de la France). 

Pommeroeul est connu dans la région pour son "cron clocher" (clocher qui penche), celui de l'église Notre-Dame, il ne s'agit nullement d'une impression d'optique, résultat d'un effondrement minier ou d'une erreur à la construction ?

Le village d'Harchies est reconnu pour sa zone marécageuse, situé au sein du site Natural 2000 d e la vallée de la Haine, celle-ci appelée "Marais d'Harchies" occupe 568 hectares de prairies inondées suite à des affaissements miniers. Paradis des ornithologistes, les marais abritent près de 270 espèces d'oiseaux nicheurs (canards colvert, grèbes, grand cormoran, hérons cendrés...) et migrateurs (aigrettes, cigognes blanches, oies cendrées, busards...), une quantité d'insectes dont plusieurs espèces de libellules et des plantes rares. 

La particularité du village de Blaton est sa ducasse qui a lieu le 31 octobre avec ses attractions foraines et ses commerces ambulants. La tradition veut que c'est le jour où les maris offrent du pain d'épice à leur épouse pour se faire pardonner les petites (ou grosses) fredaines de l'année écoulée. Comme dans un conte de fée, à minuit tout s'arrête, lumières et flonflons s'éteignent, c'est le jour de la Toussaint dans quelques heures les couples iront fleurir les tombes des défunts ou participer à l'office à l'église de Tous les Saints.

(S.T. juillet 2012)

 

23 juil.
2012

09:03

Tournai : "capitale" de Wallonie picarde (6)

Cinquième balade en Wallonie picarde : du Pays Blanc à la cité des sources.

Voici déjà la cinquième balade que je vous propose à la découverte de ce bout de terre du Hainaut, la Wallonie picarde.

A l'Est, aux portes de la cité des cinq clochers, commence à affleurer le banc calcaire du Tournaisis,  celui-ci a donné naissance au "Pays Blanc", la poussière de la pierre à chaux recouvrant les arbres et les habitations jusqu'à leur donner, jadis, une perpétuelle impression hivernale. Afin d'éviter de traverser les champs d'extraction de la pierre et de nous mêler à la circulation de dizaines de camions qui viennent s'y approvisionner chaque jour, nous quitterons Tournai par la chaussée de Saint-Amand, jusqu'au village de Bruyelle, dont le nom signifie "petite Bruyère", entourant son église Sainte Rictrude. De là, nous gagnerons Antoing, la "capitale du Pays Blanc", au coeur d'une région où vécurent les "roctiers", ces gens qui travaillaient à "l'roque" (la carrière), des hommes costauds, aux traits rudes, aux visages burinés, aux mains calleuses, habitués à manier la masse, des hommes au grand coeur et à l'esprit de solidarité fort développé. 

Sur l'Escaut, Antoing est situé à environ cinq kilomètres de Tournai. La ville s'étend sur 31,1 km2 et compte environ 7.700 habitants. Elle regroupe, depuis la fusion des communes, les villages de Bruyelle, Calonne, Fontenoy, Maubray et Péronnes-les-Antoing.

L'élément touristique principal de la cité est, sans conteste, le château des Princes de Ligne, édifice féodal qui domine la vallée du Haut-Escaut, gardien aux murailles fortifiées du XIIe siècle, possédant un bolwerk (bastion fortifié) à son entrée. Dans l'Histoire, il a été propriété de trois familles, la Maison Antoing du VIIIe siècle au milieu du XIVe siècle, la Maison de Melun qui lui succéda et l'occupa jusqu'à la fin du XVIe siècle, après une alternance entre les de Melun et les de Ligne, le château devint la propriété à part entière des Princes de Ligne en 1725.

En 1971, le réalisateur belge Jean Brismée y tourna un film d'horreur qui porta plusieurs titres suivant les lieux de diffusion : "La plus longue nuit du diable", "Au service du diable" ou encore "Castle of death" ave Erika Blanc, Jean Servais, Colette Emmanuelle, Daniel Emilfork...

Un évènement plus heureux est le récent mariage intervenu en 2009 entre le prince Edouard Lamoral, Rodolphe de Ligne La Trémoille et la belle actrice italienne Isabella Orsini, les habitants vécurent un conte de fée comparable à ceux que la principauté de Monaco nous a si souvent habitués. 

L'Hôtel de Ville date du XVIe siècle, il a été plusieurs fois remanié et restauré au XXe siècle.

Haut lieu de l'extraction de la pierre, c'est tout naturellement que la commune a vu s'ouvrir le Musée de la Pierre.

Les amateurs d'archéologie seront comblés par la découverte, au hameau de Guéronde, d'un tumulus à tambour, avec enclos funéraire, datant du premier ou du second siècle de notre ère. 

De juin à août, la commune d'Antoing organise le "Concours des façades et jardins fleuris, du Potager ou de l'objet insolite" tandis que chaque troisième week-end de septembre se déroule la "Fête des Courges".

A quelques kilomètres d'Antoing, le village de Fontenoy est célèbre par la bataille qui s'y déroula le 11 mai 1745, lors de la guerre de succession d'Autriche. Face à face, on retrouva les troupes françaises de Louis XV placées sous le commandement du Maréchal de Saxe, troupes estimées à 47.000 hommes et les armées du Royaume de Grande-Bretagne, des Provinces Unies, de l'Electorat de Hanovre et de l'Archiduché d'Autriche commandées par William de Cumberland, fortes de 51.000 hommes. La tradition veut que ce serait au cours de cette bataille que fut prononcée la célèbre phrase : "Messieurs les Anglais, tirez les premiers !". La victoire revint aux troupes françaises. Une croix celtique érigée au centre du village rappelle cette célèbre bataille à laquelle participèrent des soldats irlandais. 

Aux portes d'Antoing, on trouve un bien étrange village Maubray, un lieu où a sévi le "Maugré" ou "haine de cense", pratique largement répandue dans notre région agricole jusqu'au XXe siècle. Elle consiste en des représailles menées par des villageois prenant la défense d'un agriculteur qui a perdu ses terres au profit d'un nouveau locataire qui a offert un prix plus élevé. Le maugré peut prendre la forme de simples sabotages ou des attaques de bétail, jusqu'à des violences physiques, des incendies de granges ou de fermes et même des assassinats. L'expression vient de "mauvais gré" qui traduit l'état dans lequel le cultivateur quitte une exploitation qu'il a fait prospérer à la sueur de son front pour laisser la place à un autre qui profitera de son labeur. Un téléfilm tourné, il y a une quarantaine d'années, par la RTBf et interprété par de nombreux habitants du village, dont l'ancien bourgmestre, Maurice Brabant, relate cette tradition au travers de l'histoire de Louis Lacquement, dit le Curé des pourceaux, condamné, par la vindicte populaire, et exécuté pour un acte de mauvais gré dont il se déclarait innocent. 

Jouxtant Antoing et Maubray, Péronnes-les-Antoing se trouve à la jonction du canal vers Blaton-Nimy et de l'Escaut. Le village est principalement connu pour son "grand large", un vaste plan d'eau qui attire de nombreux promeneurs à la belle saison avec son centre ADEPS pour apprentissage de la voile, un port de plaisance pour la navigation fluviale et de nombreux chemins de promenade dans la nature. En juin 1980, c'est là que fut donné le départ des festivités marquant le 150e anniversaire de la Belgique en présence du roi Baudouin et de la reine Fabiola. le long du canal, le petit aérodrome voit l'envol régulier de planeurs qui survolent cet écrin d'eau et de verdure.

En évoquant le village de Calonnes, pays de roctiers, on se rappellera qu'Edmond Dubrunfaut y vécut à partir de 1922. Ce peintre né en 1920 et décédé en 2007 est aussi l'auteur de dessins, d'aquarelles, de tapisseries. Adepte du réalisme expressif, on lui doit, dans notre région, les visages ornant le rond-point de Bruyelle, la décoration du passage souterrain de la gare de Tournai. Il était parmi les fondateurs du Musée de la Tapisserie de Tournai. 

Nous poursuivons notre itinéraire, en repassant par Maubray, nous rejoignons Callenelle, un village mondialement connu grâce à l'usine SALUC, fabricante de boules qui équipent les billards du monde entier, nous traversons Wiers, village frontalier dont la "distillerie du Centenaire" produit depuis 1894, un apéritif de qualité fait à partir de plantes amères sélectionnées et de fruits dont des écorces d'orange séchées, l'Amer Labiau, un breuvage corsé et délicieux à boire avec la plus grande des modérations.

Nous arrivons à Péruwelz aussi appelée la "cité des sources" dont la plus importante est située dans le parc communal à proximité de la Grand'Place. A chaque heure du jour, on y voit arriver de nombreuses personnes originaires de la localité, des environs mais aussi de la France toute proche, venues y remplir des dizaines de bouteilles et même des jerricans de cette eau très pure et... gratuite. La ville de Péruwelz, cité frontalière à quelques kilomètres de sa voisine du Nord de la France, Condé-sur-Escaut, s'étend sur 60,6 km2 et compte une population d'environ 17.300 habitants. Elle regroupe neuf villages : Baugnies, Bonsecours, Braffe, Brasménil, Bury, Callenelle, Roucourt, Wasmes-Audemetz-Briffoeil et Wiers. Elle est jumelée avec les villes françaises de Jaunay-Clan, Paray-Vieille-Poste, Revest du Bion et avec la ville américaine de Brewton. 

Sur la route qui mène à la frontière et à Condé sur Escaut, nous traversons le village de Bonsecours dont la basilique de Notre-Dame de Bonsecours, édifice néo-gothique, situé au sommet d'une élévation, domine la région, lieu d'un pélerinage. Autour de celle-ci l'importante forêt qui s'étend des deux côtés de la frontière, est composée de la forêt domaniale et du massif de l'Hermitage. On ne manquera pas de s'y promener et de visiter la Maison du Parc inaugurée en 2001 qui vous fera découvrir la vie forestière sous tous ses aspects. Péruwelz est au coeur du "Parc naturel des plaines de l'Escaut" qui débute à l'est de Tournai et couvre toute la région frontalière jusqu'aux portes du Borinage. 

La ville est le lieu de naissance, en 1893, du compositeur Jean Absil (décédé en 1974), Prix de Rome, Prix Rubens, chef du groupe la Sirène, il composa le concerto pour piano imposé lors de la première édition du concours Eugène Isaye de 1938, qui deviendra par la suite, le Concours Reine Elisabeth de Belgique. Jean Absil sera également directeur de l'Académie d'Etterbeek et professeur à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth. 

En revenant sur nos pas et en jetant un dernier coup d'oeil à la Grand'Place de Péruwelz dont les travaux de rénovation viennent d'être terminés au printemps 2012, nous reprendrons l'autoroute à destination de Tournai bouclant ainsi notre cinquième visite, un circuit d'une cinquantaine de kilomètres, à la découverte de ce beau pays qu'est la Wallonie picarde.

(S.T. juillet 2012)




21 juil.
2012

09:12

Tournai : expressions tournaisiennes (183)

Beonne fiête aux Walleons, aux Flaminds et aux germanophones de Belgique !

Soyez rasseurés mes gins, je n'vas pos ichi l'faire leonque ein jour de fiête nationale. Ahais, le 21 juillet à nous eautes, ch'est l'quatorze juillet d'nos amisses français.

Je m'sus dit qui n'aveot pos que l'roi Albert II qui pouveot faire ein discours à ceulle occasieon, après tout, ch'est l'fiête de tous les Belges (Walleons ou Flaminds qui n'se bouffe'tent pos l'nez pou des crottes de tchiens).

Adeon, chers lecteurs et lectrices de m'blog, Mi l'Optimisse j'vous salue bin (comme dit l'roi : "A tertous présints ou à venir, salut").

Cha fait asteur pus d'chinq ans que vous lisez à l'fin de l'sémaine mes cacoules d'innochints d'Bornibus. Ch'est vrai, ch'est des cacoules, i-n'a pos d'eautes meots, vous avez d'jà adveiné qu'Edmeond et Fifinne, Bébert, Edgard et Irma et bramint d'eautes dont j'vous ai parlé n'existent pos (j'vas ichi faire des déçus pasqu'i-d'a qui pinseot'ent s'ête orconnus). I-seont sortis tout dreot de m'tiête (feaut dire qu'i-d'a dins l'tiête d'une seot). Beon, ch'est vrai, ch'est pétête des gins à qui j'ai deonné l'vie (j'vous avoue ichi que j'ai accouché de tous ces albrans, j'sus leu père spirituel) mais j'sus bin seûr que des gins ainsin vous in rincontrez à l'feos.

Tenez, Edmeond et Fifinne, cha m'rappelle ein couple que j'veyos toudis au terrain du Racing, (du temps où l'fotbal i-f'seot acore orcette à Tournai), on n'peut pos dire qui cracheot'ent dins leu verre, i-éteotent toudis à l'tiête de l'ein l'eaute, l'soir on les intindeot berdéler tout l'leon du qu'min qui meneot à leu maseon. 

Edgard et Irma, on les veot surtout l'saim'di su l'marché de l'Grand'Plache, toudis l'ein derrière l'eaute, l'feimme toudis in avant comme pou ouvrir l'quémin et l'heomme qui suit, l'tiête baissée, comme ein p'tit tchien. A l'feos, elle s'ortourne et d'minde à s'mari : "Quoisque te pinses, cha n'a pos l'air tchier ichi", li, i-répeond pa ein signe de tiête, i-sait bin que s'feimme elle a toudis raiseon et qu'elle se fout pos mal de s'n'opinieon. I-n'in mouf'te jamais eine comme cha i-est seûr d'avoir la paix dins l'ménache, on n'va pos commincher à disputer à leur âche

Bébert, ch'est l'garcheon beon vivant, on l'veot à tous les coins d'rues, ave s'véleo et s'cabas, ch'est l'tournisien in plein, i-n'a pos s'lanque dins s'poche mais i-n'sait pos dire deux meots d'français à l'suite de l'in l'eaute. Quand i-rinconte eine perseonne bin plachée, i-s'sint obligé d'mette s'lanque de diminche, i-d'vient eine bieau parleu avec, comme i-dit toudis, eine belle parlementature, mais i-fait pis que mieux. Bébert, i-donn'reot s'quémisse à ein pus malhureux qu'li, i-fait toudis les commissieons des vielles perseonnes sans famile in espérant eine pétite écapure. L'pièche, i-va l'deonner à ein qui mindie à l'porte des églisses et i-s'ra bénaisse pasqu'i-ara fait deux hureux

J'ai voulu ainsin rinte hommache à toutes ces p'tites gins sans qui l'vie elle ne s'reot pos parelle, des gins qui veont souvint nous moutrer qu'on est toudis pus près du caniveau que du mitan de l'route et qui n'feaut jamais s'croire sorti du tonnieau d'Jupiler comme direot Bébert qui fait toudis confusieon ave l'cuisse de Jupiter. I-n'a jamais su dire : "la roche tarpéienne est proche du Capitole", i-a toudis pinser que ch'éteot ein villache flamind près d'Bruxelles !

Allez, j'vous souhaite à tertous eine beonne fiête nationale.

(lexique : l'faire leonque : durer longtemps / ceulle : cette / des crottes de chiens : déjections canines, signifie ici des choses sans importance / tertous : tous / adeon : donc / asteur : maintenant / mes cacoules d'innochints d'Bornibus : expression désormais peu utilisées qui signifie : des mensonges, des histoires inventées / adveiné : deviné / bramint : beaucoup / tout dreot : tout droit / seot : sot / pétête : peut-être / à l'feos : parfois / orcette : recette / berdéler : rouspéter / l'leon du qu'min : le long du chemin / tchier ou tcher : cher / moufter : dire / commincher : commencer / âche : âge / s'cabas : son sac à provisions / s'lanque : sa langue / ein bieau parleu : un beau parleur / s'quémisse : sa chemise / famile : famille / eine écapure : une gratification, un pourboire / l'pièche : la pièce / bénaisse : content / hureux : heureux / moutrer : montrer / toudis : toujours /  l'mitan : la moitié).

(S.T. Juillet 2012)


09:12 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : tournai, patois, picard |

20 juil.
2012

09:16

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (5)

Quatrième balade en Wallonie Picarde, en guise de mise au vert.

Nous quittons Tournai, à nouveau par la Nationale7, nous bifurquerons vers la droite entre Ath et Enghien car, dans le prolongement du Pays Vert, se situent trois entités rurales mais aussi résidentielles, bon nombre de leurs habitants travaillant en effet à Bruxelles ou à Mons

La première commune que nous visiteront s'étend entre Ath et Enghien, Silly regroupe sept villages : Bassily, Fouleng, Gondregnies, Graty, Hellebecq, Hoves et Thoricourt pour une superficie totale de 67,7 km2 et une population d'environ 8.200 habitants. 

La commune est connue des mélomanes par son "Printemps musical" qui, depuis 1990, se déroule tous les deux ans, de mars à juin, biennale regroupant de jeunes musiciens amateurs et des professionnels de la musique venus transmettre leur art aux débutants. Les concerts ont lieu dans le cadre du château, des églises et parfois même dans la propriété d'un particulier. 

Dans le village de Thoricourt sé déroule, chaque année, en août, le festival intitulé "Théâtre au Vert", des spectacles tout public sont présentés par différentes troupes de comédiens dans des lieux exceptionnels, situés en pleine nature, comme à la ferme du Caillou, à la ferme de la Motte ou sous le chapiteau des Balladins du Miroir, fidèles du festival. 

On ne quittera pas la commune sans avoir goûté une des nombreuses bières brassées par la Brasserie de Silly. Celle-ci existe depuis 1850, tout d'abord au sein d'une grosse ferme dans laquelle on brassait l'orge et le houblon, "la Cense de la Tour" et actuellement dans des locaux de brasserie à part entière, on y produit la Double-Enghien, la Saison et le Scotch de Silly, la Divine et bien d'autres spécialités. 

Plus au Sud, jouxtant la ville d'Ath, Brugelette nous accueille. Commune s'étendant sur 28,5 km2, elle compte un peu plus de 3.500 habitants et regroupe les villages d'Attre, Cambron-Casteau, Gages et Mevergnies. 

La commune a longtemps vécu à l'ombre de sa sucrerie dépendant de la Raffinerie Tirlemontoise, véritable manne financière pour le budget communal, elle procurait encore de l'emploi pour une septantaine de personnes au moment de sa fermeture définitive en 2008, les bâtiments ont, depuis lors, été rasés.

Indéniable centre touristique de Brugelette, le village de Cambron-Casteau attire chaque année quelques centaines de milliers de visiteurs grâce au parc "Pairi Daiza" (le jardin clos en persan), appelé lors de sa création en 1993 "Paradisio". Si ce parc contribue à la sauvegarde d'espèces menacées, il n'est pas un jardin zoologique dans le sens strict du terme. C'est la reconstitution fidèle des lieux de vie des animaux et l'impression de liberté dans laquelle ils semblent évoluer qui font toute son attractivité. En le parcourant, on pénètre dans d'immenses volières où est reconstitué le biotope des oiseaux qu'elles accueillent. La visite de l'île aux gibbons, du jardin zen japonais, du royaume de Ganesha avec son temple des fleurs, ses éléphants, ses rizières, le vol des rapaces, le monde de la nuit des chauves-souris et autres nocturnes, la découverte d'un coin d'Afrique... tout contribue à dépayser le visiteur. Le parc est situé sur le domaine de l'ancienne abbaye cistercienne de Notre-Dame de Cambron fondée en 1148 et supprimée par les révolutionnaires en 1789, abbaye dont on peut encore voir la tour de l'abbatiale mais aussi le château construit par les comtes de Val Beaulieu après sa disparition.

Pas bien loin de Brugelette, le village d'Attre possède un magnifique château du XVIIIe siècle, de style néo-classique, entouré de son parc, un ensemble classé au patrimoine majeur de Wallonie. 

Quittons Brugelette et traversons la chaussée qui relie Ath à Mons pour arriver à Chièvres, une commune de 47km2 comptant environ 6.700 habitants, son nom latin "Cervia" désignait un lieu où se trouvait alors des cerfs et du gibier forestier, probablement une région de forêts profondes. La commune regroupe, depuis le 1er janvier 1977, les villages de Grosage, Huissignies, Ladeuze, Tongres Saint-Martin et Tongres Notre-Dames. Chièvres est connu par les passionnés d'aviation puisqu'il s'y trouve une base de l'Otan, construite par les... Allemands en 1917 et devenue après la première guerre mondiale, base de la Force aérienne belge avant d'accueillir l'alliance atlantique. On ne manquera donc pas d'y visiter le Musée international de la Base de Chièvres ouvert depuis 2003. 

Dans le village de Tongres Notre-Dame, la basilique est un haut lieu de pélerinage en province du Hainaut. On raconte que le 1er février 1081, le seigneur du lieu vit apparaître la Vierge dans son jardin. Au moment où cette apparition s'éteignit, il découvrit à l'endroit même une statuette que le curé du village fit placer dans l'église. Par deux fois, la statuette se retrouva dans le jardin du  seigneur enveloppée de lumière et de musique. A partir de 1093, le lieu attira de nombreux pélerins. La statue de Notre-Dame de Tongres est en bois sculpté, représentant la Vierge assise, tenant sur ses genoux, un Jésus adulte. Chaque année, la nuit du 1er au 2 février, une procession aux flambeaux est organisée, des centaines de pélerins venus de Belgique et de France y participent. 

Relevons encore que dans le village de Mevergnies est née la comédienne Emilie Dequenne, révélée par la film "Rosetta" des frères Dardenne pour lequel, elle reçut le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 1999. Depuis lors on a pu la voir dans "le Pacte des Loups", "La femme de ménage", "Mariées, mais pas trop", "L'équipier" et bien d'autres longs métrages avant de tenir le rôle principal dans le film "A perdre la raison", présenté en 2012 à Cannes et pour lequel elle fut une nouvelle fois primée. Excellente comédienne, elle a aussi tourné dans huit téléfilms et interprété des rôles au théâtre.  

Voici encore un itinéraire qui permet de passer une excellente journée de détente en Wallonie picarde.


(S.T. juillet 2012)



18 juil.
2012

09:05

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (4)

Troisième balade en Wallonie picarde, vers le Pays Vert.

Nous voici déjà au rendez-vous de notre troisième escapade à la découverte de la Wallonie picarde. Au départ de la cité des cinq clochers, nous allons emprunter la Nationale 7 (bien différente de celle chantée par Charles Trenet). Après vingt kilomètres, nous la quitterons pour entrer dans la première ville que nous visiterons.

Leuze-en-Hainaut, aussi appelée "la cité bonnetière" en raison de l'activité textile qui s'y développa jadis mais qui est aujourd'hui presque disparue, portait, en langue latine, le nom de Lutosus qui désigne un endroit marécageux. La ville s'étend sur 73,5 km2 et compte un peu plus de 13.500 habitants. Depuis la fusion des communes intervenue en 1976, elle regoupe les villages de Chapelle à Oie, Chapelle à Wattine, Blicquy, Gallaix, Grandmetz, Pipaix, Thieulain et Willaupuis. 

Au coeur de la cité, on visitera la collègiale Saint-Pierre, érigée en 1745 et aussi un endroit extraordinaire pour les passionnés d'automobiles, le Musée Mahymobile, créé en 1997 dans les bâtiments d'une ancienne bonneterie. Celui-ci totalise plus d'un millier de véhicules de toutes les époques retraçant l'histoire de l'automobile du début du XXe siècle à nos jours. On peut aussi y découvrir une salle réservée à des collections de miniatures.

La ville de Leuze-en-Hainaut est jumelée avec celles de Loudun en France, Carencro aux USA et Ouagadougou au Burkina Faso.

Un autre musée nous attend dans le village de Pipaix, le Musée des 18 jours commémore les évènements de la seconde guerre mondiale et les hauts faits de la résistance dans la région.

Les connaisseurs du breuvage national qu'est la bière connaissent les brasseries leuzoises : la brasserie Dubuisson à Pipaix qui brasse notamment la Bush, la brasserie Dupont à Tourpes, créatrice de la Moinette et de la Saison-Dupont et la Brasserie à vapeur à Pipaix qui produit la Saison de Pipaix, la Vapeur en folie et même la Vapeur...cochonne ! Toutes ces bières sont à déguster avec modération !

Comme nous n'avons pas abusé de la dive bouteille, nous pouvons reprendre la Nationale 7 et nous diriger à une dizaine de kilomètres plus au Nord pour parvenir à Ath, "la cité des Géants", aussi dénommée la "capitale du Pays Vert". La ville, située sur la Dendre, et les communes fusionnées en 1976, occupent 127 km2 et comptent environ 28.600 habitants. Depuis le 1er janvier 1977, Ath regroupe donc Arbre, Bouvignies, Gibecq, Ghislenghien, Houtaing, Irchonwelz, Isières, Lanquesaint, Ligne, Maffle, Mainvault, Meslin l'Evêque, Ormeignies, Ostiches, Rebaix, Villers Notre-Dame et Villers Saint-Amand. 

Notre promenade en ville nous amènera au pied de la Tour Burbant, donjon anglo-normand du XIIe siècle, bâtiment carré de 14 mètres de côté dont les murs ont une épaisseur approximative de 4 mètres. On peut y voir les vestiges de l'enceinte communale du XIVe siècle. Sur la Grand'Place, l'Hôtel de Ville date du XVIIe siècle, pas bien loin, l'église Saint-Julien, consacrée au début du XVIe siècle fut détruite par un incendie en 1817, elle a été reconstruite, quelques années plus tard, sur des plans de l'architecte athois Gabriel François Florent. 

Chaque année les Athois vivent au rythme de "leur" ducasse, évènement folklorique inscrit au patrimoine oral et immatériel de l'humanité. Celui-ci se déroule entre le 4e dimanche du mois d'août et le 8 septembre. Les points d'orgue sont le mariage de Mr et Mme Goliath (Gouyasse en athois), lors de vêpres qui se déroulent, en l'église Saint-Julien, le samedi après-midi. L'union sans cesse renouvelée de ces deux géants, symboles de la cité précède le combat entre David et Goliath, devant l'hôtel de ville, moment attendu par les habitants car si le jeune berger David parvient à terrasser le géant Goliath en lançant, à un mètre de distance, une balle dans la petite ouverture pratiquée dans le panier pour la vision du porteur, ce sera une année de bonheur pour la cité ! Le lendemain, des milliers de visiteurs venus de Belgique, de France mais aussi de pays lointains envahiront les rues de la ville pour assister au "cortège des Géants", ceux-ci sont portés et dansent devant une foule considérable qui jette des pièces de monnaie afin d'encourager et de remercier les porteurs de leur offrir ce moment de pur bonheur attendu depuis 365 jours ! 

Si vous participerez un jour à la ducasse d'Ath, vous ne manquerez pas de déguster la spécialité, uniquement fabriquée à cette occasion, la "tarte à masteilles" (macarons) que les vrais athois accompagnent toujours d'un verre de vin de Bourgogne.

La ducasse se temine par le Grand Prix de la ville d'Ath de balle pelote, appelé le 8 de septembre, suivi par plusieurs centaines d'amateurs de ce sport si populaire dans notre région, Chapelle à Wattine ayant eu une des meilleures équipes nationales dans le courant du XXe siècle. 

Dans les environs, de nombreux villages attirent notre attention, ils sont disséminés dans une nature verdoyante et offrent, au-delà de leurs paysages enchanteurs, quelques attraits touristiques non négligeables comme le "calvaire avec sa mise au tombeau du Christ", récemment rénové, au sommet du Mont de Mainvault, le Mausolée d'Oultremont à Houtaing de style néo-gothique flamboyant, le Moulin de la Marquise à Moulbaix, moulin à vent rénové en 2006, toujours en activité ou le Blanc Moulin d'Ostiches construit en 1789 et restauré au XXe siècle. 

A une vingtaine de kilomètres au Nord d'Ath, toujours le long de la Nationale 7, la ville d'Enghien (Edingen) ou "cité d'Arenberg" est une autre commune à facilités de notre région bordant la frontière linguistique. Elle s'étend sur une superficie de 40,6 km2 et compte un peu plus de 13.600 habitants. Elle regroupe les villages de Marcq et son hameau de Labliau et de Petit-Enghien. 

Si vous êtes adeptes de promenades, Enghien vous offre un parc de 182 hectares où se dresse la château d'Arenberg. En 1607, Charles de Ligne qui prendra par la suite le nom de Charles d'Arenberg est prince d'Arenberg et du Saint-Empire, militaire et diplomate. Le roi Henri IV lui vendra cette propriété en 1607. Depuis lors ses descendants l'ont toujours entretenue avec un souci de préserver la nature. 

Pas loin de la place, la Maison Jonathas est un ancien donjon roman qui est aujourd'hui transformé en musée, on peut notamment y découvrir les tapisseries du XVe siècle qui firent la renommée de la ville à cette époque. 

A Enghien, vous ne manquerez pas la "Foire de Jardin" qui se déroule en avril et les "Rencontres musicales internationales" qui se déroulent lors de la seconde quinzaine du mois d'août.

La commune de Petit-Enghien chevauche la frontière linguistique, elle possède une partie francophone et une autre néerlandophone. Un évènement, peut-être oublié ou méconnu des sportifs, s'y déroula, le 1er octobre 1961, un tout jeune coureur bruxellois qui n'avait jusqu'alors participé qu'à une douzaine d'épreuves, remporte celle organisée à Petit-Enghien, première victoire d'un des plus beaux palmarès du cyclisme sur route, il s'appelait...Edouard (Eddy) Merckx  !

Par l'autoroute pour gagner du temps ou par la Nationale pour musarder nous revenons à Tournai.

Voici un troisième itinéraire pour une découverte de la Wallonie picarde !

(S.T. juillet 2012)

16 juil.
2012

09:15

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (3)

Seconde balade en Wallonie picarde, le Pays des Collines.

Cette fois, au départ de Tournai, c'est vers le Nord de la région que nous nous dirigeons, notre itinéraire nous fait emprunter la route provinciale qui relie Tournai à Renaix.

Après une petite quinzaine de kilomètres, dès que nous avons dépassé le Mont Saint-Aubert et le village de Celles, nous apercevons au loin le Mont de l'Enclus (ou Kluisberg), une élévation que les géographes nomment une "butte témoin". S'étendant du Mont de l'Enclus à l'Ouest au Mont de Mainvault (Ath) à l'Est, une élévation sépare deux régions, elle est appelée Pays des Collines.

L'Histoire du Mont de l'Enclus appelé aussi "Enclus du Haut" débute par une légende qui remonte au VIIe siècle. A cette époque, le prince Salvaert de Dijon traverse la forêt qui recouvre le mont. La petite troupe est attaquée par les hommes du comte Phinaert. Seule, l'épouse du prince, Ermengarde de Roussillon échappe, dans un premier temps, au massacre. Enceinte, elle accouche et cache l'enfant dans un buisson, elle est ensuite capturée par les hommes de Phinaert. L'enfant est découvert par un ermite qui va l'élever et lui donner le nom de Liedericq. Celui-ci, une fois adulte, le quittera pour aller fonder la ville de Lille. 

La commune de Mont de l'Enclus, avant tout touristique, regroupe également les villages d'Orroir, Anseroeul et Amougies. Elle s'étend sur une superficie de 27 km2 et compte un peu plus de 3.400 habitants. L'Enclus du Haut, culminant à 141 mètres d'altitude, est composé de 600 hectares de forêts parsemés de sentiers asphaltés ou de terre pour les promenades à pied, à vélo ou à cheval. Havre de verdure, cet endroit est propice aux randonnées sportives en raison de ses forts dénivelés. Sa côte est escaladée par les coureurs du Tour des Flandres au printemps. C'est également un lieu de détente fréquenté par des personnes venant de Flandre, de Wallonie ou du Nord de la France.

Au pied du mont, le village d'Amougies a connu ses heures de gloire, du 24 au 28 octobre 1969, lorsqu'y fut organisé le Festival pop. On était en pleine période hippie et trois grands festivals avaient déjà attiré la toute grande foule (Monterey, Woodstock et l'île de Wight). Durant quatre jours, ce petit village qui n'était pas encore fusionné avec le Mont de l'Enclus et qui comptait à peine un bon millier d'habitants allait voir défiler plus de 80.000 visiteurs venus écouter les Pink Floyd, Ten Years After, The Nice, Yes, Frank Zappa, Colosseum, Alexis Korner, les Pretty Things, East of Eden et des dizaines d'autres groupes...

Reprenant la route provinciale que nous avons abandonnée le temps d'une escalade, nous continuons notre balade à la découverte du pays des Collines. Après avoir passé l'enclave de Renaix, située en région flamande, nous apercevons, le Moulin du Cat Sauvage qui se dresse fièrement tout en haut de sa colline et nous indique que nous entrons à Ellezelles, un village entièrement consacré au folklore, coeur de ce Pays des Collines. 

Ellezelles qui regroupe les villages de La Hamaide et Wodecq s'étend sur une superficie de près de 45 hectares peuplés par environ 5.900 habitants. En le parcourant, vous irez de surprise en surprise, le point de départ de votre promenade se situe au pied de l'église Saint-Pierre-aux-Liens, sur la place, à la Maison des Collines qui vous donnera un avant-goût de ce que vous réserve les "étranges" petits sentiers de l'entité cher au chantre local Watkyne (Jacques Vandewattyne). 

Avant de partir, vous ferez peut-être connaissance avec les célébrités du village. Tout d'abord, le comte d'Egmont qui y est né en 1522. Célèbre opposant au roi Philippe II d'Espagne, il sera décapité en compagnie du comte de Hornes. 

On vous parlera des sorcières ("les chorchilles") dont l'histoire remonte au XVIIe siècle. On y brûla en effet cinq femmes convaincues de sorcellerie : Agnesse de la Plache (80 ans), Martine de la Vigne (50 ans), Catherine de la Voye (60 ans), Magdeleine Lestarquie (65 ans) et Quintine de la Glisserie (38 ans). Cette dernière est restée dans la mémoire collective, peut-être à cause de son plus jeune âge. Chaque dernier samedi de juin, à la tombée de la nuit, les habitants d'Ellezelles et les visiteurs venus de Belgique et de France rejoignent le "marais à chorchilles" pour le grand sabbat. 

Le troisième personnage qui fait honneur au village est légendaire, il s'agit du détective belge issu de l'imagination d'Agatha Christie, Hercule Poirot. Cette dernière n'a jamais situé son lieu de naissance et comme des recherches entreprises par des passionnés locaux ont permis de découvrir que le 1er avril 1850 est né à Ellezelles, un petit Hercule, fils d'une femme originaire de Flandre et portant le nom de Van Prei (du Poireau en traduction littérale), il n'a pas fallu bien longtemps aux facétieux habitants du coin pour s'arroger le lieu de naissance de ce policier bedonnant, à la moustache gomminée, imbu de lui-même, sorte de Sherlock Holmes à la sauce belge.

Quintine et Hercule ont donné leurs prénoms à deux bières artisanales renommées brassées par la Brasserie ellezelloise.

Vous ne manquerez pas le lundi de Pentecôte d'aller voir le cortège "Jean Jean doû ballon", une fête et un grand cortège qui rappelle l'atterrissage d'une montgolfière au hameau de Guynomont. Ellezelles, c'est aussi un grand nombre d'endroits aux noms aussi étranges que l'Histoire du village fait de sorcières, de fantastique et de merveilleux : Crimont, Grand-Monchaut, Fourquepire, Miclette, Paradis, Quatre-Vents, Rigauderie, Blanc Scourchet, Trieu à Staques ou encore Vieux Marais ou Vieux Moulin et bien d'autres.

A La Hamaide, vous ne manquerez pas d'assister à la "Moisson à l'ancienne" organisée le premier dimanche du mois d'août et de visiter l'Ecomusée du Pays des Collines, créé en 1975, où vous découvrirez tous les aspects de la vie d'antan au village, la reconstitution fidèle d'un estaminet, d'une forge, d'une saboterie et de multiples outils. 

Par Wodecq, village qui fut le triste décor d'un fait tragique, en avril 1944, lorsque 26 ellezellois furent arrêtés et fusillés par la Gestapo et par un passage à la ferme bio du Dorloû, vous gagnerez Flobecq.

Flobecq (Vloesberg) est une commune qui s'étend sur 23 km2 et compte environ 3.500 âmes. Vous y découvrirez la Houppe (Potelberg) qui culmine à 157 mètres d'altitude. Situé en plein milieu des bois, c'est un paradis pour cyclo-touristes et pour promeneurs. La commune fut un haut lieu de la culture des plantes médicinales, jadis presque toutes les familles en cultivaient, cette pratique a cependant disparu au début du XXe siècle mais on peut toujours y visiter le "Musée de la Plante médicinale". Le quatrième dimanche de juillet s'y déroule la procession de Saint-Christophe, un saint représenté par un homme sur échasses portant une longue robe rouge et tenant sur ses épaules l'Enfant Jésus pour l'aider à traverser un gué. Le folklore est également présent lors des "Antoniades" qui ont lieu, au coeur de l'hiver, lors de la dernière semaine de janvier (marché artisanal, cortège, reconstitutions, feu d'artifice, buffets campagnards...).

Vous ne devez plus parcourir qu'une une dizaine de kilomètres pour arriver à Lessines (Lessen),  "la cité du porphyre", appelée ainsi, car, lors de la révolution industrielle du 19e siècle, s'y développa l'activité des carrières de porphyres, une vingtaine de sites d'extraction qui procuraient de l'emploi à près de 5.000 ouvriers carriers. 

Depuis la fusion des communes intervenue en 1976, la commune de Lessines regroupe désormais les villages de Bois de Lessines, Deux-Acren, Ghoy, Ogy, Ollignies, Papignies et Wannebecq. S'étendant sur une superficie légèrement supérieure à 72 km2, elle compte près de 18.500 habitants.

Au centre de la cité, une visite est incontournable, celle de "l'Hôpital Notre-Dame à la Rose", patrimoine exceptionnel de Wallonie, centre hospitalier fondé en 1242 par Alix de Rosoit, Veuve d'Arnoud IV d'Audenaerde, seigneur du lieu, afin de soigner les indigents et les malades. le bâtiment a tenu ce rôle jusqu'en 1980. Depuis lors, il a fait l'objet d'une remarquable rénovation qui se termine et qui permet de le visiter dans son entièreté. 

Parmi les personnalités nées à Lessines relevons :

René Magritte, le peintre surréaliste, décédé en 1969,

Jean Claude Drouot qui y a vu le jour en 1938. Connnu à ses débuts pour son interprétation du rôle de "Thierry La Fronde" dans un feuilleton télévisé diffusé entre 1963 et 1966, il sera acteur de nombreux films, directeur du Centre dramatique de Reims, du Théâtre National de Belgique et Membre de la Comédie Française de 1999 à 2001. Il est également le directeur artistique de la Compagnie qui porte son nom,

Claude Criquielion, coureur cycliste professionnel, né à Deux Acren en 1957, champion du monde sur route en 1984, champion de Belgique en 1990, vainqueur du Tour des Flandres 1987, de la Flèche Wallonne 1985 et 1989, du Midi-libre 1986 et 1988, du Tour de Romandie 1986, de la Semaine catalane 1979... Il occupera également de nombreuses places dans le top 10 du Tour de France (5e en 1986), du Giro ou de la Vuelta.

Lou Deprijck, interprète, compositeur et producteur, le créateur de "Ca plane pour moi", succès interplanétaire et chanteur des groupes "Lou and the Hollywood Bananas" (Kingston, Les petites rues de Singapour...) et de "Two Man Sound". 

Ville de folklore et de tradition, Lessines attire de nombreux visiteurs de Belgique et du Nord de la France à l'occasion de "La procession des pénitents et la mise au tombeau du Christ" du Vendredi Saint, du "Cayoteu 1900", festivités et cortèges de géants de la mi-août au quartier Saint-Roch, quartier des anciens tailleurs de pierre, ou lors des "Fêtes historiques du Festin" (fin août-début septembre) qui commémorent la victoire de la milice bourgeoise de Lessines sous les ordres du capitaine Sébastien de Tramasure. 

Voici un second itinéraire de découvertes à réaliser au départ de Tournai pour visiter la Wallonie picarde. 

(S.T. juillet 2012)