30 juil.
2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (9)

Une enclave de Wallonie entre Flandre et France.

Le mois de juillet touche à sa fin, voici déjà notre huitième et avant-dernière balade en Wallonie picarde.

Après avoir été nous balader aux confins orientaux de la région, cette fois, au départ de Tournai, nous mettons le cap plein ouest pour rejoindre une parcelle de terre wallonne enclavée entre Flandre et France, la région de Comines-Warneton, rattachée à la la province du Hainaut et à la Wallonie lors du grand marchandage concernant le rattachement des Fourons au Limbourg (comme dans une cour de récréation de l'enseignement primaire pour ne pas dire maternel, nos ministres d'alors qui n'avaient rien à envier à certains hommes politiques d'aujourd'hui, ont, un jour, décidé pour soi-disant sauver la paix communautaire : "je te donne cela mais tu me rends ceci", triste gestion politique d'un pays où il n'est finalement pas étonnant d'avoir vu la naissance du surréalisme).

La ville de Comines fusionnée avec celle de Warneton (Komen-Waasten en flamand) est une commune à facilités, séparée de la France par un pont jeté sur la Lys. Nous nous y rendons par Mouscron et les villes flamandes de Menin et de Wervick. Regroupant aussi les villages de Houtem, Ploegsteert (et son hameau du Bizet) et Bas-Warneton, la nouvelle entité ainsi créée s'étend sur 61 km2 et compte environ 18.000 habitants dont une majorité de néerlandophones. L'entente entre la population flamande et francophone est excellente, preuve que les "vrais" belges peuvent s'entendre malgré les différences de langue et de mentalité au grand dam de quelques extrémistes qui veulent asseoir leur popularité et surtout se faire élire, par soif de pouvoir et des avantages qui lui sont liés, en créant des dissensions et en semant la discorde là où il n'y en a pas.

Lors du premier conflit mondial, ce petit coin de Wallonie picarde fut le théâtre d'âpres combats qui firent près de 11.500 victimes parmi les troupes britanniques. Depuis lors, de nombreux cimetières anglais et un "Mémorial britannique" inauguré en 1931 dans le village de Ploegsteert commémorent le sacrifice de jeunes sujets de sa Majestée. Ouvrage circulaire composé de colonnes et gardé par deux imposants lions de pierre, le mémorial possède des murs où sont gravés les noms des 11.417 victimes mortes sur le champ de bataille. Ce haut lieu du souvenir est parcouru annuellement par des centaines de visiteurs anglais qui effectuent le pélerinage "In Flander's Fields". Le 11 novembre, un "jogging du souvenir" y est organisé. 

Outre le souvenir de ces héros, Comines cultive également celui de ses rubaniers. La ville se targue, à juste titre, d'avoir été en 1900, la capitale mondiale du ruban. Un musée permet de revivre ce savoir-faire local. Comines avait longtemps vécu de l'industrie drapière qui fit sa prospérité mais qui est disparu au moment du Traité d'Utrecht en 1712. Par la suite, un flamand du nom de Philippe Havyn y installa un métier pour la confection de rubans. De par la qualité de ses ouvriers, cette activité connut un formidable essor et on alla jusqu'à compter 3.500 métiers au début du XXe siècle. Cette industrie fut malheureusement totalement ravagée lors de la destruction de la ville durant la première guerre mondiale. Désormais, on ne compte plus que 250 métiers modernes. Au "Musée de la Rubannerie", les métiers anciens maintenus en état de fonctionner par des bénévoles qui travaillèrent dans le secteur vous permettront de découvrir la confection de ces rubans qui firent la renommée de la cité. 

Autre particularité de Comines, on y skie tous les jours de l'année, non en raison de la présence d'un micro-climat glacial mais bien au centre de ski et de snowboard "Ice Mountain", un complexe qui possède deux pistes couvertes, l'une de 210 mètres de longueur et 30 mètres de largeur réservée aux skieurs chevronnés et une autre pour les débutants et les enfants. La "station" est équipée d'un tire-fesse et de tapis roulants pour amener descendeurs et slalomeurs en haut des pistes. L'enneigement moyen est compris entre 40 et 60 centimètres et la température varie entre -4° et -6°.

A Comines ten Brielen se dresse le moulin exploité jadis par la famille Soete. Le "Moulin Soete", en bois monté sur pivot, haut de trois étages, a été classé en 1978 et continue à moudre les céréales et à produire de la farine. On peut le visiter du 1er mai au 30 septembre. 

On ne peut évoquer Ploegsteert sans parler d'un de ses enfants connus dans les milieux sportifs, enfant, le coureur cycliste professionnel Frank Vandenbroucke (né en 1974) y demeurait à l'auberge tenue sur la place du village par ses parents. Fils de Jean-Jacques et neveu de Jean-Luc, deux coureurs cyclistes, il remporta sa première course à l'âge de 16 ans. Un an plus tard, il devint champion de Belgique des débutants et ensuite des juniors. Il remporta la médaille de bronze au championnat du monde des juniors. Passé professionnel en 1993, il allait remporter durant sa trop courte carrière : Paris-Bruxelles, le Grand Prix de Plouay, le Grand Prix de la Marseillaise, Gand-Wevelgem, le Tour d'Autriche, Paris-Nice, Liège-Bastogne-Liège... Il croisera malheureusement le chemin d'un de ses docteurs miracles qui polluent le sport qui dopent les hommes comme on le fait, hélas aussi, pour les chevaux de course, il connaîtra alors une longue et pénible descente aux enfers jusqu'à sa mort, dans une chambre d'hôtel, lors de vacances au Sénégal, en octobre 2009... il était âgé de 34 ans. 

Le 3e dimanche de juillet, Comines fête la Sainte-Anne par un grand cortège folklorique et carnavalesque auquel prennent part les géants des environs dont Simon le rubanier et Luc le marmouset, c'est la "Fête des Marmousets", ces jeunes apprentis rubaniers chargés d'alimenter les métiers à tisser.

A Comines, le second dimanche d'octobre se déroule "la Fête des Louches", un cortège se forme et traverse le pont pour se retrouver en France dans la communes soeur de Comines France. Là, du haut du balcon de la mairie, des "louches", qu'on dit porte-bonheur, sont lancées dans le public qui se presse au pied de l'édifice municipal. 

A Warneton, le 1er samedi de décembre, une date proche de la fête de Saint-Nicolas, c'est "la fête des Mountches", qui rappelle ces petits moines de Warneton qui, jadis, parcouraient la région à dos d'âne en distribuant des friandises et des pains. Une fête familiale marquée par un cortège de petits moines blancs qui précèdent Saint-Nicolas monté sur un cheval lançant des oranges dans la foule. Après le brûlage d'un mountche sur la place autour duquel enfants et parents déguisés au moyen d'une cape et capuchon blanc font un rondeau au son des fanfares locales, des petites figurines représentant les héros de la fête sont jetées du haut du balcon de l'Hôtel de Ville. 

Pour gagner du temps, on peut revenir vers la cité des cinq clochers en prenant l'autoroute jusqu'à Courtrai et ensuite jusqu'à Froyennes. 

Voici un nouvel itinéraire qui vous pemettra de découvrir un autre coin de la Wallonie picarde.

(S.T. juillet 2012)


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