25 juil.
2012

Tournai : "capitale" de la Wallonie picarde (7)

Sixième balade en Wallonie picarde, de la "cité princière" au "pays des iguanodons". 

Notre balade nous emmène, tout d'abord, à une dizaine de kilomètres à l'est de Leuze-en-Hainaut, à la découverte de Beloeil aussi appelée la "cité princière".

La commune s'étend sur 61,5km2 et compte un peu plus de 13.700 habitants. Elle regroupe, depuis 1977, les villages d'Aubechies, Basècles, Ellignies-Sainte-Anne, Grandglise, Quevaucamps, Rameignies, Stambruges, Thumaide et Wadelincourt. La cité est jumelée avec Crosne en France, Schotten et Bogen en Allemagne, Maybole en Ecosse, Arco et Rocella Jonica en Italie, Ozymek en Pologne et Tymarov en Tchéquie.

Beloeil doit son titre de cité princière à la présence en son centre du château des Princes de Ligne, propriété de cette famille depuis le XIVe siècle, érigé au milieu d'un parc de 25 hectares. D'abord forteresse médiévale, l'édifice est devenu par la suite un château de plaisance. Demeure princière, plans d'eau et parc à la française font un ensemble qui peut lui valoir le titre de petit Versailles à la belge. Lors de sa visite, vous pourrez admirer du mobilier datant des XVI et XVIIe siècles, une bibliothèque riche de plus de 20.000 ouvrages, des tableaux représentants les membres de la famille princière...

Au printemps, les différentes salles, l'imposante montée d'escalier et les plus petits salons s'ornent d'Amarillys dans de prestigieuses compositions florales. Pendant neuf jours, le château est métamorphosé par des dizaines de créations, de bouquets, aux couleurs vives et changeantes exhalant des senteurs spécifiques. 

Une fois par an, au mois d'août, du parc s'envolent les notes de la "Nuit musicale", un évènement qui attire des milliers de visiteurs. Sept scènes réparties dans le domaine sur lesquelles évoluent trois cents musiciens vous font la surprise d'un concert, d'une interprétation en solo, de quelques chants, au détour d'un chemin, sous une frondaison, au bord d'un plan d'eau. Dédiée chaque année à un compositeur, la nocturne se termine en apothéose dans un somptueux feu d'artifice.

Pas bien loin de Beloeil, le village d'Aubechies vous propose la visite de son "Archéosite", parc archéologique à ciel ouvert, transportant les visiteurs bien au-delà du début de notre ère. Le parcours où sont reconstituées les structures préhistoriques, protohistoriques et gallo-romaines, vous permettra de circuler du néolithique à l'âge de bronze et de fer par la reconstitution fidèle, non seulement de l'habitat de nos ancêtres mais également au travers du travail réalisé par des figurants en costumes d'époque. Une villa gallo-romaine, un temple, une nécropole, une péniche gallo-romaine, un atelier de taille de silex, un grenier à grains, l'atelier du bronzier, la forge sont parmi beaucoup d'autres des points qui jalonneront votre itinéraire dans le parc. Des démonstrations de ce savoir-faire ancestral complètent votre visite.

Le village de Quevaucamps, aussi appelé la "cité des Bonnetiers", fut d'abord un village d'extraction de la pierre. A l'extinction de cette activité, vers le milieu du XIXe siècle, l'activité bonnetière a pris le relais, on a compté jusqu'à 150 bonneteries au milieu du XXe siècle qui procurait de l'emploi à près de 1.500 personnes. Il n'en reste désormais plus que deux en activité. Le rappel de ce riche passé industriel est présent au "Musée de la Bonneterie", établi depuis 1988 dans les bâtiments de l'ancienne gare. 

Commune voisine, Basècles, est appelé, par ses habitants, "l'pus bieau des villaches" (le plus beau des villages, comme quoi on n'est jamais mieux servi que par soi-même). Elle possède son "Musée de la Pierre et du Marbre", situé sur la Grand'Place. Il rappelle le travail des carriers, tourneurs, polisseurs, chaufourniers... autant d'emplois qui ont fait la richesse locale. Si on ne peut le comparer à ceux de Binche, de Malmédy ou d'Alost, le "carnaval de Basècles", remis à l'honneur en 1980, par le groupe des "crocheux à l'tonne" attire chaque année des milliers de spectateurs venus de Wallonie picarde, de la région montoise et du Nord de la France voisin. Dans une série d'articles consacrés aux jeux populaires dans le Tournaisis, j'ai déjà évoqué le crossage (ou crochage), je vous invite à vous y référer. 

Stambruges, situé au sud de Beloeil et à l'est de Quevaucamps, est un village de maisons de pierre régroupées autour de l'église Saint-Servais (érigée en 1831) possédant la particularité de présenter un clocher à bulbe, extrêmement rare dans nos régions. Inscrite au patrimoine majeur de Wallonie, la "Mer de Sable" est une réserve naturelle de landes séches, de tourbières et de bruyères, elle a jadis pris la place d'un étang de 40 hectares désormais asséché. Le nom de Stambruges signifie "étang des bruyères". Lieux de promenade, les entités de Stambruges et de Grandglise sont à moitié couvertes par la forêt.

Aux confins orientaux de la Wallonie picarde, la commune frontalière de Bernissart s'étend sur 43,1 km2 et compte environ 11.700 habitants par le regroupement des villages de Blaton, Harchies, Pommeroeul et Ville-Pommeroeul. Tout comme à Aubechies (et voilà sans doute la raison pour laquelle nous avons groupé les deux entités de Beloeil et Bernissart), les amateurs d'archéologie ne seront pas déçus. On appelle Bernissart, la "cité des iguanodons" depuis qu'en 1878, au fond de la fosse Sainte-Barbe, des mineurs ont découvert un véritable cimetière de ces dinosaures herbivores vivant à l'époque du crétacé. Pas moins de trente squelettes furent mis à jour à plus de trois cent mètres de profondeur. Bernissart possède un musée de géologie, justement nommé "Musée de l'iguanodon", où on peut voir, outre des minéraux et des fossiles, ces gigantesques animaux dont le squelette a été reconstitué. 

A proximité de la fosse Sainte-Barbe, on découvre les vestiges d'un bâtiment autrefois appelé "la machine à feu". Celle-ci servait à pomper l'eau qui envahissait les galeries des mines. C'est un édifice impressionnant, haut de 14 mètres, aux murs d'une épaisseur d'un mètre, racheté en 2005 par l'administration communale bernissartoise et dont la visite a été intégrée aux circuits qui sillonnent le Parc naturel des plaines de l'Escaut. La machine à feu est un des derniers témoignages de l'activité minière de cette région jouxtant le Borinage, elle appartenait à la compagnie des Mines d'Anzin (dans le Nord de la France). 

Pommeroeul est connu dans la région pour son "cron clocher" (clocher qui penche), celui de l'église Notre-Dame, il ne s'agit nullement d'une impression d'optique, résultat d'un effondrement minier ou d'une erreur à la construction ?

Le village d'Harchies est reconnu pour sa zone marécageuse, situé au sein du site Natural 2000 d e la vallée de la Haine, celle-ci appelée "Marais d'Harchies" occupe 568 hectares de prairies inondées suite à des affaissements miniers. Paradis des ornithologistes, les marais abritent près de 270 espèces d'oiseaux nicheurs (canards colvert, grèbes, grand cormoran, hérons cendrés...) et migrateurs (aigrettes, cigognes blanches, oies cendrées, busards...), une quantité d'insectes dont plusieurs espèces de libellules et des plantes rares. 

La particularité du village de Blaton est sa ducasse qui a lieu le 31 octobre avec ses attractions foraines et ses commerces ambulants. La tradition veut que c'est le jour où les maris offrent du pain d'épice à leur épouse pour se faire pardonner les petites (ou grosses) fredaines de l'année écoulée. Comme dans un conte de fée, à minuit tout s'arrête, lumières et flonflons s'éteignent, c'est le jour de la Toussaint dans quelques heures les couples iront fleurir les tombes des défunts ou participer à l'office à l'église de Tous les Saints.

(S.T. juillet 2012)

 

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