25 juin
2012

Tournai : ce jour-là le 7 avril 1980

Le 7 avril 1980 devait être un lundi de Pâques ordinaire à Tournai, la matinée était brumeuse, la température agréable. 

Vers 7h30, les forces de l'ordre sont cependant, une première fois, mises en alerte par un automobiliste de passage qui appelle le service 901 (centrale de la gendarmerie) pour signaler un accident survenu au quai des Salines, face au Tournai-Shopping, précise-t-il ! Un service se rend sur place mais ne constate rien d'anormal. Est-ce l'oeuvre d'un mauvais plaisant revenant d'une nuit trop arrosée? L'auteur de cet appel sera identifié.

un peu avant 9h30, l'exploitant d'un commerce situé dans la galerie de ce centre commercial, à proximité de l'entrée donnant dans la rue du Bourdon Saint-Jacques, la traverse sans rencontrer âme qui vive en cette heure matinale d'un jour férié. 

Vers 10h15, le propriétaire du magasin de chaussures qui se trouve à l'entrée de la galerie, côté quai des Salines, à l'extérieur de celle-ci, a son attention attirée par le bruit d'éclatement d'une vitre, il franchit la porte automatique et constate que le vitrage d'un magasin a explosé sous l'effet d'un incendie encore cantonné à cette cellule. Il fait appel au service 900 (qui est alors le numéro d'appel d'urgence, remplacé depuis par le 100 et ensuite le 112). La caserne des pompiers située à la rue Perdue est distante de quelques centaines de mètres du Tournai-Shopping et très rapidement, les premiers véhicules arrivent sur les lieux. Il est 10h21, la galerie est déjà totalement envahie par la fumée, on peut même déjà apercevoir de grandes flammes au milieu de celle-ci. Les premiers intervenants jugeant l'ampleur du sinistre font appel aux renforts et à 10h23, la sirène du beffroi rappelle tous les hommes disponibles.

Au moment où la sirène se met en marche, je sors d'une boulangerie de la rue des Soeurs Noires, le quartier commence à être envahi par des fumées assez âcres. Volontaire à la Protection Civile, je rentre chez moi et appelle le chef de corps local, Modeste Demeulemeester, celui-ci vient d'être informé et me demande de me rendre sur les lieux. Juste le temps d'enfiler mon uniforme et je retourne vers le quai des Salines, la police est sur place et me conseille de garer mon véhicule à hauteur de l'école Jeanne d'Arc. D'autres collègues m'ont rejoint. 

On nous demande de nous mettre aux ordres de la Croix-Rouge et de les aider à évacuer les habitants des immeubles faisant face au bâtiment en feu. La circulation automobile est déviée à hauteur de l'église Saint-Jacques, de la rue Piquet et du Marché au Jambon, le carrefour dit des "quatre coins Saint-Jacques" est interdit aux véhicules, la visibilité est réduite par la fumée qui s'y déverse en grandes volutes, la Croix-Rouge nous a équipé de masques chirurgicaux que nous arrosons fréquemment, l'air devenant irrespirable. 

Vers 11h15, nous allons vivre un gag, une situation complètement décalée par rapport aux évènements dramatiques qui se déroulent. Un couple de personnes âgées a refusé de quitter son appartement situé au second étage d'un immeuble directement sous les fumées mais à distance raisonnable du foyer d'incendie. Devant leur refus, ne pouvant les évacuer de force, nous leur avons demandé de fermer portes et fenêtres et avons placé des linges mouillés. Quelques minutes plus tard, nous voyons la fenêtre s'ouvrir, nous précipitant dans l'escalier, pensant à un appel au secours, nous entendons la vieille dame nous déclarer : "On prépare des frites et c'est pour évacuer l'odeur de friture" !

Nous nous dirigeons ensuite dans la rue du Cygne où un magasin de tissus jouxtant les lieux du sinistre doit être évacué. On va assister à un défilé de mannequins traversant la rue, portés par des voisins et par des membres de la Protection Civile, pour être entreposés dans le hall du cinéma des Variétés. 

Pendant ce temps, les pompiers ont pris position tout autour du bâtiment car le feu progresse dans toutes les directions, vers le quai des Salines, la rue des Corriers et la rue du Bourdon Saint-Jacques. Dans celle-ci, on évacue par une échelle la propriétaire de la pharmacie située à l'extérieur du Tournai-Shopping, la porte d'accès à son appartement se trouve, en effet, dans la galerie totalement inaccessible en raison des fumées et l'intense chaleur du foyer. Dans la rue des Corriers, il est impossible de soulever l'imposant volet métallique donnant accès à la réserve du magasin Colruyt, par diverses interstices, des fumées épaisses s'échappent et noient la petite rue dans un brouillard opaque. 

La situation empire soudain du côté du quai des Salines, le restaurant "Al Parma", au premier étage, juste au-dessus du magasin Colruyt, est, lui aussi, la proie des flammes, on a assiste à un phénomène de "flash over" (l'inflammation en une fraction de seconde de la totalité du gaz y accumulé depuis le début du sinistre). Les pompiers sont parvenus à briser une des vitres et le chien du propriétaire, un berger allemand, rendu fou furieux, se rue sur ses sauveteurs en les mordant cruellement, un policier est victime de morsures et l'animal devra malheureusement être abattu. 

La journée s'annonce longue pour les services de secours, le feu occupe toute la structure, on entend des craquements, des ronflements, on voit même certains murs voisins se dilater en raison de la chaleur dégagée par le foyer. 

(à suivre)

Les commentaires sont fermés.