06 juin
2012

Tournai : bulletin médical d'un (long) lifting !

"Tournai, cité inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco", "Tournai, la Prestigieuse", "Tournai la Belle" comme le chante Christian Croain (chanson que je vous conseille d'écouter sur You Tube accompagnée d'un magnifique diaporama de la cité des cinq clochers) ou comme le proclamait le bulletin trimestriel publié par  l'administration communale, Tournai, la ville des cinq clochers, comme une diva, s'admire, depuis deux millénaires, dans le miroir qu'est l'Escaut, son père. "Miroir, mon beau miroir, dis-moi, de tous les villes du Royaume qui est la plus belle ?". "Vous, Majesté, à ne point douter, mais comme pour toutes les jolies femmes, le temps et ses outrages est un ennemi qui a fait des ravages". 

En ce début de XXIe siècle, pour lui rendre sa splendeur et lui permettre de séduire à nouveau ceux qui viennent la visiter, les autorités communales ont décidé de sacrifier à la mode du lifting, pas un simple ravalement de façade (cette expression par trop populaire) mais un travail minutieux, en profondeur, pour lui rendre une éternelle jeunesse à faire battre les coeurs. Pour cela, ils ont fait appel au meilleur chirurgien esthétique en la personne d'un professeur parisien, le docteur Michelin et à des belges réputés excellents praticiens.

On savait l'opération longue et coûteuse mais on se disait qu'on pouvait toujours, dans son existence, sacrifier deux ou trois années en échange d'une éternelle beauté.

C'était ce qu'on croyait et on se trompait !

Voici près de trois ans que la belle est sous anesthésie, auprès de son corps endormi les initiateurs de cette transfiguration ont été pris de différents coups de folie, on voulait ajouter un appendice auprès des cinq que, déjà, elle possédait, il fallait un hôtel "quatre étoiles" pour amener de plus riches courtisans à l'admirer, on remodelait sans cesse son visage pendant que les engins de chantier se livraient à leur sinistre carnage.

Parmi les commanditaires du projet, quelques voix se sont élevées, par le côté trop minéral de la restauration souhaitée, elle aura désormais la beauté glacée des stars du cinéma muet, son épiderme serait uniquement fait de pierre et de pavés, pas le moindre coin de verdure, encore moins de massifs de fleurs pour lui apporter une voluptueuse chevelure, il a fallu le constater, une fois terminée, Tournai la Belle serait aussi chauve que la cantatrice d'Eugène Ionesco. Selon l'expression populaire : "pas un poil sur le cailloux !".

Trois ans déjà que la Belle est inconsciente, l'opération dure, on cisaille par çi, on découpe par là, on commence la bouche sans avoir fini le nez, on dévie la circulation, on lui inflige un tas de contusions, on creuse de profonds sillons, on la saigne à profusion, on donne l'impression d'opérer, certes, mais sans aucune organisation. On n'entend plus parler du professeur parisien comme si il se désintéressait de sa patiente, les chirurgiens, en salle d'opération, brillent parfois par leur absence, les proches, ceux qui sont à l'origine de son rajeunissement, n'osent même plus aller la voir et semblent gênés lorsquon les interroge sur son état de santé. Certains Tournaisiens en sont venus à penser qu'on la laisse lentement mourir et qu'une gangrène s'étend sur son pauvre corps martyrisé comme un cadavre en train de pourrir.

L'Optimiste, pour elle rempli d'amour, va la visiter tous les jours, il s'inquiète des plaies laissées à l'abandon depuis de longs mois, il voit proliférer les chancres qui la rongent toujours un peu plus, il voudrait la consoler, la réconforter mais la tâche est immense et il ne sait par où commencer.

Il a bien eu une lueur d'espoir, la venue d'un évènement de caractère mondial en ses murs, allait probablement, mais provisoirement, la réveiller, lui donner plus belle allure. Pour la rendre plus jolie encore, on a décapé une partie de son corps afin de lui redonner une peau douce, agréable au toucher, pour ceux qui, le 2 juillet, au moyen d'un fin boyau, la caresseraient. Hélas l'huile étendue était de mauvaise qualité, il a fallu l'enlever et tout recommencer. Il lui reste désormais vingt-six jours pour cicatriser !

Un peu partout, sur son pauvre corps déjà bien malmené, d'autres rapaces se sont jetés, ils ont ouvert sa chair pour y implanter des tuyaux, travail nécessaire mais dont les sutures sont souvent laissées apparentes ou ont été mal réalisées. 

Il est impossible de savoir combien de temps durera encore l'opération chirurgicale, le planning, sans cesse chamboulé, est, depuis longtemps, devenu bancal. Ses commerçants, les globules rouges de son corps, ceux qui la font vivre, lui apportent son sourire, sont occupés peu à peu à mourir. Des pans entiers de l'économie locale sont au plus mal.

Cela fait trois années qu'est allongée sur la table d'opération notre "Tournai La Belle", l'intervention est loin d'être terminée et risque de coûter bien cher à sa mutuelle. 

(S.T. juin 2012)

 

09:48 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, lifting |

Commentaires

Bonjour Serge,
Je te rassure, c'est la même chose à Bruxelles.
On chipote et on en fini pas.
C'est la Belgique.
Bien raconté, bravo.
Bonne soirée.

Écrit par : Mousse | 06/06/2012

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