31 mai
2012

09:43

Tournai : le Cercle Artistique (2)

Une disparition

Deux ans après sa création, le Cercle Artistique perd son Président d'Honneur, le 20 novembre 1887, le peintre Louis Gallait s'éteint à Bruxelles. Le lendemain, au cours de sa réunion, le Conseil d'Administration s'associe au deuil, tous les membres participeront à l'hommage qui sera rendu par la Ville de Tournai à un de ses plus grands peintres.

La construction de la salle d'exposition.  

Au cours de cette même réunion, il est annoncé l'achat d'un terrain pour ériger la salle d'exposition, il a coûté 12.352,70 francs. Trois mois plus tard, en février 1888, l'architecte De Porre soumet les plans de la future construction, son prix est fixé à 15.278,30 francs. C'est l'entrepreneur Soyez-Heulie, par ailleurs membre du Cercle comme ses trois autres concurrents, qui est adjudicataire. Il est remarquable de constater qu'on ne traîne pas à l'époque, les démarches administratives (permis de bâti, enquête publique...) devaient certainement être moins lourdes qu'actuellement, puisque, à peine désigné, on demande à l'entrepreneur, le 28 février, de débuter les travaux le 15 mars pour que le chantier soit achevé le 15 août. On ne rêve pas, on lui a donné un délai de cinq mois pour réaliser les travaux (à en faire baver tous ceux qui à Tournai voient, au XXIe siècle, des chantiers s'éterniser durant des mois, voire des années). Pari tenu puisque le 8 septembre, la remise du local à la commission est effectuée après réception des travaux et le même jour, le Bourgmestre Victor Carbonnelle, ayant succédé à Louis Gallait à la Présidence d'Honneur du Cercle Artistique, inaugure la salle et l'exposition où 83 exposants présentent 251 oeuvres. 

Les succès se succèdent !

Le salon organisé l'année suivante (1889) verra la présence d'Henri Van Cutsem, le généreux mécène qui, huit ans plus tard, offrira un demi-million de francs pour aider à la construction du futur Musée des Beaux-Arts de la Ville et lui léguera son imposante collection. Ce salon présente 234 oeuvres. 

Afin de promouvoir ls Beaux-Arts, les membres du Cercle Artistique décident, lors du salon de 1890, d'attribuer 1.000 cartes gratuites destinées à la classe ouvrière.  

Les expositions annuelles vont connaître un succès croissant, la société compte en 1893, 387 membres qui se répartissent en 33 membres effectifs, 167 exposants et 187 honoraires. Le nombre d'oeuvres exposées augmente régulièrement passant de 234 en 1889 à 715 en 1899.

Un second salon !

En novembre 1896, le grand hall du Cercle Artistique accueille un salon d'architecture et de sculpture. Treize maquettes y sont, entre autres, exposées, elles concernent un projet de monument à ériger en ville en hommage aux soldats français morts au cours du siège d'Anvers en 1832. Leurs passages à Tournai avaient marqué la population tournaisienne reconnaissante à ces jeunes partis protéger l'indépendance de la toute jeune nation Belge, en proie aux vélléités revanchardes d'un empereur des Pays-Bas qui n'avait jamais admis la perte de ses provinces du Sud. Un jury a désigné l'oeuvre présentée par l'architecte Sonneville, une colonne surmontée d'une déesse tenant, comme dans un signe d'acclamation, une palme à la main, le regard tourné vers la France. Ce monument sera érigé au centre de la place de Lille.

Un agrandissement nécessaire. 

En avril 1899, le bâtiment construit onze ans plus tôt, doit être parachevé. L'imposant hall sera agrandi par une nouvelle construction à front de rue, une entrée digne de la salle. La nouvelle façade est terminée au mois d'août 1900 (l'adjudication avait eu lieu le 15 janvier de la même année!). Elle se caractérise par un portail surmonté d'un fronton. Dans le tympan de celui-ci et aux extrémités de la frise, on découvre des bas-reliefs exécutés par M. Huglo symbolisant la peinture, la sculpture et l'architecture et agrémentant la froideur et le côté volontairement dépouillé de l'ensemble. Désormais, le Cercle Artistique possède deux grandes salles d'exposition, l'une au rez-de chaussée, l'autre à l'étage. 

L'apogée et la descente aux enfers 

En septembre 1900, la foule se précipite pour voir ce nouveau temple des Arts, 1.096 oeuvres y sont exposées. Le succès de l'exposition masque difficilement les difficultés financières de l'association artistique. La roche tharpéenne est toujours proche du Capitol, à peine les portes de l'exposition refermées, les membres du Conseil d'Adminstration sont confrontés à une triste réalité, les travaux ont coûté bien plus cher que prévu (on parle de 30.000 francs au lieu des 20.000 estimés) et il reste encore à placer le parquet. Pour terminer le chantier, le sauveur sera le Bourgmestre Victor Carbonnelle qui souscrit les actions nécessaires pour la finition des travaux. Après vingt années d'existence, les organisations du cercle Artistiques semblent devoir trouver un second souffle. 

Les expositions à thèmes.  

Pour relancer l'intérêt du public, les membres du Conseil d'Administration semblent avoir trouvé la solution. Ainsi, dès 1906, on décide que le salon intègrera désormais un hommage à un artiste renommé. Le premier sera dédicacé à Constantin Meunier (1831-1905), peintre et sculpteur belge surtout spécialisé dans la représentation de l'homme au travail. Ses héritiers envoient 35 oeuvres pour le salon de Tournai. l'année suivante, l'exposition sera dédiée à Isidore Verheyden, peintre paysagiste. On y découvre des oeuvres d'un peintre tournaisien promis à un grand avenir, Fernand Allard l'Olivier dont "la jeune fille aux pavots" attire l'attention des connaisseurs. 

Un premier quart de siècle.

Pour fêter ses vingt-cinq années d'existence, le cercle Artistique organise en parallèle à son salon traditionnel de la rue des Clairisses, un exposition d'oeuvres d'artistes tournaisiens du XIXe siècle en la Halle-aux-Draps. On y retrouve ainsi Piat-Sauvage, Philippe Hennequin, Louis Gallait, André Hennebicq, Léonce Legendre, Hippolyte Boulanger, les frères Haghe.... Le salon traditionnel est marqué par la présence d'une nouvelle oeuvre de Fernand Allard L'Olivier intitulée "Les Vieux" qui fera par la suite partie de la collection des toiles exposées au Musée des Beaux-Arts de la ville. 

Durant le premier conflit mondial, aucune exposition ne sera organisée et le bâtiment sera même endommagé. Les années qui suivirent verront la participation de Jules Messiaen, Maurice de Korte, Jean Leroy (le peintre originaire de Péruwelz décédé trop jeune, à la veille de la seconde guerre mondiale), James Allard, Pierre Caille... Le 44e salon de septembre 1933 rendra un vibrant hommage à Fernand Allard l'Olivier, décédé tragiquement au Congo. Les femmes feront leur apparition avec Aline Delmotte en 1937, Stella Laurent en 1939 ou Christiane Mercier en 1941. 

Chronique d'une fin annoncée

Le salon de 1945 sera intitulé "Salon de la Victoire" et rendra hommage à son Président, Jules Pollet, décédé le 15 août 1941.

A partir des années cinquante, on constate que le cercle Artistique peine à se renouveler, les goûts du public ont aussi changé, les distractions plus nombreuses attirent les jeunes vers d'autres orientations. En 1970, le salon ne compte plus que 103 oeuvres exposées. Le Cercle ouvrra ses portes à l'Association Sigma 13, représentant les oeuvres avant-gardistes mais ne rereouvera plus jamais le lustre d'antan. Un point final à son existence sera mis par sa liquidation en 1985, année de son centième anniversaire ! 

Plus d'un quart de siècle s'est écoulé depuis cette disparition, le bâtiment a été occupé, tout un temps, par les Témoins de Jéhovah. Il abrite désormais la Maison de la Laïcité et il a, à quelques occasions, retrouvé sa destination première en accueillant l'une ou l'autre exposition dont celle consacrée au quartier Saint-Piat qui se déroula du 17 au 26 janvier 2009 en support de la parution des "Mémoires du Quartier", un ouvrage écrit par les habitants avec la collaboration des Ecrivains Publics. 

(sources : étude de Mr. Serge Le Bailly de Tilleghem parue dans le tome VII des mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 1992 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle de Gaston Lefebvre paru en 1990)

30 mai
2012

09:15

Tournai : le Cercle Artistique

Il a vécu cent ans !

Dans le tome VII des "Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai", paru en 1992, il y a déjà vingt ans, Serge Le Bailly de Tilleghem, alors conservateur du musée des Beaux-Arts, signait un article remarquable retraçant l'existence du Cercle Artistique au sein de la cité des cinq clochers. L'ouvrage étant épuisé, l'Optimiste, s'inspirant de cette étude extrêmement précise, a souhaité résumer les cent années de cette institution tournaisienne.

La fondation.

C'est le 28 mai 1885 que cette histoire commence en l'Hôtel des Artilleurs situé à la rue Saint-Martin. On assiste à la fondation du Cercle Artistique institué pour la pratique et la propagation des Beaux-Arts, dans le but de provoquer une réunion des artistes et des amateurs en vue d'organiser, chaque année, lors des fêtes de la ville, en septembre, une exposition des Beaux-Arts. 

Les membres fondateurs 

Issus des milieux artistiques, on rerouve :

Adolphe De Baere, celui-ci exerce la profession d'architecte et est professeur à l'Académie de Tournai. Il sera élu comme premier Président,

Jules Louis Henri Pollet-Liagre, né à Tournai en 1847, peintre-décorateur, il a repris l'atelier de décoration fondé par son père. Il a réalisé de nombreux travaux au sein d'établissements publics et religieux, ainsi que dans des hôtels particuliers. Il est membre de la commission de l'Académie des Beaux-Arts. Au sein du cercle artistique, il assume la direction du placement des oeuvres destinées au salon annuel. Il sera membre du Conseil d'Administration jusqu'à son décès survenu en 1920,

Victor Menard, professeur de dessin à l'école industrielle, il sera nommé premier Vice-Président,

Charles Vasseur, né en 1826, dessinateur lithographe dont nous avons dressé le portrait ainsi que celui de ses frères Adolphe et Auguste précédemment dans le blog,

Philippe Hanet, photographe,

Théophile Brackelaire, photographe,

Henry Masy,

Amédée Huglo, statuaire, professeur à l'Académie de dessin, élu trésorier,

Arthur Chantry, né à Howardries en 1858, peintre portraitiste et paysagiste, également professeur à l'Académie de dessin de Tournai de 1883 à 1930, décédé en 1931,

Valentin Bastin, architecte,

Charles Allard, né à Tournai en 1860, neveu des lithographes Adolphe, Auguste et Charles Vasseur, aquarelliste de talent et professeur à l'Académie de dessin de 1884 à 1920. Il est décédé à Bruxelles en 1921.

Les membres honoraires.

Deux semaines plus tard, le 11 juin, lors d'une réunion organisée dans le nouveau local du Cercle, au café le Bavaro Belge, situé sur la Grand'Place, on admet des membres honoraires, on peut même dire protecteurs car on y retrouve :

Jules Bara, député et ancien ministre libéral de la Justice,

Eugène Soil de Moriamé, avocat, archéologue et historien,

Amédée Soil, violoniste,

Aimable Lefebvre, Echevin des Beaux-Arts et quelques conseiller communaux. 

Le temps des premières expositions

Le premier salon se tiendra dans la salle des Conférences située dans la cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville. Trois mille visiteurs vont acquitter un droit d'entrée de cinquante centimes pour admirer 147 oeuvres de 38 artistes différents. le Président d'honneur du Cercle Artistique n'est autre que le peintre romantique Louis Gallait.

La seconde exposition, de septembre 1886, se tient cette fois dans les vastes salles du rez-de-chaussée de l'institut communal des Demoiselles, à la rue Royale. Elle réunit 228 oeuvres présentées par 180 artistes. Trois mille six cents amateurs d'art la visitent.

Le salon de 1887 fut organisé en la Halle-aux-Draps. 73 participants y exposèrent 225 oeuvres. une sculpture exposée déchaîna les passions. Les "âmes bien pensantes de l'époque" furent profondément choquées par la statue du sculpteur Hippolyte Leroy intitulée Héro, prêtresse de Vénus, représentée dans une absolue nudité, seul un voile cachant son visage. Le Courrier de l'Escaut, journal d'obédience catholique à l'époque, y alla d'une diatribe taxant cette oeuvre d'absolument malpropre et d'une obscénité voulue qui aurait sa place dans les salons de Bruxelles ou de Paris, succursales des lupanars (sic). Certains membres du Cercle Artistique hésitèrent à la présenter mais l'article apporta l'effet inverse à celui escompté par son auteur lui qui était certain que "les familles tournaisiennes ne fermeraient pas complaisamment les yeux sur des oeuvres qui portaient atteinte à la morale public" (resic), par ses propos outranciers, il attisa peut-être la curiosité et assura le succès de foule du salon. Certains Tournaisiens oublièrent, le temps d'une visite au salon, la pudibonderie de bon aloi de l'époque. 

L'étroitesse des locaux (il avait fallu reléguer certaines oeuvres dans les galeries) confortèrent tous les membres du Cercle Artistique d'avoir leur propre salle. En cette fin d'année 1887, on décida donc d'acheter un terrain dépendant de l'ancienne manufacture de tapis, dans le quartier Saint-Piat. C'est l'architecte Georges De Porre qui fut chargé de réaliser les plans du bâtiment. 

(à suivre)



28 mai
2012

16:32

Tournai : les festivités de juin

La programmation de la saison 2011-2012 de la Maison de la Culture est terminée. place aux festivités extérieures.

Samedi 2, 20h, Gaurain, salle du Coquin, "Legend's DJ is back", à 22h Jean Luc chante et danse Claude François.

Jusqu'au 3, Esplanade du Conseil de l'Europe, le cirque Franco-Italien. 

Samedi 9, Grand'Place, concerts de la Journée des Quatre Cortèges, organisée par les Amis de Tournai, avec Ph. Grousez, La Fanfare de Mourcourt, la Musikaine, à 23h, spectacle pyrotechnique et musical. 

Dimanche 10, Journée des Quatre Cortèges, dès 9h30, Grand'Place, remise des clés de la ville, Harmonie des Volontaires Pompiers de Tournai, "Serment de l'bancloque", parade de la Musique de Force Aérienne, Marcheurs de l'Entre-Sambre et Meuse, 12h, Hôtel de Ville, 59e concile des Chevaliers de la Tour. Dès 15h, Grand'Place, concert du Brass Band d'Hérinnes, arrivée du Cortège des Géants de Tournai et invités, des groupes des villes wallonnes et du corso fleuri

Samedi 16, Chercq, Fête du Feu au Four à Chaux, "bal aux lampions" avec Molo Sâyat et DJ Pauline organisé par le Passeurs de Mémoires.

Dimanche 17 juin, à 16h, Grand'Place, concert de la Royale Union Musicale de Templeuve, dédié à Fanny Allard.

Mardi 19, 20h, Maison de la Culture, conférence "Notre façon de vivre fait-elle sens et envie à nos jeunes " par Thomas D'assembourg, une organisation d'Etolia Club Attitude plus Tournai

Vendredi 22, 20h30, Maison de la Culture, salle Jean Noté, "Chantal Ladsou", invitée par le Club Richelieu. 

Vendredi 22, dès la fin de l'après-midi, salle La Fenêtre et sur les quais, "Fête de la Musique".

Samedi 23, dès 15h30, Centre de la Marionnette, "Fête de la Musique" avec l'atelier slam-poésie des Ecrivains Publics.

Samedi 23 (15h30 et 20h) et dimanche 24 (16h), Blandain, écurie Saint-Eleuthère, "Valencia, le spectacle équestre".

Samedi 23, à 20h, au Centre Saint-Paul, Concert de la chorale "A Travers Chant" sous la direction de Michel Jakobiec et du groupe Witloof Bay, représentant la Belgique au Concours Eurovision de la Chanson à Düsseldorf en 2011.

Samedi 30 "Le Beau vélo de Ravel" balade en vélo en compagnie d'Adrien Joveneau suivie du podium avec BJ Scott, Renato Bennardo, Suarez et Hélène Ségara

Expositions :

Jusqu'au 10 juin, Maison de la Culture, "Pour les nuages, passer par l'escalier" de Marc Giai-Miniet. 

Jusqu'au 10 juin, Musée des Arts de la Marionnette de la Commnauté Française, "Marionnettes du Monde entre Ciel et Terre" (africaines, asiatiques, européennes).

Dans le cadre de l'arrivée du Tour de France à Tournai, le 2 juillet :

Du 9 juin au 26 août,  Maison de la Culture, "Le Tour de France" du photographe Alain Breyer. 

jusqu'au 12 juin, "Exposition Luc Varenne" dans les commerces du centre-ville

jusqu'au 12 juin, Halle-aux-Draps, "Koers" de Patrick Verhaest

jusqu'au 22 juillet, Hôtel de Ville "L'arrivée du Tour de France à Tournai en 1966" et "le Musée du Tour de France".

attention : agenda susceptible de modifications ou d'ajouts. 


26 mai
2012

09:08

Tournai : expressions tournaisiennes (175)

Il feaut passer au vert !

"M'feimme, elle m'impoisonne l'existince", ch'est Edmeond qui me l'a dit, ceulle sémaine, quand j'l'ai trouvé assis su ein banc près d'l'église d'Froyennes (j'sais bin, j'areos pu dire que ch'éteot au Carrefour que j'l'aveos, comme d'habitude, rincontré mais vous allez finir pa m'dire que j'sus sponsorisé et que j'fais de l'publicité).

A soixante-siept ans, no brave Fifinne s'a inscrite à des cours de cuisine !  S'n'heomme, Edmeond i-n'in est pos acore ormis, i-n'a toudis pas compris !

"I-a quarante-chinq ans qu'on est marié et elle a toudis bin fait à minger, je n'sais pos quoisqu''i-li a pris d'aller ainsin à des cours tous les lindis. L'professeu, la Maïté d'service, elle devreot ête condamnée pou sévices, on li apprind pétête des orcettes mais on li fout surtout d'drôles d'idées dins s'tiête.

Elle m'a appris que, l'prumière feos qu'elle éteot là, on li aveot dit qu'on mingeot treop cras, elle a comminché pa supprimer, l'rôti d'pourchéau, les frites, l'grosse saucisse et les boules à l'graisse, toutes des affaires, j'te l'avoue, que j'aimeos et qui m'ont toudis rindu fin bénaisse. A partir d'asteur chint grammes de viande, ch'est l'grand maximum pou l'journée et tous les soirs de l'sémaine j'ai dreot à des tarteines pou souper. Elle a rimplaché les penn'tières pa du risse, in m'disant qu'avec cha j'n'attrap'reot pus l'drisse. Elle m'a interdit l'chuque et l'sel, l'chucolat et les caramels. Mais l'pire ch'est quand elle dit, ch'est fini l'bière, on boira d'l'ieau cha nous donn'ra des clairs boyéaux. Cha date d'à peine ein meos et j'ai d'jà perdu chinq kileos, j'orgrette d'jà s'beonne cuisine qui m'feseot pourléquer les babines"

J'ai ravisé l'paufe Edmeond et j'ai ormarqué qu'i-n'aveot pus que l'pieau comme on dit souvint dins ces cas là su ses ossieaux.

"Et attinds ein queop, i-a pire acore, ch'est pos tout, l'ceulle qui deonne cuisine ch'est eine véritape mêle-tout. Elle ne se mouque pos l'nez avec eine brique, elle veut faire serrer les cintrales atomiques, pou sortir du nucléaire et n'pos s'ortrouver sans leumière, pou faire des écolomies, pou elle, l'seule solutieon, ch'est canger tous les ampoules qui a dins les maseons. Pou réduire l'élestrique, feaut acater des ampoules économiques, cha coûte tchier mais cha dure lommint mais fais bin attintieon ch'est dangereux si cha pète inter tes mains. Fifinne, elle m'a fait aller au magasin Hubo et j'd'ai attrapé là pour huit chints euros. N'obliez surtout pos d'mette des gants à vos mains quand vous d'vez faire ein rimplach'mint, ch'éteot marqué su l'boîte, in p'tites lettes, acore hureux que j'aveos mes neunettes, j'ai du acater aussi des gants in plastique, i-a pos à dire ch'est économique".

Pou mes p'tits légueimes, asteur elle m'oblige à purler, merci pou l'naque, feaut l'incaisser, mais j'ai trouvé eine idée pou m'vinger, j'attinds jusse l'jour que mes visins feont ein barbecue au feond d'leu gardin. L'seul momint où j'sus d'accord ch'est quand on nous dit d'minger des asperches d'Kain, du miel de Thimougies, des fraises de Lesdain, car pou l'transport cha n'coûte presque rien. Fifinne elle m'a dit que c'est une façon économique de réduire notre empreinte écologique comme répète Mam'zelle Delphine qui nous apprind l'cuisine, in clair, cha veut dire qu'asteur pou t'nourrir i-feaut deux tierres et demi et qu'eine seule suffit. 

Asteur, à l'maseon, toutes les conversatieons ch'est su l'pollutieon. Elle me raqueonte ichi des histoires su l'récauff'mint climatique, les camps électro-magnétiques, l'feonte des glaches de l'Articque et quand ch'est ainsin elle prind ein air d'fanatique. I-paraît que l'cheptel bovin de l'tierre intière i-va invéyer, ceulle ainnée, ein millieon d'teonnes d'méthane dins l'atmosphère, là in heaut cha va s'mêler au gaz carbonique et à d'l'acide chlorydrique pou deonner des effets aussi pires qu'eine beombe atomique. Bé quand j'intinds cha, j'n'osereos pus respirer mi qui souffère d'jà d'emphysème chronique. Bé i-feaut ête ein rude annochint pou foute l'pépète ainsin aux gins. 

Aujord'hui, Fifinne, elle fait l'tour d'toutes les maseons pou faire signer des pétitieons, elle veut interdire les autieos dins l'ville de Tournai, pou obliger les gins à pourméner à pied. L'échevin de l'mobilité, Mossieu Leclercq, i-a pos à dire, i-est contint, elle va ichi li trouver eine solutieon au problème de stationn'mint. Mais, j'pinse bin qu'i-n'va pus rire quand elle va vouloir interdire aux édiles d'acore mette leu carette dins l'cour de l'Hôtel de Ville. Elle dit que quançqu'on veut l'arrivée du Tour de France dins no cité, on deot moutrer l'eximpe et printe s'véleo pou aller ouvrer. J'veos d'jà ichi, l'peloteon du Cancel Communal in heaut de l'rue Saint-Martin, cha va finir pa ein sprint serré ch'est presque certain à moinse que l'ami Poleo, i-vise l'mailleot à peos !

Elle voudreot mette eine éolienne dins no gardin mais cha n'a pos l'air de plaire aux visins et su l'pelouse, elle met des milettes d'pain pou les couleons, ch'est bin fait elle, su s'linche qui sèque i-a à l'feos d'riches macareons... elle voudreot pou les oués avoir des glaines, ein bédeo pou s'laine, elle voudreot eine masse d'lapins à ingraisser, pouvu qu'elle n'acate pos eine vaque pou avoir du lait. Quand elle orvient du cours, à chaque feos, elle voudreot eine séquoi d'nouvieau, ave ses idées d'seot, l'feimme elle la rind martieau... mi, tout c'que j'sais, ch'est que d'puis qu'elle devenue Ecoleo, elle me rind complèt'mint loleo, d'puis qu'elle est passée au vert, mi j'sus, bin souvint rouche d'colère !

(lexique : pétête : peut-être / orcette : recette / treop cras : trop gras / l'pourchéau : le porc, le cochon / ête bénaisse : être heureux / à partir d'asteur : à partir de maintenant / les tarteines : les tartines / les penn'tières : les pommes de terre / l'risse : le riz / l'drisse : la diarrhée / l'chuque : le sucre / l'chucolat : le chocolat / l'ieau : l'eau / pourléquer : pourlécher / ravisé : regardé / les ossieaux : les os / attindre ein queop : littéralement l'expression attendre un coup, signifie attendre un peu / véritape : véritable / elle ne se mouque pos l'nez avec eine brique : littéralement elle ne se mouche pas le nez avec une brique, elle ne se refuse rien, elle n'a peur de rien / canger : changer  / tchier ou tcher : cher / lommint : longtemps / inter : entre / les neunettes : les lunettes / acater : acheter / les légueimes : les légumes / purler : étendre du purin / l'naque : l'odeur / jusse : juste / tierre : terre / annochint : innocent / foute l'pépète : faire peur / pourméner : promener / quançqu'on : quand on / moutrer : montrer / ouvrer : travailler / à moinse que : à moins que / maillot à peos : maillot à pois / des milettes : des miettes /  les couleons : les pigeons / l'linque : le linge / séquer : sécher /  des oués : des oeufs / des glaines : des poules / ein bédeo : un jeune de mouton / eine vaque : une vache / eine séquoi : quelque chose / martieau : marteau : loleo : sot / rouche : rouge).

S.T. mai 2012

09:08 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

24 mai
2012

09:09

Tournai : origine du noms des rues des faubourgs (2)

Nous poursuivons notre visite du faubourg Saint-Martin à la découverte de l'origine du nom de certaines rues.

Nous avons traversé la chaussée de Willemeau et nous prenons la direction du quartier dit du "Maroc". Presqu'en face de la rue Jean Cousin se trouve la rue Doublet, appellation qui lui a été conférée en 1969 en remplacement de celle de "chemin Doublet ou chemin n°42". Dans cette rue se situe l'entrée principale de l'école paroissiale créée vers 1890 par la congrégation des religieuses de la Providence de Saint-Jean de Basel. En face, le Centre public d'Aide Sociale a érigé une résidence pour personnes agées composée de maisons sans étage et d'une tour à appartements de six étages. le nom de la rue provient probablement d'un des habitants.

Parallèle à la rue Doublet, en revenant vers la rue Général Piron (dont nous avons déjà parlé), la rue Mullier est le nom que porte, également depuis 1969, le "chemin Mullier ou chemin n°69". A l'arrière de l'école maternelle et primaire, la salle paroissiale a aussi accueilli, au milieu du XXe siècle, le Cinéclair, cinéma familial, qui présentait des films anciens ou de série B. Elle aussi doit son nom à un des habitants du lieu. 

Ces deux rues débouchent sur le Vieux Chemin d'Ere dont il est inutile de préciser l'origine du nom. 

Alors que celui-ci se dirige vers le village, un embranchement a pour nom la rue des Moissons, anciennement dénommée "chemin n°41 ou carrière de Barges". Il est situé à proximité des terrains d'entraînements de l'ancienne Union Sportive Tournaisienne. Il passe ensuite sous le pont de chemin de fer de l'ancienne ligne Tournai-Orchies transformée à cet endroit en un sentier de promenade qui mène jusqu'au centre du village d'Ere. A son extrémité, lorsqu'il rejoint la rue du Hameau de Barges, se trouvait un ancien moulin à eau.

La liaison entre le Pont à Rieu, carrefour situé au bas de la rue Général Piron et le centre du village d'Ere porte trois noms successifs : tout d'abord la rue des Carrières en raison de l'existence de deux carrières exploitées au XIXe et au début du XXe siècle dont l'une, la carrière de Barges, est bien connue des amateurs de plongée sous-marine. Ensuite, la rue du Hameau de Barges et enfin la rue du Château qui rappelle l'existence du château occupé par la baronne de Croëser durant la première partie du XIXe siècle qui en fit don au père passioniste italien Dominique pour la construction d'un noviciat, d'un couvent et d'une chapelle, entre 1842 et 1845. 

Là où s'élève ce couvent occupé par les Pères entre 1842 et 1995, la rue a pris tout naturellement le nom de rue des Pères

Revenant sur nos pas, nous traversons rapidement le quartier du Maroc, nous avons déjà parlé de l'origine de la rue Adolphe Prayez (1883-1917, membre fondateur de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien qui a donné son nom à un concours pour la défense de notre patois) dont l'appellation a été décidée par le conseil communal en 1946, de la rue Roméo Dumoulin (1883-1944, peintre tournaisien), nom donné en 1951 et la rue des Collets Rouges dont le nom date d'avril 1965 lors de l'agrandissement du quartier. Celui-ci commémore ces pourvus qui, au XIXe siècle, exécutait des travaux légers chez les bourgeois contre une maigre rétribution. Leur habillement désignaient ces personnes souvent légèrement handicapée par le port d'un collet rouge pour les hommes. Elles étaient, hélas, bien souvent l'objet de moqueries.

En décembre 1972, voulant rendre hommage à la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien, l'administration communale décida de donner le nom de place du Cabaret Wallon, à la place du jeu de balle tracée au coeur du quartier et que ses habitants appelaient alors la "Grande Piste". L'inauguration par le bourgmestre Fernand Dumont eut lieu le dimanche 15 septembre 1974 et se termina par...une séance de cabaret !

Dernière rue de ce lieu populaire, la rue Saint-Eloi, qui forme elle aussi une placette, a été ainsi baptisée lors du conseil communal de mars 1927. C'est à cet endroit que furent construites, par le Logis Tournaisien, les premières habitations sociales de ce quartier en 1923.

Les amoureux du ballon rond et, particulièrement, de la Royale Union Sportive Tournaisienne se souviennent, probablement avec nostalgie, de la rue des Sports où était situé le terrain des Rouge et Vert. Son nom lui a été donné lors du conseil communal de septembre 1933, elle relie la rue de la Citadelle à la rue Général Piron. Désormais se dresse, à cet endroit, le nouvel hôpital du CHWAPi (Centre Hospitalierde Wallonie picarde). C'est dans cette rue qu'habitaient deux Tournaisiens connus, Alfred Verdière (1896-1965), Chef de l'harmonie des Volontaires Pompiers et professeur au Conservatoire de Tournai et Lucien Jardez (1916-2000), Président du Cabaret Wallon Tournaisien. 

La rue de la Citadelle qui prolonge la rue des Sports vers le carrefour des Résistants a été ainsi baptisée en juin 1877 après le démantèlement des fortifications de la ville et de la citadelle dite de Vauban, érigée sous Louis XIV. On y trouve notamment l'ancien hôpital militaire "Quartier Major Médecin de Bongnie", construit entre 1899 et 1908 et inauguré en 1912, la caserne Baron Ruquoy qui s'élève à l'emplacement de l'ancienne citadelle et les anciens bâtiments de la gendarmerie, aujourd'hui abandonnés depuis la fusion avec la police. Sous la rue, les "Amis de la Citadelle" ont mis à jour les souterrains qui partent vers le centre de la ville. Chaque année, des équipes de passionnés découvrent et sécurisent de nouveaux tronçons afin de permettre les visites à ceux qui aiment découvrir des éléments de notre patrimoine. Large, très pentue et aux pavés disjoints, la rue de la Citadelle aurait pu être inclue au programme des coureurs du Tour de France lors de l'arrivée du 2 juillet, elle aurait probablement permis une sélection à moins d'un kilomètre de l'arrivée, toutefois, à hauteur du carrefour des résistants, son accès est rendu impossible pour un imposant peloton de coureurs en raison de la sinuosité et de l'étroitesse des voiries qui la séparent des boulevards. 

Située entre la rue de Barges et la rue de la Citadelle, la rue Jean de Mesgrigny date des années septante lors de la construction de logements pour les militaires. Jean de Mesgrigny a vécu au XVIIe siècle, ingénieur, il fut également capitaine des Cadets gentilhommes de Tournai en 1682. On lui doit, en compagnie de Deshoullières, les plans de la citadelle.

Connue, également, la rue Despars qui se situe entre l'arrière des bâtiments militaires et l'institut de Défense Sociale, "les Marronniers". Jacques Despars est né à Tournai à la fin du XIVe siècle, Il fit des études à Paris et à Montpellier. Il fut médecin et clerc, chanoine et premier médecin de Charles VII, ambassadeur au concile de Constance qui eut lieu entre 1414 et 1418. Il est mort dans sa ville natale de Tournai en 1458, à près de quatre-vingt ans. Il a instauré trois bourses perpétuelles pour trois étudiants tournaisiens. 

(sources : étude de Ghislain Perron parue dans les mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai - tome VI de 1989 et recherches personnelles).


22 mai
2012

10:39

Tournai : origine du nom des rues des faubourgs

Après avoir parlé des rues de la ville, après avoir évoqué certains changements de noms intervenus suite à la fusion des communes, nous allons entamer une balade dans les rues des faubourgs de Tournai. 

Pour cette première visite nous débutons au Sud de la ville, principalement dans le faubourg Saint-Martin, derrière la plaine des Manoeuvres. Nous nous bornerons à évoquer les rues dont il n'a pas encore été fait mention au sein de ce blog.

La rue de la Culture a pris ce nom par décision du conseil communal de décembre 1907. Elle est formée de l'ancien sentier n°81 et d'une partie du sentier n°43, elle relie la chaussée de Douai à celle de Lille. Dans sa partie basse, jusqu'au rond'point érigé à l'intersection des rues Aimable Dutrieux et Barthélémy Frison, elle est constituée d'une longue rangée de maisons de même volume, à un seul étage, tandis que dans sa partie haute, on trouve quelques maisons de "type villa" et surtout les anciennes usines Philippart, une filature en activité de 1932 à 1979 dont les bâtiments ont été repris par l'institut Don Bosco. L'origine de son nom provient probablement des nombreux champs qu'on y trouvait à la fin du XIXe siècle

La rue de la Prévoyance est le nom donné à l'ancien sentier n°43 qui reliait la chaussée de Douai à celle de Lille, on l'appelait également "chemin ou carrière du moulin de Lille". Actuellement, elle relie la chaussée de Douai à la rue Charles Mauroy. Elle composée de deux rangées de maisons à un étage et de quelques petites villas. A l'angle qu'elle forme avec la rue Charles Mauroy, on trouve l'entrée arrière de l'Itma (l'Institut technique des Métiers de l'Alimentation). Nous n'avons pu déterminer l'origine du nom. 

Le sentier n° 116 ou sentier de la Plaine relie la rue de la Prévoyance à la plaine des Manoeuvres, lieu bucolique, il serpente entre des jardins avant de déboucher à proximité du terrain synthétique de hockey. Plusieurs personnes nous ont parlé de la présence, jusqu'il y a quelques années, de deux bornes en pierre, située au milieu d'un potager. La destination exacte de ces bornes n'a jamais pu être expliquée. 

Au bout de la rue Aimable Dutrieux, le chemin n°32 bis a pris le nom de ruelle Desprets. Ce sentier existait déjà sur des cartes du XVIIIe siècle. Il amène à la chaussée de Douai. Avant d'arriver a celle-ci, on peut découvrir les bâtiments de l'ancienne ferme du Canon, surnom de son propriétaire, François Duwelz-Fleury. Le nom de la ruelle provient très probablement d'un habitant de celle-ci. Il est à noter que dans la rue Aimable Dutrieux, en face du terrain des sports dit "terrain Philippart", bien connu des joueurs de football corporatif, le sentier n°32, parallèle à la ruelle Desprets, relie lui aussi la rue à la chaussée de Douai. 

Entre Ere et la rue Sainte-Eleuthère existe probablement un des plus long sentier de Tournai, le sentier n°13. Il portait jadis le nom de chemin Vert, puisqu'il était tracé entre champs, prairies et bosquets, et s'appelle désormais chaussée Romaine entre Ere et la chaussée de Lille pour prendre ensuite le nom de chemin (et ensuite) d'avenue des Peupliers

Pour être complet signalons l'existence entre la rue du Tir à la Cible et la limite des communes d'Esplechin et de Lamain du vieux chemin de Bouvines, commune du Nord de la France où se déroula la bataille de 1214 remportée par le roi de France, Philippe Auguste sur l'empereur germanique et ses alliés Jean sans Terre et le comte de Flandre. Dans sa section entre Orcq et le lieu dit "la Pannerie" à Froidmont, il prend d'ailleurs le nom de chemin de la Bataille de Bouvines. Changeant de nom par la suite, il se dirige vers la commune française de Camphin-en -Pévèle comme nous le fait remarquer une fidèle lectrice de ce blog. 

Au départ de la chaussée de Douai, le chemin n°77, connu jadis sous l'appellation de chemin du moulin Dorchy, en raison de la présence de ce moulin sur une butte, porte actuellement le nom de sentier du moulin Tillieu. Il aboutissait jadis à la chaussée de Willemeau. 

Sur la chaussée de Douai, dans le prolongement de la rue de la Culture, la rue Jean Cousin est l'appelation donnée par le conseil communal en février 1929, au sentier n°42 bis, connu alors sous le nom de carrière Casterman ou carrière Dubois, du nom des exploitants de la ferme qui s'y trouvait. Jean Cousin, né durant la seconde moitié du XVie siècle et décédé en 1636, était chanoine à la cathédrale. On lui doit une histoire de Tournai, publiée vers 1620. 

Parallèle à la rue Jean Cousin, la rue Crespel relie la chaussée de Douai à la chaussée de Willemeau. Son nom lui a été donné par décision du collège communal de mars 1897 pour commémorer la mémoire du colonel Louis Crespel, né à Tournai en 1838 et mort à Zanzibar en 1878, chef de la première expédition de l'Association Internationale Africaine fondée par le roi Léopold II. Ancienne portion du chemin n°12 qui portait le nom de chemin des Morts, une voirie empruntée au XIXe siècle pour se rendre au cimetière du Sud, elle longeait alors le domaine militaire.

La chaussée de Willemeau qui mène à ce village en passant par celui d'Ere porte ce nom depuis la décision du collège en octobre 1870. Jusqu'à ce changement de dénomination, il s'agissait d'un chemin bordé par quelques fermes et habitations modestes portant le nom de chemin d'Urmieau, nom du village de Willemeau à cette époque. Celui-ci devint alors une importante voie de liaison suite à l'implantation du cimetière du Sud, dit "Mulette" (1784) et la construction de l'église Notre-Dame Auxiliatrice (1890) qui furent à l'origine de la création du faubourg Saint-Martin.  

Reliant le bas de la chaussée de Willemeau au boulevard Lalaing, la rue Cottrel porte ce nom depuis la décision du collège d'octobre 1870. Elle fut tracée lors de la démolition des fortifications de la ville. Pierre Cottrel né en 1461 et décédé en 1545, chanoine de la cathédrale et vicaire général, fit partie des délégations tournaisiennes qui négocièrent les capitulations de la ville lors des sièges de 1513 et 1521. Il légua des bourses d'études en faveurs de jeunes Tournaisiens. Dans cette rue, jusque dans la seconde moitié du XXe siècle, se trouvait la clinique Cottrel dont les bâtiments ont abrité, par la suite, l'internat de l'Itma.  

(sources : étude de Ghislain Perron, membre de la société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai et de la royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien - "biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècle de Gaston Lefebvre) 



10:39 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rues, jean cousin, cottel |

21 mai
2012

09:11

Tournai : un lieu qui n'est pas un désert !

"Quel sont les lieux que vous connaissez le mieux à Tournai ?" Si vous posez la question à un Tournaisien ou à un touriste venu visiter la cité des cinq clochers, vous recevrez invariablement comme réponses : la cathédrale Notre-Dame, le beffroi, la Grand'Place, le Pont des Trous, la tour Henri VIII, l'Hôtel de Ville ou les musées. Il y a pourtant un autre lieu d'une grande richesse culturelle dont on parle (trop) peu, un imposant bâtiment (re)venu, un peu par hasard, sous les projecteurs de l'actualité, il y a quelques semaines à peine. 

En ce début d'année 2012, des négociations ont été entamées par les responsables de l'Ecole d'Architecture Saint-Luc, dépendant de l'U.C.L auprès des responsable communaux dans le cadre d'une demande de transfert des locaux au coeur de la cité, les nombreux étudiants étant, de plus en plus, à l'étroit dans leurs murs à Ramegnies-Chin. Les auteurs du projet avaient jeté leur dévolu sur deux bâtiments inoccupés au pied de la cathédrale : l'hôtel des anciens prêtres et le bâtiment des archives de l'Etat. Ce souhait venait bouleverser le plan des autorités communales qui avaient envisagé l'installation d'un hôtel à cet endroit. Celles-ci proposèrent alors en échange l'occupation du "Séminaire épiscopal".

Contrairement aux années soixante où on les voyait défiler, en rangs serrés, par la place Reine Astrid vers la cathédrale pour se rendre aux Vêpres du dimanche après-midi, il y a belle lurette qu'il n'y a plus de séminaristes dans les bâtiments de la rue des Jésuites. La crise des vocations et l'abandon par beaucoup de la pratique ont amené les autorités religieuses à les regrouper à Namur. Depuis le début du XIXe siècle, l'institution était le lieu de formation des prêtres du diocèse de Tournai. 

En novembre 2008, l'institution religieuse tournaisienne a fêté son bi-centenaire. Pourquoi organiser une commémoration d'anniversaire dans un bâtiment à l'abandon se diront certains. Contrairement à cette affirmation, on est amené à constater que cette grande maison grouille d'une vie, peut-être, insoupçonnée. Le Séminaire accueille un institut de Théologie, une bibliothèque, un musée, la librairie et médiathèque Siloë spécialisée dans les ouvrages religieux, l'Académie de musique Saint-Grégoire qui enseigne notamment le chant grégorien, l'orgue et le clavecin, une antenne de "Missio", organisation internationale de solidarité et d'échange entre communautés chrétiennes et de promotion des rencontres inter-culturelles et inter-religieuses. Une partie des bâtiments est également occupée par la communauté des Soeurs de l'Assomption arrivées en 2003. Tous les mardis, d'octobre à mars, le Grand Auditoire est le lieu où sont organisées les conférences de "Connaissance et Vie d'Aujourd'hui". Le bâtiment est aussi l'endroit de retraite et de formation pour étudiants ou chargés de cours de religion, le lieu de réunion des responsables religieux de la région de Tournai. 

Comme on le voit, décider d'y installer les étudiants des cours d'architecture de Saint-Luc aurait été faire fi de toutes ces activités qui se déroulent derrière les austères murs de la rue des Jésuites et de la rue de Bève, à l'insu, sans doute, d'une grande partie de la population.

Notre but est d'en évoquer deux élements culturels, la bibliothèque et le musée.

La riche bibliothèque est constitutée d'ouvrages datant de quelques siècles. Elle a recueilli, au fil des ans, des dons de particuliers ou de collectivités. La collection estimée à plus de 5.000 ouvrages est aussi composée d'oeuvres appartenant à des couvents, abbayes ou communautés religieuses supprimées par les Révolutionnaires français, à la fin du XVIIIe siècle, lors de la décennie pendant laquelle ils occupèrent et, il faut bien le dire, pillèrent Tournai. Ses principaux domaines sont la théologie, la philosophie, l'histoire, les sciences humaines et la littérature. Dans sa partie ancienne appelée "la réserve précieuse", elle rassemble des ouvrages du chapitre cathédral. Parmi  350 manuscrits, on y trouve la célèbre "Bible de Lobbes" écrite en 1084, une "Vie de Sainte Renelde" du XVe siècle et des incunables (ouvrages datant d'avant l'invention de l'imprimerie). Le séminaire dispose aussi d'une vaste réserve d'archives provenant des abbayes, couvents et congrégations du diocèse, celles-ci ne sont pas en libre consultation.

Le musée a été imaginé en 1971 par le chanoine Milet, bibliothécaire, professeur de théologie et passionné d'histoire. Deux salles proposent des oeuvres d'art, des objets archéologiques et les livres anciens de la réserve précieuse. On peut y voir des tableaux des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle dont la collection de 17 tableaux sur bois du XVIe siècle peints par Frans Pourbus l'Ancien. 

Les "Pourbus" étaient une famille d'artistes flamands des XVIe et XVIIe siècle. Parmi ceux-ci Frans Pourbus dit "l'Ancien" était né à Bruges en 1545 et décédé à Anvers en 1581. Fils de Pieter Pourbus, il épousa Suzanne de Vriendt, la fille du sculpteur Corneille Floris de Vriendt à qui on doit le jubé de la cathédrale Notre-Dame de Tournai (voir un précédent article à ce sujet). Parmi ses peintures, on trouve les panneaux de la Passion provenant du choeur de l'ancienne abbaye de Saint-Martin. A l'origine, il semble que cet ensemble comprenait neuf panneaux de bois, huit étant peints des deux côtés et le "Christ en croix avec les larrons" était destiné au Maître-Autel. La particularité des huit panneaux était qu'ils représentaient des scènes de la Passion, de la Résurrection et de l'Ascension du Christ visibles depuis les stalles du choeur dans lequel ils avaient été placés, tandis que l'envers était dédié à des scènes de la vie de Saint-Martin, saint patron de l'abbaye, visibles eux depuis le déambulatoire. Depuis 1971, ces tableaux, auparavant exposés dans la chapelle et le grand réfectoire du séminaire, sont passés dans la réserve précieuse du musée. 

Hélas, le temps qui passe, les variations de température ou d'hygrométrie ont apporté des dégradations. Les responsables de la conservation de ces oeuvres inestimables ont donc décidé d'introduite un dossier en vue de leur restauration auprès de la Fondation Roi Baudouin et de la Fondation Inbev-Breillat Latour qui oeuvrent pour la conservation, la restauration et la mise en valeur du patrimoine. Une fois l'accord marqué et les fonds nécessaires rassemblés, les panneaux prendront la direction de l'Institut royal du Patrimoine artistique belge (IRPA). Une souscription a été lancée, par cette action, les responsables espèrent ainsi prouver qu'à notre époque, il existe encore des mécènes. 

On ne peut ignorer dans la visite du séminaire, la chapelle, située dans l'aile droite du bâtiment,  érigée au tout début du XVIIe siècle sur des plans du jésuite tournaisien Henri Hoeimaker. Mesurant environ quarante mètres de long et vingt mètres de large, elle est de style gothique tandis que son portail est en style Renaissance. Les trois nefs sont formées de six travées terminées par un choeur à chevet plat, on note l'absence de transept. On peut y découvrir une oeuvre attribuée au sculpteur tournaisien, Nicolas Lecreux, intitulée "l'Assomption", celle-ci menaçait de se dégrader sur les murs de l'église Sainte-Marguerite désacralisée, il y a une quarantaine d'années, et désormais ouverte aux ravages de la pluie, du vent et des pigeons. C'est grâce à l'intervention de l'asbl Pasquier Grenier que ce patrimoine religieux a pu être sauvé, restauré et transféré en ce lieu.

La visite se terminera par les vastes jardins situés à l'arrière vers les propriétés de la rue Octave Leduc, disposés en terrasses, dont la partie en contrebas est traversée par l'enceinte communale des XIIe et XIIe siècle. 

(sources : "Le Séminaire de Tournai" - archives de No Télé à l'occasion du bi-centenaire - biographie des Pourbus, encyclopédie Larousse - visite personnelle effectuée en compagnie d'un Guide de Tournai)

19 mai
2012

09:05

Tournai : expressions tournaisiennes (174)

No karmesse.

Su l'boulevard Bara, ceulle sémaine, in pourménant, j'ai eu l'raminvrance de m'jeone temps, cha ormonte à bin des ans, j'éteos alors acore ein infant. Falleot vir comme je n'teneos pus in plache quand j'saveos que l'karmesse éteot arrivée su no Grand'Plache. A l'foire de mai ou bin d'sétimpe, ch'éteot eine traditieon, il falleot que j'aille su toutes les attractieons.

Falleot m'vir aux commandes des p'tits avieons, qui monteot'ent ou déquindeot'ent tout in tournant in reond, dins la caches à poule dusque t'éteos infermé a essayer d'leu faire faire ein tour complet. L'luna-park, ch'éteot eine baraque ave ein parcours rimpli d'ostaques, i-aveot là des tapis qui rouleot'ent, des tonnieaux qui tourneot'ent, des peonts in cordes qui balancheot'ent, tout cha à t'faire attraper l'trimblote. I-aveot aussi les auteos-skooter de Mossieu Besangez dusque les files à côté du juke-box atteindeot'ent pou s'faire inviter. Et quand, toute hureusse, l'pétite Mam'zelle, à côté d'ein garcheon qui li aveot fait d'l'ouel, éteot partie pou ein tour de piste, il falleot éviter de s'faire buquer pa les amisses.

Mi j'aveos eine préférince pou l'baraque de l'feimme à barpe ou bin acore du sauvache qui grimpeot à z'arpes. I-falleot l'vir ormuer ses caînes ave fracas et berler des meots dins s'charabia. Cha m'fouteot toudis l'esquite mais j'preneos m'plache bin vite. I-aveot aussi l'feimme qui peseot deux chints kileos. Comme diseot l'heomme à l'porte :"Venez vir l'grosse Cindy, vous allez ête saisis, vous n'in croirez pos vos is".

A l'Friture Bruxelloise, dins ses saleons à dorures, assis à eine tape, su eine banquette ein peu dure, falleot vir comme j'éteos bénaisse quand j'mingeos des waufes à l'crême fraîque ou des boules à l'graisse ou bin acore "l'complet", des frites et eine assiette inglaisse. L'karmesse de c'temps-là, ch'éteot aussi l'nougat d'Ali Baba, les peommes d'amour et l'barpe à papa.

Te rincontreos toudis des amisses, des connissances, des moneonques ou des matantes, et i-n'falleot pos t'faire prier pou ti aller boire eine crasse pinte à l'terrasse d'un cabaret. Te t'ortrouveos alors au Central ou chez Ochin, chez Denise Delannoy ou à l'Botte de Lin.

Ch'éteot l'lieu d'rindez-vous d'tous les âches mais surtout des jeones au temps du fréquintache.  

No karmesse, elle a bin cangé, l'Grand'Plache elle l'a désertée. Asteur ch'est su l'plaine qu'on a mis no fiête foraine. 

De l'musique on a rimplaché les flonfleons pa c'qu'on appelle l'mur du seon, l'sono elle fait tell'mint du bruit que te l'intinds jusqu'à Froyennes ou bin Marvis. Les manèches i-t'feont meonter jusqu'à trinte mètes et t'attrapent des toupiries à l'tiête. Asteur, cha fait succès quand t'es arloché, mambourné et que t'intinds les files berler comme des nouvieaux nés. M'comarate Martin qui est leon d'ête ein annochint i-m'a dit que cha n'deveot pos ête beon des machins ainsin. L'feimme à barpe elle seûr'mint trouver ein rasoir élestrique et l'sauvache i-s'a probablemint orconverti dins l'informatique. I-a ein pelé et ein teondu dins l'palais des glaches, les avieons et les caches à poule ont cédé leu plache. 

L'beonne vielle friture ave ses saleons à dorures, elle a fait s'temps et elle ne vient pus d'puis dix ans. Asteur te minges des frites et eine fricadelle, debout à eine tape sous eine tonnelle et ch'est sous eine grande toile que te veos les gins qui ont du vint dins les voiles, pasqu'à forche de boire des pintes su l'plaine, mes gins i'z'ortournent ave l'panche bin pleine et ch'est là qu'on n'comprinds pos pourquoi dins no ville on a supprimé les pichataines. Paufes gins du boulevard, l'lindi matin ch'est pos toudis bieau à voir.

L'soir, quand te pourmènes su no plaine, bé ch'est dins l'public que te veos asteur les gins avec des caînes, et si li aussi i-aveot des anneaux no beon vieux sauvache, autant que j'min rappelle,i-n'aveot même pos ein tatouache. Mi je n'sus pus à m'n'aisse pou aller acater mes boules à l'graisse et m'feimme elle m'a dit, et elle a raiseon, ou bin te f'ras régime ou t'les mingeras à l'maseon. Ch'est ave tristesse que je veos morir no beonne vielle karmesse.  

(lexique : ceulle : cette / l'raminvrance : la souvenance / jeone : jeune / ormonter : remonter / acore : encore / sétimpe : septembre / les caches : les cages / dusque : où / ein ostaque : un obstacle / l'trimblote : tremblements de peur / hureusse : heureuse / ouel : oeil / buquer : frapper, heurter / l'barpe : la barbe / les caînes : les chaïnes / l'esquite : la peur / les is : les yeux / eine tape : une table / bénaisse : content / eine waufe : une gaufre / les boules à l'graisse : les croustillons / les moneonques : les oncles / les matantes : les tantes / les âches : les âges / l'fréquintache : les fiancailles, on dirait maintenant le temps du flirt / cangé : changé / les manèches : les manèges / les toupiries : les vertiges / arloché : secoué / mambourné : malmené / les files : les filels / berler : crier / leon : loin / annochint : innocent / élestrique : électrique / les glaches : les glaces / à forche : à force / les pichataines : les vespasiennes, les urinoirs / paufes : pauvres / acater : acheter : morir : mourir).

S.T. Mai 2012


09:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

16 mai
2012

17:18

Tournai : les Okidok ou le retour aux sources de l'Art clownesque.

Ils sont deux, nés à quelques jours d'intervalle, deux beaux athlètes de 36 ans. Benoît Devos et Xavier Bouvier se sont connus, encore enfants, sur les bancs de l'Ecole des Frères à Tournai. A cette époque, leurs regards se tournaient déjà vers les arts circassiens et durant les récréations, alors que d'autres jouaient probablement au football, ils préféraient s'adonner à l'exercice difficile de la jonglerie. Cette passion attira l'attention d'un de leurs professeurs évoluant dans le milieu du spectacle, Xavier Soudeau, mieux connu à Tournai sous les traits du clown "Cassonade" qui animait les fêtes enfantine, de ceux de l'inquiétant Boris, bossu au visage livide et à la voix d'outre-tombe qui fait de fréquentes apparitions à l'occasion de soirées de gala ou encore comme membre de la Compagnie du Tarmac. 

L'énorme potentiel de ces deux jeunes allait tout naturellement les conduire vers l'école de Lasaad à Bruxelles et ensuite à l'Ecole du Cirque de Montréal. 

En 1991, les deux compères font une apparition remarquée lors de la quatrième Piste aux Espoirs de Tournai, le Festival international de Cirque amateur dans un numéro de jongleries burlesques, le public tournaisien, grand amateur de cirque, vient de découvrir les Okidok qui seront, à cette occasion, récompensés par le Prix d'encouragement.

En 1993, lors de la sxième édition de la Piste aux Espoirs, Benoît Devos participe à un numéro de voltige aérienne dans un groupe de sept adolescents originaires de Bruxelles et de Tournai, les "Flyers" au sein duquel évolue également sa soeur Céline. Le numéro est parfait, il fait un triomphe et est récompensé d'une Piste d'Or en catégorie "amateurs" et du Prix du Public. 

En 1997, Benoît Devos revient une nouvelle fois, à la Piste aux Espoirs, au sein d'un groupe de voltigeurs composé de Sophie Mandoux, Vincent Schoonbroodt, Véronique Jean, Christian Etienne et Cecile Pofilat. Cette remarquable prestation sous la voûte du chapiteau leur permet de remporter une Piste spéciale. En cette même année, les Okidok, de retour de Montréal, sont récompensés par le Prix de la Ville de Gand.

En 2002, les voici invités au Festival d'Avignon, ils resteront durant trois semaines à l'affiche du Théâtre des Doms. Ils y présentent leur spectacle intitulé "Ha,Ha, Ha", créé lors de la Piste aux Espoirs de l'année précédente. 

Lors de l'année 2003, les deux artistes tournaisiens sont notamment présents au Festival du Cirque de Demain à Paris et y trustent les prix : le trophée Annie Fratellini, le Prix Eloïse et le Prix Word's Fair. 

Le succès du spectacle "Ha, Ha, Ha" sera considérable, il sera joué lors de plus de 600 représentations, il précèdera une nouvelle création intitulée "Slips Inside", spectacle clownesque mêlant acrobaties, mimes et danses. Les deux clowns évoluent dans un univers totalement dépouillés faisant leur entrée sur scène, dans le plus grand silence, vêtus d'un peignoir avant d'évoluer en slip dans des numéros de portés, d'acrobaties à couper le souffle dans lesquels l'humour n'est jamais absent. C'est le retour aux sources de l'Art clownesque, celui des Charlie Chaplin ou d'Howard Butten dont ils firent d'ailleurs la première partie d'un spectacle à Paris. 

La réputation du duo Okidok a permis à Benoît Devos et Xavier Bouvier de probablement réaliser un rêve : le tour du monde. Les deux spectacles ont été présentés en Russie, au Brésil, en Nouvelle-Calédonie, en Chine, à Tahiti et dans pratiquement tous les pays européens.

Les deux artistes tournaisiens ont aussi apporté leur collaboration à la création d'évènements tels "Décrochez la lune " de Franco Dragone, ainsi qu'à "l'Opéra Pompier" de Patrick Masset . Ils ont aussi joué sous le chapiteau du Cirque du Docteur Paradis avec la Compagnie du Chien en France.

Le dernier réveillon de l'an, Okidok l'a passé au Canada, du 20 décembre au 5 janvier, "Ha, Ha, Ha" a de nouveau été représenté à la Tohu à Montréal.

Le vendredi 18 mai 2012, ils sont au Festival du Rire de Rochefort, le lendemain, on peut les voir sur France2 dans "Le plus grand cabaret du Monde" de Patrick Sébastien et, en juillet 2012, ils sont à nouveau présents au Festival d'Avignon. 

Comme on le constate Benoit et Xavier ne posent leurs valises jamais plus que quelques jours dans la cité des cinq clochers, c'est la rançon d'un succès totalement mérité !

(S.T mai 2012) 

 


14 mai
2012

16:11

Tournai : la revitalisation du quartier Saint-Piat

A Tournai, il est coutumier de dire : " A Saint-Piat, la chance est là". Plus ancien quartier de la cité des cinq clochers, Saint-Piat peut-il être considéré comme le berceau de la ville ?

Etienne Boussemart, guide tournaisien et passionné d'histoire, nous en donne une approche dans le livre "Mémoire du quartier Saint-Piat" paru en mai 2009. 

"C'est Rome qui, d'une bourgade gauloise, fera naître une ville. Vers 50 avant Jésus-Christ, ses armées, ses commerçants s'installent sur le site qui deviendra Tournai. Deux arguments majeurs les y incitent, un fleuve, le Scaldis (l'Escaut), et un gué au "Pont à ponts" d'aujourd'hui, facile à surveiller depuis le plateau de la Loucherie". 

Le quartier sera cependant situé hors les murs de la première enceinte qui va de la rue du Cygne à la rue Madame. 

Depuis toujours, Saint Piat est un quartier populaire dans le sens noble du terme, composé de gens qui vivent parfois dans la précarité mais qui se connaissent, se parlent, échangent et font preuve d'une grande solidarité comme le décrit si bien Etienne Boussemart.

Depuis la guerre le quartier a vieilli, quelques rénovations ponctuelles ont bien été réalisées avec succès mais son coeur, l'ilôt Cherquefosse, est malade pour ne pas dire en état de mort clinique. Pour ceux qui consulteraient une carte de Tournai sur Google, l'ilôt est compris entre les rues Cherquefosse, Saint-Piat, Madame et le quai des Poissonsceaux. Si on excepte l'ancienne piscine de la rue Madame, abandonnée lors de l'inauguration du site de l'Orient et transformée en parc Roller Skates, et le service des "Bains douches" fort prisé d'une partie de la population, il ne reste plus que d'imposants immeubles vides tels les magasins Hubo sur le quai, les ateliers et bureaux de la Technique à la rue Cherquefosse ou quelques maisons inoccupées. Lieux sinistres qui se dégradent progressivement et sont régulièrement squattés. 

En 1999, Pierre Vanden Broeck, habitant du quartier, membre du Cabaret Wallon et de l'asbl Pasquier Grenier tire un premier signal d'alarme dans un article paru au sein de la revue de cette  association. A la mi-juin de cette année-là, les habitants du quartier ont été avertis par voie d'affiche d'une enquête publique relative à la vente de l'ancienne piscine Madame par la Ville au profit de l'Etat. L'Etat possède déjà au sein de l'ilôt, les terrains de l'ancienne Technique, acquis en échange du site des XII Césars sur la Grand'Place. On lui prête l'intention de regrouper à cet endroit divers services pour le Ministère de la Justice, par la construction d'un grand ensemble de bureaux. Que deviendra l'ancienne piscine au sein de ce projet ? On pouvait craindre qu'après sa démolition, on n'y construise un immeuble imposant qui dépasserait de loin des petites maisons de deux ou trois niveaux sous toiture. L'auteur de l'article plaide pour la rénovation de cet ensemble comprenant de nombreuses maisons des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle, ceci créerait une revitalisation du quartier. Désargenté ou ayant d'autres projets, le Ministère de la Justice ne construira finalement rien et le lieu restera à l'abandon au grand soulagement des chats et des rats qui s'y adonnent à une guerre perpétuelle. 

Le nouveau siècle est arrivé et avec lui un projet original porté par des architectes qui demeurent dans le quartier et par l'association D.A.L. (Droit au Logement). Ceux-ci présentent un projet de revitalisation urbaine par la création à l'emplacement de l'ilôt Cherquefosse de logements mixtes (moyens et sociaux), de petits commerces (comme on trouvait jadis dans le quartier), d'une maison médicale (si fréquentée en ces temps de crise) et d'espaces communautaires (petits lieux de rencontres qui permettent aux habitants de communiquer). Ce projet était séduisant, il permettrait probablement de faire renaître cette solidarité si vivante jadis. Les autorités communales se réjouissent de cette heureuse initiative et dans son bilan, la majorité déclare, en 2007, dans son bulletin communal : "l'entité de Tournai doit être synonyme de plaisir de vivre, d'évoluer dans une ville au passé prestigieux"

Cette initiative qui semble bien engagée aux yeux des habitants de la ville attire énormément de sympathie. Elle suit d'ailleurs à la lettre les recommandations du CREAT dans le schéma de Structure Communale : "assurer la diversité des logements en aménageant à la fois des habitations uni familiales, des appartements et de studios, inciter la restauration et la valorisation du patrimoine bâti, encourager le commerce et les services de proximité, aménager l'espace public en prévoyant des lieux de rencontres et en assurant la sécurité de tous les utilisateurs de l'espace-rue (...), créer et préserver des espaces verts accessibles au public et réaffecter les friches et quartiers désaffectés". En soutenant ce projet, pour un peu, nos édiles eurent été hissés, comme au temps de Clovis, sur le pavois !

Hélas, c'était oublier, un peu vite, qu'une autorité peut souvent se montrer versatile dans ses décisions, il suffit que d'autres sirènes viennent lui chanter un chant nouveau et la girouette est capable de faire un virage à 180°.

Ce chant nouveau est venu de l'intercommunale de Développement Economique de Tournai-Ath (en abrégé IDETA). Celle-ci a pour mission de développer économiquement la Wallonie Picarde et déclarons, honnêtement, qu'elle fait bien son boulot et se démène tant et plus pour maintenir l'emploi et soutenir l'économie de notre région. Pourtant, ses décisions et prises de positions vont bien souvent à l'encontre des intérêts quotidiens des populations concernées.

En mars 2010, l'Intercommunale présente au Conseil Communal un projet dont l'objectif est de développer, au sein d'un quartier de la ville, un espace d'accueil à destination d'activités économiques centrées sur le tertiaire (les services), à haute valeur ajoutée et autour de la thématique des techniques et technologies de l'image. Le quartier choisi est bien entendu... le quartier Saint-Piat !

La ville porte un intérêt certain au projet et comme, en décembre de la même année, le Gouvernement Wallon annonce la décision de consacrer un budget de 2.897.500 euros à la réalisation de cette micro-zone d'activités économiques dénommée TechniCité, le bourgmestre se réjouit de cette décision et le projet de revitalisation des habitants de Saint-Piat semble être balayé d'un revers de la main.

Heureusement, les Tournaisiens sont des gens sages et qui prônent le dialogue. En mars 2012, une réunion d'information réunit les acteurs du quartier Saint-Piat, les responsables d'Ideta et des représentants de la Ville soucieux de ménager la "Chèvre" (habitation) et le "Chou" (économie). Le compromis, accouché péniblement, semble néanmoins satisfaire les différents partenaires réunis autour de la table. Il est admis que l'ilôt Cherquefosse accueillera la micro-zone d'activité économique composé de trois bâtiments relais (un de plus que dans le projet initial), un espace dit de "coworking" et deux plateaux de bureaux. On trouvera également septante logements mixtes, une placette, des espaces publics, la maison médicale et le maintien des "Bains Douches". Le Skate Parc est appelé à déménager.

"Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes" comme aurait, dit au sortir de cette réunion, l'écrivain britannique Aldus Huxley.

Doit-on se fier aux promesses ? Il semble qu'il faille répondre par la négative. Quatre semaines après cette réunion, voici que sort un projet immobilier de construction d'un vaste immeuble à appartements à l'emplacement des anciens magasins Hubo compris dans l'ilot Cherquefosse. Les habitants du quartier trouvent cette annonce saumâtre, car ce projet n'est pas sorti tel un lapin du chapeau d'un magicien et, lors de la réunion de mars, les plans et perspectives en 3D étaient certainement déjà réalisés en fonction d'un accord obtenu. Pourquoi donc ne pas en avoir pipé mot ? Les habitants réclamaient du logement et voici qu'on leur apportait un projet qui répondait à leurs aspirations ! Oui, à part que celui-ci était, pour des raisons évidentes de rentabilité, un mammouth de quatre ou cinq étages, écrasant les bâtiments de l'ensemble du quartier. Après la seconde guerre mondiale, les bâtisseurs de l'époque ont reconstruit Tournai en attachant une importance à l'harmonie des volumes et au cachet ancien de la ville, une logique qui ne semble plus être celle de personnes qui ne possèdent probablement pas l'âme tournaisienne.

C'est cela aussi la vie d'un quartier, son sort n'est plus entre les mains de ses habitants mais de décideurs qui le façonnent, le transforment ou le detruisent en fonction de leurs envies, de leurs intérêts, de l'humeur du moment. 

A Tournai, il est coutumier de dire : "A Saint-Piat, la chance est là" ! Espérons qu'entre gens de bonne volonté, on prenne enfin ses responsabilités !...

(sources : bulletin de l'asbl Pasquier Grenier n°58 de septembre 1999, article signé de Pierre Vande Broeck - bulletins communaux de 2007,2008 et 2010 - article du journal "Le Soir" du 28 mars 2012 - "Mémoires du quartier Saint-Piat", ouvrage paru en mai 2010, article historique signé d'Etienne Boussemart).