31 mai
2012

Tournai : le Cercle Artistique (2)

Une disparition

Deux ans après sa création, le Cercle Artistique perd son Président d'Honneur, le 20 novembre 1887, le peintre Louis Gallait s'éteint à Bruxelles. Le lendemain, au cours de sa réunion, le Conseil d'Administration s'associe au deuil, tous les membres participeront à l'hommage qui sera rendu par la Ville de Tournai à un de ses plus grands peintres.

La construction de la salle d'exposition.  

Au cours de cette même réunion, il est annoncé l'achat d'un terrain pour ériger la salle d'exposition, il a coûté 12.352,70 francs. Trois mois plus tard, en février 1888, l'architecte De Porre soumet les plans de la future construction, son prix est fixé à 15.278,30 francs. C'est l'entrepreneur Soyez-Heulie, par ailleurs membre du Cercle comme ses trois autres concurrents, qui est adjudicataire. Il est remarquable de constater qu'on ne traîne pas à l'époque, les démarches administratives (permis de bâti, enquête publique...) devaient certainement être moins lourdes qu'actuellement, puisque, à peine désigné, on demande à l'entrepreneur, le 28 février, de débuter les travaux le 15 mars pour que le chantier soit achevé le 15 août. On ne rêve pas, on lui a donné un délai de cinq mois pour réaliser les travaux (à en faire baver tous ceux qui à Tournai voient, au XXIe siècle, des chantiers s'éterniser durant des mois, voire des années). Pari tenu puisque le 8 septembre, la remise du local à la commission est effectuée après réception des travaux et le même jour, le Bourgmestre Victor Carbonnelle, ayant succédé à Louis Gallait à la Présidence d'Honneur du Cercle Artistique, inaugure la salle et l'exposition où 83 exposants présentent 251 oeuvres. 

Les succès se succèdent !

Le salon organisé l'année suivante (1889) verra la présence d'Henri Van Cutsem, le généreux mécène qui, huit ans plus tard, offrira un demi-million de francs pour aider à la construction du futur Musée des Beaux-Arts de la Ville et lui léguera son imposante collection. Ce salon présente 234 oeuvres. 

Afin de promouvoir ls Beaux-Arts, les membres du Cercle Artistique décident, lors du salon de 1890, d'attribuer 1.000 cartes gratuites destinées à la classe ouvrière.  

Les expositions annuelles vont connaître un succès croissant, la société compte en 1893, 387 membres qui se répartissent en 33 membres effectifs, 167 exposants et 187 honoraires. Le nombre d'oeuvres exposées augmente régulièrement passant de 234 en 1889 à 715 en 1899.

Un second salon !

En novembre 1896, le grand hall du Cercle Artistique accueille un salon d'architecture et de sculpture. Treize maquettes y sont, entre autres, exposées, elles concernent un projet de monument à ériger en ville en hommage aux soldats français morts au cours du siège d'Anvers en 1832. Leurs passages à Tournai avaient marqué la population tournaisienne reconnaissante à ces jeunes partis protéger l'indépendance de la toute jeune nation Belge, en proie aux vélléités revanchardes d'un empereur des Pays-Bas qui n'avait jamais admis la perte de ses provinces du Sud. Un jury a désigné l'oeuvre présentée par l'architecte Sonneville, une colonne surmontée d'une déesse tenant, comme dans un signe d'acclamation, une palme à la main, le regard tourné vers la France. Ce monument sera érigé au centre de la place de Lille.

Un agrandissement nécessaire. 

En avril 1899, le bâtiment construit onze ans plus tôt, doit être parachevé. L'imposant hall sera agrandi par une nouvelle construction à front de rue, une entrée digne de la salle. La nouvelle façade est terminée au mois d'août 1900 (l'adjudication avait eu lieu le 15 janvier de la même année!). Elle se caractérise par un portail surmonté d'un fronton. Dans le tympan de celui-ci et aux extrémités de la frise, on découvre des bas-reliefs exécutés par M. Huglo symbolisant la peinture, la sculpture et l'architecture et agrémentant la froideur et le côté volontairement dépouillé de l'ensemble. Désormais, le Cercle Artistique possède deux grandes salles d'exposition, l'une au rez-de chaussée, l'autre à l'étage. 

L'apogée et la descente aux enfers 

En septembre 1900, la foule se précipite pour voir ce nouveau temple des Arts, 1.096 oeuvres y sont exposées. Le succès de l'exposition masque difficilement les difficultés financières de l'association artistique. La roche tharpéenne est toujours proche du Capitol, à peine les portes de l'exposition refermées, les membres du Conseil d'Adminstration sont confrontés à une triste réalité, les travaux ont coûté bien plus cher que prévu (on parle de 30.000 francs au lieu des 20.000 estimés) et il reste encore à placer le parquet. Pour terminer le chantier, le sauveur sera le Bourgmestre Victor Carbonnelle qui souscrit les actions nécessaires pour la finition des travaux. Après vingt années d'existence, les organisations du cercle Artistiques semblent devoir trouver un second souffle. 

Les expositions à thèmes.  

Pour relancer l'intérêt du public, les membres du Conseil d'Administration semblent avoir trouvé la solution. Ainsi, dès 1906, on décide que le salon intègrera désormais un hommage à un artiste renommé. Le premier sera dédicacé à Constantin Meunier (1831-1905), peintre et sculpteur belge surtout spécialisé dans la représentation de l'homme au travail. Ses héritiers envoient 35 oeuvres pour le salon de Tournai. l'année suivante, l'exposition sera dédiée à Isidore Verheyden, peintre paysagiste. On y découvre des oeuvres d'un peintre tournaisien promis à un grand avenir, Fernand Allard l'Olivier dont "la jeune fille aux pavots" attire l'attention des connaisseurs. 

Un premier quart de siècle.

Pour fêter ses vingt-cinq années d'existence, le cercle Artistique organise en parallèle à son salon traditionnel de la rue des Clairisses, un exposition d'oeuvres d'artistes tournaisiens du XIXe siècle en la Halle-aux-Draps. On y retrouve ainsi Piat-Sauvage, Philippe Hennequin, Louis Gallait, André Hennebicq, Léonce Legendre, Hippolyte Boulanger, les frères Haghe.... Le salon traditionnel est marqué par la présence d'une nouvelle oeuvre de Fernand Allard L'Olivier intitulée "Les Vieux" qui fera par la suite partie de la collection des toiles exposées au Musée des Beaux-Arts de la ville. 

Durant le premier conflit mondial, aucune exposition ne sera organisée et le bâtiment sera même endommagé. Les années qui suivirent verront la participation de Jules Messiaen, Maurice de Korte, Jean Leroy (le peintre originaire de Péruwelz décédé trop jeune, à la veille de la seconde guerre mondiale), James Allard, Pierre Caille... Le 44e salon de septembre 1933 rendra un vibrant hommage à Fernand Allard l'Olivier, décédé tragiquement au Congo. Les femmes feront leur apparition avec Aline Delmotte en 1937, Stella Laurent en 1939 ou Christiane Mercier en 1941. 

Chronique d'une fin annoncée

Le salon de 1945 sera intitulé "Salon de la Victoire" et rendra hommage à son Président, Jules Pollet, décédé le 15 août 1941.

A partir des années cinquante, on constate que le cercle Artistique peine à se renouveler, les goûts du public ont aussi changé, les distractions plus nombreuses attirent les jeunes vers d'autres orientations. En 1970, le salon ne compte plus que 103 oeuvres exposées. Le Cercle ouvrra ses portes à l'Association Sigma 13, représentant les oeuvres avant-gardistes mais ne rereouvera plus jamais le lustre d'antan. Un point final à son existence sera mis par sa liquidation en 1985, année de son centième anniversaire ! 

Plus d'un quart de siècle s'est écoulé depuis cette disparition, le bâtiment a été occupé, tout un temps, par les Témoins de Jéhovah. Il abrite désormais la Maison de la Laïcité et il a, à quelques occasions, retrouvé sa destination première en accueillant l'une ou l'autre exposition dont celle consacrée au quartier Saint-Piat qui se déroula du 17 au 26 janvier 2009 en support de la parution des "Mémoires du Quartier", un ouvrage écrit par les habitants avec la collaboration des Ecrivains Publics. 

(sources : étude de Mr. Serge Le Bailly de Tilleghem parue dans le tome VII des mémoires de la Société Royale d'Histoire et d'Archéologie de Tournai en 1992 - "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle de Gaston Lefebvre paru en 1990)

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