30 mai
2012

Tournai : le Cercle Artistique

Il a vécu cent ans !

Dans le tome VII des "Mémoires de la Société d'Histoire et d'Archéologie de Tournai", paru en 1992, il y a déjà vingt ans, Serge Le Bailly de Tilleghem, alors conservateur du musée des Beaux-Arts, signait un article remarquable retraçant l'existence du Cercle Artistique au sein de la cité des cinq clochers. L'ouvrage étant épuisé, l'Optimiste, s'inspirant de cette étude extrêmement précise, a souhaité résumer les cent années de cette institution tournaisienne.

La fondation.

C'est le 28 mai 1885 que cette histoire commence en l'Hôtel des Artilleurs situé à la rue Saint-Martin. On assiste à la fondation du Cercle Artistique institué pour la pratique et la propagation des Beaux-Arts, dans le but de provoquer une réunion des artistes et des amateurs en vue d'organiser, chaque année, lors des fêtes de la ville, en septembre, une exposition des Beaux-Arts. 

Les membres fondateurs 

Issus des milieux artistiques, on rerouve :

Adolphe De Baere, celui-ci exerce la profession d'architecte et est professeur à l'Académie de Tournai. Il sera élu comme premier Président,

Jules Louis Henri Pollet-Liagre, né à Tournai en 1847, peintre-décorateur, il a repris l'atelier de décoration fondé par son père. Il a réalisé de nombreux travaux au sein d'établissements publics et religieux, ainsi que dans des hôtels particuliers. Il est membre de la commission de l'Académie des Beaux-Arts. Au sein du cercle artistique, il assume la direction du placement des oeuvres destinées au salon annuel. Il sera membre du Conseil d'Administration jusqu'à son décès survenu en 1920,

Victor Menard, professeur de dessin à l'école industrielle, il sera nommé premier Vice-Président,

Charles Vasseur, né en 1826, dessinateur lithographe dont nous avons dressé le portrait ainsi que celui de ses frères Adolphe et Auguste précédemment dans le blog,

Philippe Hanet, photographe,

Théophile Brackelaire, photographe,

Henry Masy,

Amédée Huglo, statuaire, professeur à l'Académie de dessin, élu trésorier,

Arthur Chantry, né à Howardries en 1858, peintre portraitiste et paysagiste, également professeur à l'Académie de dessin de Tournai de 1883 à 1930, décédé en 1931,

Valentin Bastin, architecte,

Charles Allard, né à Tournai en 1860, neveu des lithographes Adolphe, Auguste et Charles Vasseur, aquarelliste de talent et professeur à l'Académie de dessin de 1884 à 1920. Il est décédé à Bruxelles en 1921.

Les membres honoraires.

Deux semaines plus tard, le 11 juin, lors d'une réunion organisée dans le nouveau local du Cercle, au café le Bavaro Belge, situé sur la Grand'Place, on admet des membres honoraires, on peut même dire protecteurs car on y retrouve :

Jules Bara, député et ancien ministre libéral de la Justice,

Eugène Soil de Moriamé, avocat, archéologue et historien,

Amédée Soil, violoniste,

Aimable Lefebvre, Echevin des Beaux-Arts et quelques conseiller communaux. 

Le temps des premières expositions

Le premier salon se tiendra dans la salle des Conférences située dans la cour d'Honneur de l'Hôtel de Ville. Trois mille visiteurs vont acquitter un droit d'entrée de cinquante centimes pour admirer 147 oeuvres de 38 artistes différents. le Président d'honneur du Cercle Artistique n'est autre que le peintre romantique Louis Gallait.

La seconde exposition, de septembre 1886, se tient cette fois dans les vastes salles du rez-de-chaussée de l'institut communal des Demoiselles, à la rue Royale. Elle réunit 228 oeuvres présentées par 180 artistes. Trois mille six cents amateurs d'art la visitent.

Le salon de 1887 fut organisé en la Halle-aux-Draps. 73 participants y exposèrent 225 oeuvres. une sculpture exposée déchaîna les passions. Les "âmes bien pensantes de l'époque" furent profondément choquées par la statue du sculpteur Hippolyte Leroy intitulée Héro, prêtresse de Vénus, représentée dans une absolue nudité, seul un voile cachant son visage. Le Courrier de l'Escaut, journal d'obédience catholique à l'époque, y alla d'une diatribe taxant cette oeuvre d'absolument malpropre et d'une obscénité voulue qui aurait sa place dans les salons de Bruxelles ou de Paris, succursales des lupanars (sic). Certains membres du Cercle Artistique hésitèrent à la présenter mais l'article apporta l'effet inverse à celui escompté par son auteur lui qui était certain que "les familles tournaisiennes ne fermeraient pas complaisamment les yeux sur des oeuvres qui portaient atteinte à la morale public" (resic), par ses propos outranciers, il attisa peut-être la curiosité et assura le succès de foule du salon. Certains Tournaisiens oublièrent, le temps d'une visite au salon, la pudibonderie de bon aloi de l'époque. 

L'étroitesse des locaux (il avait fallu reléguer certaines oeuvres dans les galeries) confortèrent tous les membres du Cercle Artistique d'avoir leur propre salle. En cette fin d'année 1887, on décida donc d'acheter un terrain dépendant de l'ancienne manufacture de tapis, dans le quartier Saint-Piat. C'est l'architecte Georges De Porre qui fut chargé de réaliser les plans du bâtiment. 

(à suivre)



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