04 mai
2012

Tournai : 1914-1918, la vie quotidienne sous la loupe (3)

Dans l'actualité internationale, des évènements dont on ne soupçonne pas encore réellement la portée pour les années futures vont marquer cette année 1917. En février, l'Allemagne déclare la guerre sous-marine, cette décision amène, dans un premier temps, la rupture des relations diplomatiques avec les Etats-Unis et, en avril, l'entrée en guerre de ceux-ci. En Russie, le 16 mars, le tsar Nicolas II abdique suite à l'insurrection de Pétrograd et en novembre, la "Révolution dite d'octobre" proclame le transfert du pouvoir aux ouvriers et paysans, Lénine devient le Président du Soviet. En France, durant le mois de mai, une offensive de l'armée française au Chemin des Dames échoue et a pour conséquence le remplacement immédiat de Nivelle par le général Pétain. En octobre, une néerlandaise du nom de Margaretha Zelle, mieux connue sous le nom de "Mata-Hari", est fusillée sous l'accusation de connivence avec l'ennemi. On enregistre également les décès de deux grands artiste, le peintre Degas est mort à Paris le 26 septembre, tandis que le sculpteur Auguste Rodin décède le 17 novembre à Meudon

L'actualité nationale est également riche en cette année 1917. L'Allemagne s'immisce un peu plus dans les affaires belges lorsque le gouverneur allemand promulgue la séparation administrative entre la Flandre et la Wallonie en mars. A Sainte-Adresse, le gouvernement belge en exil s'oppose à cette décision et menace de représailles ceux qui collaboreraient à celle-ci. Le 31 juillet débute la bataille de Flandre par une offensive britannique, au cours de celle-ci, le héros français de l'aviation, Georges Guynemer, 23 ans, commandant de l'escadrille des Cigognes, est abattu, en septembre, au-dessus de Poelkapelle, le pilote allemand, responsable de sa mort, sera lui-même descendu quelques jours plus tard par le français Fonck. Les relations entre néerlandophones et francophones se tendent de plus en plus. En juin, le Conseil de Flandre désigne une commission qui est chargée de se pencher sur l'avenir de la région néerlandophone du pays. En juillet, un manifeste est envoyé au roi Albert par les soldats flamands qui se plaignent de discrimination linguistique, au sein de l'armée, sur le front de l'Yser, les francophones qui dirigent l'armée ont peut-être tort de ne pas attacher d'importance à cette lettre ouverte. En août, les Allemands proclament que le néerlandais sera désormais la langue administrative non seulement de la Flandre mais aussi de Bruxelles et de sa périphérie. En novembre, le conseil de Flandre déclare ne plus respecter les ordres venant du Havre. Cette année 1917 a probablement officialisé le divorce entre Flamands et Wallons.  

L'actualité locale nous montre que les Tournaisiens sont surtout préoccupés par la misère qui peu à peu prend de l'ampleur. La vie n'est pas facile et le froid qui s'installe au début de cette année 1917 apporte de nouvelles difficultés. On constate que pour sortir de cette pauvreté, certains n'hésitent pas à voler. La chance n'accompagne pas toujours les apprentis voleurs, comme va le constater le dénommé Jean B., âgés de 42 ans, domestique chez les époux Desmons à Esplechin. Croyant ses patrons absents, nuitamment, il pénètre, dans le corps d'habitation par le toit, emballe un certains nombres d'objets en vue de les emporter et se dirige ensuite vers la chambre des fermiers où se trouve un petit coffre contenant de l'argent. Pour forcer celui-ci, il s'empare d'une pioche mais il n'a pas le temps de s'en servir que la fermière, qui n'avait pas accompagné son mari, s'éveille et appelle à l'aide. Plusieurs voisins alertés s'amènent et se saisissent de Jean B. dans l'attente de l'arrivée de la police.

Plus dramatiques sont les évènements qui se déroulent au Luchet d'Antoing, le jeudi 22 mars. Ce sont, en effet, des faits odieux, invraisemblables qui ont été portés à la connaissances des voisins et de la police. Au n°53, vivent, dans une misérable pièce qui sert à la fois de salle de séjour, de cuisine et de chambre, Anaïse L., âgée de 27 ans et un ouvrier charbonnier, Désiré B., un veuf âgé de 39 ans. La femme est séparée de son mari et a emmené avec elle ses deux jeunes enfants dont le petit Felix N., à peine âgé de trois ans. Le journal nous renseigne que, ce qui était alors appelé, le "faux ménage", existe depuis plusieurs années et les deux personnages ont même comparu en justice pour cette cohabitation immorale autant qu'illégale (sic). Les voisins entendent souvent l'enfant pousser des cris ou des gémissements mais... ne s'en retournent pas. Ce jeudi là, vers 8h30, la femme a averti une voisine que son enfant était mort, celle-ci, arrivée sur place, a constaté que le jeune garçon porte un bandeau serré devant la bouche comme pour l'empêcher de crier, il présente également des traces de coups sur les lèvres et à la base du crâne. La femme avoue à la police qu'elle lui a donné des coups de poing et de pied, mais que c'était son compagnon qui était responsable de la mort du petit. Devant le juge, en toute simplicité, la mère déclara qu'elle n'avait jamais aimé cet enfant, qu'elle le battait régulièrement (l'autopsie révéla qu'il avait une oreille arrachés, le nez cassé et des fractures anciennes à la jambe) mais qu'elle était certaine de ne pas avoir porté le coup fatal, "pensez-vous, Monsieur le Juge,ce sont des choses qui ne se font pas !".

Le vendredi 27 avril, le Président du Comité local d'Alimentation, homme bien connu dans la cité des cinq clochers, est placé sous mandat d'arrêt par le tribunal pour fraudes. Le lundi 23 juillet, Mr. Louis C. comparaît en compagnie de trois autres personnes, Mr Clarence D., Mr. Jean L. et Melle Claire B. Le premier pour faux, usage de faux, tentative d'escroquerie, concession et tromperie sur la marchandise. Les trois autres personnes sont accusées de faux, usage de faux et escroquerie. Le jugement est prononcé le 31 juillet, le Président du Comité est condamné à six mois de prison et 50 francs d'amende du chef de fausse carte et à deux ans et à 27 amendes de 26 francs pour les faux commerciaux, Jean L. à 18 mois et 27 amendes de 26 francs, les deux autres sont acquittés. Pour le détournement de 115 francs de la caisse du Comité, le Président est également condamné à 1 mois de prison et 26 francs d'amende. Pour sa défense l'homme avait plaidé la grave maladie dont souffrait son épouse qui nécessitait des soins onéreux. 

La guerre se rappelle soudainement aux "mauvais" souvenirs des habitants de Tournai, le mercredi 22 mai, vers 3h30 de relevée (l'après-midi). Une petite escadrille d'avions survole la ville. On entend soudain le bruit d'une violente détonation, un projectile est tombé, à proximité de l'église Sainte-Marie-Madeleine, une dame qui se trouvait dans son corridor a été atteinte par un éclat et a expiré quarante cinq minutes plus tard. Elle laisse quatre enfants en bas âge. On dénombre également quatre blessés, une cinquantaine de maisons ont été endommagées, les vitraux de l'église ont été brisés. L'année 1917 va encore amener son lot de vols et de fraudes. 

(à suivre)

(sources : "le courrier de l'Escaut")

S.T. mai 2012

09:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, 1917, guerre, vols, fraudes, guynemer, mata hari |

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