30 avril
2012

09:00

Tournai : les festivités de mai

Voici le programme des festivités pour le mois de mai :


Jeudi 3, Maison de la Culture, conférence, "Le partage social des émotions" par Bernard Rime, professeur à l'UCL, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Jeudi 3, Musée des Beaux Arts, six départs à partir de 19h30, "Etonnez-nous", spectacle-promenade au sein du musée en compagnie d'Eloi Baudimont, Benoît Chantry, Bruno Coppens, Bruno Delmotte, Xavier Gossuin, Michel Jakobiec, Jean Baptiste Lison, Colette Nys-Mazure, les Okidok et Xavier Sourdeau. 

Jeudi 3, vendredi 4 et samedi 5, 20h, Maison de la Culture, spectacle "Musée haut, musée bas" d'après Jean-Michel Ribes, mise en scène de Yola Her, au piano : Jean-Marie Carlier.

Vendredi 4, 18h, Maison de la Culture, salle de lecture de la Bibliothèque, conférence, "Le désir d'enfant" (est-il différent chez l'homme et chez la femme aujourd'hui ?) par IsabelleTilmant.

Samedi 5, Hall Tournai-Expo, départ de la Grinta ! Challenge-La Tournay, randonnée pour cyclotouristes, cyclosportifs et VTT sur 65, 104 et 151 km.

Samedi 5, dès 16h, chapiteau Esplanade du Conseil de l'Europe, "la Smala Festival", du reggae au rap musette, en passant par le Ska et la chanson française traditionelle. 

Samedi 5, Maison de la Culture, Salle Jean Noté, "Histoires sans paroles", concert par Simon Diricq, saxophoniste, 1er prix au Concours international de Dinant et la Concorde de Péronnes dirigée par Benoît Chantry.

Dimanche 6, de 8 à 13h, Centre Saint-Paul, avenue du Saule "annuel Grand Marché aux Puces".

Dimanche 6, 15 h, Halle-aux-Draps, " 6e Karaoke des Personnalités" sur le thème de "la récré", au profit de l'asbl L'Entracte.

Mercredi 9, Musée des Beaux-Arts, "Arnold Schönberg, un géant entre traditions et rupture" par la chapelle musicale de Tournai, avec en soliste Marianne Poulseur. 

Jeudi 10, Maison de la Culture, conférence "Rio de Janeiro - Ange et Démon" par Hassen Er-Rihani, reporter-conférencier, dans le cadre de l'Université du Temps Disponible.

Vendredi 11, 20h, Eglise de Kain-la-Tombe, concert de gala de la Musikaine, "Xylophone et Vibraphone" sous la direction de Raphaël Lahaise, en soliste : Christelle Van Nieuwenhuyse. 

Samedi 12, de 9 à 16h, Porte ouverte au Conservatoire, avec le Marching band de Jean-Clément Dewasme.

Samedi 12, 15h et 17h30, Maison de la Culture, salle Lucas, "Regarde" spectacle de Mira Vanden Bosch pour les jeunes enfants. 

Samedi 12, à 16h, Grand'Place, concert "Orchestre à cordes du Conservatoire" sous la direction de Christiane Diricq. 

Samedi 12, salle la Fenêtre, rue des Campeaux, concert de "Simon Delannoy".

Du samedi 12 au dimanche 20, esplanade du Conseil de l'Europe, "Foire de Mai", kermesse aux attractions foraines et animations diverses.

Dimanche 13 mai, 16h, Tournai Expo, élection de Miss Tournai.

Vendredi 18, quartier Saint-Pierre, 20e soirée "l'Accordéon, Moi j'aime", une balade de bistrots en bistrots, de rues en ruelles, à la découverte de cet instrument dans tous ses états ! 

Du vendredi 18 au Dimanche 20, Stade Luc Varenne " Les dix ans du Royal Football Club de Tournai" rencontre de gala, brocante, balade à moto, concerts avec le Duo Marcel et Gérard, le groupe Gherkins, "Pilgrims" (cover de Queen), les Ballbreakers...

Samedi 19 mai, 18h, Ere, conférence " Les Vendéens en août 1914" par Jean-Paul Martin, organisation du Cercle d'Histoire du Rieu de Barges.

Samedi 19, 20h, Maison de la Culture, "Gala de danse" de l'Ecole du Ballet du Hainaut. 

Dimanche 20, " La Caravane Vanne", randonnée transfrontalière à vélo au départ de Tournai.

Jeudi 24, Maison de la Culture, conférence "Fra Angelico ou la tendresse d'un regard" par Grégory Vroman, Historien de l'art, dans le cadre de l'université du Temps Disponible. 

Du vendredi 25 au lundi 28, salle la Fenêtre, rue des Campeaux, "Tournoi international d'Impro Belgique-France-Québec".

Samedi 26, 19h30, place Saint-Pierre, "L'Envol des Cités", concours pour groupes débutants avec en vedette : le rappeur Hip Hop L'Algérino (8 millions de visites sur You Tube) et le groupe Les Gauff.

Dimanche 27 et lundi 28, Centre Commercial de Froyennes, "Les deux jours de la Brocante", à 13h, "Les Stars de Demain" présentées par Serge Van Haelewijn de Vivacité et concert de Christian Croain à 14h30.

Lundi 28 mai : "Fête du quartier Saint-Lazare", marché aux puces, variétés avec June Moan, Henry IV (rock avangardiste)..., courses de brouettes, démonstration de sumo, repas familial à la Maison de Jeunes Port'ouverte. 

Mercredi 30, Halle-aux-Draps, conférence de presse nationale "Le Beau Vélo de Ravel".

du Mercredi 30 mai au 3 juin, esplanade du Conseil de l'Europe, "le cirque Franco-Italien"

Jeudi 31, 20h, Maison de la Culture, opérette "La Belle Hélène" de Jacques Offenbach, mise en scène par "Les Bavards d'Europe" et l'orchestre de la Chapelle Musicale de Tournai sous la direction de Philippe Gérard, avec Rita Matos Alves, Sébastien Romignon, Denis Boudard, Chris de Moor, Julie Calbete... Spectacle au profit de l'école du Saulchoir.

Expositions :

jusqu'au 5 mai, Maison de la Culture, Bibliothèque : "L'homme et le Femme", oeuvres calligraphiées de divers artistes. 

Jusqu'au 26 mai, Maison de la Culture et Passé Composé (bd des Combattants), "Les oeuvres de Nathalie Amand", photographe.

Jusqu'au 26 mai, Maison de la Culture, "Oscar Haus", dessinateur.

jusqu'au 2 juillet, Musée de la tapisserie : "Tapisserie ou papier peint ?" un art contemporain. 

Du 10 mai au 10 juin, Musée des Arts de la Marionnette de la Communauté française "Marionnettes du Monde entre Ciel et Terre" (africaines, asiatiques, européennes).

Du 15 mai au 30 juin, Maison de la Culture, Bibliothèque : exposition peinture-poésie " L'infime distance des Rencontres" avec Jean Christophe Delmeule, poète et Varérie Dewaele, peintre.


Dans le cadre de l'arrivée du Tour de France à Tournai.  

Jusqu'au 27 mai, Halle-aux-Draps, exposition "Hommage à Luc Varenne", le célèbre reporter de la RTB, originaire de Tournai.

Du 28 mai au 12 juin, "Expo Luc Varenne" dans les commerces du Centre-Ville. 

Jusqu'au 12 juin, espace Wallonie Bruxelles, rue de la Wallonie, "Exposition de collectionneurs locaux sur le thème du cyclisme".

Jusqu'au 12 juin, Halle-aux-Draps, exposition "Koers" de Patrick Verhoest

Jusqu'au 22 juillet, Halle-aux-Draps "Le musée du Tour de France", collection de Lucien Deschepper.

Jusqu'au 22 juillet, Hôtel de Ville, "Expo "L'arrivée du Tour à Tournai en 1966". 

Le programme est à consulter régulièrement car il est susceptible d'ajouts et de modifications


28 avril
2012

09:00

Tournai : expressions tournaisiennes (171)

Tout Tournai l'attind !

D'puis qu'on a appris qu'i-alleot v'nir à Tournai, on n'parle pus que d'li dins l'cité des chinq clotiers, i-est l'objet d'toutes les conversatieons, i-a d'jà conquis presque toute l'populatieon. A l'Administratieon communale, on a bin prépare s'n'arrivée car grâce à li on va béteôt parler partout d'Tournai. I-aveot bin lommint qu'on aveot besoin d'un phare comme li pour moutrer que l'Ville de Tournai, ch'est aussi l'Wallonie. Elle ne comminche pos à Mons pou s'terminer à Liège, même si les élus d'là-vas i-z'-occupent presque tous les sièges. 

Dins les interprises, les écoles et les maseons, i-est dins toutes les conversatieons, c'qu'on dit, eh bé, comme direot Sarkozy, j'vas vous l'dire, ch'est que pou l'vir i-feaut acore soixante-chinq feos dormir. Je vous veos ichi v'nir, vous pinsez que j'parle du p'tit Rudy, là, pou seûr, vous m'avez pos bin compris. Ch'est vrai ch'est eine coincidence, car mi j'vous parle du Tour de France.

Ahais, ch'est magique l'meot l'Tour de France, cha rime pou tertous ave l'temps des vacances. Si pa manque de liards t'es obligé d'rester à t'maseon, te peux toudis vir les bieaux paysaches à l'télévisieon, acouter les commintaires de Laurent Jalabert, l'intinte glorifier Thomas Voeckler et vir les Français tout in foufiête si à l'feos leu favori est in tiête. L'Tour de France, ch'est des heures pa d'vant l'télé, à raviser, sans s'fatiguer, pédaler les greos mollets. Ch'est découvrir les plus bieaux coins d'un pays, tout in restant dins s'fauteul bin assis. 

J'ai gardé pou mi l'raminvrance d'eine arrivée du Tour de France.

Ch'éteot in mille nuef chint soixante-six. J'm'rappelle acore l'émission "Lundi-Sport", au meos d'mars, à l'RTB qui aveot parlé d'l'arrivée du Tour à Tournai. L'deuxième étape partireot d'Charleville pou finir dins no beonne ville. J'ai failli caire de m'cayère quand on nous annoncha, que l'line d'arrivée s'reot au boulevard Bara, ch'éteot jusse in face de m'maseon, on aveot vu l'porte à l'télévisieon. 

L'grand jour i-est arrivé, ch'éteot l'vingt-deux juin et l'solel luiseot d'puis l'matin comme areot dit dins s'cancheonne "Marie Jeanne " l'orgretté Jo Dassin. Dins l'gernier, ave de l'peinture, j'aveos préparé in secret eine pancarte pou Jos Huymans et j'l'aveos pindu à ein arpe. "Où Huysmans passe les grimpeurs trépassent", cha n'alleot pos ête vrai, hélas ! Dins l'feond, j'areos pu même l'attacher avec ein cleo, puisqu'à c'temps-là i-aveot pos cor d'écoleos !

On a vu arriver dès l'matin des supporters walleons et flaminds, on vit même des Français du Nord, tertous amoureux de ce sport. Ch'éteot acore eine époque où inter flaminds et walleons on n'se bouffeot pos l'nez et on saveot acore cultiver l'amitié. I-n'éteot pos acore chinq heures quand on a intindu meonter l'rumeur, on aveot à peine dit "les ov'là" qu'i-éteotent d'jà in bas du Boulevard Bara, ein larche virache et ch'éteot l'imballache. Ch'est no compatriote, Guido Reybroeck qui l'a importé pa d'vant Janssens et Sels et puis deux hollandais. 

Au soir, au feond de l'plaine, on éteot des chintaines pou vir et acouter André Aubert, l'imitateur, l'z'Hariqueots Rouches et Annie Cordy. On a ainsin attrapé bin tard et i-falleot s'lever teôt pasque l'lind'main, ch'éteot l'course conte la montre par équipes dès nuef heures au matin. Ch'est les Hollandais d'Televiezier qui ont été prumiers pa d'vant les Smiths, les Pelforth et les Mann, l'équipe de Jos Huysmans. On a ainsin vu les plus grands d'l'époque, Jacques Anquetil qui s'a fait chifflé et Raymond Poulidor qu'on a applaudi (on areot dit qu'i-éteot d'chez nous, l'brafe Poupou),Tom Simpson qu'i-alleot morir pindant l'Tour suivant et Jean Stablinsky, l'infant du Nord, l'préféré des ch'tis, Rik Van Looy, Franco Bitossi et Guido Carlési et même ein italien qui s'app'leot Picchiotti. I-aveot aussi Lucien Aimar, li, ch'éteot ein sans-grade, ein petit, mais, ein courageux qu'i-alleot gagner à Paris. 

On aveot à peine eu  jusse eu l'temps d'avaler s'deîner qu'on a été les vir su l'Grand'Plache où l'départ i-éteot deonné, l'caravane parteot pou Dunkerque à eine heure et, dins l'cité d'Jean Bart, ch'est Gerben Karstens qui a passé l'line in vainqueur.

Mi j'aveos eu l'pépète, j'aveos ein tout nouvieux véleo, in ravisant vers l'maseon, i-aveot disparu, m'mamère m'aveot dit : "t'aveos qu'à l'rintrer, ave l'meonte qu'i-a ichi, va l'ortrouver". I-éteot pos bin leon, pou faire des photeos, des reporters aveot'ent pris m'véleo, su l'selle i-aveot ein coureur italien, on m'a dit que ch'éteot Tomasso De Pra, mais je n' sus pos pus seûr que cha.

Dins soixante-chinq jours, on vivra eine nouvelle arrivée. D'puis ein meos, l'ville est in fiête, su no bieffreo on a mis ein grand maillot, on multiplie les manifestatieons et les expositieons, et on veot tous les jours, su No Télé, des gins parler du Tour de France, l'plupart i-n'éteot'ent pos nés ou n'habiteot'ent pos Tournai, les témoins, eusses, on a fait simblant d'les oblier, pétête que les vieux cha passe mal à l'télé, mi, je n'prêche pos pou m'capelle, pus on vit muché pus la vie est belle et j'n'ai jamais eu des visées électoralistes sineon j'n'areos pos appl'lé m'blog du surneom d'l'Optimiste. 

(lexique : béteôt : bientôt / lommint : longtemps / moutrer : montrer / commincher : commencer / là-vas : là-bas / interprises : entreprises / liards : l'argent / acouter : écouter / ête in foufiête : être dans tous ses états, ne plus savoir se contenir / pa d'vant : devant / raviser : regarder / l'raminvrance : le souvenir / caire : tomber / cayère : chaise / l'line : la ligne / s'cancheonne : sa chanson / l'gernier : le grenier / ein arpe : un arbre / ein cleo : un clou / tertous : tous / inter : entre / des chintaines : des centaines / pasque : parce que / chifflé : sifflé, hué / brafe : brave / jusse : juste / j'ai eu l'pépète : j'ai eu peur / leon : loin /  eusses : eux / pétête : peut-être / muché : caché)

S.T. avril 2012 


09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, patois, picard |

27 avril
2012

09:00

Tournai : Roger Leveau dit "Casquette"

Le blog "Visite Virtuelle de Tournai" a pris l'habitude de dresser le portrait de Tournaisiens bien connus dans la cité des cinq clochers, entrés dans le folklore local ou qui la représentent en Belgique et à l'étranger dans les domaines de l'Art et de la Culture.

Le personnage évoqué aujourd'hui va rappeler bien des souvenirs aux supporters et sympathisants du Royal Racing Club de Tournai mais aussi à ceux de la Royale Union Sportive Tournaisienne où il comptait également de très nombreux amis.

De lui, le journaliste Paul Debraine a tracé le portrait le plus représentatif en écrivant, en 1969, dans le Courrier de l'Escaut : "Il n'est non pas un supporter du Racing de Tournai mais LE supporter de ce club de football. LE supporter à l'état pur, sublimé, distillé, prêt à tout". En ces quelques mots tout était dit !

Roger Leveau est né en août 1924. En 1932, il s'est inscrit au Racing de Tournai où il évoluera parmi les équipes d'âge : cadet, scolaire, junior, hélas un grave accident va lui provoquer un épanchement de synovie et les médecins lui interdiront d'encore pratiquer le sport qu'il adore. 

Contraint et forcé, Roger passa alors de l'autre côté de la barrière, un peu plus tard, il rencontra Denise Boulé qui deviendra son épouse et qui, comme le recommandait à l'époque l'officier de l'Etat Civil, le suivra fidèlement toute sa vie, principalement sur tous les terrains de football.

Dans les années soixante, il habitait à la rue du Château, plus tard, il se rapprochera de ses "Jaune et Noir" en venant habiter à la rue Saint-Eleuthère, à quelques centaines de mètres du stade de l'avenue de Maire, depuis longtemps sa seconde maison.

C'est lors du premier match qu'il disputait avec les cadets que lui fut attribué le surnom qu'il porta toute sa vie et qui le fit connaître de tous les amateurs de football en Belgique. Ce jour-là, un derby opposé les jeunes racingmen et unionistes. Le score de la rencontre fut sans appel, les Rouge et Vert l'emportèrent sur le score de 1-11. Au moment où le joueur unioniste Roger Defever inscrivait le 7e but, Roger Leveau perdit sa casquette, certains dirent même qu'il la jeta, en signe de profonde déception. Son ami et coéquipier, Roger Van Cles, l'interpella et lui dit : "Relance le ballon, Casquette !" Désormais l'identité de Roger Leveau allait totalement disparaître au profit de cette nouvelle appellation et même Luc Varenne, sur les antennes de la RTB, parlera parfois de lui sous ce nom jeté. 

On ne rencontra jamais supporter plus acharné et plus attaché à ses couleurs que "Casquette". Un jour, il se rendit, à pied, à Renaix pour aller soutenir son équipe. Heureusement qu'une âme compatissante, en la personne de Mr Leroy, le ramena en voiture après la rencontre. En 1950, par un dimanche de grand froid, alors que le thermomètre flirtait allègrement avec la barre des moins cinq degrés, il prit le train pour Anvers. Arrivé à la gare, il se rendit compte qu'il n'y avait aucun moyen de locomotion pour l'amener au stade de Beveren situé à une petite douzaine de kilomètres. Il allait parcourir la distance au pas de course arrivant juste au moment où Jean Dedonder ratait un pénalty. Tout autre que lui aurait probablement râlé, mais, brave homme, il encouragea le joueur en lui disant " Allez Jean, çà arrive".

Bon garçon ne veut cependant pas dire qu'il acceptait facilement ce qu'il considérait comme étant une injustice. Ainsi lors d'une rencontre disputée à Uccle, dans la banlieue bruxelloise, l'arbitre, mal inspiré, avait annulé deux buts inscrits par les Tournaisiens. A la première annulation, notre ami Casquette lui fit bien comprendre, par la parole, que ce n'était pas très honnête. A la seconde, il bondit par dessus la balustrade et faisant tournoyer sa longue écharpe Jaune et Noir s'en alla dire sa façon de penser à cet énergumène ! Rattrapé par la police, ceinturé, il fut confié à la garde de deux dirigeants ucclois, dans la tribune principale, jusqu'à la fin du temps réglementaire, sanction suprême pour un homme qui arpentait toujours de long en large les "populaires".

Lorsque le 10 juin 1956, devant 12.000 spectateurs, le Racing remporta, au stade du Heysel, la Coupe de Belgique en battant le CS Verviers sur le score de 2-1, le journaliste écrivit dans "Les Sports" : "Et hop, Casquette sauta la barrière". Il le décrivit encore en ces termes : "Jamais il ne manque un match du Racing, et comme il n'est pas riche, les jours de fin de mois, quand son escarcelle sonne creux, c'est très simple, il va à pied" et il termina son article par cette phrase : "Pour tous les Casquettes de Belgique, que vive la Coupe".

Roger Leveau ne se contentait pas de supporter, d'encourager son club, il lui rendait également de très nombreux services. A la mi-temps des rencontres disputées à l'avenue de Maire, on le voyait faire le tour du terrain, montrant aux spectateurs le tableau reprenant les numéros gagnants de la "Tombola du Supporter". Si le Racing marquait un goal pendant son tour de terrain, alors, la consultation des résultats devenait pratiquement impossible, car le tableau était pris d'une danse frénétique, se balançant, montant, descendant, tournoyant au gré de la jubilation de celui qui le portait. 

Lors de la saison 58/59, il alla jusqu'à porter les cartes de membres et les abonnements avec son vélo, non seulement à Tournai et dans les faubourgs mais aussi dans les villages jusqu'à Leuze et Ath, soit à plus de trente kilomètres de la cité des cinq clochers.

Pour un tel dévouement, l'Union Belge de Football l'honora en 1973 en lui attribuant, en même temps qu'un supporter du Sporting Club d'Anderlecht et de l'Antwerp, la médaille du meilleur supporter. Ce fut sans doute pour lui, un des plus beaux jours de sa vie.

Durant des années, à la porte du stade, dans la pluie, sous la grèles ou le vent, son épouse Denise vendait imperturbablement et avec une extrême gentillesse, le journal "Le Supporter" l'organe des supporters du club Jaune et Noir.  

Casquette nous a quittés en février 1995, à l'âge de 70 ans. Durant près de 63 ans, il avait été le serviteur de SON club de football, il est remarquable de constater qu'à une époque où la plupart des spectateurs qu'on retrouvait autour d'un stade retournaient leur veste dès que la situation se dégradait, lui a accepté, avec philospohie, les rares moments de gloire mais aussi les nombreuses déceptions qui ont jalonné l'histoire du club car le Racing était sa vie et, comme chacun le sait, l'existence n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Lors de son décès, René Godet, membre de la Royale Compagnie du Cabaret Wallon Tournaisien et supporter de l'Union lui dédia une chanson, un hommage qui dépassait le clivage du football tournaisien.

En mars 2011, son épouse, Denise, allait le rejoindre au paradis des supporters. Il n'a pas connu la fusion intervenue entre les deux clubs de la cité des cinq clochers pour donner naissance au Football Club de Tournai. Aux vues des résultats actuels d'un club vraiment peu emballant pour les quelques spectateurs, bien souvent déçus, qui le supportent encore, c'est peut-être mieux ainsi, lui qui qualifiait de "traîtres", les soi-disant sympathisants du club qui, comme des "rats", quittaient le navire après quelques mauvais résultats ! 

(sources : "Hourra, voici les Rats" de Jacques Lefebvre, ouvrage paru en 1983 à l'occasion du 75e anniversaire du club "Jaune et Noir" - livre qui m'a été dédicacé amicalement par Luc Varenne, moi qui était supporter de l'Union rivale et article de Paul Debraine que je rencontrais à la table de presse du stade de l'avenue de Maire, paru dans le Courrier de l'Escaut en 1969).

25 avril
2012

09:11

Tournai : l'année 1913 sous la loupe (3)

Il y a encore bien des évènements à évoquer concernant l'actualité de l'année 1913 dans la cité des cinq clochers.

Le jeune aviateur tournaisien Henry Crombez, fils du sénateur bourgmestre de Taintignies et neveu du bourgmestre tournaisien réalise, le 29 mai, un raid Reims-Tournai-Liège. Ayant décollé à 7h25 de Reims, volant à une moyenne de 180 km/h, il se pose à Tournai peu après 8h30. Il bat ainsi le record de vitesse détenu par Védrine (176km/h) et sur son monoplan Deperdussin type Gordon Bennett, doté d'un moteur développant 80 chevaux, il a volé à une altitude d'environ 1.100 mètres. Il repart pour Liège vers 9h55 et atteint l'aérodrome d'Ans vers 11h20. Né en 1893, il a obtenu son brevet de pilote à l'âge de 17 ans et il est le vingt-septième belge à pouvoir piloter un aéroplane. En 1911, il avait participé au Tour de Belgique mais malheureusement, victime d'ennuis mécaniques, il avait été contraint à l'abandon dans l'étape qui menait les pilotes justement à Tournai. En 1912, il avait réussi la traversée aller et retour de la Manche et, en cette même année 1913, il se classe troisisème de la célèbre coupe Gordon Bennett.

Comme nous l'annoncions en début de rétrospective, le Tournaisis n'échappe pas à la grève générale du mois d'avril déclenchée pour réclamer la modification de la Constitution et l'introduction du vote universel. Les arrêts de travail touchent tous les secteurs et principalement le bassin carrier, bastion socialiste. Dans le Tournaisis, l'escadron des Chasseurs à Cheval de la garde civique assure la liberté de travail aux alentours des carrières. La grève n'est suivie que partiellement dans les autres secteurs ainsi on enregistre l'absence de quelques ouvriers à l'union industrielle au boulevard du Nord et à la Fonderie Deplechin. L'usine Carton fonctionne tout à fait normalement, aucun ouvrier ou employé n'ayant suivi les mots d'ordre.

Le 11 juin, la Cour d'Appel de Bruxelles rend son verdict dans l'affaire des fraudes constatée sur le chantier de construction de l'Hôpital Militaire. L'entrepreneur Boudin est condamné à 15 mois de prison et à 2.000 francs d'amende. Comme il était absent à l'audience son arrestation immédiate a été ordonnée. L'employé du génie Dugardin est condamné à un an de prison, le peintre Dujardin à huit mois. Les surveillants du génie Benoit et Gillet sont acquittés. Le sixième prévenu était entretemps décédé. Les accusations de fraude sur la quantité et la qualité des marchandises livrées avaient été retenues.

Septembre nous ramène l'annuelle kermesse, à l'occasion de celle-ci, c'est le cirque De Jonghe qui dresse son chapiteau sur la place. Un autre cirque était venu à Tournai, du 22 au 27 mars, le cirque Renz dont le programme était constitué d'écuyers et écuyères de haute école, d'une présentation d'étalons russes dressés, d'un jongleur à cheval, de "gymnasiarques" extraordinaires,  d'intermèdes de clowns. Le public qui se pressa nombreux à chaque représentation eut l'occasion de voir évoluer sur la piste des éléphants, des ânes, des poneys, des oies et des cochons. 

Nous vous disions lors de l'introduction de notre rétrospective que l'année 1913 voit une montée en puissance de la violence sous toutes ses formes, le champ de foire n'échappe pas à celle-ci. Il doit être surveillé car des militaires casernés à Tournai le transforme en lieu d'affrontement avec la police. Les passants voient s'affronter des patrouilles du 3e Chasseur à pied, des cavaliers du premier Chasseur à Cheval et des policiers communaux. Des bouteilles sont jetées, des vitrines sont brisées, c'est peut-être la fin d'époque marquée par le respect d'autrui. 

Le dimanche 14 décembre, à 15h, la Halle-aux-Draps accueille une représentation de "Polyeucte", la tragédie de Corneille, interprétée par la Comédie Française dont c'est la première apparition dans la cité des cinq clochers. Dans les rôles principaux, on découvre deux des plus illustres sociétaires de l'époque : Mounet-Sully et Jacques Fénaux.

L'évènement qui marquera tous les esprits se déroulera durant les week-ends des 13 et 14, 20 et 21 juillet. Une première affiche concernant celui-ci apparaît dès le mois de mars, elle annonce la reconstitution fidèle du Grand Tournoi de 1513 qui eut lieu sous Henri VIII. Elle représente le roi en brillante tenue de combat, monté sur un destrier richement harnaché, surmonté par les cinq clochers. Les réunions se multiplient et au début du mois d'avril, l'entrepreneur Jean Degreppe prend possession de la Grand'Place pour y débuter les travaux de constrcution de la "Lice", le terrain clos sur lequel se déroulait les joutes et tournois. 

Pendant ce temps, les hommes du 1er régiment de Chasseurs à Cheval s'entraînent, en armure, sur leurs chevaux houssés. Le directeur de l'Académie de Musique, Mr. Nicolas Danneau, orchestrait des mélodies et des chants du début du XVIe siècle en wallon, flamand, anglais et allemand. Le choix s'est porté sur Mr. Courouble Bourgois pour interpréter le roi d'Angleterre, la baronne van Zuylen van Nijvelt tiendra le rôle de Marguerite d'Autriche, le prince Etienne de Croy sera Charles d'Autriche, le comte Maurice du Chastel sera l'empereur d'Allemagne Maximilien, Nelly Carbonnelle incarnera Eléonore d'Autriche, tandis qu'Andrée Crombez campera le personnage d'Isabelle d'Autriche. Mr Charles De Lannoy représentera son ancêtre le seigneur de Sinzeilles. La particularité du cortège du Tournai, contrairement à ceux de Bruges et de Bruxelles est que les rôles sont tenus par des descendants de ceux qui figurèrent au tournoi de 1513. 

Le cortège est composé de plus de 1.200 figurants, dont les costumes et décorations sont des reproductions fidèles dus aux soins de l'archiviste Adolphe Hocquet (1868-1943). Il rejoint la Grand'Place et le lieu de reconstitution du Tournoi au départ de quatre lieux différents : le premier jour à partir du Boulevard Bara, le second jour du boulevard du Hainaut, le troisième, il débute à la rue du Chambge et le dernier, il part de la place Victor Carbonnelle et de la place Verte. A chaque fois, il va parcourir les rues de la ville entre deux haies de spectateurs émerveillés par la richesse du spectacle.

Le temps sera splendide durant ces quatre journées qui attirèrent de très nombreux spectateurs venus de la région mais aussi de Belgique et du Nord de la France. Les organisateurs avaient probablement bénéficié d'une protection particulière de la météo puisque le lendemain, une violente tempête s'abat sur la ville, la pluie tombe en abondance et la température chute faisant croire à l'arrivée de l'automne. 

(sources : le Courrier de l'Escaut - éditions de l'année 1912, "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre).

24 avril
2012

09:05

Tournai : l'année 1913 sous la loupe (2)

Si au niveau mondial, l'actualité est marqué par la violence (attentat, guerre...), à Tournai, on est surpris, lorsqu'on découvre les évènements qui marquent cette année 1913, par la soudaine montée de la criminalité. Ce ne sont plus des bagarres entre ivrognes dans des cafés ou sur la voie publique, de petits vols domestiques ou des conflits familiaux trouvant leur origine dans la jalousie, ce sont des faits de banditisme parfois organisés en bande. 

Que s'est-il passé le 31 décembre 1912, vers 4h00 de l'après-midi, dans une des dépendances du château Six-Scrive à Froyennes ? C'est la question que se posent les habitants du village, le premier jour de l'année 1913, lorsqu'ils apprennent, au petit matin, le drame qui s'y est déroulé. Le concierge, faisant une ronde avant la tombée de la nuit, a découvert le fils de la maison, âgé de 21 ans, artiste flûtiste, allongé, gémissant et présentant une importante blessure à l'abdomen. A côte de lui, se touvait un fusil. Deux médecins sont appelés et prodiguent les soins, mais la décharge de plombs a atteint des organes vitaux, les reins sont perforés. dans le courant de la soirée, vers 7h30, Raymond Durieux rend le dernier soupir. L'enquête va conclure à un coup de feu accidentel survenu alors que le jeune homme nettoyait son arme. 

En ce même mois de janvier, une jeune ouvrière se rendant à son travail et passant prendre une amie est abordée, à la rue de la Marnière, par deux individus qui l'entaînent de force dans un terrain vague où ils lui font subir des violences, ils la laissent pour morte. Reprenant ses esprits, elle confie les faits à des voisins qui appellent la police. Malgré la description qu'elle a fait des deux hommes ceux-ci ne seront jamais retrouvés. 

Le 1er mai, on découvre un important cambriolage perpétré au château de Froyennes appartenant à Mme la douairière Amédée Van de Kerkhove qui habite Bruxelles depuis le mois de décembre précédent. Elle avait fait aménager un petit pavillon dans d'anciennes écuries et c'est là que vit le rentier qui a constaté les faits. Absent depuis la veille, il remarque, à son retour, que la porte d'entrée du château est ouverte. Suspectant un fait délictueux, il en informe les autorités locales et la police. Les policiers, pénétrant dans la demeure, ont vite fait de constater que tous les objets de valeurs ont été emportés. Des tapis, des porcelaines de chine, des tableaux, des pendules et même le linge de literie ont été emportés. Des oeuvres d'art ont été arrachées des murs. Le coffre est ouvert et vide. Le préjudice est rapidement estimé à plus de 50.000 francs de l'époque. 

Deux arrestations sont opérées le 6 mai par la police. Un garde-champêtre, très perspicace, avait remarqué de nombreuses allers et venues dans une maison du quartier dont il assurait la surveillance. Les faits de Froyennes étant récents, il en a avisé les services judiciaires. Les deux personnes interpellées s'appellent Henri D., négociant, habitant le quartier de Guéronde à Antoing et Charles F. agent d'affaires, directeur de l'agence générale tournaisienne, habitant la chaussée de Bruxelles. Ce dernier a été intercepté à la descente du train, il revenait d'un déplacement avec sa famille. Les jours qui suivent, la police procèdent à d'autres interpellations. Tout d'abord chez un dénommé Oscar T., marchand de métaux, domicilié à Gaurain, ensuite, les époux Louis D. et de Cécile D. On a retrouvé au domicile de ses personnes de très nombreux objets dérobés au château de Froyennes, certains étaient même enterrés dans une malle dans un jardin.

En ce temps-là, l'arriéré judiciaire ne devait pas être important puisque l'affaire est jugée à partir du 23 juillet au tribunal correctionnel de Tournai. une douzaine de personnes sont amenées à comparaître. Mr. Edouard C., dit "le Baron", sans profession, né à Paris mais habitant Froyennes, considéré comme le commanditaire ou la personne qui a renseigné les comparses est condamné à 2 ans de prison, Charles F. qui a supervisé l'entreprise malhonnête récolte 3 ans de prison, Louis D., représentant de commerce, est lui aussi condamné à 3 ans. Jean Baptiste D., dit "Zozo", ouvrier carrier à Gaurain, en prend pour 18 mois, c'est la même peine qui est infligée à Oscar T., dit "Caramel", négociant à Gaurain et à Henri F., dit "le Ficelé" carrier à Gaurain. Clément C, employé demeurant à Tournai s'inscrit pour une peine de 2 ans, Léon de B., dit "de Formanoir" assureur, Tournaisien vivant à Roubaix est acquitté. 

Les épouses avait connaissance de la provenance des objets mais n'avaient pas osé dénoncer les faits sont condamnées pour recel. Aline V. épouse Charles F., à 3 mois et 26 francs d'amende. Le même tarif est appliqué à Marie L., épouse Henri F. Louis D. , dit "Louis du Ciment", ouvrier carrier, de Gaurain est condamné à 4 mois et 26 francs d'amende, tarif qui sera également appliqué à Henri D. d'Antoing. L'antiquaire, chez qui une partie des objets a été retrouvée, est acquitté, il n'a pas été permis de prouver qu'il pouvait connaître la provenance des objets. Non satisfaits des peines, le procureur du Roi interjette appel, ce que font également, pour les mêmes raisons, même si cela ne va pas dans le même sens, les différents condamnés. 

Durant le dernier trimestre deux autres vols importants vont occuper les journées des enquêteurs.  Au mois d'octobre, on procède à l'arrestation d'un certain Richard Marchal, originaire de Zevicote en Flandre Occidentale. Il est au service de l'avocat Broquet depuis sept ans et depuis un certains temps de nombreux objets de valeur ont disparu. Le butin est composé d'étoles en hermine, en chinchilla, de manchons en renard blanc, d'argenteries, de linges divers, de pendules, de garnitures de cheminée. On s'interroge également sur un vol commis antérieurement chez le gendre de l'avocat et qui n'avait jamais été élucidé. De l'argent avait été dérobé et quelques temps plus tard, le chauffeur avait déposé une somme importante sur son livret d'épargne. 

La nuit du 5 au 6 décembre, ce n'est certainement pas Saint-Nicolas qui s'était introduit à la caserne d'infanterie où un audacieux vol a été également perpétré. A l'aube, on découvre le coffre-fort éventré dans un jardinet qui sépare le haut mur d'enceinte du bâtiment dans lequel il se trouvait. Il faut savoir que ce coffre pèse pas moins de 400 kilos. Il va sans dire que 10.000 francs qu'il contenait ont disparu. L'enquête fait apparaître que les voleurs se sont introduits dans la caserne en franchissant le haut mur au moyen d'une échelle trouvée sur un chantier à proximité. On ne peut écarter une connivence interne. Les soupçons se portent sur un ouvrier habitant la rue des Choraux car il a travaillé peu de temps auparavant dans la caserne mais l'homme est rapidement mis hors de cause. La résolution de cette affaire va bénéficier d'un sérieux coup de pouce de la chance. De sortie, un militaire néerlandophone surprend une conversation, en flamand, dans un café du faubourg Saint-Martin, il croit comprendre que deux individus parlent du partage du butin. Rentré à la caserne, il en informe son officier qui prévient la police. Les deux hommes sont des habitués du café, l'un est domestique dans une ferme du faubourg tandis que l'autre est ouvrier briquetier, occupé sur un chantier d'Ere. Un des deux a fait son service dans cette caserne et avait eu l'occasion de connaître l'existence du coffre-fort. Ils seront arrêtés et passeront aux aveux. 

(à suivre)



09:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, château de froyennes, vols |

23 avril
2012

09:00

Tournai : l'année 1913 sous la loupe.

Décortiquer les informations parues dans les journaux de cette année 1913 nous permet, avec le recul que nous offre l'Histoire, de constater que les évènements qui se déclencheront un an plus tard s'y trouvent déjà en germe.

Au niveau international, on relève divers faits :

une instabilité politique en France. Après l'élection de Raymond Poincarré, le 17 janvier, à la présidence de la République, Aristide Briand  le remplace à la présidence du Conseil. Deux mois plus tard, il est renversé, le 18 mars, Louis Barthou forme un nouveau gouvernement. Celui-ci ne restera pas même un an au pouvoir, puisque le 6 décembre, Gaston Doumergue est désigné pour le remplacer suite à sa démission, 

un attentat, le 13 avril, contre le roi Alphonse XIII à Madrid par un anarchiste,

une seconde guerre des Balkans qui débute le 1er juillet suite à l'invasion de la Macédoine par les troupes bulgares, la Grèce et la Serbie déclarent la guerre à l'envahisseur. La guerre prend fin le 10 août par la signature du traité de paix de Bucarest qui consacre la défaite de la Bulgarie. La première guerre des Balkans s'était terminée le 30 mai par la signature du traité de Londres partageant la Macédoine entre ces trois pays. 

L'actualité nationale est marquée, dès les début de l'année, par d'importants mouvements sociaux. Le 7 février, par une courte majorité de 16 voix, la Chambre refuse de discuter de la proposition d'Emile Vandervelde de révision de la Constitution car elle s'accompagne d'une menace de grève. Le 14 avril, une grève générale est déclenchée en faveur de l'instauration du suffrage universel. Le 2 mai, celle-ci prend fin suite à la proposition du député libéral montois Fulgence Masson de constituer une commission parlementaire qui examinera la demande. Le 12 juin, quarante millions d'impôts nouveaux sont votés par le gouvernement de Charles de Broqueville, les critiques fusent de partout et le chef du gouvernement est obligé, quelques semaines plus tard de poser la question de confiance. Le 6 novembre, le roi Albert Ier se rend en voyage officiel à Berlin et avertit l'empereur Guillaume II que la Belgique entend rester neutre dans le cas d'un conflit entre l'Allemagne et la France. Au cours des entretiens qu'il a avec les ministre allemands, le roi comprend que la guerre est désormais inévitable. 

L'actualité locale est très riche en cette année 1913, au point que nous avons été obligé de faire des choix.

Les statistiques publiées au lendemain du 1er janvier nous permettent d'obtenir une idée précise de l'évolution de la ville des cinq clochers. La population s'élève, au 31 décembre 1912, à 37.349 habitants, c'est 151 personnes de plus qu'un an auparavant. La population du Royaume s'élève elle a pratiquement 7.640.000 belges.

Des chiffres inquiètent les mandataires communaux, on assiste depuis des années, à l'ombre des cinq clochers, à une baisse constante de la natalité et si la population augmente c'est uniquement le fait des mouvements migratoires positifs (arrivées et départs en provenance d'autres communes ou de l'étranger). 

En 1891, on enregistrait 891 naissances pour 34.444 habitants (soit 2,59 %), en 1900, elles ne représentent plus que 738 pour 35.004 habitants (2,11%), en 1910, 638 pour 37.976 habitants (1,68%), en 1911, 623 pour 37.198 (1,67%). L'accroissement naturel (naissances par rapport au décès) est négatif, ainsi en 1905 il y a 692 décès pour 665 naissances, en 1910, 642 pour 638, en 1911 682 pour 623 et 1912, 635 décès pour 576 naissances.  

Cette baisse constante de la natalité a des conséquences sur la population scolaire, celle-ci est calculée sur une référence de cinq années, entre 1891 et 1896, elle était de 4.931 élèves, entre 1906 et 1911, elle est descendue à 3857 élèves. 

Une seule statistique est en hausse, celle des mariages. En 1891, on enregistre 241 unions devant l'officier de l'Etat-Civil, en 1900, 268 et en 1910, 320. A cette époque, il y avait déjà, principalement dans la classe ouvrière, des unions libres dont il est impossible de chiffrer l'importance, elles ne sont révélées qu'au travers de faits divers souvent tragiques et il n'existe pas d'annonces nécrologiques dans le journal à cette époque.

Lorsqu'on évoque le début du XXe siècle, on pense souvent à une très large majorité de familles nombreuses, cependant les chiffres relativisent une telle affirmation :

1125 ménages n'ont pas d'enfant, 1802 ont un unique enfant, 1475 ont donné naissance à deux enfants, 887 en ont trois, 586 en ont quatre, 382 couples sont les parents de cinq enfants, 225 de six, 162 de sept, 85 de huit, 48 de neuf et 21 de dix et plus... Sur 6.798 familles ainsi recensées, 923 ont donné naissance à cinq enfants et plus, cela ne représente que 13,58 % du total ! Il est vrai que, comparé à notre époque, cinq enfants et plus deviennent des compositions de ménage remarquables.

Avant de clôre cette première partie de rétrospective de l'année 1913, notons encore que dans la presse sont apparus les premiers documents photographiques, ils concernent surtout des personnalités tel Raymond Poincarré qu'on voit en deuxième page des éditions du début du mois de janvier ou celle de Mr Wilson, le Président des Eats-Unis, tel l'anniversaire de Guillaume II à Berlin ou encore les portraits des trois explorateurs célèbres à l'époque : Shackleton, un britannique qui tenta d'atteindre le Pôle Sud en 1909, Robert Edwin Peary, un américain qui fut le premier à atteindre le Pôle Nord en 1909 et Admussen.

(à suivre) 


09:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, population, naissances, statistiques, décès |

21 avril
2012

11:00

Tournai : expressions tournaisiennes (170)

No tierre elle se récauffe ! Si fait !

Vous l'avez d'jà adveiné, j'aime m'pourméner, rincontrer eine masse de gins, parler d'tout et de rin. A l'feos, su l'Grand'Plache, j'n'orfuse pos eine beonne glache bin tassée ou acore ein jatte de chéribeon à l'terrasse d'l'Orchidée. Souvint, j'laiche eine pétite pièche à Joseph, toudis aussi dynamique pour  orclamer ein p'tit sou pou li aller jeuer au billard élestrique. Ch'est ainsin qu'au bieau temps ave m'feimme, on peut m'croiser dins les rues d'Noter-Dame. 

A l'hiver, j'fais comme l'z'ours, j'reste bin calfeutré inter mes quate murs, à l'différince de ces biêtes, je n'sus pos sous mes couvertures, j'passe des heures et des heures à écrire mes babillartes su m'n'ordinateur. J'sors, bin seûr, acore de m'maseon mais jusse pou aller faire les commissieons, acater d'quoi boire et minger pasqu'i-n'feaut jamais s'laicher aller. 

Vous comperdez que, quançque l'meos d'mars i-orvient, j'frétile comme ein gardeon, j'beondis comme ein lapin, j'sus aussi impatient de printe l'air que les gringottes du beos d'Ere, j'sus pris d'eine furieusse invie d'aller déhors, d'queurir pa les camps et les pâtures et surtout d'aller orvir m'beonne vielle ville, sintir l'naque de l'cité faite d'ein mélanche d'fristoule, d'gaz des auteos, d'senteurs d'arpes in fleur et malheureusemint aussi d'brins d'tchiens. Dins l'temps, i-aveot aussi l'parfum du noir saveon su les trottoirs que les feimmes de ménache récureot'ent pou pouvoir les ravoir. 

Pou mi, aller pourméner, ch'est pos seul'mint orwettier les étalaches ou bin acore acouter les comméraches, neon, ch'est intinte l'rumeur de l'cité, vir tout c'qu'i-a cangé, découvrir les nouvieaux magasins qu'on a inauguré et compter aussi les ceusses qu'i-ont serré. Ch'est raviser les ouverriers in héaut de l'cathédrale, su l'échafaudache ou bin dins les rues in train d'orfaire l'pavache. Ch'est s'arrêter et dire bonjour à des gins qu'on a pus vu d'pus lommint

Cha, ch'est c'que j'feseos chaque ainnée... sauf asteur. Poussés pa l'vint du Nord qui souffièle, les neuaches queurent dins no ciel, on direot qui partent à toute vapeur, orjointe l'Sud et ein peu d'caleur. I-fait gris, i-fait freod, l'hiver n'in finit pos. A l'maseon, l'cauffage i-tourne sans s'arrêter et, pindant c'temps-là, l'prix du gaz i-n'fait qu'aurminter

J'd'aveos plein les busses, j'éteos fin réhusse, j'ai été vir m'viel instituteur passieonné d' météo à ses heures. I-m'a dit, tenez-vous bin, ch'est à causse du récauff'mint climatique et des lois de l'physique. Aux pôles, les glaches i-seont in train d'feonte, ch'est ein fait connu d'tout l'meonte. Ave l'ieau fraîque et douche dins les mers, l'océan s'orfroidit et perd ainsin, jour après jour, bin des calories et comme i-est l'thermostat de no beonne vielle planète, bé, ch'est simpe, cha faire caire l'thermomète. Béteôt, faudra s'faire eine raiseon, i-n'ara pus que deux saiseons. L'hiver pindant neuf meos i-f'ra freod et l'été, pindant treos meos qui restent i-f'ra quieaud. Attintieon, certains jours i-f'ra tell'mint quieaud, garcheon, que te n'aras pos d'eaute solutieon que de rester à t'maseon, te s'ras là ave les battantes serrées à attinte l'fin de l'journée. Et j'ne te dis pos l'violence du vint et des oraches qui vont ichi faire des rudes dallaches

J'li ai dit que pou avoir ein peu d'air j'alleos aller habiter à la mer. "Te n'sais pos c'que te dis, i-veaut mieux que t' restes ichi. Comme dins trinte ans, l'ieau va meonter d'ein mète, bé no côte, elle s'ra à vingt-chinq kilomètes. Te prindras tes bains d'pied su l'plache de Courtrai et t'picheon, ch'est à Waregem que t'iras l'acater. J'ai quater-vingt ans et j'vas béteôt ortourner m'brouette, mais si te veux ein consel, j'te l'dis tout net. Si te vas dins eine maseon d'ortraite va puteôt du côté d'Bastogne ou d'Esch-sur-Alzette !".

(lexique : l'tierre : la terre :/adveiner : deviner / pourméner : promener / à l'feos : parfois / eine glache : une glace / eine jatte de chéribeon : une tasse d'excellent café / laicher : laisser / pièche : pièce / toudis : toujours / orclamer : réclamer / élestrique : électrique (billard élestrique : flipper) / pa d'vant : devant / babillarte : lettre / jusse : juste / acater : acheter / quançque : quand, lorsque / les gringottes : les jonquilles, les narcisses jaunes / queurir : courir / orvir : revoir / l'naque : l'odeur / l'fristoule : mangeaille, la préparation culinaire / les arpes : les arbres / les brins d'tchiens : les déjections canines / noir savon : savon noir souvent utilisé pour nettoyer les carrelages / orwettier : regarder / les étalaches : les étalages / acouter : écouter / cangé : changé / raviser : regarder / les ouverriers : les ouvriers / lommint : longtemps / asteur : maintenant / les neuaches : les nuages / l'caleur : la chaleur / l'cauffage : le chauffage / aurminter : augmenter / j'd'aveos plein les busses : j'en avais assez, j'étais surmené / j'éteos fin réhusse : j'étais las, fatigué / vir : voir / ch'est à causse : c'est à cause / douche : douce / béteôt : bientôt / quieaud : chaud / garcheon : garçon / les battantes serrées : les volets fermés / l'dallache : le désordre / ichi : ici / l'picheon : le poisson / ortourner s'brouette ou bin faire ses treos tours : mourir / ein conseil : un conseil / eine maseon d'ortraite : une maison de retraite / puteôt : plutôt).

S.T. avril 2012

11:00 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, patois, picard |

20 avril
2012

14:10

Tournai : le cortège historique de 1874 (2)

Après les quelques hésitations constatées à l'annonce de cette reconstitution historique, durant le mois de juillet un véritable engouement s'empare de la population tournaisienne. Pour la réussite du projet, les membres de sociétés bourgeoises n'hésitent pas à payer le costume qu'ils portent. On estime le prix moyen d'un costume richement décoré à 85 francs de l'époque alors qu'à l'origine, le coût avait été estimé à 31 francs. Un membre de la noblesse de la région promet la mise à disposition d'un élégant attelage de quatre chevaux de luxe, la société d'Horticulture, décide d'attribuer un crédit de 750 francs pour la décoration du char de Flore, la déesse des fleurs. Un agriculteur aisé se charge de la confection du char de l'Agricuture. 

La garde civique, les pompiers, les orphéonistes, les archers, le cercle des XX, les très nombreuses sociétés que compte la ville de Tournai s'empresse d'apporter leur concours. Il faut, dans l'esprit des Tournaisiens, que le cortège soit le plus somptueux possible et qu'il fasse la fierté de la cité des cinq clochers. Il faut aussi habiller près de 1.200 participants et tous les costumes seront confectionnés pour l'occasion, pas un seul ne sera loué. Les chars seront au nombre de huit, peut-être même dix, on aura besoin de 300 ou 400 chevaux. Les tailleurs, les chapeliers, les zingueurs confectionnent pourpoints en velours, satin et galons d'or et d'argent, des casques, des cuirasses, des cuissards, des bérets...

Le 20 septembre 1874, le grand jour est arrrivé ! A midi, les différents groupes se réunissent au boulevard Bara. A une heure, le canon, le carillon et la cloche du beffroi donnent le signal du départ du cortège, il empruntera la rue Saint-Martin.

Il est ouvert par les gendarmes à cheval, la musique et un peloton de cavaliers du 4e régiment de Lanciers. Viennent alors les Nerviens, un groupe représentant le départ d'une partie de la tribu pour la bataille de Presle, avec sonneurs de trompes, guerriers à cheval, soldats entourant le char, druides et familles des combattants. Ils sont suivis par Clovis assis sur un trône entourés de sa cour, sur le char se trouvent également des bardes chantant son triomphe. Le troisième groupe rappelle la venue à Tournai en 768 de Charlemagne, il est entouré de ses ministres, conseillers, hommes d'armes, porte-étendard... Deux Tournaisiens sont entrés les premiers dans Jérusalem lors de la croisade de Godefroid de Bouillon, le 14 juillet 1099. Letalde et Engelbert sont entourés de cavaliers et d'un porte bannière... Voici déjà le XIIIe siècle et la venue de Philippe-Auguste, le 26 juin 1214, à la veille de la bataille de Bouvines. Le roi de France est accompagné de pages, d'infanteries, de cavaliers... Sur un char, une statue personnifiant la ville de Tournai montre au peuple, la Charte de Liberté que le souverain vient de lui octroyer, cette allégorie s'appelle "Tournai érigé en commune", il est suivi par les bannières des Corporations Tournaisiennes.

Voici que s'avance Charles-Quint qui fit sa joyeuse entrée en notre ville, le 28 novembre 1531 pour assister à un chapitre de la Toison d'Or. Il est accompagné de sa cour, de cavaliers, porte-bannière, hommes de guerre et des magistrats de la cité. On verra encore la Princesse d'Espinoy, Christine de Lallaing et les quatre Serments (milices citoyennes fournies au roi de France en temps de guerre composées de joueurs de glaive, d'archers, d'arbalétriers, d'arquebusiers et de canonniers). Les Archiducs Albert et Isabelle sont arrivés à Tournai, le 8 février 1600, accompagnés de nombreux seigneurs. Louis XV est entouré de Mousquetaire, du maréchal de Saxe et du duc de Richelieu, de gardes-du-corps et d'une garde de gendarmes. Il se rend à la bataille de Fontenoy. Les Patriotes Tournaisiens de la Révolution Brabançonne avec tambours et fifres, le commandant en chef à cheval, deux pelotons, le drapeau historique des Volontaires de 1790. Les Volontaires de 1830 constitués de deux pelotons, de tambours et du drapeau remis le 7 octobre 1830. Le cortège se termine par le défilé de cinq chars (la Constitution, l'Industrie, l'Agriculture, l'Horticulture et la Bienfaisance). 

Le samedi 22 août, c'est l'heure des comptes. La souscription s'était élevée à 18.883,72 francs, le subside de la Ville à 15.000 francs. Les recettes s'élevaient donc à 33.883,72 francs. Près de 1.200 personnes avaient participé au défilé. On félicite les promoteurs de cette initiative : le bourgmestre Crombez, le Président du comité Laurent Delvigne, le secrétaire Victor Molle, l'ordonnateur du cortège Adolphe Delmée, Léonce Legendre, créateur des costumes, les créateurs des chars et les confectionneurs des costumes, Mrs. Senoeugres et Lourdeau, chargés de toute la partie musicale de la fête...Quelques particuliers et beaucoup de jeune gens de laville et des environs, se sont empressés de mettre à la disposition des organisateurs leur concours le plus désinteressé pour la représentation des personnages du cortège. Mr. Alexandre Lefebvre, de Taintignies est venu avec la musique de sa commune et avec ses neveux en représentant les baillis de la Loge et de Florent, chefs de culture au XVIIe siècle.

La presse nationale et étrangère va saluer cette admirable organisation : "la charmante ville de Tournai, cette vénérable soeur de Lille (...) offre un cadre naturel à ces tableaux du passé" (Echo du Nord). "Il n'est pas possible de raconter cette fête et de donner l'idée de ce bon goût et de cette richesse (Le XIXe de Paris). "Nous n'entrerons pas dans les détails des différents chars et groupes, cela nous entraînerait trop loin, et nous serions à court d'adjectifs pour exprimer notre admiration" (Organe de Mons) "Laissez-moi vous dire seulement que, pour une ville comme Tournai, il est inimaginable qu'on ait pu arriver à de pareils résultats. vous savez qu'il faut qu'une cavalcade historique soit brillante pour affronter le grand jour et le soleil, eh bien, celle-ci y paraissait avec honneur. Toutes les promesses du programme ont été tenues et même au-delà" (La Gazette). "Chapeau bas !"(L'Echo du Parlement).

Le cortège sortira une deuxième et dernière fois en 1875. 

(sources : "Les esquisses de Léonce Legendre et le cortège historique du 20 septembre 1874 à Tournai" de Serge le Bailly de Tilleghem paru en 1992 - "Biographies tournaisiennes des XIXe et XXe siècles " de Gaston Lefebvre).

14:10 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : tournai, cortège, reconstitution, histoire, léonce legendre |

19 avril
2012

14:30

Tournai : le cortège historique de 1874.

Le cortège historique de septembre 1874 est bien moins connu des Tournaisiens que la "Semaine de l'Aviation" d'octobre 1909 ou que "la reconstitution du Tournoi" en juillet 1913, pourtant dans son ouvrage "Le folklore de Tournai et du Tournaisis" paru en 1949, Walter Ravez souligne son caractère mémorable. Venues de Belgique et de France, plus de 100.000 personnes assistèrent à ce grand cortège rappelant les hauts faits de l'Histoire de la cité des cinq clochers. 

Cent dix-huit années plus tard, du 6 avril au 8 mai 1992, un rappel de cet évènement a cependant eu lieu dans le cadre d'une l'exposition organisée dans l'auditorium d'un organisme financier situé sur le quai Dumon. Aux cimaises de la BBL étaient présentées "Les Esquisses de Léonce Legendre et le Cortège Historique du 20 septembre 1874 à Tournai", en collaboration avec le Dr. Serge le Bailly de Tilleghem, alors conservateur du Musée des Beaux-Arts de la ville. 

C'est au cours de la réunion du 6 juin 1874, en l'Hôtel de Ville, qu'un groupe de Tournaisiens, passionnés par l'Histoire de la cité, a accepté de participer à la mise sur pied d'un grand cortège historique qui se déroulerait lors de la kermesse de septembre. Deux comités furent ainsi créés, l'un s'occupant spécifiquement de l'organisation de l'évènement, l'autre chargé de récolter les souscriptions devant couvrir les frais. Au cours de cette réunion fut présenté le travail d'une section qui avait planché sur le projet. Il fallait, dans un premier temps, se borner à rappeler les faits les plus marquants de l'histoire locale et augmenter, par la suite, les groupes en fonction des sommes souscrites par les particuliers. Chaque habitant serait sollicité par le porte à porte. Au cours de la même séance, on exhiba les premières planches coloriées de Léonce Legendre, directeur de l'académie de Tournai. Celui-ci s'était penché sur les archives de la Ville pour reconstituer avec la plus grande authenticité les costumes des différentes époques survolées. 

Léonce Legendre est né à Bruges en 1831, son premier professeur sera son beau-frère, directeur de l'académie brugeoise. Après un prix d'excellence, il fréquente celle d'Anvers. En 1857, il part pour Paris et fréquente l'atelier du peintre d'histoire François Picot. En 1860, il se représente au Prix de Rome dont il avait été écarté trois ans plus tôt en raison de son non-conformisme aux règles de l'époque. Il est primé pour le tableau "la résurrection du fils de la veuve de Naïm". Grâce à l'argent que lui procure ce succès, il va parcourir l'Italie durant quatre années. Revenu en Belgique, il se marie et, en 1866, postule l'emploi vacant de premier professeur de dessin à l'académie de Tournai. Il en deviendra le directeur par nomination le 28 décembre 1867. Il mourra en 1893 dans sa petite maison de l'Enclos Saint-Martin.

Quelques jours à peine lui avaient été suffisants pour lui improviser une vision de la composition du cortège, du groupe des Nerviens à la fin du XIXe siècle. 

Le dimanche 14 juin 1874, une nouvelle réunion se tient au salon des Conférences de l'Hôtel de Ville. Les esquisses apparaissent sur un papier sans fin d'une quinzaine de mètres de longueur occupant la presque totalité d'un mur de la salle. Les représentants de la société la Royale Nervienne propose de prendre en charge l'épisode représentant l'entrée triomphale de Philippe Auguste, les Chasseurs Eclaireurs représenteront celui des patriotes qui, sous la direction de Vandermeersch, luttèrent en 1787 contre l'empereur Joseph II, la garde civique à cheval hésite entre le groupe des croisés entourant Letalde et Engelbert lors de la prise de Jérusalem ou celui des officiers d'état-major de Louis XV à la bataille de Fontenoy. On examine l'état de la souscription, celle-ci fait apparaître que le bourgmestre Crombez s'est inscrit pour 1.500 francs et les Sénateurs et membres de la Chambre des Représentants tournaisiens pour 500 francs chacun. 

Pour motiver ses concitoyens, le bourgmestre publie un avis annonçant que " les croquis faits par Mr. Legendre pour le cortège historique de la kermesse, seront exposés au salon des Conférences, à l'Hôtel de Ville, les dimanche 21 et lundi 22 juin, de 11 heures du matin à trois heures de relevée. Messieurs les membres du comité de la souscription publique ouverte pour l'organisation du cortège, se présenteront à domicile à partir de lundi et les habitants sont instamment priés de les accueillir avec bienveillance et de leur faciliter l'accomplissement de leur mission". Cet appel est paru dans la Feuille de Tournay n°74 du Dimanche 21 juin 1874.

Si le projet semble être sur de bons rails, rien n'est cependant gagné d'avance. Certains esprits partisans n'ont pas oublié la polémique née en 1863, lors de l'installation de la statue de Christine de Lallaing sur la Grand'Place, une princesse d'Espinoy acquise aux idées du protestantisme, qui a défendu Tournai, certes, mais dont la statue est représentée avec un hache brandie en direction de la cathédrale. Pour certains, il s'agissait là d'un symbole de l'intolérance et de l'anti-cléricalisme. 

La Feuille de Tournay, dans son n°77, du dimanche 28 juin, souhaite balayer ces allégations et annonce que le comité organisateur n'a nullement l'intention de faire de la politique et de mettre en relief telle grande figure historique plutôt que telle autre. Elle ajoute même que la "Cantate" d'Amédée Dubois, exécutée lors de l'inauguration de la statue, ne sera pas chantée pendant le cortège (...) La société de chant qui figurera au cortège ne pourra exécuter qu'un hymne à la bienfaisance, et cela sans accompagnement.

Cette mise au point semble apaiser le climat et les préparatifs du cortège peuvent se poursuivre activement. (à suivre)


17 avril
2012

11:28

Tournai : origine du nom des (nouvelles) rues (4)

Poursuivons la découverte de ces nouvelles voiries apparues le 1er janvier 2006 dans le but d'éviter la même appellation dans l'entité tournaisienne, source éventuelle de confusion pour la distribution du courrier. Cette fois, il n'y a pas de thèmes bien précis. 

Dans le village de Béclers, la rue de la Barre était auparavant scindée en quatre tronçons, si l'un de ceux-ci a conservé son nom d'origine, les trois autres ont été renommés en hameau de Békelet, ancien nom du village en 1107, en rue Grand'Mazures et en rue Haut Trieu, prolongements de voiries portant déjà ce nom.

A Ramegnies-Chin, la rue du Bas Chemin étant dans son prolongement a pris le nom de la rue Gilles de Chin, tandis qu'à Orcq, elle est devenue la rue Gaston Horlait du nom de ce patron de brasserie, président de nombreuses associations, mécène de l'Union Sportive Tournaisienne, donateur de deux maisons pour la création du musée de folklore de la ville. 

Le Tournaisis se caractérise par sa campagne faite de prairies, de champs, de bosquets et de bois. Pas moins de six villages formant l'entité nouvelle de Tournai possédaient leur rue du Bois, si le village de Barry a conservé la sienne par contre celle de Vezon a pris le nom de rue du Bois Notre-Dame sous lequel est il connu, celle d'Havinnes est devenue rue du Bois de l'Allemont, ce qui est aussi son nom complet, A Mourcourt, elle a été transformée en rue des Futaies, bois existant avant la construction de l'autoroute, au Mont Saint-Aubert, elle a été appelée, rue du Bois du Mont et à Vaulx, son nom peut sembler bien moins poétique, la rue du Noir sac tient son nom d'un estaminet très ancien datant de l'exploitation artisanale en ce lieu. 

Le chemin n°39 reliait la ville au village de Warchin. Sa partie tournaisienne a pris le nom d'avenue Hélène Dutrieu du nom de cette première aviatrice belge, née à Tournai en 1877 et décédée à Paris en 1961. L'Optimiste a publié sa biographie. Sur Warchin, on trouve désormais la place Jean Baptiste Glorieux du nom d'un aéronaute né en 1834, à l'origine de l'ascension du ballon de la kermesse sur la place Crombez, décédé en 1905 et la place René Desclée (1868-1953) du nom du photographe tournaisien qui utilisa notamment le cerf-volant pour effectuer des vues aériennes de la ville au début du XXe siècle. 

La ville de Tournai et les villages de Marquain et de Templeuve possédaient une rue de l'Epinette. Celle de Marquain a pris le nom de rue des Couvreurs, pour rappeler cette profession exercée jadis par de nombreux habitants du village et celle de Templeuve se nomme désormais, la rue du Géant Atlas, de son vrai nom Fernand Bachelard (1922-1976) qui est né dans ce village avant de parcourir l'Europe du haut de ces 2,32 mètres (voir aussi sa biographie sur le présent blog). 

La région est baignée par l'Escaut, il n'était donc pas étonnant de trouver un Chemin du Halage (cette action de tirer jadis les barges dépourvues de moteurs). A Allain, celui-ci a pris le nom de rue de la Barque, du nom d'un estaminet qui se trouvait à proximité, à Tournai, il a été scindé en Rivage du Bruille, partie marécageuse qui existait à cet endroit du quartier du Château au XVIIe siècle et en Rivage de Maire du nom d'une petite rivière qui se jette dans l'Escaut en aval de la cité. A hauteur du faubourg de Valenciennes, au pied de la clinique la Dorcas, il a été nommé Rivage du Pontonnier en souvenir du Pont Carton.

De la place du village de Froidmont jusqu'au hameau de Maraîche à Esplechin, on suivait, jadis, la rue Longue, interrompue durant quelques centaines de mètres par la rue Trenchon. Il existait également une rue Longue à Marquain. Si Esplechin a gardé sa rue, A Froidmont, la rue Longue a pris le nom de rue des Tanneurs en raison de la présence d'une ancienne tannerie à cet endroit. A Marquain, la voirie s'appelle désormais Quennelet, du nom du hameau auquel elle conduit. 

A Ere, on trouvait le chemin de Maire qui se transformait en rue de Maire dans la traversée du village, l'ensemble s'appelle désormais "chaussée romaine", pour rappeler une chaussée qui existait à cette époque reculée de l'Histoire et dont des traces ont probablement été retrouvées lors de fouilles sur la plaine des Manoeuvres en 2011. A noter que le Chemin Vert à Tournai qui les prolonge a également pris ce nom.

Penchons nous sur les rue de l'Yser, commémorant ce fleuve sur lequel se replièrent les troupes lors du premier conflit mondial. A Froidmont, son nom a été changé en Petit-Hollande, un lieu dit, à Kain, elle est devenue la rue Raoul Van Spitael (1914-1992), du nom du premier bourgmestre de la ville de Tournai après la fusion des communes qui fut également le dernier bourgmestre du village avant celle-ci. A Vezon, la rue de l'Yser a pris le nom d'impasse de la Muche qui était également un lieu-dit. 

La rue Verte Vallée à Gaurain s'appelle désormais la rue Jean Baptiste Wattiaux, du nom d'un ancien ouvrier carrier, un des fondateurs de la clinique Cottrel, aujourd'hui disparue. On a fusionné les rues Verte Vallée de Quartes et de Melles pour baptiser la nouvelle voirie en continu ainsi créée de rue des Collines, bien présentes dans le paysage du lieu.

Pour ne plus être en concurrence avec celle existant à Tournai, la rue des Saules à Vaulx a pris le nom de rue des Salinques, ce qui est tout simplement la traduction en patois du nom de cet arbre.

la rue d'Antoing à Vaulx est désormais appelée rue du Canon du nom d'un estaminet qui s'y trouve. 

A Kain, la rue du Vert Marais prêtait à confusion avec la résidence du Vert Marais, son nom est donc devenu, Val du Vert Marais.  

A Mourcourt, le chemin des Mottes s'appelle désormais le chemin des Montants du nom du moulin des Montants. 

A Tournai, le Vieux chemin de Mons a pris le nom de rue Jean-Baptiste Moens, le nom d'un commerçant, "inventeur" de la philatélie.

Autre appellation plus poétique, le Chemin de Taintignies à Froidmont est repris désormais sous le nom de chemin des Gringottes, un mot qui, en patois, signifie jonquilles.

La rue de Barges qui traversait les villages d'Ere et de Saint-Maur est devenue une voirie en continu appelée rue du Hameau de Barges

Voici les principales modifications intervenues dans les noms des voiries, beaucoup d'habitants de Tournai n'ont pas encore apprivoisé ces nouveaux noms et désignent encore ces rues de leur ancienne dénomination. Les personnes étrangères à la ville, en survolant cet article, y auront peut-être découvert un peu d'histoire, de folklore, de poésie.

(sources : site de l'Administration Communale de Tournai www.tournai.be, cet article a été réalisé grâce à la documentation reçue de Mme Nicole Demaret, conservatrice du Musée de Folklore de Tournai, membre du comité de réflexion sur les nouveaux noms de rues). 

11:28 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, rues, noms |