02 mai
2012

Tournai : 1914-1918, la vie quotidienne sous la loupe

Lors de l'évocation de la vie quotidienne à Tournai en 1913, nous avions constaté qu'à l'occasion de son voyage à Berlin, en novembre, le roi Albert 1er avait déjà compris qu'une guerre était inéluctable et prévenu le gouvernement prussien qu'en cas d'un éventuel conflit armé, la Belgique défendrait sa neutralité. 

Le blog "Visite Virtuelle de Tournai" a déjà traité, dans le courant de l'année 2007, le volet militaire de ce qui restera "la Grande Guerre", aussi, nous nous attacherons dans les prochains articles à dépeindre la vie quotidienne de la population tournaisienne, fortement influencée par les évènements mondiaux. 

Au moment d'aborder ce volet concernant les années 1914 et 1915, il est donc important de remettre les informations locales dans un contexte plus général car les actualités, locales, régionales et internationales sont, cette fois, intimement mêlées.

Au niveau international, le premier semestre ne se distingue pas tellement de ceux des années précédentes. Ainsi, un nouveau nom va briller au firmament du cinéma, l'acteur Charlie Chaplin sera mieux connu sous le nom de "Charlot", son premier film date de janvier 1914. Ainsi, également, le 26 juillet, le coureur belge Philippe Thys remporte le Tour de France. Le monde vivra ses derniers jours de paix. Un premier signal a été donné le 28 juin lorsqu'à Sarajevo, l'archiduc héritier d'Autriche et son épouse Sophie ont été assassinés. Un mois plus tard, le 28 juillet, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie et Belgrade est bombardée tandis que le 1er août, l'Allemagne (encore souvent nommée la Prusse) déclare la guerre à la Russie. Le même jour, la France décrète la mobilisation générale, le 3 août, l'Allemagne déclare la guerre à la France après avoir signé un traité avec l'empire ottoman dirigé contre la Russie. Le 10 août, les troupes allemandes prennent Mulhouse et le lendemain, la France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Autriche-Hongrie.

Au niveau national, les évènements habituels se succèdent jusqu'à la fin du mois de juillet. Une loi, publiée en mai, interdit la mise au travail des enfants de moins de quatorze ans. Au mois de juin, cependant, certains journaux avaient fait écho de l'animosité croissante entre le France et l'Allemagne et avaient même posé cette question : "Sommes-nous prêts à nous défendre contre une éventuelle agression ?". C'est le 31 juillet, à 19h, que le roi Albert signe l'acte de mobilisation générale de l'armée. On va porter l'effectif de celle-ci à environ 200.000 hommes en rappelant les classes de 1901 à 1909 venant s'ajouter à celles existantes. Le premier Ministre De Broqueville est néanmoins (trop) optimiste lorsqu'il déclare : "Je suis convaincu que notre territoire ne subira aucun dommage mais nous devons accomplir les devoirs qu'impose la neutralité". Le 3 août, les Allemands montrent qu'ils n'ont que faire de celle-ci et adressent un ultimatum à la Belgique, ils exigent un droit de passage sur le territoire pour leurs troupes. Le Roi Albert considère cet ultimatum comme une déclaration de guerre et la Belgique rejette cette demande. 

Nous allons tenté de reconstituer l'actualité locale tout en tenant compte que les journaux des éditions de 1914 et d'une grande partie de 1915 ne sont pas accessibles, disparus probablement dans la tourmente. Nous avons choisi de ne pas regrouper les différents évènements sous les rubriques habituelles (politique, faits divers, "réclames", distractions) mais de les présenter dans l'ordre chronologique pour essayer de mieux comprendre le quotidien de la population tournaisienne.

La vie quotidienne à Tournai de 1914 à 1918.

Le Courrier de l'Escaut reparaît le 12 novembre 1915 sous la forme d'un journal régional de petit format comportant quatre pages, il y aura trois éditions par semaine. Les informations locales sont conditionnées par la guerre et ses conséquences. Si certains cercles tentent bien de maintenir un semblant d'activités culturelles par des organisations de concerts et de pièces de théâtre, les bénéfices réalisés lors de celles-ci sont destinés à différentes oeuvres (secours au prisonnier, aide aux orphelins de guerre...).

Chaque semaine, une importante rubrique est consacrée au "magasin de ravitaillement" ouvert dans l'ancienne chapelle de l'Athénée Royal à la rue Duquesnoy. Celui-ci est accessible tous les jours, sauf le dimanche. On y publie l'inventaire des marchandises qui y seront mises en vente. Ainsi pour la période du 22 au 27 novembre, on peut se procurer au poids : du riz, des haricots, des pois, du maïs, du sel, du lard salé, de café vert, du café torréfié, du sucre cristallisé, des biscuits de mer, des céréales et des lentilles. On peut aussi recevoir des conserves de pois, haricots au lard, confiture, soupe, lait condensé et sugar-corn pour bouillon. La présentation de la carte blanche de ravitaillement est obligatoire pour recevoir les marchandises. A la fin du mois de novembre une distribution de savon noir est effectuée au profit de ceux qui n'en avaient pas encore reçu en novembre. 

Pour la relation des articles, nous conservons, dans la toute la mesure du possible, les phrases écrites par les journalistes de l'époque, elles sont le témoin d'un style aujourd'hui désuet. 

En août 1915, quelques dames au grand coeur se sont groupées pour former l'Oeuvre du Secours au Soldat prisonnier. Leur but était de recueillir de l'argent par des quêtes (collectes), des séances instructives (éducatives) ou récréatives afin de venir en aide aux soldats prisonniers indigents. Pour l'hiver, le Comité expédiera des vêtements et effets chauds, des paquets de tabac et, à de rares occasions, de l'argent. 

Le lundi 27 novembre doit normalement avoir lieu le sacre du nouvel évêque de Tournai, Monseigneur Crooy, la cérémonie doit être postposée car les bulles papales annonçant sa désignation ne sont pas arrivées dans la cité des cinq clochers. 

Le lundi 6 décembre, au théâtre communal de la rue Perdue, est organisée une représentation du Théâtre Wallon Tournaisien, le programme annonce deux oeuvres de Mr Arthur Hespel, "Eine collectieon d'crampéons" et "No vieillards", deux pièces en un acte. Le prix des places va de 2 francs en baignoires, premières loges et fauteuils, à 20 centimes pour les troisièmes situées dans les galeries. 

Comme les années précédentes les vols sont nombreux mais ce ne sont plus seulement des objets de valeurs ou de l'argent qui composent le butin mais aussi des tuyaux en étain comme ceux volés dans un café de la rue Beyaert appartenant à la Brasserie Saint-Pierre à Vaulx ou des victuailles enlevées nuitamment dans les magasins. 

A la demande de ses lecteurs, le journal va publier régulièrement, dès le mois de novembre, des listes de prisonniers en indiquant l'endroit où ils sont détenus. Ces listes sont scindées entre habitants de la ville, repris par quartier, et des villages. Bientôt d'autres listes feront leur apparition, celles des hommes tombés au combat principalement dans la région de l'Yser où le front est situé. 

(à suivre)

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