25 avril
2012

Tournai : l'année 1913 sous la loupe (3)

Il y a encore bien des évènements à évoquer concernant l'actualité de l'année 1913 dans la cité des cinq clochers.

Le jeune aviateur tournaisien Henry Crombez, fils du sénateur bourgmestre de Taintignies et neveu du bourgmestre tournaisien réalise, le 29 mai, un raid Reims-Tournai-Liège. Ayant décollé à 7h25 de Reims, volant à une moyenne de 180 km/h, il se pose à Tournai peu après 8h30. Il bat ainsi le record de vitesse détenu par Védrine (176km/h) et sur son monoplan Deperdussin type Gordon Bennett, doté d'un moteur développant 80 chevaux, il a volé à une altitude d'environ 1.100 mètres. Il repart pour Liège vers 9h55 et atteint l'aérodrome d'Ans vers 11h20. Né en 1893, il a obtenu son brevet de pilote à l'âge de 17 ans et il est le vingt-septième belge à pouvoir piloter un aéroplane. En 1911, il avait participé au Tour de Belgique mais malheureusement, victime d'ennuis mécaniques, il avait été contraint à l'abandon dans l'étape qui menait les pilotes justement à Tournai. En 1912, il avait réussi la traversée aller et retour de la Manche et, en cette même année 1913, il se classe troisisème de la célèbre coupe Gordon Bennett.

Comme nous l'annoncions en début de rétrospective, le Tournaisis n'échappe pas à la grève générale du mois d'avril déclenchée pour réclamer la modification de la Constitution et l'introduction du vote universel. Les arrêts de travail touchent tous les secteurs et principalement le bassin carrier, bastion socialiste. Dans le Tournaisis, l'escadron des Chasseurs à Cheval de la garde civique assure la liberté de travail aux alentours des carrières. La grève n'est suivie que partiellement dans les autres secteurs ainsi on enregistre l'absence de quelques ouvriers à l'union industrielle au boulevard du Nord et à la Fonderie Deplechin. L'usine Carton fonctionne tout à fait normalement, aucun ouvrier ou employé n'ayant suivi les mots d'ordre.

Le 11 juin, la Cour d'Appel de Bruxelles rend son verdict dans l'affaire des fraudes constatée sur le chantier de construction de l'Hôpital Militaire. L'entrepreneur Boudin est condamné à 15 mois de prison et à 2.000 francs d'amende. Comme il était absent à l'audience son arrestation immédiate a été ordonnée. L'employé du génie Dugardin est condamné à un an de prison, le peintre Dujardin à huit mois. Les surveillants du génie Benoit et Gillet sont acquittés. Le sixième prévenu était entretemps décédé. Les accusations de fraude sur la quantité et la qualité des marchandises livrées avaient été retenues.

Septembre nous ramène l'annuelle kermesse, à l'occasion de celle-ci, c'est le cirque De Jonghe qui dresse son chapiteau sur la place. Un autre cirque était venu à Tournai, du 22 au 27 mars, le cirque Renz dont le programme était constitué d'écuyers et écuyères de haute école, d'une présentation d'étalons russes dressés, d'un jongleur à cheval, de "gymnasiarques" extraordinaires,  d'intermèdes de clowns. Le public qui se pressa nombreux à chaque représentation eut l'occasion de voir évoluer sur la piste des éléphants, des ânes, des poneys, des oies et des cochons. 

Nous vous disions lors de l'introduction de notre rétrospective que l'année 1913 voit une montée en puissance de la violence sous toutes ses formes, le champ de foire n'échappe pas à celle-ci. Il doit être surveillé car des militaires casernés à Tournai le transforme en lieu d'affrontement avec la police. Les passants voient s'affronter des patrouilles du 3e Chasseur à pied, des cavaliers du premier Chasseur à Cheval et des policiers communaux. Des bouteilles sont jetées, des vitrines sont brisées, c'est peut-être la fin d'époque marquée par le respect d'autrui. 

Le dimanche 14 décembre, à 15h, la Halle-aux-Draps accueille une représentation de "Polyeucte", la tragédie de Corneille, interprétée par la Comédie Française dont c'est la première apparition dans la cité des cinq clochers. Dans les rôles principaux, on découvre deux des plus illustres sociétaires de l'époque : Mounet-Sully et Jacques Fénaux.

L'évènement qui marquera tous les esprits se déroulera durant les week-ends des 13 et 14, 20 et 21 juillet. Une première affiche concernant celui-ci apparaît dès le mois de mars, elle annonce la reconstitution fidèle du Grand Tournoi de 1513 qui eut lieu sous Henri VIII. Elle représente le roi en brillante tenue de combat, monté sur un destrier richement harnaché, surmonté par les cinq clochers. Les réunions se multiplient et au début du mois d'avril, l'entrepreneur Jean Degreppe prend possession de la Grand'Place pour y débuter les travaux de constrcution de la "Lice", le terrain clos sur lequel se déroulait les joutes et tournois. 

Pendant ce temps, les hommes du 1er régiment de Chasseurs à Cheval s'entraînent, en armure, sur leurs chevaux houssés. Le directeur de l'Académie de Musique, Mr. Nicolas Danneau, orchestrait des mélodies et des chants du début du XVIe siècle en wallon, flamand, anglais et allemand. Le choix s'est porté sur Mr. Courouble Bourgois pour interpréter le roi d'Angleterre, la baronne van Zuylen van Nijvelt tiendra le rôle de Marguerite d'Autriche, le prince Etienne de Croy sera Charles d'Autriche, le comte Maurice du Chastel sera l'empereur d'Allemagne Maximilien, Nelly Carbonnelle incarnera Eléonore d'Autriche, tandis qu'Andrée Crombez campera le personnage d'Isabelle d'Autriche. Mr Charles De Lannoy représentera son ancêtre le seigneur de Sinzeilles. La particularité du cortège du Tournai, contrairement à ceux de Bruges et de Bruxelles est que les rôles sont tenus par des descendants de ceux qui figurèrent au tournoi de 1513. 

Le cortège est composé de plus de 1.200 figurants, dont les costumes et décorations sont des reproductions fidèles dus aux soins de l'archiviste Adolphe Hocquet (1868-1943). Il rejoint la Grand'Place et le lieu de reconstitution du Tournoi au départ de quatre lieux différents : le premier jour à partir du Boulevard Bara, le second jour du boulevard du Hainaut, le troisième, il débute à la rue du Chambge et le dernier, il part de la place Victor Carbonnelle et de la place Verte. A chaque fois, il va parcourir les rues de la ville entre deux haies de spectateurs émerveillés par la richesse du spectacle.

Le temps sera splendide durant ces quatre journées qui attirèrent de très nombreux spectateurs venus de la région mais aussi de Belgique et du Nord de la France. Les organisateurs avaient probablement bénéficié d'une protection particulière de la météo puisque le lendemain, une violente tempête s'abat sur la ville, la pluie tombe en abondance et la température chute faisant croire à l'arrivée de l'automne. 

(sources : le Courrier de l'Escaut - éditions de l'année 1912, "Biographies Tournaisiennes des XIXe et XXe siècle" de Gaston Lefebvre).

Commentaires

Bonjour,
Vous savez peut-être qu'un livre de 82 pages avec la liste des participants,photos a été édité par les établissements Casterman.

Autem

Écrit par : Autem | 19/03/2013

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Le décor de "Polyeucte" (par Albert Dubosq, 1913) a été vendu 'en occasion' à la ville de Courtrai, où il a survécu et récemment été restauré! On peut le redécouvrir at Théâtre Communal (Schouwburg) de Courtrai lors du Jour de Patrimoine (Erfgoeddag), le 21 avril 2013. Une petite expo évoquera les grandes heures de Mounet-Sully et la Comédie-Française.

Écrit par : Bruno Forment | 08/04/2013

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