24 avril
2012

Tournai : l'année 1913 sous la loupe (2)

Si au niveau mondial, l'actualité est marqué par la violence (attentat, guerre...), à Tournai, on est surpris, lorsqu'on découvre les évènements qui marquent cette année 1913, par la soudaine montée de la criminalité. Ce ne sont plus des bagarres entre ivrognes dans des cafés ou sur la voie publique, de petits vols domestiques ou des conflits familiaux trouvant leur origine dans la jalousie, ce sont des faits de banditisme parfois organisés en bande. 

Que s'est-il passé le 31 décembre 1912, vers 4h00 de l'après-midi, dans une des dépendances du château Six-Scrive à Froyennes ? C'est la question que se posent les habitants du village, le premier jour de l'année 1913, lorsqu'ils apprennent, au petit matin, le drame qui s'y est déroulé. Le concierge, faisant une ronde avant la tombée de la nuit, a découvert le fils de la maison, âgé de 21 ans, artiste flûtiste, allongé, gémissant et présentant une importante blessure à l'abdomen. A côte de lui, se touvait un fusil. Deux médecins sont appelés et prodiguent les soins, mais la décharge de plombs a atteint des organes vitaux, les reins sont perforés. dans le courant de la soirée, vers 7h30, Raymond Durieux rend le dernier soupir. L'enquête va conclure à un coup de feu accidentel survenu alors que le jeune homme nettoyait son arme. 

En ce même mois de janvier, une jeune ouvrière se rendant à son travail et passant prendre une amie est abordée, à la rue de la Marnière, par deux individus qui l'entaînent de force dans un terrain vague où ils lui font subir des violences, ils la laissent pour morte. Reprenant ses esprits, elle confie les faits à des voisins qui appellent la police. Malgré la description qu'elle a fait des deux hommes ceux-ci ne seront jamais retrouvés. 

Le 1er mai, on découvre un important cambriolage perpétré au château de Froyennes appartenant à Mme la douairière Amédée Van de Kerkhove qui habite Bruxelles depuis le mois de décembre précédent. Elle avait fait aménager un petit pavillon dans d'anciennes écuries et c'est là que vit le rentier qui a constaté les faits. Absent depuis la veille, il remarque, à son retour, que la porte d'entrée du château est ouverte. Suspectant un fait délictueux, il en informe les autorités locales et la police. Les policiers, pénétrant dans la demeure, ont vite fait de constater que tous les objets de valeurs ont été emportés. Des tapis, des porcelaines de chine, des tableaux, des pendules et même le linge de literie ont été emportés. Des oeuvres d'art ont été arrachées des murs. Le coffre est ouvert et vide. Le préjudice est rapidement estimé à plus de 50.000 francs de l'époque. 

Deux arrestations sont opérées le 6 mai par la police. Un garde-champêtre, très perspicace, avait remarqué de nombreuses allers et venues dans une maison du quartier dont il assurait la surveillance. Les faits de Froyennes étant récents, il en a avisé les services judiciaires. Les deux personnes interpellées s'appellent Henri D., négociant, habitant le quartier de Guéronde à Antoing et Charles F. agent d'affaires, directeur de l'agence générale tournaisienne, habitant la chaussée de Bruxelles. Ce dernier a été intercepté à la descente du train, il revenait d'un déplacement avec sa famille. Les jours qui suivent, la police procèdent à d'autres interpellations. Tout d'abord chez un dénommé Oscar T., marchand de métaux, domicilié à Gaurain, ensuite, les époux Louis D. et de Cécile D. On a retrouvé au domicile de ses personnes de très nombreux objets dérobés au château de Froyennes, certains étaient même enterrés dans une malle dans un jardin.

En ce temps-là, l'arriéré judiciaire ne devait pas être important puisque l'affaire est jugée à partir du 23 juillet au tribunal correctionnel de Tournai. une douzaine de personnes sont amenées à comparaître. Mr. Edouard C., dit "le Baron", sans profession, né à Paris mais habitant Froyennes, considéré comme le commanditaire ou la personne qui a renseigné les comparses est condamné à 2 ans de prison, Charles F. qui a supervisé l'entreprise malhonnête récolte 3 ans de prison, Louis D., représentant de commerce, est lui aussi condamné à 3 ans. Jean Baptiste D., dit "Zozo", ouvrier carrier à Gaurain, en prend pour 18 mois, c'est la même peine qui est infligée à Oscar T., dit "Caramel", négociant à Gaurain et à Henri F., dit "le Ficelé" carrier à Gaurain. Clément C, employé demeurant à Tournai s'inscrit pour une peine de 2 ans, Léon de B., dit "de Formanoir" assureur, Tournaisien vivant à Roubaix est acquitté. 

Les épouses avait connaissance de la provenance des objets mais n'avaient pas osé dénoncer les faits sont condamnées pour recel. Aline V. épouse Charles F., à 3 mois et 26 francs d'amende. Le même tarif est appliqué à Marie L., épouse Henri F. Louis D. , dit "Louis du Ciment", ouvrier carrier, de Gaurain est condamné à 4 mois et 26 francs d'amende, tarif qui sera également appliqué à Henri D. d'Antoing. L'antiquaire, chez qui une partie des objets a été retrouvée, est acquitté, il n'a pas été permis de prouver qu'il pouvait connaître la provenance des objets. Non satisfaits des peines, le procureur du Roi interjette appel, ce que font également, pour les mêmes raisons, même si cela ne va pas dans le même sens, les différents condamnés. 

Durant le dernier trimestre deux autres vols importants vont occuper les journées des enquêteurs.  Au mois d'octobre, on procède à l'arrestation d'un certain Richard Marchal, originaire de Zevicote en Flandre Occidentale. Il est au service de l'avocat Broquet depuis sept ans et depuis un certains temps de nombreux objets de valeur ont disparu. Le butin est composé d'étoles en hermine, en chinchilla, de manchons en renard blanc, d'argenteries, de linges divers, de pendules, de garnitures de cheminée. On s'interroge également sur un vol commis antérieurement chez le gendre de l'avocat et qui n'avait jamais été élucidé. De l'argent avait été dérobé et quelques temps plus tard, le chauffeur avait déposé une somme importante sur son livret d'épargne. 

La nuit du 5 au 6 décembre, ce n'est certainement pas Saint-Nicolas qui s'était introduit à la caserne d'infanterie où un audacieux vol a été également perpétré. A l'aube, on découvre le coffre-fort éventré dans un jardinet qui sépare le haut mur d'enceinte du bâtiment dans lequel il se trouvait. Il faut savoir que ce coffre pèse pas moins de 400 kilos. Il va sans dire que 10.000 francs qu'il contenait ont disparu. L'enquête fait apparaître que les voleurs se sont introduits dans la caserne en franchissant le haut mur au moyen d'une échelle trouvée sur un chantier à proximité. On ne peut écarter une connivence interne. Les soupçons se portent sur un ouvrier habitant la rue des Choraux car il a travaillé peu de temps auparavant dans la caserne mais l'homme est rapidement mis hors de cause. La résolution de cette affaire va bénéficier d'un sérieux coup de pouce de la chance. De sortie, un militaire néerlandophone surprend une conversation, en flamand, dans un café du faubourg Saint-Martin, il croit comprendre que deux individus parlent du partage du butin. Rentré à la caserne, il en informe son officier qui prévient la police. Les deux hommes sont des habitués du café, l'un est domestique dans une ferme du faubourg tandis que l'autre est ouvrier briquetier, occupé sur un chantier d'Ere. Un des deux a fait son service dans cette caserne et avait eu l'occasion de connaître l'existence du coffre-fort. Ils seront arrêtés et passeront aux aveux. 

(à suivre)



09:05 Écrit par l'Optimiste dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tournai, château de froyennes, vols |

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